Lettre XIX CÉCILE À PAULINE. Beauvoir, 1786 Il est trois heures du matin, le sommeil n’a pas encore approché de mes yeux ; l’histoire de cette pauvre Adine que j’ai voulu relire avant de me coucher en est cause. Pour me distraire et rendre le calme à mon âme, je sors du lit pour t’écrire… Que je le hais, ce baron de Jenecée ! comment peut-il exister un homme assez malheureusement né pour ne pas sentir le prix d’un cœur comme celui de notre malheureuse amie !… Ah ! Pauline, aurait-elle raison, ma tante, quand elle soutient que tous les hommes sont légers et parjures ? Non, je ne le crois pas, et je ne sais si c’est une illusion de mon cœur (car certainement ce n’en est pas une de mon amour-propre), mais j’ai la conviction que je serai aimée toute ma vie, si je puis l’être un jour… Être a


