Pauline à Béatrix Branefort. « Ma chère Béatrix, Ma tante Thérèse est venue elle-même me chercher et nous sommes parties le jour même pour Branefort. Le pays a une tristesse sauvage qui me plaît, mais qui m’attriste. Je m’y ferai. Je reste des heures à écouter ce flot qui se brise à quelques centaines de pas de moi sur ces beaux rochers qu’il creuse. Si la maison est assez triste, les habitants sont gais à leur façon. Mon oncle et ma tante Thérèse sont à la fois les meilleurs amis du monde et les ennemis les plus acharnés. Ils se disputent sur tout, à propos de tout, pour des riens. Ma tante Lucie rit en les voyant gesticuler ; mais, hélas ! ce rire-là n’égaye pas. J’ai éprouvé quelquefois de folles et terribles révoltes intérieures ; j’ai pleuré bien amèrement sur mon infirmité ; j’ai


