Chapitre 4

921 Mots
L’assistante personnelle esquissa un sourire mesuré. « Monsieur Leroy a été contraint de partir pour régler une affaire urgente. Mademoiselle Dwayne, pourriez-vous prévenir les membres les plus âgés de la famille, s’il vous plaît ? » Le fait que son patron n’ait adressé aucun reproche à la jeune femme signifiait clairement qu’il n’était pas contrarié par son attitude. Maïa acquiesça aussitôt et raccompagna l’assistante avec une politesse irréprochable. Une fois la date du mariage arrêtée et le dîner achevé, les Leroy prirent congé. Après avoir salué les invités, Samuel Dwayne laissa transparaître son trouble. « Pourquoi M. Leroy est-il parti aussi soudainement ? Avons-nous commis une erreur ? » Le regard de Maïa s’assombrit. Elle repensa à l’attitude étrange d’Aldamas, nerveux, comme s’il cherchait quelqu’un dans la foule, puis au visage d’Alinna aperçu plus tôt. Ses doigts se crispèrent. « Papa, j’ai vu Alinna importuner M. Leroy. Il avait l’air très contrarié en partant… Il a même laissé un message. » Samuel se figea. « Quel message ? » Maïa hésita, puis répondit à voix basse : « Il a dit que tu devrais mieux surveiller ta fille. » Elle serra les dents. « Si Alinna continue à se comporter ainsi, la famille Leroy pensera que nous manquons de discipline… » Le visage de Samuel Dwayne se vida de toute couleur. Pendant ce temps, Alinna s’éloignait de la villa sur son scooter électrique. Elle avait perdu Nohan de vue, et un malaise commençait à l’envahir. Avait-elle agi trop impulsivement ? Son téléphone vibra. La voix inquiète de Samuel, son assistant, retentit aussitôt. « Patronne, de plus en plus de personnes cherchent à savoir qui se cache réellement derrière le Dr Vega. » Alinna fronça légèrement les sourcils. « Ils n’ont rien découvert, j’espère ? » « Non. Qui imaginerait qu’une jeune diplômée à l’allure si discrète soit le cerveau qui a résolu l’énigme de l’hydrogène ? » Elle l’interrompit sèchement : « Autre chose ? » « Oui. J’ai des informations sur Nohan Leroy. » « Parlez. » « C’est le second fils de l’ancien patriarche Leroy. Sa réputation est… violente. C’est d’ailleurs ce qui aurait motivé son envoi à l’étranger très jeune. Tout le monde pensait que la succession reviendrait à son frère aîné, le père d’Aldamas. Pourtant, Nohan est revenu la semaine dernière et a contraint son père à lui céder le contrôle du groupe Leroy par des méthodes extrêmes. » Samuel marqua une pause avant d’ajouter, inquiet : « N’aviez-vous pas prévu un mariage fictif aujourd’hui ? Comment se fait-il que votre époux soit un homme aussi dangereux ? Si votre statut marital est remis en cause, l’introduction en bourse pourrait en pâtir… » Alinna plissa les yeux. « Obtenez-moi ses coordonnées et son agenda. Je dois le voir. » Elle n’avait accepté ce mariage que parce qu’une représentante légale mariée rassurait les investisseurs avant l’entrée en bourse. Mais elle se retrouvait désormais liée à un inconnu redoutable, et tout indiquait qu’un piège se refermait sur elle. Nohan Leroy n’était pas un homme ordinaire. La solution la plus sûre restait un divorce rapide. Après avoir raccroché, elle se frotta les tempes. Les choses avaient pris une tournure bien plus compliquée qu’elle ne l’avait imaginé. Entouré en permanence de gardes du corps, Nohan serait difficile à approcher. Elle se maudit d’avoir, sur un coup de tête, prononcé ce mot absurde — « chéri » — qui avait déclenché sa colère. Elle soupira, relança son scooter et quitta peu à peu le centre-ville pour rejoindre un vieux quartier en périphérie. Depuis le collège, elle avait fui la maison des Dwayne avec presque rien, s’installant dans une bâtisse délabrée qu’elle n’avait jamais quittée. Alors qu’elle prenait un virage près de chez elle, une silhouette surgit brusquement sur la route. Alinna pila, évitant l’accident de justesse. Une vieille femme se tenait là. Fragile en apparence, mais vêtue avec soin, un badge accroché à son cou. Alinna s’approcha et lut : « Si vous trouvez cette dame, veuillez appeler ce numéro. Récompense offerte. » Elle comprit immédiatement. La femme souffrait d’Alzheimer et s’était perdue. Alinna composa le numéro sans attendre. Soudain, la vieille dame lui saisit le poignet. Son regard vide se remplit brusquement de lumière. « Ma belle-fille… c’est toi, ma belle-fille ! » Alinna resta figée. Les lèvres crispées, elle pensa avec ironie qu’après vingt-deux ans de célibat, elle venait encore de se découvrir un lien familial improbable. Était-ce devenu une spécialité du Bureau des affaires civiles de distribuer des maris à la chaîne ? Reprenant son calme, elle demanda doucement : « Grand-mère… comment s’appelle votre petit-fils ? » La vieille femme fouilla sa mémoire, luttant contre le brouillard. Puis son visage s’illumina. « Nohan… Nohan Leroy ! » Le silence s’abattit. La femme se mit à s’agiter. « Nohan… son nom… son nom… » Mais le reste se perdit. Alinna posa une main rassurante sur son bras. « Ce n’est rien, madame. Ne vous inquiétez pas. » Elle reprit l’appel. À quelques rues de là, Nohan Leroy était assis à l’arrière de sa Bentley. Son regard sombre semblait glacer l’air. À côté de lui, Tom Davis transpirait à grosses gouttes. « Je… je suis désolé, monsieur. J’ai perdu la vieille Mme Leroy. » Nohan ne répondit pas. Pourtant, l’atmosphère devint suffocante. Tom avala difficilement sa salive. Qui aurait cru que cette femme, habituellement absente, retrouverait soudain ses esprits et disparaîtrait ainsi ? Les images de vidéosurveillance avaient révélé qu’elle avait pris un bus en direction de la banlieue. Seule.
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