Lettre XX CHARLES À ANATOLE. Rennes, 1786 Fuis, Anatole, tu n’as pas un moment à perdre ; crois-en ma tendre amitié, crois-en l’homme qui lit mieux que toi dans ton propre cœur ; ta dernière lettre me fait frémir ; j’y trouve tous les symptômes d’une passion qui ouvre sous tes pas un abyme de maux. Songe à prendre le seul parti qui te reste… la fuite… Chaque mot qui t’échappe décèle un amour fatal que tu cherches à te déguiser à toi-même ; les étincelles du brasier que tu couves dans ton sein, s’échappent de toutes parts. Anatole, mon cher Anatole, il en est temps encore, étouffe ce feu dont je crains pour toi les terribles effets. Je serais indigne du nom d’ami si, par une lâche complaisance, je te dérobais l’imminence du danger qui te menace ; l’étendue des devoirs que tu es près de v


