Lettre XLV CHARLES À ANATOLE. Paris, 1786 Un jeune ecclésiastique, avec lequel j’ai fait mes études à Rennes, privé d’un petit bénéfice qui le faisait vivre et tombé dans l’indigence, fut recueilli dans le château d’un vieux gentilhomme qui le chargea de l’éducation de sa fille unique. Il eut le malheur d’inspirer à son élève la passion la plus funeste et ne tarda pas à la partager. La raison, la probité, luttèrent quelque temps avec succès contre le penchant de son cœur, mais il employa ses forces à combattre l’amour, quand il fallait le fuir, et bientôt il n’en eut plus la volonté ni le courage. Ce qu’il devait à son bienfaiteur, à son caractère, aux droits les plus sacrés, tout fut oublié. Le malheureux jeune homme sortait de sa chambre vers le milieu de la nuit pour s’introduire dan


