Épisode 01
01
(POINT DE VUE : AMÉLIE)
Je forme actuellement de jeunes chiots. Je ne déteste pas ce que je fais, malgré mon rang de Guerrière. J’adore enseigner aux jeunes enfants. J’adore enseigner aux jeunes filles, elles m’inspirent encore. Elles me rappellent quand je commence à m’entraîner.
Je vis dans un chalet de taille moyenne, non loin de la meute. Je pourrais vivre dans la meute, parce que je ne suis toujours pas mariée, mais je préfère rester à l’écart des mâles excités et non mariés. Je n’ai pas peur d’eux, c’est juste pour me protéger. Juste parce que je sais me battre, ça ne veut pas dire que j’aime être en danger.
Tu es censé trouver ton partenaire à seize ans, mais tu obtiens ton loup à quatorze ans. J’ai vingt ans et je ne suis toujours pas mariée, peu importe. Je suis un paria dans ma propre meute parce que je ne suis pas mariée. Les gens me trouvent bizarre parce que je ne suis pas les normes sociales de la communauté des loups-garous.
Je dois me battre pour devenir une guerrière, parce que je suis une femme. La Meute au Clair de Lune est composée de deux cents loups. Nous sommes une grande meute, les meutes ne comptent généralement que de cinquante à quatre-vingts loups. Le nom de mon Alpha est Ryan. C’est un bon Alpha, je le respecte.
Cependant, j’ai toujours du mal à me soumettre à lui. Ma louve ne veut jamais, mais elle le fait parce qu’elle sait que sinon, ça va mal tourner. Je ne peux pas me permettre de devenir une louve solitaire. C’est un crime dans le monde des loups-garous, les gens ne respectent jamais les loups solitaires. Peu importe, certaines personnes n’ont pas le choix de devenir des loups solitaires.
Ce serait surprenant venant d’une louve guerrière. Je sais quand attaquer. On m’apprend à frapper au bon moment. À étudier le mouvement des gens, à connaître mon ennemi. Donc je sais comment repérer un mauvais solitaire.
Il y a une famille royale dans la communauté des loups-garous. Le roi Alpha règne sur les meutes et les Alphas de toute la communauté. Les noms actuels du roi et de la reine Alpha sont Victoria et Michael. Je ne me suis jamais vraiment souciée de la famille royale. Ils n’ont rien à voir avec moi.
Je regarde autour de moi et je vois les jeunes chiots s’entraîner dur. Ils ont l’air fatigués et épuisés.
— D’accord, ça suffit pour aujourd’hui, rentrez chez vous et détendez-vous. Tu as le reste de la semaine de congé.
Ils tombent tous par terre d’épuisement. Je sais qu’ils sont fatigués, mais je ne pensais pas qu’ils l’étaient autant.
Je m’approche de mon stagiaire préféré. Je sais que je ne suis pas censée avoir de favoris, mais j’en ai un, et tout enseignant qui dit le contraire ment.
Le garçon a la peau chocolatée et les yeux bruns chauds. Ses cheveux sont ondulés. Il est petit, mais pas trop petit.
Mon préféré, c’est Alex. Il a quinze ans. Je l’entraîne depuis qu’il a quatorze ans. Alex est élevé par son père, sa mère a été tuée par un loup solitaire quand il avait trois ans. Son père n’est pas devenu fou. Il savait que sa compagne voudrait qu’il reste pour élever leur chiot. Alex pleure toujours sa mère, il ne se souvient pas d’elle. C’est peut-être pour ça que son chagrin est plus profond : il n’a aucun souvenir pour sourire ou pleurer.
Il est très petit quand je commence à l’entraîner. Il est faible et souvent intimidé. Il n’a aucune confiance en lui. Peu importe combien de fois Alex tombe, il se relève toujours. Il est drôle, et il me fait sourire. Je suis très fière de lui.
— Alex, t’es pas triste de ne pas me voir pour le reste de la semaine ?
Mes stagiaires savent qu’ils ne sont pas là uniquement pour s’entraîner, mais aussi pour apprendre à se connaître. C’est un environnement sûr, même s’il y a beaucoup de combats. C’est toujours un endroit heureux et accueillant.
Alex ouvre les yeux. Il est allongé au sol, immobile comme certains autres stagiaires. Il lève les yeux vers moi.
— Pas vraiment, je suis vraiment content.
Il a un sourire sur le visage et une lueur dans ses yeux bruns.
Je halète et j’attrape ma poitrine comme si j’étais blessée.
— Tu me brises le cœur, Alex. Est-ce que je dois me trouver un nouvel élève préféré ?
Je dis la dernière phrase à voix basse.
Certains élèves commencent à attraper leurs sacs et à quitter la zone d’entraînement.
J’attrape la main d’Alex et je l’aide à se relever.
— Prends une pause pour le reste de la semaine, t’as bien travaillé aujourd’hui. Mais je veux toujours voir ton meilleur la semaine prochaine.
— Oh, je vais donner le meilleur de moi-même, Mlle Amélie. Et je pense que je serai bientôt prêt à te combattre.
Je me moque de lui.
— Tu deviens arrogant maintenant ? Peut-être que je devrais vraiment te combattre, pour te voir tomber sur les fesses.
Alex rit et va chercher son sac.
— Au revoir, Mlle Amélie ! On se voit la semaine prochaine.
Je lui fais un signe de la main et je me retourne pour prendre ma bouteille d’eau et mon sac.
Ma mère et mon père sont des compagnons stéréotypés. Ils se rencontrent à seize ans et tombent automatiquement amoureux. Je ne comprends pas comment tu peux aimer quelqu’un aussi vite. Ma mère est très gentille. Elle est enseignante et elle travaille beaucoup avec les enfants. Elle est toujours là pour moi depuis que je suis enfant.
Mon père est plus strict, la figure d’autorité de la maison. Je ne parle pas beaucoup avec lui. Je sais qu’il nous aime, mon frère et moi. Nous ne sommes juste pas si proches. Il est plus dur avec mon petit frère, plus strict avec Ivan.
Mon frère Ivan a aussi quinze ans, je ne l’entraîne pas. Il a un autre entraîneur. Ivan ressemble plus à ma mère. Ma mère est attentionnée, pétillante, elle sourit toujours ou cherche le bon côté des choses. Ivan est sa réplique exacte. Ils ont tous les deux des cheveux blond sable et des yeux bleus parfaits.
Moi, je ressemble plus à mon père, et je me comporte comme lui aussi. J’ai les cheveux noirs comme la nuit, des yeux verts et la peau pâle. Je ressemble plus à mon père qu’à ma mère. C’est peut-être pour ça que j’aime autant ma mère. Je sais que peu importe à quel point mon père est strict et froid, il est désespérément amoureux d’elle. C’est comme si elle était la raison pour laquelle son cœur bat. Ce genre d’amour me fait peur.
Je sors de la grande zone d’entraînement et je regarde vers le parking. Je vois ma petite voiture noire et je commence à marcher vers elle. J’ouvre la portière, je monte à l’intérieur et je cherche mes clés. Ma louve, Kat, se sent mal à l’aise, comme si quelque chose se prépare.
Je l’ignore et je finis par trouver mes clés.