Chapitre 2
Deux jours plus tard, je rentre chez moi à New-York et je rencontre mon médecin qui a accepté de me prendre en urgence.
Dans le bureau, je vois le docteur Matthiews, ce brillant oncologue qui m'a autrefois sauver la vie, me regarder avec un air très inquiet. Je me rappelle encore tellement de ces regards-là lorsque j'ai fait mon internat de médecine. C'était tellement dur quand je devais suivre mon titulaire pour annoncer une mauvaise nouvelle aux familles. C'est là que j'ai compris que je deviendrais un médecin qui donne de l'espoir et qui annoncerait que de bonnes nouvelles. Quoi qu'il en soit, le regard du docteur Matthiews à cet instant, ne me disait rien de bon.
- C'est bien ce que je craignais. Vous êtes en rechute. (confirme le médecin)
- Mince ! C'est pas possible.
- Je suis désolé madame Dorys
- Vous avez un protocole de guérison à me proposer ?
- À ce stade, la chimiothérapie et la radiothérapie seules ne suffiront plus.
- C'est à dire ?
- Que vous avez besoin d'un don de moelle osseuse.
- Qui peut être donneur ?
- Les meilleurs donneurs qui peuvent être compatibles, sont les frères et sœurs, mais on peut essayer avec les parents ou les neveux.
- J'ai un frère, mais je ne sais pas s'il voudra.
- N'importe qui ferait ça pour sa sœur !
- Je ne sais pas ! Si je ne trouve pas de donneur, il me reste combien de temps ? Soyez franc s'il vous plaît !
- Je dirais entre six et dix-huit mois.
- Super !
- Je suis sincèrement désolé !
Le médecin contact lui-même ma famille et leur explique la situation. Mes parents viennent faire les tests ainsi que Mike, mon petit frère qui a cinq ans de moins que mois. J'adore mon frère Mike, on s'est beaucoup serré les coudes durant notre enfance et c'est toujours le cas d'ailleurs.
Quelques jours plus tard, je me retrouve dans le bureau du médecin avec Mike et mes parents Betty et Richard. Mes parents, c'est un peu compliqué à vrai dire ! Ils n'ont jamais vraiment su comment se débrouiller dans la vie ! Ils n'ont pas fait de grandes études, ce que je ne condamne pas bien évidemment, mais aujourd'hui, c'est moi qui m'occupe de leurs factures et qui les aide financièrement pour qu'ils puissent terminer leur fin de mois.
Le médecin nous regarde et rompt le silence.
- Ecoutez, je vais être direct ! Je suis sincèrement désolé, mais aucun d'entre vous n'est compatible.
- Oh non ! Ce n'est pas vrai ! (s'exclame ma mère)
À la fin de la douloureuse phrase du médecin, je reste tétanisée. Est-ce qu'il est en train de me dire que je vais mourir là ? Oui, c'est bien ça ! Mon Dieu ça y 'est, c'est la fin ! Voilà que j'apprends qu'à l'aube de mes trente-six ans, je vis probablement mes derniers mois. Une chose est sûre, c'est que je ne voulais pas mourir comme ça ! Qui le voudrait vous me direz !?
- Nous avons consulté la liste des donneurs et malheureusement personne ne correspond.
- Bon ben ! Je dois prendre quelque chose, un traitement avant de mourir ?
- Ne parle pas comme ça Johanna. (s'exprime mon père)
- Papa ! Tu as bien entendu, il n'y a plus d'espoir, personne n'est compatible.
- Tu as trente-six ans seulement ! Ce n'est pas juste. (dit ma mère)
- Ben j'ai déjà eu une belle vie. Je n'ai pas d'enfant, pas de mari, au moins ils ne seront pas malheureux.
- Comment tu peux être aussi calme ? (demande ma mère)
- Je vais faire quoi ? Hurler, pleurer ! Ça n'arrangera rien.
- Les chances que le frère ou la sœur soit compatible sont de combien ? (demanda ma mère)
- Vingt-cinq pour cent. C'est une chance sur quatre si vous préférez !
Ma mère regarde mon père avec insistance.
- Il y a encore un maigre espoir. (affirme ma mère)
- Betty ! (s'exclame Richard)
- Richard ! On doit tenter cette carte de la dernière chance.
- Une proposition ? (demande le médecin)
- Mon mari et moi ça fait très longtemps que nous sommes ensemble et avant Johanna nous avons eu une fille.
- Quoi ? (Dis-je très surprise)
- J'avais 15 ans Johanna ! J'étais trop jeune. Nos parents ont décidé à notre place et la petite est partie à l'adoption !
- J'aurais une sœur de quarante-et-un ans qui traînerait quelque part ?
- Oui !
- Ben ça alors ! On en apprend tous les jours ! (affirme Mike)
Mon frère est aussi stupéfait que moi en apprenant cette nouvelle. J'avoue que sur le coup j'en veux énormément à mes parents de nous avoir caché l'existence de cette soeur. Je réfléchis un cours instant et pour moi, il est hors de question qu'il mêle cette femme à ça. Elle a sa vie ailleurs et je ne me vois pas aller la voir pour lui demander un don de moelle osseuse, non, c'est hors de question !
- Vous ne la retrouverez pas ! Si c'est sous x, vous n'aurez aucun renseignement ! (dis-je)
- Dans ce genre de cas, on peut faire lever le secret. Il faudrait toutefois qu'une demande soit rédigée de vos propres mains. Si le conseil national d'accès aux origines personnelles estiment que c'est vital, ils doivent eux-mêmes contacter votre soeur biologique afin de lui parler de votre souci. Après, ça sera libre à elle d'accepter de se soumettre aux examens et de faire le don si toutefois elle est compatible. Toutefois, elle pourra préserver son anonymat même si elle fait ce don.
- Cette femme ne sait peut-être pas qu'elle a été adopté. On risque de foutre la pagaille dans sa vie alors que si ça se trouve elle n'est pas compatible !
- On doit tenter Johanna ! (dit ma mère)
- Maman à raison Johanna ! (approuva Mike)
- Pourquoi vous nous avez caché ça ! Elle n'a pas compté pour vous ?
- Pas vraiment ! J'avais quinze ans, ton père dix-huit. Nos parents étaient furieux ! On ne l'a jamais revu, on a appris à vivre sans elle. Puis on vous a eu vous ! Quand tu es venue au monde Johanna, c'est comme si c'était toi notre aînée ! Cette enfant n'était pas la nôtre, pour nous, elle n'a jamais existé.
- Comment peux-tu tenir un discours pareil ! C'est dégueulasse de dire ça ! On ne fait pas des enfants pour remplacer un autre ! Vous n'avez jamais cherché à savoir ce qu'elle est devenue ? Vous ne vous êtes jamais demandé ?
- Elle a fait sa vie.
- Et si ça se trouve elle a mal fini ! Parce que ses parents l'on abandonnée. Je ne veux pas qu'on la contacte. Laissez là tranquille. Je ne ferais pas cette lettre. Si je fais les démarches et qu'elle n'est pas compatible, on risque de foutre la m***e pour rien. Ça ne serait pas intelligent. Sur ce, laissez-moi nourrir en paix et respectez ma volonté ! (sur un ton strict)
- Johanna ! (dit Richard)
- Docteur, je vais faire mes directives anticipées. Quand ça s’aggravera, je ne veux pas être maintenue en vie par des machines.
Je quitte le bureau très en colère. Sur le coup, je ne sais pas vraiment si c'est la maladie qui me rend le plus en colère ou le fait d'apprendre que mes parents ont abandonné un enfant dont ils ont l'air totalement indifférent.
J'attends ma famille à l'extérieur pendant qu'ils discutent encore avec le médecin. Je pense qu'ils discutent encore de cette éventualité de retrouver cette femme, mais il en est hors de question.
- Qu'est-ce qu'on peut faire docteur ? (demande ma mère)
- Vous pouvez toujours faire la démarche à la place de Johanna, mais c'est plus difficile dans un cas comme ça. Elle est majeure, elle est lucide ! Puis vous l'avez entendu !
- Il faut qu'on retrouve cette personne. (affirma ma mère)
- Ok ! Je pense qu'il faut tenter le coup, en effet. Elle est bouleversée pour le moment, mais elle n'a pas le temps pour dire dans six mois qu'elle a changé d'avis.
- J'adore ma grande soeur, mais ce que vous faites, ce n'est pas bien ! (s'exprime Mike)
- Tu ne vas pas lui dire ?
- Non, car je veux qu'elle vive, mais je n'approuve pas pour autant ! Puis moi personnellement, ça me choque quand tu dis "il faut qu'on retrouve cette personne". J'ai dû mal de t'entendre parler comme ça alors que cette personne comme tu dis, tu l'as mise au monde. Franchement je ne vous félicite pas !
- Ne parle pas comme ça à ta mère ! Puis nous étions jeunes !
- Je vous l'accorde ! Quinze ans, c'est trop jeune pour élever un enfant, mais ça ne vous donne pas le droit d'utiliser des termes méprisant quand vous parler d'elle.
- ça reste une inconnue ! (affirme mon père)
- Et si on la retrouve, qu'elle est compatible et fait ce don à Johanna ! Ça sera toujours une inconnue ?
- Je ne sais pas ! Après j'ai déjà deux enfants. Si elle fait le don, tant mieux, mais je ne me verrai pas aujourd'hui dire que j'ai trois enfants ! (répond ma mère)
- Oui enfin, je pense que vous ferez exception si il s'avère que cette femme à beaucoup de fric !
- C'est bon Mike ! ça suffit ! (dit Richard)
- Écoutez docteur, je vais m'en aller rejoindre ma soeur, elle a besoin de moi et là, je crois que j'ai juste envie de vomir. Alors au revoir !
Mike quitte le bureau suivi par mes parents. Je tourne en rond devant l'hôpital, je suis furieuse auprès de mes parents. Je n'arrive pas à concevoir qu'ils nous aient caché qu'ils avaient déjà eu un enfant.