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753 Mots
5Elle continuait à chercher une explication logique à son cas. Elle était persuadée qu’il y en avait une. Forcément. Les explications les plus simples sont généralement les meilleures. L’idée d’être amputée de ses membres était absurde ! C’est évident ! Elle estima donc qu’elle ne subissait peut-être qu’un engourdissement passager de son corps. Tout bêtement ! Lié au froid. Lié à l’inactivité. Lié à n’importe quoi, mais à quelque chose de rationnel. Mais… Non. C’est pas ça ! Ce n’était pas un simple engourdissement. Elle était plus qu’engourdie. Beaucoup plus. Je suis complètement bloquée, en fait. Comme figée. Si son corps était intact, pour quelles raisons ne pouvait-elle pas remuer, alors ? Elle envisagea une nouvelle et terrible hypothèse. Il était possible qu’elle soit… Que je… Que je sois devenue… Tétraplégique. Paralysée ? Ce qui était étrange, c’est qu’elle avait évoqué cette effroyable éventualité toujours avec le même détachement. Comment pouvait-elle rester presque sereine dans la situation où elle se trouvait ? Elle ressentait une inquiétude, bien sûr, mais celle-ci était plus intellectuelle que viscérale. Incompréhensible… Après un instant de perplexité, elle s’était finalement dit qu’elle ne devait peut-être pas envisager inutilement des cas de handicaps extrêmes. Elle n’était probablement pas aveugle, ni amputée, ni paralysée. Il y avait sans doute une autre explication. Simple. Évidente. Elle se concentra donc pour analyser les éléments en sa possession de la manière la plus logique possible. Il faisait effectivement toujours aussi sombre autour d’elle et elle n’arrivait pas plus à se mouvoir. Pas d’un seul centimètre. D’accord. Et elle avait bien essayé de tâter l’espace à proximité, mais n’y était pas parvenue. OK. Si elle n’était pas amputée, elle se dit qu’elle devrait pouvoir au moins bouger les doigts. Mais rien à faire. C’était comme si elle ne maîtrisait plus ses membres. Le problème pouvait, par contre, se situer dans sa tête et non pas résulter d’une incapacité purement physique. Probable. Par ailleurs, n’ayant plus la moindre sensation de son corps, elle ne pouvait même pas déterminer la position dans laquelle elle se trouvait. Couchée sur le dos, sans doute… Était-elle allongée sur quelque chose de dur ou de moelleux ? Faisait-il chaud ou froid autour d’elle ? Était-elle dans un lieu sec ou humide ? Aucune idée ! Avait-elle faim ? Non. Avait-elle soif ? Non plus. Il lui vint bien à l’esprit qu’un tétraplégique, en dehors de ne plus commander ses muscles, pouvait effectivement ne plus rien sentir sur une grande partie de son corps. Mais en général, les handicapés dans cette situation conservaient au moins des sensations sur leur visage, leurs cheveux. Or, en ce qui la concernait, elle n’avait même plus la moindre perception d’avoir une tête ! Qu’est-ce qu’il a bien pu m’arriver ? J’étais normale avant, non ? Avant. Elle n’avait pas le souvenir de cet « avant ». D’avoir eu un accident qui l’aurait handicapée. Quelque chose comme une chute grave ou un crash en voiture. Mais non. Rien de la sorte. Ça devait donc être autre chose. Elle s’égarait. Elle devait chercher une réponse ailleurs. Elle tenta alors d’identifier toutes les causes possibles à l’absence de lumière. D’habitude, dans une pièce, même de nuit, il y avait un peu de luminosité, si ténue soit-elle, qui filtrait au travers des volets. Un clair de lune ou l’éclairage public, voire un radioréveil. Mais là, rien de rien ! Pas le plus faible grain de lumière ni le moindre reflet brillant. Le noir total ! Les ténèbres absolues ! Impensable ! Et il n’y avait toujours pas eu de bruit autour d’elle, en dehors de ces cris inquiétants qui retentissaient périodiquement. Qui criait ? Et pourquoi ? Que s’était-il donc passé pour qu’elle en arrive là ? Elle comprit, en cet instant, qu’elle ne pouvait pas rester éternellement à se poser des questions sans réponse. Ou alors, elle allait devenir folle. Mais que pouvait-elle faire d’autre ? Elle finit par se dire qu’elle préférerait être morte que de subir cette torture intérieure. Être morte ? Elle l’était peut-être déjà… * Le temps avait passé. Combien de temps, en fait ? Des heures ? Des jours ? Elle ne pouvait le dire, mais ce n’était pas sa priorité. Comprendre les raisons de son état était devenu une obsession permanente. Il fallait absolument qu’elle essaye de se souvenir de ce qui avait pu arriver juste avant qu’elle ne se trouve dans cette situation. Elle fit un effort intense pour se remémorer les derniers événements qui s’étaient déroulés, au moment de son premier réveil. Mais rien à faire. C’était le trou noir. Abyssal. Comme si sa mémoire s’était envolée. Toutes les images de son passé s’étaient enfuies. Toutes. Il ne subsistait rien de son vécu antérieur. Aucun paysage, aucun visage, aucun son familier. Amis, famille, collègues, tout avait été anéanti. C’était peut-être son cerveau qui déraillait et tout ça n’était pas réel. Ou alors, elle était victime d’une sorte de long cauchemar. Elle allait finir par se réveiller pour de bon. Sans doute. Elle l’espérait, en tout cas. Mais quand ? Et qu’était devenu son passé ? Parmi ses souvenirs les plus récents, elle n’avait conscience que de ces périodes de somnolence et d’éveil qui avaient alterné. Rien d’autre. Rien de rien. Ah, si !
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