La voix du loup

832 Mots
La musique venait à peine de mourir. Les tambours s’étaient tus, remplacés par un brouhaha confus. Les guerriers buvaient. Les chefs riaient trop fort. Les esclaves ramassaient les coupes vides. Nyra s’était retirée à l’arrière du cercle, le souffle encore irrégulier. Elle sentait les regards sur sa peau. Surtout deux. Celui de Zarek. Et celui de Draven. Zarek ne la quittait plus des yeux. Il était adossé à un pilier de pierre, bras croisés, son regard bleu glacé fixé sur elle comme on observe une proie qu’on a déjà choisie. Draven, lui, restait immobile sur son siège d’Alpha. Un œil bleu brûlant. Un œil noir insondable. Nyra comprit qu’elle venait d’entrer dans une zone dangereuse. Elle ne le montra pas. Zarek se redressa. Il traversa lentement la salle, ses bottes résonnant contre la pierre. Chaque pas semblait mesurer son pouvoir. Il s’arrêta devant la table des Alphas. — Frère. Draven leva les yeux. — Parle. Zarek sourit. — Selon nos traditions, après une victoire, l’Alpha invité choisit une femme pour la nuit. Un murmure parcourut l’assemblée. Draven resta impassible. — Choisis. Zarek ne détourna pas le regard. — Je la veux. Il désigna Nyra. Le silence tomba. Même les torches semblaient hésiter à crépiter. Nyra sentit son estomac se contracter. Tous les regards se tournèrent vers elle. Elle ne bougea pas. Draven se leva lentement. Il descendit les quelques marches qui le séparaient de son frère. Sa voix était calme. Trop calme. — Impossible. Zarek inclina légèrement la tête. — Impossible ? — Je l’ai déjà choisie pour la nuit. Prends une autre. Le sourire de Zarek se figea. Il observa Draven quelques secondes. Puis il répondit, posément : — C’est elle que je veux. Un frisson parcourut la salle. Ken se redressa légèrement. Nyra sentit la tension changer d’épaisseur. Draven releva la tête. Ses épaules s’élargirent imperceptiblement. Son regard devint plus sombre. — Zarek. — Oui, frère ? — Choisis une autre. Zarek fit un pas en avant. — Depuis quand tu refuses un droit d’Alpha ? Draven inspira lentement. Nyra comprit avant tout le monde. Elle vit ses yeux changer. Le bleu se fit plus clair. Le noir plus profond. Quelque chose d’ancien remonta à la surface. Il n’était plus seulement un homme. Il était le Loup. Draven avança d’un pas. Sa voix descendit d’une octave. Quand il parla, ce n’était plus une voix humaine. C’était la Voix du Loup. — Tu obéis. L’air vibra. Les guerriers reculèrent instinctivement. Même Zarek eut un mouvement de recul. La domination brute traversa la pièce comme une onde invisible. Nyra sentit ses genoux trembler. Ken serra les poings. Zarek resta figé quelques secondes. Puis il expira lentement. Un sourire étrange étira ses lèvres. — Très bien. Il se redressa. — Comme tu veux. Mais ses yeux restaient accrochés à Nyra. Pas frustrés. Calculés. Il se tourna vers une autre esclave, la désigna distraitement. — Celle-là fera l’affaire. La femme éclata en sanglots silencieux. Zarek lui prit le menton. — Viens. Il l’emmena sans un regard en arrière. Draven resta immobile. Ses mâchoires étaient crispées. Il savait ce qu’il venait de faire. Il venait de trahir une loi ancienne. Pour une esclave. Nyra comprenait aussi. Elle venait de devenir un territoire disputé. Plus tard dans la nuit, Draven fit appeler Nyra. Elle entra dans sa chambre sans résistance. Il la regarda longtemps sans parler. Elle soutint son regard. — Tu as voulu provoquer, dit-il enfin. Elle ne répondit pas. — Tu as dansé pour lui. Pour Ken. Pour tous. Un silence. — Tu joues avec le feu. Nyra releva légèrement le menton. — Tu m’as vendue à ce feu. Ses mots le frappèrent plus fort qu’un coup. Il s’approcha. Elle ne recula pas. — Tu es à moi, Nyra. — Je suis une esclave. — Tu es à moi. Sa main se referma sur son bras. Pas brutalement. Possessivement. Elle sentit la tension sous sa peau. — Zarek t’a vue, murmura-t-il. Tu crois que ça s’arrête là ? Nyra soutint son regard. — Peut-être. Quelque chose brûla dans la poitrine de Draven. Il la relâcha brusquement. — Sors. Elle obéit. Mais elle savait. Il était trop tard. Dans sa chambre, Zarek repoussa l’esclave sans douceur. — Va. La femme hésita. — J’ai dit va. Elle sortit précipitamment. Zarek resta seul. Il passa une main sur son visage. Puis il sourit lentement. — Intéressant, murmura-t-il. Il revoyait le regard de Draven. Sa tension. Sa voix de Loup. Il comprenait maintenant. Cette fille n’était pas une simple esclave. C’était une faille. Et Zarek Ashfall n’avait jamais résisté à une faiblesse. Nyra s’allongea cette nuit-là sans fermer l’œil. Elle repassait chaque regard. Chaque geste. Chaque silence. Elle avait vu la jalousie. Elle avait vu la fracture. Elle avait vu la peur. Pas chez Zarek. Chez Draven. Et dans l’ombre, Ken aussi avait compris. Nyra ferma les yeux. Un frémissement glacé parcourut son corps. Elle était entrée ici pour tuer un Alpha. Elle venait de déclencher une guerre.
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