chauffeur et je ne peux pas te répondre à la place du patron. Alors, pour en avoir le cœur net, pose-lui la question de savoir le pourquoi des choses.
— Vous êtes les mêmes dans cette maison et votre animosité envers moi n’a pas de limite, dit-elle. Chacun de vous payera le prix fort de ses mauvais actes.
— On va voir, madame, qui parmi nous peut être le traître et le déloyal, dit Momo. Ni madame Sophie ni monsieur Mateo ne méritent qu’on s’en prenne à eux précisément le jour de leur mariage. Je ne pense pas que cet acte atroce soit commis pas n’importe qui. Celui qui a osé tirer sur des personnes innocentes payera de sa peau incessamment.
— Moi, je ne me reposerai pas bien si le criminel qui m’a tiré dessus n’est pas encore arrêté. J’espère que la police fera de son mieux pour que justice soit rendue aux victimes de cet acte odieux et inhumain.
— Rassure-toi, madame, le patron n’est pas né de la dernière pluie, dit Momo. Je ne crois pas qu’il va rester les bras croisés pour rendre la pareille au centuple à l’agresseur. Le départ inattendu du jardinier laisse à se poser beaucoup de questions.
— Comme quoi ? demanda-t-elle.
— Comme par exemple, les raisons pour lesquelles il a quitté la maison de son propre chef et sans avoir pris la peine d’aviser au moins le patron.
— Il pourrait y avoir une explication à ce départ fulgurant, dit-elle.
— Peut-être, dit-il avant de prendre congé d’elle.
Dès son entrée dans la chambre, Layla s’allongea quelques instants sur son lit pour se détendre puis elle se releva pour prendre une douche et se relaxer dans la baignoire remplie d’eau chaude et mousseuse.
Quand elle avait fini de se laver le corps et de rincer les cheveux à coups de peigne, elle s’essuya soigneusement, enfila son peignoir, enroula une serviette autour de la tête, se regarda dans le miroir et observa les cicatrices de sa profonde plaie.
N’ayant ressenti ni remords ni regrets, elle croyait avoir usé de la légitime défense pour faire valoir ses droits.
A sa sortie de la salle de bain, La servante lui apporta un plateau garni entre autres de jus de fruits saisonniers et d’amuses-bouche. Elle le posa sur la table, jeta un regard furtif autour d’elle et quand elle s’apprêta à filer, Layla l’arrêta :
— Attends, ne t’en vas pas avant que nous ne nous parlions.
— De quoi voulez-vous parler, madame, demanda-t-elle ?
— De tout et de rien, dit Layla. Qu’est ce que tu as, petite domestique ? Je te trouve un peu bizarre. Qu’est ce que tu es en train de me cacher ?
— Rien, madame, dit la servante. Si tu me trouves bizarre, moi, je pense que c’est toi qui es étrange. Depuis qu’on t’a tiré dessus, tu n’es pas dans ton assiette pour la seule raison que ce mauvais tireur s’est trompé de cibles et ce faisant, il n’a peut-être pas respecté son engagement. Combien tu aurais aimé que ces balles aient transpercé le cœur des mariés. Tout le monde raconte que tu n’étais pas la personne visée qu’on voulait tuer et que ce n’était qu’une erreur due au manque de concentration et d’acuité visuelle de ce tireur.
— C’est qui, tout le monde ? Sois précise et cite-moi quels sont ceux qui disent une chose pareille, dit Layla.
— Epargne-moi, madame, ce rôle de rapporteur expéditif et imprécis, dit la servante. Moi, je ne peux pas prendre la responsabilité de confirmer la véracité de ce que j’ai entendu dire. Les gens racontent leurs ragots selon de multiples façons.
— Cesse de m’importuner avec tes mensonges et va-t-en !
— Je n’ai aucun intérêt à vous mentir, madame, dit la servante. Je ne vous ai répété que ce que j’ai entendu dire.
— J’ai dit va-t-en. Combien de fois fallait-il que je te le répète ? grogna-t-elle.
— Excusez-moi, dit la servante avant de s’en aller.
Ce jour même au milieu de la nuit, celui qu’elle appelait l’homme de caverne se manifesta. Sa voix de personnage effrayant et agressif bourdonna dans ses oreilles.
Sans attendre, elle lui demanda à l’emporte-pièce :
— En quoi me vaut l’honneur de cet appel ?
— Cet appel aura pour objet de te secouer, dit-il, de semer la terreur dans ton esprit, de te prévenir que tes jours sont comptés et que le pire se dirigera vers toi à pas de géant. Le tueur à gages que tu as engagé pour tuer Mateo et sa femme est tombé dans nos pièges. Il est à présent six pieds sous terre. En guise de représailles, attends-toi à subir également le même sort. Tu es déjà dans le collimateur de mon arme de tir.
— Pourquoi, tu ne te montres pas, espèce de criminel ? dit-elle. Votre jeu sera bientôt dévoilé. La police est à tes trousses et elle finira de te mettre le grappin dessus. C’est sûrement vous, b***e de criminels, qui avez enlevé et séquestré ma sœur.
— Ta sœur est entre de bonnes mains. Elle est bien portante parce qu’on lui offre le gîte et le couvert.
— Arrête de raconter des histoires, dit-elle. Tu n’es qu’un menteur effronté et sans scrupules. Tes menaces ne me font pas peur. Ne te fatigue pas à passer ces appels inutiles. La prochaine fois, tu ne tomberas que sur le répondeur et tu n’auras pas le courage de laisser ton message audio parce que tu es un poltron et un esclave qui n’agit que pour le propre compte de son maître.
— Tu as perdu sur tous les fronts, madame, dit-il. Sache qu’il n’y aura pas de prochaine fois et ça, c’est mon dernier appel. Désormais, les choses entre nous vont prendre une autre tournure. Alors, prépare-toi à la guerre.
Afin de couper court à ce genre de discours agressif et menaçant, Layla raccrocha, jeta nerveusement son portable sur le sofa, puis il le reprit. Et pour essayer de comprendre le secret de ces appels privés passés par cet homme des cavernes, elle se mit à les compter et à les situer dans le temps.
Par simple déduction, elle a vite compris que son agresseur agissait bel et bien pour le compte d’une personne qui ne pouvait être que ce traiteur de Mateo qu’était son beau frère et que tout le monde était induit en erreur en croyant faussement que c’était une personne généreuse et bienveillante.
Pour prendre sa revanche et l’emporter sur ses offenseurs, elle envisagea la possibilité d’échafauder un plan. Elle ouvrit son tiroir, en tira son pistolet, l’essuya soigneusement, enleva son charger, le dégarnit et le rechargea avec de nouvelles cartouches.
Après avoir examiné son arme pendant quelques minutes, elle l’a mise dans son étui, la rangea à sa place et ferma à clé. Afin de se motiver pour agir le jour « j », elle se mit en tête que le courage et l’impétuosité seraient de bons serviteurs à quiconque se devait d’affronter son ennemi.
Layla passa des heures à ressasser ces peines et remuer le corps d’un côté à l’autre sans pouvoir s’accommoder d’aucune position comme s’il se cachait sous ses draps des taons qui la piquait continûment et sans pitié. Ce n’était qu’à l’aube qu’elle a pu plonger dans le sommeil à la manière d’un bébé à qui l’on a donné finalement sa tétée au dernier quart de la nuit.
XIX
L’infirmière et celle que Mateo appelait son invitée, histoire de cacher sa vraie identité, se sont échappées de la maison de la compagne.
Ce n’était qu’après deux jours que le gardien, drogué par la nurse qui lui a administré une bonne dose d’ecstasy, se rendit compte de leur fuite. Il a beau essayer de suivre leurs traces pour les rattraper, il n’a pas réussi.
Pour lui, qui n’était par dessus le marché que du genre de personne craintive et timorée, lancer crûment à son patron cette mauvaise nouvelle, ce sera à son avis signer son arrêt de mort. Mais pour ne pas faillir à ses engagements, il lui passa un appel :
— Allô, balbutia-t-il en étouffant comme un poisson hors de l’eau.
A l’autre bout du fil une voix de femme qu’il a eu du mal à reconnaître, retentit à son oreille en disant :
— Qui est à l’appareil ?
— C’est moi, dit-il sans savoir à quel saint se vouer.
— Je peux savoir qui vous êtes ? dit-elle poliment.
— Je suis le gardien, madame, répondit-il.
— Le gardien de quoi ? demanda-t-elle.
— De la maison de la compagne, dit-il. J’ai besoin de parler à monsieur Mateo.
A quel sujet ? demanda-t-elle en ne croyant pas ses oreilles.
— J’ai un problème, dit-il. Si vous êtes sa fille ou sa femme, veuillez m’aider s’il vous plait. Le patron pourrait me tuer.
— Je suis Sophie, sa femme. Calme-toi et dis-moi tout de suite qu’est ce que tu as comme problème ?
— La femme que le patron appelait son invitée vient de quitter les lieux avec son infirmière. Après m’avoir drogué, elles ont trouvé le moyen de s’échapper et moi, je ne sais pas où sont-elles allées.
— Est-ce que tu connais leur identité exacte ? demanda Sophie qui n’a jamais entendu parler de l’existence de cette ferme de la compagne et encore moins de l’histoire de ces deux femmes mystérieuses.
— Non, madame, je n’en ai aucune idée, répondit-il. Ma mission n’est que le gardiennage de cette propriété. L’autre fois, monsieur Mateo m’a menacé de mort au cas où ces deux femmes quitteront les lieux sans sa permission. Veuillez intercéder en ma faveur pour me sauver la vie, je vous en conjure.
Quand Mateo sortit de la salle de bain, Sophie raccrocha et effaça rapidement cet appel.
— C’était qui ? demanda-t-il. Mon téléphone ne s’arrête pas de sonner ces derniers temps, ça me donne un mal de crâne.
— Appel privé, dit-elle, je l’ai effacé.
— Mais pourquoi ? Tu n’aurais pas dû procéder de la sorte. Moi, je garde tous les appels dans le journal au moins pour m’assurer de leur provenance.
— Excuse-moi, patron, dit-elle pour plaisanter.
— Est-ce que ce correspondant est-il un homme ou une femme ? demanda-t-il pour lever le doute.
— Ne t’a-t-il pas décliné son nom par hasard ? demanda-t-il.
— Il m’a dit que c’était le gardien de la maison de la compagne, dit-elle. Et moi, à ce que je sache, nous n’avons aucune maison de la compagne. N’est ce pas ?
— Cet homme est un déséquilibré mental, un vrai psychopathe, dit-il pour cacher son vrai visage. Ne crois pas ce qu’il raconte. C’est un toxicomane. Il se d****e sans interruption. Est que t’a-t-il dit au juste ?
— Il m’a dit qu’il avait un problème, expliqua-t-elle. L’infirmière et ton invitée ont quitté cette propriété sans qu’il soit au courant parce qu’elles l’ont drogué.
— Oublie ça et va prendre une douche, dit-il. Tu en as besoin, dit-il.
— Mais nous n’avons pas encore terminé notre conversation à propos de la maison de la compagne, dit Sophie, qui commença à soupçonner son mari. Comme tu le sais, je n’aime pas les cachoteries et ce n’est pas ma tasse de thé. Moi, en tant que telle, je mets toujours en avant la transparence et la franchise. Notre couple doit être exempt de toute sorte de suspicion, sinon nous ne pouvons pas vivre en harmonie. Je veux que tu me dises la vérité maintenant et ça ne pourrait pas attendre.
— Va te doucher et laisse-moi réfléchir à ce que ce dingue voulait me dire à propos de ses femmes dont je ne connais même pas l’identité. Cette maison de compagne n’est rien d’autre qu’une petite parcelle de terrain broussailleux, entourée de quelques arbres d’eucalyptus et de sapins. C’est la part que j’ai héritée de mes parents. J’ai toujours pensé l’exploiter dans des projets d’apiculture, mais je n’ai pas encore pris le temps d’étudier cette affaire.
Sophie qui n’en crut pas un seul mot, lui demanda :
— Et que faisaient ces deux femmes là-bas avec un gardien ? grommela-t-elle. Une infirmière pour s’occuper de ton invitée, non ?
— Avant de croire ce gardien, il faut d’abord connaître son caractère, dit-il. Comme je viens de te le dire, ce type n’est pas quelqu’un de sain d’esprit. C’est un froussard et un déphasé qui a souvent les idées brouillées. Quand il a à passer un message, il le fait à l’envers.
— Quoi que tu dises, tu n’arriveras pas à m’enlever de la tête qu’il y a anguille sous roche. Fais attention à tes paroles et ne me mens pas comme un arracheur de dents. Je n’ai jamais pensé que tu menais une double vie à mes côtés.
Quand Sophie entra dans la salle de bain, Mateo profita de ce moment et passa un appel à Roméo qui répondit su-le- champ :
— Je vous écoute, monsieur, dit-il.
— Rends-toi tout de suite à la maison de la compagne, ordonna-t-il. Il paraît que le gardien a failli à son devoir. L’infirmière l’a roulé dans la farine et elle a réussi à échapper avec notre invitée. Si vraiment tu ne les trouves pas, ne perds pas ton temps, tue-le et reviens vite, je t’attends au café habituel. Avec moi, aucun de mes employés n’a droit à l’erreur.
— Entendu, monsieur, vous pouvez compter sur moi, dit Roméo qui se dirigea illico presto vers cet endroit.
L’infirmière, accompagnée de la femme en question, se réfugia chez sa grand-mère. Elle vivait toute seule dans un appartement hideux et vétuste qui n’attirait l’attention ni la curiosité de personne.
Cette femme que ce criminel de Mateo, qui courait derrière l’argent et le gain facile, appelait son invitée, n’était personne d’autre que sa femme Emma, portée disparue, il y a quelques années et que tout le monde croyait qu’elle était morte.
Après s’être remise de la souffrance qu’elle a tant endurée dans cette sorte de prison, Emma contacta sa sœur et lui donna ses coordonnées pour qu’elle allât la voir.
Saisie par cette bonne nouvelle qu’elle avait tant attendue, Layla changea de look avec rapidité et sortit de la maison sans dire quoi que ce soit à la servante.
Devant la porte d’entrée de l’immeuble où elle s’est rendue, un homme, qui semblait être le concierge, assez jeune avec une barbe clairsemée, habillé pauvrement, coiffé d’un vieux bonnet noir, le regard rivé sur son portable bon marché, était juché sur un tabouret de fortune.
Il tenait entre les doigts une cigarette fraîchement allumée, aspirait d’épaisses bouffées de fumée qu’il soufflait avec une quinte de toux grasse, accompagnée de quelques chatouillements au fond de la gorge, qui faillit lui couper la respiration. Il ne détachait ses yeux de cet objet que rarement pour regarder avec peu d’intérêt ce qui se passait autour de lui.
Layla, qui voulait passer inaperçue, profita de la distraction de ce bon à rien et suivit pas à pas un vieux couple qui remontaient difficilement les escaliers.
Quand elle avait atteint le troisième étage, elle jeta un coup d’œil sur les portes du palier et put lire le numéro douze sur l’une d’elle et se dit : « c’est peut-être là où ma sœur se réfugie. La police doit être mise au courant de sa réapparition quand même. Mais pas maintenant… »
Dès qu’elle frappa à la porte, l’infirmière qui l’attendait avec Emma, vint lui ouvrir et dit de but en blanc :
— Je pense que c’est toi, la sœur d’Emma ?
— Oui, madame, c’est bien moi en chair et en os, dit-elle en soupirant de colère et d’indignation.
— Entre ! Tu es la bienvenue chez nous. Ta sœur est là.
Ce moment de retrouvailles entre les deux sœurs était tellement indicible qu’elles n’ont pas pu trouver les mots pour exprimer leur joie et leur grand soulagement de se retrouver nez à nez.
— Je savais que tu étais vivante, ma sœur, dit Layla en éclatant en sanglots. Mon sixième sens ne m’a pas trahie.
— Cesse de pleurer, ma sœur, dit Emma. Grâce à cette femme qui m’a toujours couverte de soins, j’ai pu échapper des mains de ce sale criminel de Mateo. Je ne savais pas que c’était lui qui m’a faite enlever. Il ne se montrait pas et je ne l’ai jamais vu s’approcher de moi. L’infirmière Andrea qui a souffert elle aussi de cet enfermement m’a sauvée la vie et c’est grâce à elle que je suis là avec toi, ma sœur bien-aimée. Parle-moi de mes enfants. — Tes enfants sont bien portants, dit Layla. Ta fille, Laura, s’est mariée avec le fils des Louis. Mais, malheureusement, elle ne va pas bien parce qu’elle a un complexe d’infériorité tout comme son père qui se croit être le maître du monde.
Emma n’a rien compris de ce que voulait dire Layla par ce complexe d’infériorité et elle lui demanda d’être un plus précise :
— Qu’est ce que c’est que ces histoires à dormir debout, ma sœur ? Tu me surprends. Veux-tu me dire au juste de quoi s’agit-Il ?
— Il s’est avéré que Laura est inféconde. Tous les tests et analyses médicaux qu’on lui a faits, l’ont confirmé. Et pour sauver soit disant son mariage, ton cher époux, qui se croit capable de trouver toujours des solutions à ses problèmes, lui proposa une insémination artificielle avec un échantillon de sperme de son mari. La mère porteuse du bébé vit à présent avec nous à la maison et on la traite comme une reine.
L’infirmière, qui suivait avec intérêt cette conversation, voulait savoir ce qu’il y a de commun entre Laura et son père et sans hésiter, elle demanda à Emma :
— Et votre s******d de mari a-t-il lui aussi un problème de santé ?
— Oui, oui, après la naissance de nos trois enfants, il a subi une opération de vasectomie pour ne je sais quelle raison, expliqua Emma. — Je ne crois pas qu’un homme barbare et sauvage de sa dimension puisse penser à ce genre d’opération uniquement pour ne pas faire d’enfants avec d’autres femmes. Il pourrait y avoir une autre raison qui l’avait amené à simuler cette opération.
— Oublie ce bourreau, Andrea, dit Emma. Il ne mérite pas qu’on passe notre temps à parler de lui comme si c’est nécessaire.
— Ma sœur a raison, dit Layla. Ce goujat doit payer pour tout le mal qu’il a fait. Le dénoncer à la police ne sera pas la meilleure solution. Il faut que nous nous organisions pour le prendre au dépourvu.
— C’est vrai, dit l’infirmière. Même si nous allons porter plainte, la police nous demandera des preuves irréfutables.
— Et qu’allons-nous faire alors, demanda Emma ? Est-ce que nous restons les bras croisés et lui laissons le temps de nous rattraper et nous tuer ?
— Laissez-moi faire. Cette fois-ci, je ne le raterai pas. J’ai payé un tireur à gages pour qu’il le tue, lui et sa nouvelle femme, le jour même de leur mariage, mais les choses ont tourné à notre désavantage.
— Sa nouvelle femme, tu dis ? demanda Emma, l’air étonné.
— Oui, ce goujat vient de se marier avec Sophie, sa secrétaire. J’ai essayé de l’en empêcher, mais je n’ai pas eu gain de cause et ils sont maintenant, tous les deux, mari et femme.
— Alors, c’est pour les beaux yeux de cette sainte nitouche qu’elle m’a enfermée pendant toutes ces années dans cet endroit sombre, loin de mes enfants et de ma maison, soupira-t-elle.
— Cet homme calculateur, dit Layla, est aussi un grand manipulateur qui use de toutes les astuces machiavéliques pour arriver à ses fins. Tu ne penses pas qu’il a arrangé pour de bon le mariage de sa fille avec Milo uniquement pour s’emparer de ses biens qu’il regardait avec un œil de convoitise ?
— Tout ce que tu dis est vrai, ma sœur, dit Emma. Ce mufle est un vrai monstre. Il m’a fait souffrir le martyr en me séparant de vous tous pour m’enfermer dans ce maudit endroit avec l’infirmière Andrea.
XX
Avec la présence quotidienne de Rosa à leurs côtés, Milo et Laura s’entendaient mal. Malgré l’intervention de Mateo qui s’interposait de temps en temps entre eux, la situation dans cette maison allait de mal en pire et leur vue conjugale est devenue tellement chancelante qu’il s’en est fallu de peu pour qu’ils se séparassent.
En dépit des remontrances acerbes et sévères venant de son épouse, Milo n’en finit pas moins d’en faire à sa tête. La mère porteuse qu’il dorlotait à chaque occasion avait gagné son estime et son affection au point de devenir à ses yeux la femme la plus importante qui valait son pesant d’or.
En s’estimant plus heureuse aux côtés du père du bébé qui allait naître, Rosa, qui en était à la phase finale de sa grossesse, faisait une fixette sur le père de l’enfant.
A cet effet, elle envisagea la possibilité de supplanter Laura sachant qu’à maintes reprises l’idée de devenir la première femme, dans cette maison des Louis, lui effleurait tellement l’esprit qu’elle rêvait de garder à jamais ce statut social de prince.
N’ayant pas supporté la mise en œuvre des tentatives de Rosa, visant à mettre le grappin sur Milo, Laura s’emporta.
Mais elle n’avait pas d’autres choix que de recourir au soutien de son père qui l’avait calmée en lui promettant qu’il allait remettre cette femme à sa place.
Un mois plus tard, les employés de la maison ont vu le majordome courir dans tous les sens comme s’il était sur le point de signaler une urgence. La servante Nina et ses deux filles domestiques toutes curieuses, sortirent de la cuisine pour s’enquérir de la situation. Elles ont appris que Rosa avait des contractions de l’accouchement.
Sur un coup de fil passé par Milo en personne, l’ambulance qui n’a pas tardé d’arriver gara devant la porte d’entrée de la maison. Deux infirmiers brancardiers embarquèrent Rosa pour l’emmener à la clinique.
En l’espace d’un laps de temps, la parturiente avait accouché sans problèmes. Le nouveau-né était un garçon. La nouvelle s’est propagée de bouche à oreille dans les quatre coins de la maison. Milo était aux anges. Il invita Laura à partager avec lui cette joie et à se sentir également concernée par la naissance de ce bébé.
En se donnant rendez-vous d’être à la clinique, tous les membres de la famille étaient là dans la chambre de Rosa pour la féliciter et lui souhaiter un prompt rétablissement.
Layla, qui voulait savoir exprès, les intentions de Mateo, Lança à l’adresse de Milo :
— Comment tu vas l’appeler ?
— Tous les prénoms qui existent sont valables, mais le choix de celui que va porter mon fils n’est pas de mon ressort tout seul. Laura a elle aussi le droit souverain sur cet enfant.
— Et moi aussi, j’ai le droit de le considérer comme étant mon petit-fils.
— Cet enfant est chanceux. Il aura deux mères, dit Sophie.
— Personne ne peut le nier, dit Layla, mais il va vivre dans le giron familial pour recevoir les soins prodigués, grandir et se développer sous les yeux de son père et de Laura
— Puisque c’est un garçon, Si Milo est d’accord, je lui organiserai une grande fête pour donner à tout le monde la chance de faire ses quatre volontés.
— Et ça ne doit pas être une cérémonie ratée tout comme celle de votre mariage où l’on a failli me tuer, dit Layla, qui lança une épigramme contre Mateo et sa femme.
— Ceux que ces criminels visaient, c’était nous, moi et mon mari, dit Sophie.
— Celui qui s’avise à s’attaquer à moi, va inexorablement creuser sa propre tombe, ajouta Mateo.
Quand l’infirmière apporta le bébé à sa mère tout le monde, se tut. Avant de partir, elle demanda avec un sourire aux lèvres :
— C’est qui le père ?
— C’est moi, madame, dit Milo qui se précipita pour le prendre dans ses bras.
— Félicitations, monsieur, dit-elle, votre fils pèse presque quatre kilos et il se porte bien. Prenez soin de lui. Je vous conseille de le nourrir du lait de sa mère et de respecter ses moments de tétées.
— Ne vous en faites pas, madame, dit la parturiente, je ferai en sorte à ce qu’il soit toujours bien gavé.
— Est-ce que cette femme va vivre encore avec vous, susurra Layla à sa nièce.
— Je n’en sais rien, ma tante, dit-elle tout bas. Il me semble que toutes les cartes sont brouillées et j’ignore ce que va devenir ma vie en présence d’un bébé avec sa mère. A vrai dire, je n’ai aucun lien de sang avec ce bébé et de ce fait, je ne peux en aucun cas me considérer comme étant sa mère, ça c’est une folie que tous ceux qui sont sain d’esprit récusent.
— Pour sauver ton mariage, dit sa tante, tu dois accepter ton sort et faire semblant que tu es très contente du fils de ton mari. A cause de l’amour qu’il te porte, Milo n’a pas pu te laisser en plan pour se marier avec une autre femme qui pourra lui donner des enfants. C’est un sacrifice de sa part que tu dois prendre en compte.
N’ayant pas pu supporter le fait de voir ce bébé dans les bras de son mari, Laura quitta la clinique sur un coup de tête. Sa tante qui n’avait, elle aussi, aucune envie de rester planter à côté d’une femme qu’elle détestait de tout cœur, s’empressa de prendre la porte pour suivre sa nièce.
Quand Laura tourna la tête en direction de la clinique, sa tante était déjà arrivée à sa hauteur.
— Attends, dit-elle, qu’est ce qui te prend ?
— Excuse-moi, ma tante, je n’en peux plus. Ma vie n’a aucun sens. Je n’en suis pas si sûre de ressentir un jour cet instinct maternel qui peut exister chez d’autres femmes exemptes de stérilité.
— Tu as toutes les raisons du monde de t’inquiéter, ma chérie. Mais pour te faire oublier ce sentiment de tristesse et de mélancolie, j’ai une nouvelle pour toi. Et avant de te dire quoi que ce soit, promets-moi que tu vas rester calme et que tu vas garder le