Chapitre premierAccoudée à la lisse de la Mélita, ses cheveux d’or retenus par un foulard de cachemire, Tréphine regardait de tous ses yeux : devant elle, défilait lentement le paysage mélancolique et doux de l’estuaire de la Loire. De grands peupliers dépouillés par l’hiver pointaient leurs lances vers un ciel bas où tournoyaient des b****s de corneilles et aussi quelques goélands annonciateurs du large. Dans les immenses prairies, aux trois quarts inondées, émergeaient seulement de rares chaumières rabougries. Tréphine frissonna et ramena contre elle les pans de sa pèlerine de laine que la brise de mer faisait claquer. Il ne faisait cependant pas très froid pour la saison, et si Tréphine tremblait ainsi c’était beaucoup plus par une sorte de crainte irraisonnée envers tout l’immense inc


