Je me tire

5000 Mots
Je sorts du restaurant quelques minutes après Josée. En vérité, je me sens un peu déçue. Nous en avons vécu des choses cettes, mais jamais je ne lui ai annoncé une nouvelle qui aurait autant d'impact dans nos vies. Encore une fois, j'ai surestimé l'empathie de Josée. Qu'est ce que je croyais après tout ? Quelle allait laisser de côté toutes ses occupations pour se consacrer entièrement à moi? Pfff.. Je mets mes écouteurs et entreprends de recommencer mon footing. Ce matin je suis partie de la maison en courant. Oh trop d'énergie à libérer en ce moment ! J'ai pris soin d'attendre que Safiètou se soit enfermée pour sortir de la mienne. Je ne voulais vraiment pas prendre le risque de la croiser dans les couloirs, je ne suis quand même pas suicidaire. Dès que je suis sortie de sa chambre la veille, elle a commencé à s'énerver, elle a jeté tout ce qui lui tombait sous la main à travers la pièce, provocant un vrai raffut. Elle est en colère, je le sais. Elle a peur aussi, de mon oncle. Qui n'a pas peur de mon oncle de toutes façons? Moi aussi j'ai peur, peur de ce qu'elle pourrait me faire en revenant. C'est donc la raison pour laquelle je cours. Pour échapper à son courroux. Pauvre de moi! Je suis bientôt hors d'haleine. Je m'arrête pour souffler. Il est 9h, la plage n'est pas encore animée , mais il y a quelque personnes qui comme moi viennent courir. Il fait beau et frais, la mer semble m'inviter à la baignade. Je frisonne rien qu'en pensant à quel point l'eau doit être gelée. Je plains les quelques courageux qui s'y sont risqué. Finalement, je m'assied sur le sable pour profiter de cette fraîcheur matinale. J'ai toujours été fascinée par la mer, je l'adore. Je suis plongée dans la contemplation du paysage depuis quelques minutes déjà quand j'aperçois un tignasse brune aux cheveux bouclés qui me rappelé mon beau texan, Kévin. Il m'arrive de penser fréquemment à lui depuis qu'on s'est rencontré. Ça faisait longtemps que je n'ai pas rencontré une personne aussi rafraîchissante, aussi vraie, aussi... Il a discuté avec la vraie Milouda, pas celle qu'on décrit dans les journaux à scandale. Ce qui me fait penser aux évènements qui vont se dérouler dans un futur proche. Parce que ce qui est sûr, c'est que je vais me marier. Il ne peut en être autrement, vu que mon oncle est déjà au courant. J'ai un peu été blessée par son attitude la veille, il a sauté sur l'occasion pour me donne en mariage, comme si il était surpris que quelqu'un veuille de moi. C'est un peu dévalorisant, mais bon je m'y attendais de sa part, et de la part de tous. Il reste beaucoup de détails à régler pour ce soit-disant "mariage". Tout cela me fatigue, mais il le faut. Non? J'en suis à cogiter quand je sens une main me secouer l'épaule me faisant sursauter. C'est un joli sourire que je vois en me redressant, ainsi que de courtes bouclés brunes. Kévin! - Hey! Bilo Salut. Fait-il avec un sourire franc sur les lèvres. Dieu que cet homme est séduisant ! - Kévin! Salut. Donc c'est bien lui que j'avais aperçu. - Tu vas bien? Super depuis que je t'ai vu. - Oui ça va! Tu es venu courir? Je regrette ma question dès qu'elle franchit mes lèvres. Il est en jogging. Qu'est-ce qui me prend de poser des questions aussi idiotes. - Oui je suis venu faire un peu de footing avant d'aller à l'hôpital. Mon portable choisit ce moment là pour sonner. Un numéro que je ne connais pas s'affiche. -Ramènes tes fesses et vite ! Fait une voix qui ressemblait à celle de Safiètou, avant de raccrocher brutalement. Bon sang! Que me veut-elle? - Heu...je suis désolée mais il faut que j'y aille. Il y a un petit silence gênant qui s'installe. - Je... je peux peut-être t'accompagner. Comme l'autre jour. Finit-il par dire. - Oui! Dis-je de manière un peu trop pressée. N'aie pas l'air désespèrée non plus hein. Je me reprends. - Ok! On y va. C'est fou quand j'y repense, le sourire de cet homme me remplit le coeur d'une bouffée d'air frais. Je me sens mieux sur le coup. Beaucoup mieux. Le mal-être que l'appel de Safiètou m'a causé n'a pas totalement disparu. Mais je me sens mieux, grâce à Kévin. On commençe à courir à petite foulée, dans un silence apaisant, troublé par nos soufflés saccadés, le mien surtout. Par la je veux dire que je ahane clairement. Comme un âne. Je serai gênée si je n'avais pas les poumons et les caisses en feu. - Sinon, comment vas tu depuis... la dernière fois? Demande t-il rompant le silence. - Je vais bien. Ce petite phrase m'a demandé un effort considérable. - Can you explain me why ...pourquoi tu te déguises à chaque fois que je te vois. Re-demanda t-il l'air de rien. Je m'arrete net, manquant de tomber. - Quoi? . Il s'arrete. - Oui, je parle de le wig et des...lunettes de soleil. Pour moi, c'est important que lon ne me reconnaisse pas en tant Milouda Kâ. Peut importe qu'on me dévisage à cause de mon énorme perruque et mes lunettes que je n'enleve sous aucun prétexte. - Pourquoi penses tu que je me déguises? Il sourit. - Just because, le jour où on s' est rencontré, tu portais le même wig et des glasses...alors que il faisait nuit, tu ne les as pas enlevé une seule fois. Je suis surprise qu'il ait remarqué ça. Mais que puis je donc lui répondre ? Je décide alors de m'en sortir par une acrobatie. - Tu sais, on dit une perruque, pas un perruque. - Ok! Mais tu peux... Bip bip! Bip bip. Bip bip. Sauvée par le gong! Je ne sais pas ce qui a sonné mais j'ai échappé à l'interrogatoire grâce à lui de justesse. Il sort un appareil à peine plus grand qu'un téléphone de sa poche, un bipper. - C'est l'hôpital. Dit-il d'un ton résigné. - Une urgence? - Oui, le devoir m'appelle. Rétorque t-il.. On s'est arrêté sur la voie, bordée de jolies maisons. Les ménagères passent devant nous, du pain sur les bras. - Est ce que je peux t'inviter un jour, pour boire un verre, Bilo? Je suis en même temps surprise et ravie de cette requête. Je ne peux dire que... - Je...euh... Oui! Bien sûr. Il y a un blanc. - Tu sais, je suis allé courir presque tous les soirs , quand je ne suis pas de garde, depuis que je t'ai rencontré... Tu es la seule personne sur qui je suis tombé qui ne me considère pas comme, seulement un ... stranger... un étranger. Ah oui?? Je crois que je suis entrain de fondre. C'est trop chou. - Je comprends. J'accepte ton invitation avec plaisir. Il arrête un taxi qui passait juste devant nous. . - Tiens. Call me, please. Fait-il en me tendant un morceau de papier. Je reste plantée là, bêtement sur le bord de route, regardant le taxi s'éloigner. Cela fait plus de deux semaines que mes pensées s'orientaient régulièrement vers lui. Et voilà qu'il m'invite. Mais puis-je accepter? Je suis devenue très méfiante envers tout le monde depuis le décès de papa. Envers tout le monde, sauf Kévin. Je lui fais confiance, comme ça, sans le connaître. Je ne sais pas comment expliquer ça, mais ce genre de chose arrive. ************************** ************************** Je referme la porte de ma chambre doucement et souffle un bon coup. J'ai pénétré dans la maison sur la pointe des pieds. Ma tante m'a dit de ramener les fesses en vitesse, mais pour moi, le plus tard sera le mieux. Je prends mon temps pour prendre un bon bain, en douceur. On frappe deux coups discrets sur la porte deux minutes plus tard. Ce n'est certainement pas Safiètou. J' entrebaille prudemment la porte de ma chambre pour voir qui c'est. Anastasie. - Qu'est-ce que tu veux? Je lui demande, sur mes gardes. - Safiètou te demande... Elle n'a même pas encore fini que je lui claque la porte au nez. Entre Anastasie et moi, c'estt comme ça depuis...depuis Simon. Elle a totalement changé d'attitude envers moi, arrêtant de m'appeler "la Petite princesse " ou la " sale peulh". Elle m'appele dorénavant par mon prénom, a arrêté de marteler la porte de ma chambre... Anas a également changé physiquement, a maigri, a arrêté de coller aux basques de Safiètou et de tout faire pour être dans ses bonnes grâces. Voilà pourquoi j'ai une certaine appréhension à propos de l'amour. Ça rend bête et vulnérable. Je me rends au salon. Toutes les vitres sont fermées, les rideaux baissés, j'ai beaucoup de mal à repérer ma sorcière de tante, surtout avec la fumée qui emplit la pièce. Elle est avachie sur le canapé en cuir, une cigarette entamée entre les doigts. Je n'arrive pas à distinguer son expression faciale mais je m'assied loin d'elle à l'autre extrémité du salon, au cas où elle aurait la brillante idée de me jeter quelque chose à la figure. Maintenant, j'attends. - Je t'ai réellement sous estimé, mais ca m'apprendra. Tu es vraiment fourbe. Finit-elle par dire. Mon coeur raté un battement. J'imagine que son entrevue avec tonton Beckaye s'est très mal passée. - Merci. J'ai eu un excellent professeur, toi. Répondis-je. Elle tire quelques bouffées de cigarette de plus. - Tu sais que tu auras beau essayer, mais tu ne m'arriveras jamais à la cheville. Crache t-elle. - Rassures toi, mon intention n'a jamais été de te ressembler, loin de moi cette idée. Je rétorque. Pourquoi voudrais-je ressembler à une vieille fille misogyne, alcoolique et nymphomane par dessus le marché? Elle émet un rire qui me fait froid dans le dos. Un de ces rires qui sonnent comme un avertissement. - Tu joues la carte de l'insolence avec moi...hum. Tu as oublié qui je suis princesse? J'ai peut-être lâché du leste ces temps-ci, mais je suis toujours là même Safiètou qu'il y a un an. Je peut faire de toi ce que je veux d'ici ton pseudo mariage. Je fais comme si ce qu'elle dit ne m'intéresse pas, je me lime les ongles en prenant un air détaché, mais à l'intérieur je bouillonne de rage. Les menaces, je ne les supporte pas. - Je te conseille de ne pas toucher à un seul de mes cheveux. Tu t'es rendu compte que tu m'as sous-estimé, mais tu ne sais même pas à quel point. Tu m'as rendu la vie impossible ces deux dernières années, j'ai eu le temps de réfléchir pendant ce temps. Et tu sais quoi? J'ai beaucoup appris de toi Safiètou, beaucoup. Je ne me laisserais plus faire, que ce soit clair dans ta cervelle de diablesse. Maintenant c'est simple, entre toi et moi ce sera désormais "rokki mi rokki", oeil pour oeil, dent pour dent. Tu m'attaques, je contre attaque. Tu reviens à la charge, je te détruis. Est-ce assez clair? Je ne vois toujours pas son visage, mais de là où je suis, je peux facilement deviner qu'elle est hors d'elle. Elle jette furieusement son mégot par terre et s'avançe dangereusement vers moi. - Comment oses tu me parler de la sorte? Hurle t-elle. - J'ose de la même manière dont tu as osé faire tout ce que tu as fait ces années. Répondis-je. Elle se saisit d'un vase qui est posé sur la table basse et me le lançe, je l'esquive de justesse. -Mais pourquoi as tu fait ça ? - Je te tuerais! Sale petite vermine. Hurle t- elle de nouveau en essayant de se jeter sur moi. Elle est bourrée. Elle ne tient même pas debout et elle veut m'attaquer. - C' est ton haleine qui va me tuer sorcière! Tu pues la mort. En fin de compte je n'aurais pas du dire ça car elle se déchaîne encore plus. Je lui échappe et cours jusque dans ma chambre et ferme la porte à double tour. Je saisis mon portable posé sur ma commode. - Allo! Mansour! C'est Milouda. Viens me chercher, c'est le moment. Mon cou me fait sacrément mal, cette vieille m'a massacré, encore. Je porte la main à mon cou d'où coule un liquide chaud. Du sang. Cela ne fais que me motiver, encore plus, à faire mes bagages. Mon cousin va arriver d'une minute à l'autre. Je l' ai croisé il y a deux jours dans le centre-ville, quand je sortais du cabinet d'avocats. J'avais un foulard enroulé autour de ma tête et mes éternelles lunettes de soleil noires . J'allais traverser pour prendre un taxi quand une voiture s'arrêta à mes pieds. - Je peux vous déposer quelque part mademoiselle? Fit une voix provenant de la voiture. - Non merci. Répondis-je sans même regarder mon interlocuteur. J'avançais d'un pas décidé vers la voie sans me retourner. - Mais madmiselle répondez moi! Je me suis stoppée net. Il avait dit " madmiselle" et une seule personne sur terre m' appelait comme ça. Je me suis tournée vers la voiture, du côté conducteur. Une hallucination, j'ai cru que j'étais sujette à une hallucination. - Mansour? - Oui Mimi, c'est bien moi. Répondit-il. Allez montes! J'avais rapidement contourné la voiture pour monter du côté passager. Je n' en revenais simplement pas. Mon cousin préféré, cela faisait plusieurs années que je ne l'avais pas vu. Deux ans exactement, il avait disparu un beau jour sans explication. Enfin, mon oncle m'a interdit de poser des questions sur lui et ses frères et sœurs ont tellement peur de leur pères qu'ils n'ont pas osé braver son interdiction de parler de Mansour. Et voilà qu'il apparaissait ce jour là. Je me jetai à son cou après avoir fermé la portière avec empressement. - Mon petit Mans tu m'as terriblement manqué! Demandai-je. Tu étais où pendant tout ce temps? Pourquoi est tu parti sans me dire au revoir? Il éclata de rire en enlevant mes bras qui lui entouraient le cou, sûrement qu'ils l'etouffaient. - Wow doucement Mimi, tu veux me tordre le cou? Souffla t-il en feignant de s'étouffer. - D'accord je te laisse. Mais racontes moi tout. Il alla se garer plus loin. Je le regardais comme s'il était une merveille du monde. Tala et lui étaient les frères que je n'ai jamais eu ainsi que mes meilleurs amis. Nous avons pratiquement été élevés ensemble. Bon... pour Mansour c'était une autre histoire puisque son père en voulait à ma mère d'avoir épouse mon père à moi. Cette phrase me ferait presque rire si le souvenir des après midi où Mansour se cachait pour venir à la maison ne me remontait pas à la gorge. Étant l'enfant le plus rebelle de la famille, il n'a pu respecter l'interdiction de son père de me fréquenter. De plus Tala était son meilleur ami, et chez moi il avait le calme et ma paix qui manquait chez lui avec ses cinq frères et sœurs. Quelques fois sa petite sœur Khadija qui a le même âge que moi l'accompagnait mais j'ai toujours été plus proche de lui. Il arrêta le moteur et se tourna vers moi. J'eus tout le loisir de l'admirer. Il était encore plus beau que dans mes souvenirs avec son teint clair et ses petits yeux rieurs, il avait hérité de visage aux proportions réglementaire de sa mère et malheureusement du nez typiquement Bambara de mon oncle. Un peu gros et apaté. Heureusement qu'il n'a pas pris son caractère aussi. - J'étais à Cape Town. Commença t-il. - Hein! Criais-je presque. L'Afrique du Sud! Mais que faisais tu là bas? En plus si mes souvenirs ne me trompent pas , il était très nul en anglais. Du coup je me demande comment il a pu vivre dans un pays Anglophone. - J'ai pu continuer mes études. J'ai fini mon master. Dit-il fièrement. - Ok! Mais pourquoi est tu allé en Afrique du Sud? Tu as disparu du jour au lendemain. Lui dis-je. Il se tut et regarda droit devant lui. - J'ai eu un problème avec papa. Repondit-il simplement. Il ne t'a donc rien dit? - Non. Que s'est-il passé? Encore? Dis moi s'il te plaît, je voudrais comprendre. Suppliais je. Il garda le silence tout en me fixant de ses iris noirs, l'air grave. - Tu sais papa n'a jamais accepté que je continue d'étudier la biologie. Il aurait plutôt préféré que je fasse du commerce international ou de la finance. Et tu sais à quel point il peut être égoïste quand il veut. Il m'à sorti un beau jour qu'il m'avait inscrit quelque part dans une université aux USA, j'ai catégoriquement refusé d'y aller. Il s'en est pris à ma mère, lui disant que c'est parce qu'elle me monte contre lui que je lui tiens tête. Ensuite il m'as dit que soit je faisais ce qu'il voulait, soit je n 'étais plus son fils. Il a créé un vrai scandal, avec lui,moi et ma mère au centre. Tout le monde a accusé maman. Elle m'en as voulu elle aussi, sans doute parce que les gens lui manquaient de respect à cause de moi... Mais se trouve que je n'en pouvais plus. Je n'en pouvais vraiment plus de vivre dans une famille ou tout le monde obéit a papa au doigt et à l'oeil qu'il se croit maître de tout et de tout le monde. Je ne supportais plus de vivre avec une mère soumise, qui ne vit que pour son mari et ses désirs . J'ai fait mes bagages sur un coup de tête et j'ai pris un billet pour l'Afrique du Sud. Mon meilleur ami y était installé, je l'ai rejoint. C'est sûr que ça faisait beaucoup du coup. Je n'ai pipe mot pendant son monologue. Je connaissais assez mon oncle pour savoir que c'était vrai. Son égoïsme, son entêtement et son désir de tout diriger était la raison pour laquelle il ne s'était jamais entendu avec mon père. Ce dernier à toujours favorisé l'expression personnelle de chacun. Mes cousins adoraient venir chez nous pour la simple raison qu'ils pouvaient jouir de leur libéré chez mon père. - Donc... il t'a renié.? Lui demandais-je. - hum hum. Fit-il simplement. - Ouah! Tout ça pour une histoire d'études. M'exclamais-je. Il acquiesce, le regard vide. - Même ma mère n'a pas voulu me parler pendant ces deux ans. Et tu vois je n'ai pas pu t'expliquer car à l'époque tu avais tes propres soucis avec le décès de ton père. Moussa m'a dit qu'il ne pouvait pas te joindre et que t'étais en voyage. C'est vrai? Là encore je baissai la tête, si je n'avais pas cherché à couper les ponts avec tout le monde, ses frères me l'auraient certainement dit. Et dire que je lui en ai voulu à un moment donné de ne pas chercher à me voir par tous les moyens... Tout comme Tala, il avait des problèmes et moi je ne faisais que m'apitoyer sur mon sort, croyant etre la seule qui souffrait. - Non, je n'étais pas en voyage. Finis-je par dire d'une petite voix. Et c'est parce que je le voulais qu'il ne pouvait pas me joindre. Et là je me mis à parler, à lui raconter en détail tout ce qui s'était passé dans ma vie ces deux dernieres années . Je m'ouvrais, respirant à peine, me confessant, me libérant. Je lui parlai même de mon mariage à venir. Sans trop entrer dans les détails cela dit car il m'aurait dit non, et ce ne serait pas bien pour mes affaires, ni pour ceux de Tala. Josée avait beau être ma meilleure ami elle ne m'avait jamais écouté ainsi. Elle était toujours occupée à faire autre chose, entre autre se saouler la geule et mener une vie de débauche. Mansour lui, m'écoutait, sans rien dire, hochant juste la tête de temps en temps. Je pouvais lire dans ses yeux, de la tendresse, de la tristesse, et de la colère quand je parlais de Safietou. Je ne me rendis même pas compte que je pleurais, et quand j'eus enfin fini, une heure de temps était passé. On garda le silence tous les deux, le regard tourné vers le pare-brise, chacun plongé dans ses pensées. - Ne t'inquietes pas ma Mimi, je suis là maintenant, elle ne te fera plus de mal. Voilà. Après ça j'ai pris son contact et il a insisté pour que je quitte la maison de Safiètou. Le problème c'est que je ne pouvais pas le faire sur un coup de tête car son père serait le premier à s'opposer à ce que j'aille habiter avec homme. En plus je préférerais que mes deboirs avec ma belle-mère ne se sache pas, ma vie privée à assez été exposée je trouve. Du bruit provenant de l'extérieur me tire de ma méditation, je distingue clairement la voix de Safietou, celle de Mansour, et deux autres que je ne connais pas. Je m'empresse de sortir dans le couloir avec autant de bagages que je le peux, j'ai vidé la chambre. Je trouve en effet Mansour dans le vestibule avec d'autres gars hyper baraqués entrain d'avoir un échange verbal assez épicé avec Safiètou. Mansour se dirige vers moi quand il me voit arriver, ployée sous le poids de quatre valises. - C'est tout? Demande t-il en désignant les bagages. - Non il en reste dans ma chambre. Il se saisit des valises et les tend à l'un de ses accompagnateurs et me tire vers ma chambre avec l'autre. On prend le reste de mes affaires que j'ai déjà rangé et nous sortins de cette chambre où j'ai passé les pires années de mon existence. On re-rencontre Safiètou dans le vestibule qui veut nous empêcher de passer avec nos bagages. - Vous pensez aller où comme ça? Hurle t-elle. - Rhooo degages vieille bique. Fait Mansour - Milouda? Tu vas où? Continue t-elle. - Me les casses pas, ok? Je-lui répond en me dirigeant vers la porte d'entrée. Je n'ai pas fait deux pas que je sens qu'on me tire par la main. - Tu n'irais nulle part! S'écrie-t-elle en continuant de me tirer par la main. Sans l'intervention de mon cousin et du colosse je serais sans doute à terre. Ma folle de belle mère hurle toujours et nous invective, bloquant la porte, mais nous réussissons par sortir. - Tu ne t'en tirerait pas comme ça petite peste! Lançe t-elle quand je monte dans la voiture. Je vais appeler la police et leur dire que tu as fugé. Tu veux me créer des problèmes. J'ouvre la vitre et lui réponds - Tu oublies que je suis majeure maintenant ma vieille. Je lui fais un doit d'honneur bien mérité quand la voiture demarre, la laissant dans la rue à crier comme une hystérique. Une fois que nous nous sommes éloignés de la maison je sens de l'excitation, du soulagement, l'euphorie de la liberté couler dans mes veines. Et tout d'un coup je sors un long cris. Le cris de la liberté. - Hey cousine caches ta joie s'il te plaît! Rit Mansour. - Ne gâches pas ce moment cousin! Ses potes explosent de rire. - On dirait que tu étais pressée de te tirer de la baraque toi. Dit l'un d'eux. -Tu ne peux pas savoir à quel point. Ils se retirent à rire et Mansour fit les présentations. Ces deux types à l'allure de gardes du corps étaient des jumeaux avec qui il avait été au lycée. Husseynou et Hassan. On delire tous ensemble dans la voiture. C'est un véritable moment de bonheur. Je me suis réellement lâchée. Enfin libérée du joug de Cruella. Avec Mansour on a convenu que j'irais vivre avec lui dans un appartement qu'il a loué en attendant de régler l'histoire avec ses parents. Il m'a appris que sa mère est gravement malade, raison pour laquelle il est de retour au pays. Il en veut réellement à ses parents mais est prêt à mettre sa fierté de côté et régler les choses entre eux. Nous arrivon devant un grand immeuble et les garçons commencent à descendre mes affaires tout en chahutant. L'appartement est situé au 5ieme étage. Nous sommes à l'étroit avec mes valises dans l'ascenseur . C'est l'hilarité générale jusqu'à ce qu'on pénètre dans l'appartement. L'entrée donne sur un salon meublé simplement avec un canapé en cuir et ses deux fauteuils beiges, une table basse et une télé écran plasma. Le tout fait simple et chaleureux mais surtout fauché. Quoi qu'il en soit, je n'aurais pas été mieux dans un cinq étoile. -Alors, comment tu trouves? Demande mon cousin. - J'adore! Il se dirige vers une porte au fond d'un couloir et l'ouvre. C'est une très petite chambre peinte dans les mêmes tons blanc et beige du salon. - C'est petit mais... Comence t-il à justifier. - T' inquiète. Je suis au paradis. Il me regarde un peur perplexe. De toutes façons il ne peut pas comprendre comment je me sens bien. - Mansour? - Oui? - Merci! Dis-je en lui faisant un câlin. Les vieux sont entrain de parloter depuis un bon moment déjà. Bien que je sache que l'affaire est déjà réglée, je ne peux m'empêcher de cogiter. On est quand même entrain de demander ma main. Le vieux Rawane est arrivé une heure plus tôt accompagné d'une forte délégation. Son fils, mon futur mari, n'a pas trouvé important de nous honorer de sa présence. Cela ne me dérange nullement. C'est plutôt mon oncle Beckaye mon problème, avec ses réactions imprévisibles, j'ai peur qu'il gâche tout. Surtout qu'il fut considérer le fait qu'il ne s'entend pas avec le vieux Rawane. - Au lieu de te marier avec un pûr sénégalais, un digne fils du pays, il a fallut que tu choisisses un maure, originaire de je ne sais où et de surcroît le fils de ce falsificateur, cet imposteur, ce truand de Rawane Aïdir. Avait-Il fulminé . Si tu es enceinte, dis le moi Mariam. Sinon ton mariage ne sera pas valide dé. J'avais baissé la tête et étais restée silencieuse. Il n'a rien dit à Mansour quand il est alleé voir sa mère, mais ne lui adresse toujours pas la parole non plus. Mon cousin ne s'en est pas plaint pas, il est même très surpris que son père ne l'ait pas renvoyé de sa maison. Ma cousine Khadija fait irruption dans la chambre toute excitée. - Milouda Pa t'appele au salon. S'écrie t-elle en sautillant. - Hein! Mais pourquoi? - Je sais pas! Sheut viens rekk. Ish. Dit-elle. J'ajuste mon mouchoir de tête en bazin riche et remet en place la robe très serre que m'a offert Tata Sokhna et suit Khadija. Le Salon est bondé de monde, des vieux habillés de tenues traditionnelles et mon oncle qui trône fièrement, habillé d'un boubou en basin blanc. - As Salamou haleykoum! Dis-je en entrant doucement. Ils me répondent en coeur, sauf mon oncle qui me lançe un regard sévère qui me refroidis de suite. Il me désigne ensuite un fauteuil où je me dépêches de m'asseoir. - Bon, je ne vais pas nous retarder avec des salamalecs sans fins et des détours typiquement sénégalais. Dit-il. Mariam tu sais ce qui amène ces honorables gens ici, aujourd'hui dans mon humble demeure. Ils sont envoyés par leur fils pour demander ta main. Tes oncles et moi n'y voyons aucun inconvénient. Es tu sûre de vouloir épouser ce garçon? Lier vos destins pour le meilleur et pour le pire jusqu'à la fin de vos vies. Je tremble sérieusement à l'entente de la phrase " lier vos destins vos destins pour le meilleur et pour le pir" .Il n'en est même pas question . - Oui. . - Hum... En es tu sûre? Le mariage n'est pas un jeu, c'est pas vos affaires de niakk fouleu là que vous faîtes, moi je ne toleres pas le divorce. Continue t'il. - Oui mon oncle. - Kone niooko degeundo, elle se dit prête à assumer les sacrifices que le mariage impose. Et je crois que puisqu'elle est adulte maintenant elle s'est ce qu'elle dit. Lancé t-il à l'assemblée. Un petit brouhaha se fit entendre. - C'est bon maintenant laisses nous discuter entre adultes. Je me leve docilement et sors. ****** Nous sommes de retour à l'appartement Mansour et moi malgré la désapprobation totale de mon oncle. Je suis épuisée, plutôt mes oreilles sont épuisées suite au discours que m'a servi mon oncle une fois les invités partis. Il m'a retenue en otage une heure de temps dans sa chambre avec comme témoin son fils Ahmed et ma cousine Khadija. Il m'a parlé du mariage de ces implication et les trois quart du temps il m'a menacé, me disant que si je faisais encore honte à ma famille, il réglerait mon cas une bonne fois pour toute. Il a aussi souligné le fait que je suis trop jeune, ainsi que mon futur mari. À ma grande surprise, il n'a que vingt quatre ans. Mon cher oncle croyait que je le savais déjà, or c'est lui qui me l'a appris. D'après mon Tonton, nous venions de cultures trop différentes. Et Il a ajouté que notre mariage est louche. Il m'a aussi dit que Rawane Aïdir a apporté comme dote une somme assez conséquente a hauteur de millions qu'il a strictement refusé parce que la base fondatrice du mariage n'est pas l'argent selon lui et que je n'en ai nullement besoin. Tchip. Moi je sais que le vieux Aïdir n'a apporté cet argent que pour jeter la poudre aux yeux des gens, Pour rendre ce simulacre de mariage plus convaincant. C'est quand même pour mon argent qu'il s'est intéressé à moi. De retour à l'appartement, j'ai sorti le carnet d'adresse de mon père que j'avais gardé Je compte organiser un mariage dont on se souviendra d'ici des décennies. Je compte bien prendre ma revanche sur cette société. **************************************************************************
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