Prologue
C'était un jour d'hiver.
Dehors, il faisait froid. Un vent glacial soufflait sans répit contre les fenêtres, faisant trembler les branches des arbres dans le jardin. De temps en temps, une bourrasque plus forte venait s'écraser contre la vitre, comme si elle cherchait à entrer.
Et moi, j'étais là.
J'avais à peine neuf ans.
Debout devant ma fenêtre, les deux mains posées contre la vitre froide, je regardais mon père s'éloigner dans l'allée.
Il portait son costume noir, celui qu'il mettait pour les grandes occasions, et tenait sa valise grise dans une main. Je regardais chacun de ses pas, comme si en les comptant, je pouvais ralentir le moment.
Un pas.
Puis un autre.
Plus il avançait, plus quelque chose se serrait dans ma poitrine.
Je savais que cette fois, ce serait peut-être différent.
Après la centième dispute avec ma mère, après le dernier verre cassé contre le mur, après toutes ces fois où il avait menacé de partir...
Cette fois, il était vraiment parti.
Je ne savais pas quoi faire.
Je voulais courir vers lui. Ouvrir la fenêtre. Descendre les escaliers. Sortir dans le froid et lui demander de rester.
Mais je ne bougeais pas.
Je continuais simplement à le regarder.
Peut-être qu'il allait revenir.
Peut-être qu'il avait oublié quelque chose.
Peut-être qu'il allait soudainement s'arrêter, faire demi-tour et remonter les marches comme si rien ne s'était passé.
Après tout, papa revenait toujours.
Alors j'attendais.
À travers cette maudite vitre, dans cette maudite chambre et pendant cette maudite journée, je ne demandais qu'une seule chose.
Qu'il se retourne.
Une seule fois.
Qu'il lève la tête.
Qu'il regarde vers ma fenêtre et qu'il m'aperçoive.
Je voulais juste qu'il sache que j'étais là.
Que je le regardais partir.
Que je l'attendais encore.
Je pensais à toutes les choses qu'il m'avait promises. À tous ces moments où nous avions passé des heures à parler de nos projets, de ce que nous ferions ensemble plus tard.
Il m'avait promis tellement de choses.
Et maintenant, il partait avec sa valise.
Sans moi.
Sans même se retourner.
Je suivis sa silhouette jusqu'à ce qu'elle atteigne le bout de l'allée.
Mon cœur battait de plus en plus vite.
Je me rapprochai encore de la fenêtre, comme si quelques centimètres de plus pouvaient changer quelque chose.
Mais il ne se retourna pas.
Pas une seule fois.
Il continua simplement à marcher.
Puis il disparut derrière le portail.
Et ce jour-là, sans vraiment comprendre pourquoi, une partie de moi comprit quelque chose que je n'étais pas encore assez grande pour accepter.
« Il ne fallait jamais donner à quelqu'un d'autre le pouvoir de décider si j'allais être heureuse ou non.
Parce que les gens peuvent partir.
Ils peuvent changer d'avis.
Ils peuvent vous décevoir.
Mais moi, je serais toujours là.
Et peut-être qu'un jour, je n'attendrais plus que quelqu'un se retourne pour me sauver.
J'apprendrais à me sauver moi-même. »