Chapitre 3: C’est lui. L'Obsidien. J'en suis sûr

1181 Mots
Inna Le silence qui suit le coup de feu est plus terrifiant que la détonation elle-même. Je sens l’odeur de la poudre et celle, métallique et écœurante, du sang qui se répand sur le sol luxueux du club. — Amenez-moi cette ordure. Ordonne l'Élite d'une voix dépourvue de toute émotion.Je reste plantée là, les jambes changées en plomb, la main plaquée sur la bouche pour étouffer mes cris. Les larmes coulent sans s'arrêter, brouillant ma vue. Un des hommes de main s'approche de Dan, qui rampe pathétiquement sur le marbre, et lui assène un coup de pied v*****t dans l'estomac. Le bruit sourd de la botte contre les côtes me donne la nausée. — On va te faire recracher chaque centime que tu t'es enfourné, petit traître. Grogne le soldat en le saisissant par le col de sa veste neuve.Ils traînent Dan au sol comme un vulgaire sac de viande. Il gémit, sa jambe laissant une traînée rouge sombre derrière lui. Ils sont sur le point de sortir quand leur chef s'arrête brusquement. Il pivote sur ses talons et me pointe du doigt avec un sourire cruel qui ne monte pas jusqu'à ses yeux. — Amenez-la aussi. Elle fera une belle p**e pour nos gars de l'Avant-bras. Le monde bascule. Deux colosses s'approchent de moi. Je recule, secouant la tête frénétiquement, l'instinct de survie prenant le dessus sur la paralysie — Non... non ! Je n'ai rien fait ! Je ne savais pas... je ne le connais pas vraiment, s'il vous plaît ! Supplié-je, ma voix n'étant plus qu'un sifflement étranglé.Je n'ai pas le temps de finir ma phrase. Une gifle monumentale me percute le visage. L'impact est si sec que j'entends ma propre mâchoire craquer. Ma lèvre se fend instantanément contre mes dents et le goût chaud du sang envahit ma bouche. Ma tête tourne, mes oreilles sifflent, et je m'effondre sur les genoux, sanglotante. — La ferme, s****e. Crache l'un des types en me saisissant par les cheveux pour me relever de force.Ils nous traînent vers la sortie de secours, là où la musique n'est plus qu'un bourdonnement lointain. On débouche dans une ruelle sombre derrière le club, un endroit mal éclairé où seule la lueur des lampadaires vacillants perce l'obscurité. Sans aucun ménagement, ils nous balancent tous les deux à l'arrière d'une camionnette noire.Dan est inconscient maintenant. Son corps est pris de spasmes incontrôlables et sa jambe continue de pisser le sang, imbibant le plancher métallique du véhicule. J'ai des haut-le-cœur. Je n'ai jamais vu autant de sang de toute ma vie, encore moins celui de l'homme que j'aimais. — Vous avez intérêt à la fermer si vous voulez voir le soleil se lever. Grogne l'homme avant de faire claquer les portes arrière.Le noir m'engloutit. Le verrouillage centralisé résonne comme le couperet d'une guillotine. Je suis exactement là où j'ai passé ma vie à essayer de ne pas être : au cœur de la machine du Nexus. Je tâtonne le sol froid, mes mains rencontrant le corps inerte de Dan. Je le secoue, j'appelle son nom dans un murmure désespéré, mais il ne répond pas.Je fouille ses poches avec des mains tremblantes. Rien. Pas de téléphone. Je fouille les miennes. Rien non plus. C’est là que la réalisation me frappe, plus douloureuse que la gifle : tout était prévu. Ces gars nous surveillaient depuis des semaines. Ils savaient pour le club, ils savaient pour l'embauche, ils savaient pour moi. Ils nous ont laissé fêter notre richesse juste pour que la chute soit plus brutale.L'Obsidien ne laisse rien au hasard. S'ils m'ont prise, ce n'est pas par hasard. Ils savent qui je suis. Ils connaissent ma vie, mon lien avec Pablo, tout. Je ne suis pas juste une victime collatérale ; je fais partie de leur plan. ***** Le trajet semble durer une éternité. Dans le noir complet de la camionnette, le temps se dilate et devient une agonie. Je suis prostrée contre le corps de Dan, mes doigts crispés sur son poignet pour sentir son pouls. Sa respiration devient de plus en plus lente, un sifflement erratique qui s'échappe de ses poumons. Je pleure en silence, les larmes se mélangeant au sang qui s'est déjà infiltré dans les fibres de mon jean — Dan, reste avec moi... ne meurs pas, s'il te plaît, ne me laisse pas seule ici. Murmuré-je comme une prière désespérée. Soudain, le véhicule tangue violemment. Les secousses deviennent brutales, le métal grince. On a quitté le goudron lisse de la ville pour une route de terre, pleine d'ornières. Ce n'est qu'après deux longues heures de cahots que la camionnette s'immobilise enfin. Des voix étouffées résonnent à l'extérieur, dures, impitoyables. Lorsque les portes arrière s'ouvrent brusquement, la fraîcheur de la nuit s'engouffre, mais elle n'apporte aucun soulagement. — Sortez-les de là ! Ordonne une voix puissante.Je me recroqueville instantanément, tentant de me faire minuscule dans un coin. Un homme entre dans l'habitacle et me saisit à la taille avant de me jeter sur son épaule comme un vulgaire sac de patates. Je ne débats pas. Je n'ai plus de force. Je prie simplement en fermant les yeux. Un autre soldat attrape Dan ; je l'entends gémir de douleur, un son déchirant qui me transperce le cœur. — Réveillée, petite s@lope ? Ricane un des types qui marchent derrière nous. __ T'inquiète pas, on va bien s'occuper de ta femme pendant que tu paieras tes dettes. Mon sang se glace. Ils pensent que je suis sa femme. Pour eux, je ne suis qu'une extension de sa trahison, une monnaie d'échange ou un jouet pour évacuer leur nervosité.Après quelques minutes de marche, je suis projetée au sol avec une telle violence que le souffle me manque. Je m'écorche les paumes sur le béton froid. En relevant la tête, je découvre l'horreur. Nous ne sommes pas dans un simple entrepôt. C'est une immense cathédrale dédiée à la douleur.L'endroit est immense, éclairé par des projecteurs d'une blancheur crue qui brûlent les yeux. Partout, des établis croulent sous des armes de tous calibres, mais ce sont les autres objets qui me font défaillir. Des crocs de boucher suspendus au plafond, des câbles électriques qui traînent près de bacs d'eau, des chaises métalliques boulonnées au sol, et ce matelas immonde, taché de fluides que je préfère ne pas identifier. C'est une salle de torture industrielle.Le bruit sourd d'une porte métallique qu'on referme et qu'on verrouille résonne comme un arrêt de mort. Dan est jeté à quelques mètres de moi, inerte, gémissant faiblement.Soudain, une petite porte au fond de la salle s'ouvre. Un groupe d'hommes en cagoule entre, traînant d'autres prisonniers ensanglantés et menottés. Mais c'est celui qui marche en tête qui paralyse tout le monde. C’est un mur de Muscle .Lui ne porte pas de cagoule. Il porte un pantalon de treillis militaire et un t-shirt noir sous un gilet pare-balles massif. Il tient une arme imposante à la main, un fusil d'assaut noir mat qui semble faire partie de son propre corps. Ses cheveux sont coupés court, en un dégradé impeccable sur les côtés. C’est lui. L'Obsidien. J'en suis sûr
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