6Une silhouette noire était apparue.
Une ombre.
Une figure fantasmagorique, spectrale, menaçante, qui s’avançait lentement comme un prédateur prêt à sauter sur sa proie.
Cette apparition terrifiante ne semblait pas humaine.
Ou plutôt si, à la réflexion.
Elle avait vaguement un visage. On le devinait dans la pénombre. Un visage d’homme au teint trop pâle. Ses traits étaient flous, comme gommés.
L’individu s’était adressé à elle, mais ses paroles étaient inaudibles. Il s’était penché dans sa direction et lui avait fait quelque chose. Mais quoi ? Elle ne le savait pas. Sa mémoire n’en avait gardé que quelques images.
Il s’était redressé un instant après et était resté immobile. Figé comme une statue. Là, juste en face d’elle qui se sentait impuissante et à sa merci. Elle avait voulu fuir, mais avait été progressivement gagnée par une irrésistible torpeur.
Et si ces instants n’étaient pas des souvenirs ? Pas une réalité passée. S’ils n’étaient qu’un rêve sans signification particulière. Un pur fantasme, en quelque sorte. Mais comment le savoir ?
Puis, elle s’était à nouveau endormie. Elle avait eu ensuite le vague souvenir de s’être réveillée dans un long tunnel obscur qu’elle avait parcouru à tâtons. Au bout, tout au bout, il y avait eu une lumière. D’abord infime et fragile. Ensuite de plus en plus puissante. Enfin éclatante. L’espace autour d’elle avait semblé inondé d’intenses rayons d’un soleil chaleureux. Elle était enveloppée d’un manteau fluorescent. Elle avait eu aussi l’impression qu’une voix l’appelait. Une voix rassurante qui lui demandait si elle allait bien. (Oui, elle allait bien). Qui lui disait de ne pas s’inquiéter. (Non, elle ne s’inquiétait pas). Une grande quiétude avait envahi son esprit à cet instant. Une sérénité bénéfique, suave, pleine et entière. Un bien-être comme elle n’en avait pas ressenti depuis longtemps. Un vrai bonheur. Un régal.
Les paroles apaisantes s’étaient alors progressivement éloignées pour être remplacées par une grande tranquillité. Son poids s’était allégé. Il lui semblait même qu’elle flottait doucement au-dessus son corps. Elle s’en était amusée. Elle planait dans les airs. Elle était bercée par une houle réconfortante qui diffusait une subtile fraîcheur propice au sommeil.
C’est assez agréable !
Mais l’intensité de la lumière avait rapidement diminué et tout était devenu gris et morne. Un froid l’avait envahi. Un froid glacial. Polaire. Ses membres s’étaient ankylosés, comme gelés sur place. Elle aurait voulu bouger pour échapper à la congélation.
En vain.
Elle ne pouvait plus résister.
Elle se sentait totalement impuissante.
Immobilisée par des liens qu’elle n’arrivait pas à rompre.
Rigidifiée.