Lettre XLVI CÉCILE À PAULINE. Beauvoir, 1786 Ce n’est que dans ton sein, ma chère Pauline, que je puis épancher mon âme ; ce n’est qu’à toi que je puis parler de lui… Ton indulgente amitié accueille mes soupirs et ne les repousse pas sur mon cœur : je ne crains pas de rougir devant toi… Je ne crains pas de te laisser voir le déplorable état où je suis réduite. C’en est fait, mon amie, l’amour, l’amour le plus coupable s’est emparé de mon être ; chaque jour, chaque heure, chaque moment ajoute à mes maux, ajoute à mon désespoir : je vois l’abyme, je le vois, et j’y cours ; je connais, je chéris mes devoirs, et je ne puis les remplir ; j’assiège les autels pour obtenir de Dieu le pardon de mon erreur, mais je n’ose lui demander d’en tarir la source : je craindrais d’être exaucée. Enfin je


