Chapitre 6

387 Mots
6Ailleurs, la veille au soir et sans moi (vous allez comprendre) Fabio Pardhoeven – Pardo, comme le surnomme la rue, son domaine – n’est pas vraiment un délinquant, mais assurément, on peut le qualifier d’incivil. Emmerder le monde est une vocation, une activité qui l’occupe à plein temps. Ce soir, il a choisi de sévir dans cette petite rue pavillonnaire habitée par des allocataires de toutes sortes, où les maisons accolées offrent au visiteur une alternance de portes d’entrées et de portes de garages en tôle inoxydable, supports de nombreux graffitis aux goûts plus ou moins douteux. Un couloir où il fait « bon vivre » en attendant la mort. « La banlieue », selon un architecte qui vit ailleurs. Les étages sont plus gais. Avec des persiennes aux fenêtres. Persiennes qui ont, pour la plupart, vécu, voire disparu. Quelques-unes, malgré tout, sont entretenues et, c’est un comble ! choquent. Cet après-midi, Fabio – enfin Fabien, s’il avait persisté dans le port de ce beau prénom que sa mère lui avait choisi dans l’espoir de lui ouvrir les portes d’un avenir rayonnant – a réussi à sortir un ballon de hand d’un endroit qu’on ne découvrira que plus tard, sans faire sonner d’alarme ni déranger le probable vigile qui crachouillait certainement dans son talkie-walkie. Vingt-trois heures trente, ça faisait une bonne demi-heure qu’il avait jeté son dévolu sur ce beau panier de basket qu’un père attentif à l’épanouissement sportif de sa progéniture avait boulonné entre la porte d’entrée et celle du garage, taguée d’une belle chatte béante. Pas l’animal, plutôt genre Courbet avec son tableau L’Origine du monde. Difficile de faire entrer ce p****n de ballon de hand dans le trou immense du panier de basket. D’autant que le réverbère le plus proche est grillé. Mais Pardo est un tenace. Quand il s’énerve, entre deux paniers ratés, il balance de toutes ses forces intactes d’inaction sa balle contre la porte en ferraille, qui résonne alors dans toute la rue. Faire chier le monde, ça le rend jouasse. Et plus le monde s’écrase, plus il prend son pied. Un pépé, qui n’en peut plus de ce boucan, hurle à travers ses persiennes closes. Courageux, mais prudent. L’écho de ses cris enragés fait des zigzags entre les façades de béton. Un dernier impact contre la porte et plus rien. Le vieux a gagné. Il peut aller se recoucher devant sa télé. Ce soir, c’est une vidéo porno qui le rend triste de constater tout ce qu’il n’a pas osé faire quand il pouvait. Il n’avait pas idée. Maintenant il regrette.
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