« je sais que tu n’es pas heureux de m’avoir comme nounou mais moi non je ne voulais pas faire ce travail crois-moi mais tu sais petit, il y a des choses auxquelles dire non est souvent trop compliqué dans la vie. Tu vas gentiment me dire ce que tu fais d’habitude avec ta maman et on pourra s’en sortir tous les deux, qu’est-ce que tu en dis ? »
Il attendait une réponse de Rahul lorsque le gazouillement de ce dernier lui rappela à l’ordre que certainement il n’avait rien compris de ce qu’il venait de dire. Il le tenait toujours dans ses bras mais on ne pouvait pas négocier une affaire étant debout alors, il avança et le fit asseoir. Il s’assit aussi près de lui.
« on va parler comme des grands. Je te promets que si tu m’aides dans cette tâche, plus vite je disparaitrai de ta vie. J’ai menti à ta maman c’est vrai mais ce n’est pas condamnable. »
Il avait l’air c*n de parler ainsi à un bébé qui ne pouvait pas lui répondre. Il souffla et se leva, il se rendit dans la minuscule cuisine de Lysa et se familiarisa avec cette dernière. Il n’avait même pas demandé à quelle heure le petit devait manger parce qu’il était censé le savoir. Il prit son téléphone et alla sur internet. Des recherches sur comment fonctionnent les enfants qui ne parlent pas encore pouvaient l’aider et c’était le cas.
Tout allait parfaitement bien jusqu’à ce que le petit se mette à pleurer. Rovic avait l’habitude d’entendre des femmes pleurnicher avec douceur mais ce que ce bébé faisait était pire que le cri d’une personne qui se faisait tuer à coup de poignard. Son cri lui faisait mal à la tête et pourtant il ne voyait pas ce qu’il lui avait fait pour qu’il se mette en colère. Il le porta dans le but de le bercer mais le petit semblait faire la force. Bon sang c’était encore mieux de perdre une affaire dans l’ordre du million que de faire face à ça.
A bout, il se souvint de la seule personne qui pouvait lui dire quoi faire. Il décida donc d’appeler Emilio afin qu’il lui vienne en aide. Après deux sonneries, ce dernier finit par décrocher.
« bon sang Emilio, t’étais où depuis ? » cria-t-il sans s’en rendre compte.
« tout doux mon cher ami, je ne suis pas réceptionniste pour passer des heures près du téléphone et d’ailleurs, c’est quoi ce cris près de toi ? »
« tu ne peux pas savoir ce que je vis en ce moment, » dit-il en fermant les yeux avant de reprendre : « tout allait parfaitement bien jusqu’à ce qu’il se mette à pleurer. Je t’assure que nous avons bien parlé ce matin et je ne lui ai rien dit de blessant. Il est resté calme pendant des minutes et puis après, il s’est lancé dans les pleurs. Je ne sais pas ce que je dois faire et j’ai de la chance que les voisins sont sortis travailler parce que sinon, la police serait déjà là. Emilio qu’est-ce je dois faire ? »
« tu vas d’abord commencer par te calmer. »
Un rire nerveux s’échappa des lèvres de Rovic après ce qu’Emilio venait de dire mais apparemment, ce rire sans joie n’avait pas du tout fait plaisir à Rahul parce que ce dernier venait de redoubler de cri.
« j’en peux plus moi ! » jura Rovic.
« il y a une chose sur ces êtres fragiles que tu ne connais pas mon cher ami. Ils savent ressentir les émotions des personnes qui les entourent et ton comportement en ce moment ne l’aide pas du tout. Ses premiers pleurs étaient pour une raison personnelle mais ton trouble l’affecte en ce moment. Tu dois te calmer et trouver ce qui lui arrive d’accord ? »
« je lui ai demandé, Emilio. Je ne suis pas magicien moi, comment je fais pour savoir ? » cria une nouvelle fois Rovic désespéramment sans faire exprès.
« il ne peut pas parler, Rovic et tu le sais. tu dois te calmer et chercher. A force de pleurer il pourra tomber malade. Alors, on va faire simple. Tu vas appeler sa maman et lui faire part de la situation, son bébé a besoin d’elle. »
« mais elle me faisait confiance pour le garder. Je vais être viré. »
« c’est mieux que de laisser cet être fragile tomber malade. »
Ce fut la fin de l’appel. Rovic regarda Rahul et se demanda ce qu’il avait fait de mal pour que cet enfant ne le comprenne pas. d’habitude il était un tyran mais il avait fait preuve de douceur durant toute la journée sans jamais se lasser alors, il ne comprenait pas du tout.
La journée avait pourtant très bien débutée pour Lysa et elle se sentait tellement bien dans son travail lorsque son téléphone se mit à sonner. Elle avait oublié de l’éteindre et c’était mal tombé parce qu’elle était dans le bureau de son boss. Ce dernier la regardait et elle ne savait pas ce qu’elle allait bien pouvoir faire. Elle ne pouvait même pas regarder le nom de l’appelant.
« mademoiselle Garcia, je pense que c’est votre téléphone qui sonne. »
Elle hocha la tête nerveuse et heureusement pour elle, la sonnerie cessa mais ce ne fut que de courte durée parce que le téléphone se remit à sonner. Il lui fit signe de décrocher et elle obtempéra. Dès qu’elle ramena le téléphone à son oreille, le cri strident de son fils la fit sursauter presque. Elle comprit que c’était Colins.
« votre fils ou votre travail ? » lui demanda l’homme en face d’elle.
La réponse n’était pas à chercher parce que son fils était toute sa vie et elle ne pouvait pas faire passer autre chose avant lui.
« mon fils ! » répondit-elle en sentant l’odeur du renvoi enivrer ses narines.
« très bon choix. Vous pouvez partir maintenant. »
Elle sortit de son bureau sans mot et se rendit dans le sien où était sa collègue. Elle se mit à ranger ses affaires sans attendre lorsque cette dernière posa la main sur son bras.
« mais Lysa, ce n’est pas encore l’heure, ne me dit pas que le boss t’a renvoyé. »
« je ne sais pas vraiment mais je pense que c’est le cas. La nounou de mon fils n’arrive pas à gérer et il vient de m’appeler. Je dois rentrer pour veiller sur Rahul. »
« je comprends mais cette fille, tu la connaissait au moins avant de lui laisser ton fils ? »
« je ne le connais pas vraiment mais il m’a assuré qu’il n’est pas un t********t d’enfants. »
« il ? » demanda sa collègue abasourdie.
Ça semblait bizarre mais Lysa n’avait pas du tout le temps de lui expliquer quoi que ce soit alors, elle prit son sac et sortit du bureau. Lorsque l’ascenseur la laissa au rez-de-chaussée, elle se précipita de sortir et prit le premier taxi qui s’arrêta à sa hauteur.
Montant les escaliers à pas précipité, elle arriva enfin devant sa porte et inséra les clefs dans la serrure, lorsque la porte fut ouverte, elle se précipita vers son fils qui leva ses minuscules bras vers elle en la voyant. Elle le porta et le serra si fort contre lui. Elle était remontée contre Rovic mais lorsqu’elle vit la mine dépitée de ce dernier, elle eut de la pitié pour lui.
« je suis vraiment désolée mademoiselle, je… »
« il fallait simplement lui changer sa couche, ça m’étonne que vous n’ayez pas constaté cela. »
Rovic se pinça les lèvres. Il n’avait pas su cela et même si ça avait été le cas, il ne pouvait pas le faire parce qu’il n’avait jamais changé de couche.
« je… je vais le faire maintenant, » dit-il hésitant.
« pas la peine. Vous me semblez fatigué alors, le mieux serait que vous rentriez vous reposer. Ce n’est pas simple de gérer les bébés qui ne peuvent pas parler, il faut avoir de l’intuition pour y parvenir. »
Rovic hocha la tête et la remercia. Il savait que c’était déjà son renvoi comme ça parce qu’aucune personne n’oserait encore confier son bébé après une première journée aussi épouvantable. Même si le plus important était la santé de Rahul, perdre face à son père n’était pas envigeable.