Chapitre 6

2900 Mots
Trois jours à peine s’étaient écoulés. Trois jours. Non seulement la nouvelle de la nomination de Seïs avait déjà fait le tour de la ville, mais celle de son manque d’entrain n’était pas passée inaperçue. Cet imbécile de gouverneur n’avait pas pu tenir sa langue. Il fallait avouer que Seïs lui servait sur un plateau l’occasion de prendre sa revanche sur toutes les entourloupes qu’il avait manigancées, en particulier celles qui avaient eu pour but de ternir sa réputation. Seïs n’avait pas attendu longtemps pour rédiger un billet à l’adresse des Tenshins afin de leur apprendre leur méprise et le peu d’ambition qu’il avait d’entrer au sein de leur Confrérie. S’il avait pris soin de sceller sa lettre, le gouverneur n’avait pas pris la peine de respecter la teneur confidentielle de sa missive. Seïs était fou de rage lorsqu’en traversant une rue du Bourg, un ivrogne répandait la rumeur à tour de bras en vociférant à qui voulait l’entendre : « Voilà que les maîtres embauchent les pendards ! » Le visage de Seïs avait viré à l’écarlate et je crus qu’il allait le battre jusqu’à lui faire ravaler sa langue. Au lieu de quoi, il m’ordonna de rentrer à la maison d’un ton sec et se dirigea droit vers le palais du gouverneur. J’ignore ce qu’ils se dirent. Une chose est sûre : lorsque Seïs rentra à la maison, il était accompagné d’un garde de l’Amir. À la tombée de la nuit, ils franchirent la barrière. Seïs ouvrait la marche et Sin-Lin, le geôlier, le surveillait du coin de l’œil. Nous étions passés à table, las d’attendre son retour. Sirus était assis dos à la cheminée, avec la mine effroyable d’un coupeur de tête. Athora avait déposé le plat principal entre nos assiettes, du veau accompagné d’un vin blanc de Sos-Delen. Elle entama le service et remplit généreusement nos écuelles. Un silence de plomb persistait. Sirus ruminait, les sourcils froncés. Je m’étais bien gardée de lui dire ce qui s’était passé en ville. « Naïs, j’ai oublié l’eau, me dit Athora. Veux-tu bien aller en tirer au puits ? J’acquiesçai et enjambai le banc aussitôt, avant de m’arrêter sur le seuil de la porte. « Mon oncle ? — Qu’y a-t-il ? » Je ne répondis pas et regardai Seïs approcher. Il était tout bonnement déplorable. Son visage était rouge et tuméfié à hauteur des pommettes, les yeux injectés de sang. Sa lèvre inférieure était fendillée. Sa chemise pendait sur son pantalon, tâchée d’alcool et de quelques traces de sang. Il était ivre. Il marchait la tête basse, les mains dans les poches, les pieds traînassant mollement sur le sol, les cheveux tout ébouriffés. Le pas lourd de Sirus m’avertit qu’il n’était pas très loin. Je descendis les marches à toute vitesse et m’avançai dans la cour. Seïs releva la tête et me considéra avec une morgue qui me frappa comme un coup de poing. Sirus franchit la porte telle une tornade dès qu’il aperçut le geôlier. Pour tout l’or du monde, je n’aurais pas échangé ma place contre celle de Seïs. Ce dernier dirigea un regard pâteux sur son père qui se posta devant les deux hommes et croisa les bras sur la poitrine. « Qu’a-t-il encore fait ? » demanda Sirus en guise de préambule au gardien. Sin-Lin prit une mine désolée. Il se racla la gorge. « Plusieurs méfaits, mon ami, je le crains. » Les yeux de Sirus se teintèrent de colère. Derrière nous, Athora et les trois garçons sortirent sur le perron. « Quels méfaits ? — Ben… euh… » Sin-Lin prit un air gêné, presque cocasse, chez cet homme aux épaules aussi larges que celles d’un taureau. « … Il a tenté de faire avaler de la cire au gouverneur. » Sirus le regarda, abasourdi. « Comme je te le dis… Mes aïeux ! Paraît qu’Aymeri était rouge pivoine quand les gardes sont intervenus. » Seïs se fendit d’un sourire goguenard à ce souvenir. « Soi-disant, il voulait voir si la cire était de bonne qualité et fermait aussi bien la bouche d’Aymeri que le cachet des lettres… — Ouais et l’expérience n’était pas concluante, souffla Seïs avec ironie. — Boucle-la ! coupa Sirus d’un ton sec, puis reportant son attention sur le geôlier : Que s’est-il passé ensuite ? — Les gardes l’ont proprement fichu dehors. Il a de la chance d’être apprenti de Mantaore, sans quoi il aurait pu compter ses abatis. Les corniauds de Mal-Han sont pas des tendres, mais ils sont pas fous non plus. Ils n’auraient pas tenté le diable en abîmant le protégé des Tenshins, sinon c’est leurs abatis qu’ils auraient pu recompter. Et tout pauvret qu’il était, une fois libre, il aurait dû rentrer chez lui bien content d’avoir écopé de quelques bleus plutôt que d’une bonne raclée. Mais non. L’idiot, il est allé se saouler dans une taverne de La Ruche en beuglant à qui voulait l’entendre qu’il foutrait une dérouille au gouverneur. Il a dégotté quelques pots de peinture rouge, Dieu sait où, et a badigeonné la voiture d’Aymeri dans la cour de chez lui. » Sin-Lin sourit. « Le petit a écrit sur la portière : Le sans-couille. Sacredieu, j’aimerais bien voir la tête d’Aymeri en lisant ça demain matin… » Antoni étouffa un rire, la main sur la bouche. Teichi se mordit la lèvre et détourna les yeux de Seïs qui s’esclaffait ouvertement, malgré le regard furibond de son père. « Là, les gardes ont remis la main dessus, poursuivit Sin-Lin, et l’ont traîné jusqu’à l’Amir par la peau du cul. T’imagines pas les efforts que j’ai dû faire pour pas qu’on le jette dans les oubliettes de la cité. Par Orde ! Comme il a été nommé apprenti, on peut pas l’y envoyer tout de même. Le chef a dit de te le ramener avant que la nouvelle fasse le tour de la ville. Mais, eh Sirus… faut pas qu’il recommence ses bêtises, sinon le chef et moi, on pourra plus rien faire pour lui. Tu comprends ? » Sirus acquiesça d’un air grave. Ses joues étaient tellement rouges qu’on aurait dit que le sang ne circulait plus que dans son visage. « Ne t’inquiète pas, dit Sirus, je veillerai à ce que cela ne se reproduise pas. Merci de me l’avoir ramené. » Son ton me fit frissonner et tua dans l’œuf toute envie de plaisanter. Seïs ne daigna pas lever la tête et fixait les pavés d’un air défait. Il tenait à peine debout et oscillait de gauche à droite comme s’il était sur le pont d’un navire en pleine tempête. Sin-Lin repoussa une mèche de cheveux blancs qui se collait sur son front en sueur. Il fit craquer son dos en se redressant, puis il inclina la tête vers mon oncle. « Bon, il est temps que je rentre à la maison. Michette va m’attendre… Le bonsoir. » Il se tourna vers Athora et la salua. « Vous direz bonjour à Michette de notre part, dit ma tante. — Je n’y manquerai pas », répondit Sin-Lin avec un sourire, juste avant de tourner les talons. Un silence incommodant sombra sur la cour. Sirus observait la silhouette de Sin-Lin décroître sur le sentier. Sa tenue vestimentaire un peu débraillée suggérait qu’à l’Amir les gardiens s’étaient payé un peu de bon temps à siroter du vin. Je regardais l’ombre du garde s’éclipser derrière le rocher noir qui marquait l’entrée de la propriété. Hormis les reniflements du shar-pei, le silence persistait. Fer se rapprocha de son père, les bras noués dans le dos. Son visage reflétait une telle acrimonie qu’elle semblait vouloir éclater comme un feu d’artifice. Je tournai la tête vers Teichi, qui me renvoya un regard inquiet. Antoni, à ses côtés, déglutit bruyamment. Un bruit sourd claqua brusquement dans la cour. Athora sursauta en lâchant un cri de surprise. Seïs porta la main à son visage et essuya d’une main tremblante les gouttes de sang qui perlaient de sa lèvre inférieure. Son regard se traîna lentement jusqu’à son père et se figea sur son visage. Un rictus étira ses lèvres avec effronterie. « Tu me fais honte, dit Sirus d’une voix rauque, sans toutefois élever le ton. Tu aurais mérité de croupir dans les cachots de Macline comme n’importe quel vaurien. Tu ne mérites ni l’honneur qui t’est fait, ni l’intervention de ce brave Sin-Lin. Alors, maintenant, écoute-moi bien. Ouvre grand tes esgourdes. Tu te tiendras à carreau les prochains mois ou tu seras banni de la maison. Définitivement. Et crois-moi, lorsque les Tenshins viendront te chercher, tu partiras. Ai-je été suffisamment clair ? » Le trouble envahit un instant le visage de Seïs. Son teint pâle fit ressortir la trace des doigts de Sirus sur sa joue. Ses yeux ancrés dans ceux de son père avaient du mal à ne pas remuer dans leurs orbites. Il parut prendre une profonde inspiration. « C’est facile pour toi de te débarrasser de moi. Une bouche en moins à nourrir, mais tu n’as pas ton mot à dire dans cette décision… — C’est ce qu’on va voir, l’interrompit sèchement Sirus. Tes simagrées, c’est terminé. Tu vas filer droit, c’est moi qui te le dis. — Sinon quoi ? » Sa voix reprit de l’assurance. « Sinon je te ferai vite comprendre où se trouve ton intérêt puisque c’est la seule chose que tu entends… Ha ! Ha ! Ha ! Je gage que tu riras moins dans quelques mois lorsque les Tenshins vont s’occuper de toi. Ils risquent de se montrer bien moins tendres que j’ai pu l’être par le passé. Mais comme tu ne comprends que la loi des poings, je peux aussi précéder leurs enseignements. Ça ne me plaira pas plus qu’à toi, mais si tu m’y obliges, je n’hésiterai pas. Te voilà averti. » Seïs avait beau toiser son père avec audace, je percevais sa respiration haletante. On aurait dit qu’il se trouvait au sommet d’une montagne, prêt à tomber dans le vide d’un instant à l’autre. La gifle et les paroles de Sirus avaient dû le dégriser séance tenante, mais pour plus de sûreté, Sirus ajouta d’un ton qui ne souffrait aucune protestation : « Va cuver ton vin dans la grange. » Il n’attendait aucune réponse. Aussi, tourna-t-il brutalement les talons pour passer entre sa femme et Fer, avant de pénétrer dans la maison sans se retourner. Seïs regarda son père disparaître dans la cuisine, puis son regard flotta jusqu’à sa mère. Athora le dévisageait d’un air consterné, les lèvres pincées. Elle secoua la tête d’un air désolé et rejoignit son époux à l’intérieur de la maison en faisant claquer ses talons sur les dalles. Une ride se creusa entre les sourcils de Seïs tandis qu’il regardait la silhouette de sa mère passer la porte. « Tu l’auras bien mérité », lança Fer. Pendant un instant, en voyant un éclat de fureur jaillir dans ses yeux, je crus que Seïs allait lui sauter à la gorge. À ma surprise, il se fendit d’un sourire caustique. « C’est toi qui m’as inscrit », déclara Seïs. Les yeux de Fer luirent dans la pénombre comme deux lames. Il pouffa. « Je t’assure que je n’imaginais pas que ça marcherait si bien. Les résultats sont hors de toute proportion, se moqua-t-il. Tu as entendu papa. » Il lui désigna d’un geste agacé la porte ouverte de la grange. Seïs cracha par terre un liquide rougeâtre qui tacha les dalles. Puis ses yeux noirs croisèrent ceux de son frère. Je frissonnai. Une grimace menaçante fit disparaître toute bonhomie du visage de Seïs. Il humidifia ses lèvres et épongea le sang d’un coup de langue acéré. Le sous-entendu était limpide. Fer carra les épaules comme s’il s’apprêtait à lui rentrer dedans. Au lieu de quoi, il fit volte-face et gronda : « Vous trois, dans la maison. Allez ! » Il s’avança vers Antoni et Teichi, qu’il saisit brutalement par le bras, et les entraîna dans la cuisine. « Naïs, tu viens », m’ordonna-t-il sèchement avant d’entrer. Seïs m’adressa un regard appuyé. La colère lui avait roussi les joues et le sang qui avait maculé son menton lui donnait un air d’esclave retenu par des chaînes contre son gré. Son regard se prolongea sur moi un moment avant que je ne me ressaisisse. « Qu’est-ce que tu regardes ? fit-il d’un ton sec. — Rien... Il n’y a rien à regarder. » Un rictus traversa son visage. Je baissai la tête et me dirigeai vers le puits, les épaules voûtées. Avant de tourner à l’angle de la maison, je me retournai brièvement vers la cour. Seïs marchait d’un pas mal assuré en direction de la grange, les bras ballants. Je repris mon souffle et tentai d’effacer l’envie que j’avais de lui courir après. Je me hâtai d’aller tirer l’eau au puits et de rentrer à la maison. Dans la cuisine, le calme qui m’accueillit était rafraîchissant. Sirus mangeait le nez dans son assiette. Son visage était tendu comme du cuir tanné. Je me dirigeai vers l’établi et versai le contenu du seau dans un pichet. Je le posai ensuite sur la table et m’installai à ma place, entre Teichi et Antoni. Ce dernier affichait une mine déroutée et avait le bon sens de conserver le silence. En m’asseyant, Teichi m’accorda un coup d’œil navré. À l’inverse, Fer observait la porte de la cuisine comme s’il voulait ruer dedans. Quand la voix de Sirus explosa dans la cuisine, je sursautai sur mon siège : « Bon Dieu, qu’est-ce que je dois faire de lui ? » Sa question n’était posée à personne en particulier. Aucun de nous ne fut assez stupide pour lui répondre. Son poing s’abattit sur la table qui vacilla dangereusement de gauche à droite, renversant du même coup le verre de vin d’Athora qui se garda bien de pester. « Je ne vais tout de même pas le battre toute sa vie pour qu’il daigne se comporter en homme ! — Ne t’inquiète pas, dit Fer d’une voix matoise, il n’aura plus le choix lorsqu’il sera à Mantaore. » Sirus acquiesça en adressant un coup d’œil oblique à son aîné. « Je leur en souhaite bien du plaisir à ces Tenshins. Il a Ethen au corps. » Athora soupira. « Je t’ai déjà dit de ne pas jurer ! » s’exclama-t-elle. Mon oncle grogna et avala une lampée de soupe en fronçant les sourcils. Athora détestait lorsque l’un de nous avait l’audace de jurer sur le nom d’Ethen, le dieu des Ténèbres, le royaume de l’Autre Côté. Athora le craignait ; comme la plupart des gens, elle le redoutait et lui imputait tous les malheurs du monde, des meurtres aux boutons de fièvre. Dans nos légendes sacrées, il était toujours flanqué du dieu de la guerre, Fylarse, et du dieu des morts, Elanaros. C’était la Triade. Dans les ouvrages des prêtres d’Orde, ils étaient symbolisés comme trois griffons assemblés en triangle autour d’une carte représentant nos cinq continents. « Seïs n’est pas un mauvais garçon », intervint Athora d’une voix basse. Elle me jeta un coup d’œil. « Il ne nous donne pas beaucoup d’exemples de sa grandeur, lança Fer d’un ton cinglant. — Maman a raison, coupa Teichi. Seïs n’est pas un… brigand ; il ne fait rien de véritablement mauvais… — Agresser une personne n’est pas un crime selon toi, Teichi, répliqua sévèrement Sirus. Sacredieu ! Est-ce ainsi que je vous ai éduqués ? » Il laissa tomber sa cuillère sur la table dans un bruit de métal. « Seïs est paresseux. Il ne travaille pas pour gagner sa vie. Il vadrouille toute la sainte journée où bon lui semble. Il manque à tous ses devoirs en ne prenant pas femme et en outrageant la plupart des filles de bonne famille qui auraient pu être un excellent parti pour nous. Il jette la honte sur notre maison et s’acoquine avec toutes les putains de Macline. N’est-ce pas suffisant pour le traiter de brigand ?... Je refuse que tu prennes sa défense, Teichi. Il ne mérite pas que quelqu’un plaide en sa faveur. Je ne lui pardonnerai pas ce dernier affront ! » Jamais je n’avais vu Sirus plongé dans une telle colère. « À mon avis, Seïs n’agit pas ainsi sans raison, déclara Teichi. — Ah oui et quelles raisons pourrait-il avoir pour se comporter comme un bandit ? s’exclama son père. — Eh bien… » Teichi parut chercher ses mots et ce fut avec prudence qu’il dit à mi-voix : « Je ne crois pas que l’argent soit le motif qui pousse Seïs à brigander. Je crois plutôt qu’il aime les ennuis. — Ça ! Pour sûr, nous l’avions remarqué. — Je veux dire que… que parfois j’ai l’impression qu’il se punit. » Les yeux de Sirus s’agrandirent. Fer lâcha un grognement de dédain et préféra siffler son verre de vin. « Se punir de quoi ? demanda Sirus, mais étrangement son ton s’était un peu radouci. — Je… je ne sais pas, répondit Teichi. Seïs n’est pas un mauvais garçon. Je suis persuadé que, s’il se comporte ainsi, c’est que quelque chose le tracasse. J’ai l’impression parfois qu’il maraude pour éviter de trop penser. — Seïs est un lâche, voilà ce qu’il est », explosa Fer. Teichi secoua la tête, mais Fer lui coupa la parole : « Je m’en tiens à tes propos. N’est-il pas capable d’affronter ses ennuis comme un homme doit le faire ? Non, il ne le peut pas. Seïs se dérobe. Voilà ce que moi, je vois. » Athora considérait Fer d’un regard terne. Elle se pinçait les lèvres et triturait sa serviette entre ses doigts d’un geste nerveux. Je sentais son malaise croître à mesure que le ton de Fer devenait dur. Elle ne supportait pas que ses deux fils se querellent. « Tu te trompes, dit Teichi avec aplomb. Seïs nous a déjà démontré par le passé le courage dont il peut faire preuve. Ce n’est pas une question de lâcheté. Il s’agit d’autre chose. » Le souvenir des falaises de Farfelle me fit un instant frissonner. Teichi croisa mon regard avant de se poser sur son aîné et son père. « Autre chose ! se moqua Fer. Tu trouverais n’importe quel prétexte pour excuser son comportement. On ne juge pas les hommes pour leurs paroles, Teichi, mais pour leurs actes. Et ceux de Seïs sont loin d’être brillants… Regarde, il n’y a pas un soir depuis des mois où l’on ne parle pas de lui pour autre chose que critiquer son attitude. — C’est faux. Et j’en veux pour preuve une nomination d’apprenti que Seïs te doit. Tu voulais sans doute le mettre dans l’embarras en l’inscrivant. Or, moi, j’y vois le témoignage qu’il a plus d’importance que tu sembles le croire. — C’est toi qui as inscrit Seïs sur les listes ? » s’étonna sa mère. Fer cracha un nouveau grognement. « Si vous voulez mon avis, dans un mois ou deux, on va se rendre compte qu’ils se sont trompés de bonhomme et ce sera la fin de cette histoire grotesque. — Il faut reconnaître qu’il y a de quoi s’interroger, dit Sirus sur un ton radouci. Bon Dieu, je ne vois pas plus Seïs porter une arme que Naïs devenir une p****n de Dame Lanay. — Sirus ! » s’exclama Athora d’un ton réprobateur. Je ne pus m’empêcher de sourire lorsque mon oncle m’adressa un clin d’œil goguenard. « À mon avis, reprit Teichi, si les Tenshins l’ont choisi pour novice, nous ne devons pas revenir sur leur décision, mais au contraire, nous interroger sur ce qui l’a motivée. » Sirus braqua un regard intrigué sur son fils. Il paraissait soudain songeur. Fer eut un petit rire cavalier qui retomba dans le silence. Antoni se pencha vers moi et me souffla à l’oreille : « Selon toi, pourquoi l’ont-ils choisi ? » Je haussai les épaules. « Pas pour calmer les foules en tout cas. »
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