La veille du grand départ, le manoir est en effervescence. Les couloirs s’agitent sous les pas précipités des serviteurs, les valises s’amoncellent devant les chambres, et les ordres fusent dans toutes les directions. Pourtant, dans ce tumulte, Émilie ne pense qu’à une chose : ses fils vont lui manquer. Elle tourne autour d’eux comme une abeille autour d’un pot de miel, arrange une chemise ici, passe une main dans les cheveux de Félix là, replace un bouton sur le manteau de Calix, lisse le col d’Alex comme quand il avait encore dix ans. Cela les fait sourire, même si certains essaient de rester stoïques. — Maman, soupire Félix, tu vas finir par étouffer Calix avec ton parfum. — Laisse-moi faire, bougonne-t-elle, j’ai porté chacun de vous pendant neuf mois, j’ai bien le droit de profiter


