Safietou.
Toc toc !
Quelqu'un vient de frapper avec force à la porte de ma chambre ce qui me fit sursauter. Je mets ma série sur pose et ouvres.
C'est Anastasie, l'assistante de ma tante qui me lançe un regard méprisant et me dit :
- Safiètou demande à te voir. Tu as intérêt à te dépêcher, tu la connais.
Elle me toise comme à son habitude, mais je n'en fais pas cas. De toute façon je suis habituée.
Je la suis sans un mot à travers la maison. L'habituelle atmosphère de fête y régne Il y a des gens dans le salon et dans le jardin. Je n'y accorde pas trop d'importance, c'est sans doute une de ses réceptions dont elle a la manie.
Nous arrivons devant le bureau de ma tante et Anastasie ouvre la porte et s'efface pour me laisser entrer.
Ma tante est comme à son habitude assise derrière son bureau, son trône de luxure.
Elle me regarde de son éternel air méprisant et diabolique dont elle seule à le secret.
Elle me désigne le siège qui se trouve devant moi, et je m'installe. Et tout ça dans la plus grande normalité.
Je m'attends déjà au moment où elle va disjoncter.
Elle me fixe quelques minutes puis se lève. Aujourd'hui madame porte une robe bustier rouge coupée sur mesure sur un tissus qui me semble être du soie de Guerlain.
J'aurais voulu qu'elle soit laide comme une guenon mais malheureusement pour moi, elle est belle, incontestablement, du haut de ses quarante-cinq ans.
- J'ai une très bonne surprise pour toi ma chérie ! Me dit-elle tout à coup, en battant des mains, d'un air surexcité.
Hé Dieu? Qu'est-ce qu'elle prépare encore, ce n'est jamais bon signe quand elle m'appelle par un nom doux.
J'ai très peur sur le moment, mais je ne fais rien paraître, il ne faut surtout pas qu'elle me sente faiblir.
Ainsi donc je garde mon air désintéressé jusqu'à ce qu'elle me dise :
- Tu ne veux pas savoir de quoi il s'agit ?
Tu sais très bien que si, sorcière.
- Tu vas te faire le plaisir de me l'apprendre très chère tante. Je lui rétorque avec un sourire feint.
Elle se lève, fait le tour de la pièce, allume une cigarette, le tout en ne me lâchant pas du regard. Histoire de bien m'énerver.
Malheureusement pour elle, s'il y a bien une chose que toutes ces années avec elle m'a apprise, c'est la patience.
Alors je ronge mon freint et la laisse continuer son petit numéro.
Je sais qu'au moindre petit signe d'impatience de ma part, elle va prolonger le supplice. Et s'en délecter.
- Eh bien ! Tu vas te marier. Dit-elle en sautillant, ravie.
Je reste silencieuse quelques secondes.
Il me semble qu'elle vient de parler de mariage.
- Qui se marie, dis tu? Je lui demande.
Elle éclate d'un rire ravi, avant d'écraser son cigare sur le cendrier en face d'elle.
- Mais toi ma petite chérie. C'est toi qui vas te marier.
Bon, il n'y a plus aucun doute, mes oreilles me jouent des tours.
Soit c'est ça, soit je deviens folle.
Elle a fini par me rendre folle, malheureusement.
- Pardon ? Safiètou, je n'ai pas compris.
- J'ai dit que tu vas te marier j'ai accordé ta main au fils de Rawane Aïdir ! Crie t-elle plus fort .
Je me tais quelques secondes, sans doute n'ai-je pas bien entendu.
Il faut vraiment que j'aille consulter parce que là...
- Je ne pense pas avoir bien compris ma tante. Veux tu bien articuler?
Elle éclate de nouveau de rire, un rire moins joyeux cela dit.
Elle commence à s'énerver là.
- Mais que tu peux être sotte ! J'ai dit que j'ai accordé ta main. Tu ne comprends plus le français ?? Mayé nala laa wax !!! Dit-elle tout sourire.
- Safietou, j'espère que c'est une farce !
Et Bamm !
Elle me gifle ! Une gifle tellement forte que ma tête tourne.
Un jour, elle me le paiera.
- Espèce de petite sotte !! Tu me connais farceuse ? Hurle t-elle
Salope!
- Justement, tu n'est pas réputée pour avoir de l'humour, c'est pour cela que je suis surprise. Je lui répond du tac au tac.
Elle s'approche dangereusement de moi et me menace du doigt.
- TU VEUX UNE AUTRE GIFLE ? J'ai accordé ta main un point, un trait.
Si seulement elle s'arrêtait de brailler comme un âne.
Je commence à avoir une migraine.
- Mais ma tante...
- TA GUEULE ! Tu devrais être reconnaissante ! Après tout aucun homme ne voudrait de toi. Rawane ta sauvée du célibat à vie.
Elle se rassoit sur son fauteuil et allume une autre cigarette.
Bon, elle m'a l'air assez sérieuse, mais ce qu'elle raconte n'a absolument aucun sens.
Elle ne blague pas, je la connais assez pour savoir qu'elle est sérieuse. Et c'est ce qui me fait peur.
- Mais pourquoi ? Est-ce que tu veux bien m'expliquer, calmement ?
Elle tire longuement sur sa cigarette et prend tout son temps pour recracher la fumer.
- Pourquoi ? Pourquoi ? Mais parce que je te déteste ! Ça tu le savais déjà. Et aussi parce que je veux me débarrasser de toi.
Je ne supporte pas ta présence dans ma maison.
Elle dit ça avec tellement d'indifférence, en tirant une autre bouffée de nicotine.
Tout ce qu'elle vient de dire est vrai. Encore heureux qu'elle soit honnête sur les sentiments que je lui inspire, il n'aurait plus manqué qu'elle joue les hypocrites.
Mais je sais qu'il y a autre chose.
Parce que quoi qu'il arrive, elle n'a pas intérêt à me laisser me marier. Cela équivaudrait à une grande perte pour elle.
La perte de sa poule aux œufs d'or.
En l'occurrence... moi.
- Maison qui est aussi la mienne, vieille folle!
Elle écrasa de nouveau furieusement son cigare.
À ce rythme, elle va bientôt finir le paquet.
Ce qui m'arrangerai plutôt bien d'ailleurs...
Qu'elle crève d'un cancer des poumons.
- Haha ha ! Pas depuis que j'ai accordé ta main. Tu vas habiter chez ton mari. Danguay seuyi dès que le mariage sera officialisé.
Cette fois, je suis perdue. La connaissant, je sais qu'elle a mûrement réfléchi à tout ça e qu'elle a pris ses précautions, c'est la personne la plus intelligente que je connaisse.
Enfin... quand elle est sobre, ce qu'elle est étrangement aujourd'hui.
- Il y a également le fait que malgré tout, je suis un cœur tendre, je voudrais te rendre une dernier service avant que nos chemins ne se séparent. Continue t-elle. C'est le moins que je puisse faire pour la fille chérie de cette chère ...Amel.
J'essaie de me calmer malgré la colère qui commence à m'embraser.
J'ai envie de la trucider à chaque fois qu'elle prononce le nom de ma mère.
D'habitude, je ne réponds pas face à ses provocations, mais aujourd'hui, mon instinct me dit qu'elle est sérieuse.
Il vaut mieux que je te règle cette affaire ici, maintenant.
- Safietou. Je cherche un adjectif pour te qualifier, en vain. Je ne sais pas si tu es folle ou si c'est toutes les substances illicites que tu as consommé qui te montent à la tête. Tu penses que je vais me laisser marier ?
Elle éclate de rire.
- Milouda, je me demande d’où te vient le courage dont tu fais preuve aujourd'hui mais c'est pas grave. Fais ta brave autant que tu veux, tu me connais. Tu sais que tu vas finir par faire ce que je veux.
- C'est ce qu'on verra.
Quelqu'un frappe à la porte et elle sort un désodorisant qu'elle pulvérise partout pour couvrir l'odeur de ses cigarettes.
Quand elle ouvre, je suis toujours sur ma chaise entrain d'essayer de me calmer.
J'entends ma tante s'écrier !
- Rawane ! mon cher ami !
Tiens tiens...
Quand on parle du loup.
Aujourd'hui il porte un caftan en bazin léger et tiens un attaché-case à la main.
Cela faisait un bon bout de temps que je ne l'ai pas vu.
Depuis l'enterrement de papa à vrai dire.
Il a versé de chaudes larmes, m'a promis qu'il veillera sur moi comme sur son propre enfant, et à disparu.
Lui qui faisait parti des meilleurs ami de Papa.
Je n'ai jamais supporté ce vieux sournois.
Mais il se montrait toujours très correct avec moi.
Je me redresse et relève le menton d'un air digne. Papa me disait de garder la tête haute et de me montrer digne en toutes circonstances.
Je suis ses conseilles une nouvelle fois.
.
Safietou pourra me tourmenter autant qu'elle veut mais elle n'aura pas le plaisir de voir que ça me touche.
Ma tante fait enter l'invité. Le père Rawane Aïdir un vieux marocain, homme aux affaires prospères qui lui valent le statu d'un des hommes les plus riches du pays.
Tonton Rawane est accompagné de quelqu'un, je ne vois pas qui c'est, mais j’entends sa voix dehors, peut-être au téléphone ?
- Malouda! Ma fille ! S'exclame t-il d'un air joyeux.
Malouda hein...
- Monsieur Aïdir, ça fait longtemps. Je lui réponds sèchement.
Il n'en fait pas cas et s'approche de moi pour me coller un bisou sur la joue.
- Appelles moi Tonton ou même Papa. Tu sais que tu es ma fille, maintenant.
Je n'ai même pas les mots pour dire ce que je ressens en ce moment.
Dois-je rire ou pleurer?
- Je vous appellerai papa le jour où vous ferez l'effort de connaître mon prénom.
Il lève un sourcil interrogateur en direction de Safietou qui me menace du regard.
Tchip.
Ils prennent place l'un en face de l'autre et se lancent dans une discussion animée.
Pendant ce temps je les regarde feignant le désintéressement total.
La personne qui l'accompagne est toujours dehors, c'est forcément l'un de ses rejetons.
Je me demande lequel de ses fils cela peut-il bien être ?
Hayad ?
Le fils à papa coureur de jupons qui ne se gêne pas pour me draguer en vue de me mettre dans son lit ?
Ou bien Samir? Le fils prodigue qui a chaque jour une rubrique qui lui est entièrement consacré dans chaque journal du pays. Lui, c'est le petit malin qui ne se prive pas de me traiter de p**e à chaque fois que l'occasion se présente.
Ou encore Sidy ? Le riche transitaire qui fait toujours comme si je n'existe pas à chaque fois qu'il se trouve en ma présence.
Je ne sais pas lequel je supporte le moins. Je ne les aime pas et je ne me vois vraiment pas mariée à l'un d'entre eux. Je ne me vois pas du tout mariée, à aucun homme sur terre d'ailleurs.
- Ma chère Safiètou ! J'espère que vous avez réglé tous les détails de notre affaire ? Fait tonton Rawane de sa voix forte.
«Attendez ! C'est moi l'affaire-là ? »
- Mais oui, mais oui. J'étais en train d'en parler avec Milouda. N'est-ce pas chérie ? Fait-elle en se tournant vers moi.
Je ne réponds pas. Je déteste quand elle fait sa gentille devant les gens. Sale hypocrite
- Est-ce pour cela qu'elle pleure ? Demande le vieux.
Ah donc, je n'ai pas caché mes larmes de frustration aussi bien que je le croyais.
- Figurez-vous qu'elle ne veut pas se marier. Elle pleure depuis un bon moment déjà.
- Ha ! Saisis l'occasion ma petite. Tu as encore de la chance que quelqu'un veuille encore de toi. Après tout ce que tu as fait dans ce pays... Ta belle-mère se soucie assez de toi pour faire tous ces efforts en vue de te caser. Ne sois pas ingrate.
Tu 'as rien compris le vieux.
- Mais pourquoi demander ma main alors ? Puisque je suis si... indésirable.
Le vieux, tapait nerveusement le pied.
- Vous ne l'avez pas mise au courant Safiètou ?
Safietou fronça les imperceptiblement les sourcils en ma direction.
- Non comme vous voyez elle est sous le choc et je ne voudrais pas l'éprouver encore plus. La pauvre elle est tellement fragile. Dit-elle en me coulant un regard doucereux.
Non mais je rêve moi ! Elle recommence avec son délire là !
- Ce n'est pas une raison ! Expliquez lui ! fit tonton Rawane. Je ne veux pas de problèmes, moi.
- J'attends qu'elle se calme un peu. Je ne veux pas risquer une crise de nerfs.
- Ok !! Se résigna tonton Rawane.
De quoi parlent t-ils?
- Mais où est le fiancé ? J'ai hâte de le rencontrer !!! s'écria ma tante
- Je suis là ! fit une voix derrière nous.
Nous retournons au même moment.
Mais... oh !
Attendez !
C'est qui lui ? Ce n'est pas un des fils du vieux maure dé !
Lui là je ne le connais pas.
Ce n'est ni Hayad, ni Samir, ni Sidy. En plus lui il est plus foncé. Et plus grand aussi.
Merde !
Dans quelle p****n de gueule de loup cette vieille folle m'as-t-elle fourrée ?Comment vais-je m'en sortir cette fois