avec ta sœur ne m’intéressent d’aucune sorte.
— Elles existent d’autres choses que tu ne peux pas nier parce que les preuves ne manquent pas à ton sujet, dit Layla. Avoue que j’ai raison et que je ne divague pas comme tu viens de le dire pour te décharger du poids des méfaits qui te poursuivent.
Pour couper court à ces menaces dangereuses consistant à divulguer le secret qui risque de faire péricliter cette famille, Bruno quitta la chambre de Layla après avoir s’excuser auprès des enfants et de Nora, la domestique de maison.
— Est-ce que je peux savoir ce que tu nous caches, ma tante ? demanda Laura, l’air dérangé. On dirait que tu as beaucoup de choses en commun avec ce jardinier. Nora peux-tu me dire au juste ce qui dérange ton collègue ?
— Entre Bruno et moi, il n’y a aucune affinité et nous n’avons rien à partager, dit Nora. Chacun travaille dans son domaine.
— Voilà une autre cachotière, dit Laura avant de s’en aller avec ses frères en laissant seule la servante avec Layla.
— Nous allons tout de suite rentrer à la maison, dit Janis, pour obliger ce jardinier à nous avouer ce qu’il sait à propos de notre famille.
— Tu as raison, mon frère, j’ai l’impression que nous sommes entourés d’un homme si mystérieux. Nous devons le connaître aujourd’hui même et faire tomber son masque pour voir son vrai visage.
— Soyons un peu plus prudents, mes frères, dit Laura. Avant de décider quoi que ce soit, il faut que nous prenions notre temps pour réfléchir. Cet homme, bien qu’il soit mystérieux et énigmatique, il nous a toujours donnés de l’amour et de l’affection comme si c’était notre vrai père.
— Ne dis pas de bêtises Laura, dit Janis. Notre père, c’est Mateo. N’inverse pas les choses, veux-tu frangine ?
— Ce n’est qu’une façon de parler, frangin, dit-elle. Je voulais seulement vous rappeler que ce jardinier doit être traité avec respect et considération pour l’intérêt qu’il nous porte depuis notre naissance.
— Posons-lui la question de savoir le secret de cet amour, dit Laura et rassurons-nous de ce qu’il va nous répondre.
Dès leur arrivée à la maison, Laura et ses frères, qui n’ont pas vu Bruno travailler au jardin comme d’habitude passèrent directement dans sa chambre pour le chercher et lui faire avouer ses quatre vérités. Ne l’ayant pas trouvé, ils se mirent chacun de son côté à fouiller dans ses affaires. Quand il a vu un bout de papier posé sur un vieux meuble servant de table de nuit, Janis cria :
— Venez voir ce qui est écrit sur ce torchon.
« Je vous aime, tous les trois. Mon amour restera immuable et inconditionnel jusqu’à ma mort.» Bruno le jardinier qui a mal usé de l’un de ses outils.
— Je ne comprends rien à cet écrit, dit Laura qui resta ébahi.
— Et moi, non plus, ajouta Luka. Mais je crois que cet homme voulait nous passer un message.
— Quel message ? demanda Janis.
— Tu as raison mon frère, dit Laura, mais il ne faut rien dire à personne et encore moins à mon père. Donnez-moi ce papier, je vais le détruire. Le jardinier reste mystérieux et on ne pourra peut-être jamais le revoir. Ce mot est sûrement un adieu définitif.
— Alors, nous devons aviser mon père que Bruno a quitté la maison, dit Luka.
— Mais ne faisons rien pour l’instant et attendons à ce qu’il rentre à la maison, dit Laura.
A l’issue de leur séjour à l’hôtel où ils ont oublié les mauvais moments qu’ils ont traversés pendant ce laps de temps de leur mariage, Mateo et Sophie rentrèrent sains et saufs à la maison. La servante les accueillit avec un grand sourire aux lèvres et les félicita de leur retour.
— Mais où sont donc les autres ? demanda Mateo en faisant un tour d’horizon sur la pelouse. Et le jardinier où est-il passé ? Je ne vois de tous ses outils que la tendeuse. Est-elle en panne ?
— Je n’en sais rien, monsieur. Je ne m’y connais pas en matériel de jardinage. Ce que je sais, c’est que le jardinier a quitté la maison. Ce sont vos enfants qui me l’ont dit.
— Mais pourquoi, diable, ce vieux crouton, ne m’a-t-il rien dit ? cria-t-il. Où pourrait-il être allé ce c****n ? Il croit qu’il est libre d’en faire à sa tête ?
— Calme-toi, Mateo, dit Sophie. Personne n’est indispensable. S’est il est parti définitivement de la maison, on peut en chercher un autre et le problème sera résolu.
— Cet individu doit avoir ses raisons, dit-il. Il doit y avoir un problème. Et toi, tu l’as vu avant qu’il parte ?
— Je l’ai vu à l’hôpital quand nous avons été voir madame Layla. Il était avec nous dans la chambre où elle est alitée. Mais à la suite de sa discussion houleuse avec votre belle sœur, il nous a quittés après s’être excusé auprès de Laura et des garçons.
— Tu peux me dire de quoi s’agit-il entre cette chipie et ce vieux croûton ? cria-t-il.
— Je ne peux pas, monsieur, dit-elle, madame Layla se fâchera après moi si jamais elle apprend que je vous ai rapporté des choses sur elle.
— Ne soins pas plus craintive et pusillanime qu’une timorée, dit-il. Tu as le choix entre deux choses : ou bien tu me dis de quoi s’agit-il et tu gagneras davantage mon estime ou bien, je te renvoie pour manque de loyauté. Alors, c’est à toi de voir.
— D’après ce que j’ai compris, monsieur, votre belle sœur connait des choses plus graves sur le jardinier. Elle l’avait menacé de divulguer le secret et moi, je ne sais pas ce qu’elle voulait dire.
— Mais, bon sang, quel genre de secret, cette femme peut-elle avoir ? grogna-t-il.
— Rentrons à la maison et arrête de fulminer, dit Sophie. Cette femme n’est qu’un mal de crâne. Elle va nous rendre la vie difficile si elle continue à vivre avec nous. Tu dois te débarrasser d’elle avant qu’elle ne soit tard.
— Mais comment ? demanda-t-il.
— Il faut que tu l’expulses de la maison, dit Sophie.
— Pour le moment, je ne veux pas de scandale chez moi, dit-il. Si je la mets à la porte, elle restera dans la rue, sans abris. J’ai des choses plus importantes à régler. Le problème de ma fille me préoccupe à présent et je dois trouver une solution le plus tôt possible.
— Alors, appelle Laura et dit lui d’aller voir avec son mari ma mère.
— Ok, je le fais tout de suite, dit-il en cherchant son numéro dans le répertoire.
— Est-ce que ça sonne ? demanda Sophie.
— Allô, Laura, c’est ton père. Nous venons de rentrer à la maison. Je t’appelle pour te dire que la mère de Sophie vous attendra demain à la première heure au cabinet du docteur Levi.
— Ok, papa, nous y serons. A part ça, vous allez bien tous les deux ?
— Oui, tout va bien si l’on exclut le problème de ta tante avec le jardinier qui vient de quitter la maison pour je ne sais quelle raison, dit-il. Maintenant, c’est ton cas qui m’importe.
— Nous reparlerons du cas du jardinier quand je viendrai à la maison.
— Ok, je t’embrasse, ma chère. Prends soin de toi, dit-il avant de raccrocher.
XVII
Le lendemain, à la première heure, Mateo appela Roméo et le chargea de chercher une femme adulte qui puisse louer son ventre. L’homme de main qui n’a pas tardé d’en trouver une, la présenta au patron.
Après avoir discuté des modalités de ce marché, la femme en question accepta de subir l’opération d’insémination. Ainsi, lors de sa ponte ovulaire, elle s’est rendue, en compagnie de Laura et de Sophie, au cabinet du docteur Levi où elle a subi l’opération d’insémination avec succès.
Cette mère porteuse s’appelait Rosa. Elle était âgée d’une trentaine d’années. Elle débordait de charme et de beauté et n’avait pas les yeux dans sa poche. Elle était issue d’une famille nécessiteuse. Sa mère était handicapée et atteinte d’une maladie chronique. Elle passait tout son temps à prier afin que Rosa trouve l’argent suffisant pour pouvoir lui acheter un fauteuil roulant et lui payer tous ses médicaments.
N’étant pas satisfaite de voir son père, un vieux décrépit, faire la manche sur la place publique, Rosa qui n’était pas du genre de femmes faciles qui se laissaient draguer par n’importe qui, avait une relation amoureuse avec Roméo. C’est grâce à lui qu’elle a pu sauver ses parents de la disette et subvenir à leurs besoins.
Pour pouvoir suivre l’évolution de sa grossesse et l’amener à intervalles réguliers chez le médecin pour faire des contrôles médicaux, il a été convenu que la mère porteuse vive sous le même toit avec Milo et Laura. Pour cette raison, Rosa est venue s’établir chez le fils des Louis au su et au vu de tous les employés de la maison qui se mettaient à ébruiter entre eux des ragots à son sujet.
Lorsqu’au fil des jours, son ventre se mit à gonfler et à devenir protubérant, sa présence au sein de la famille s’est avérée aux yeux de Laura comme une sorte de menace qui pourrait à tout moment nuire à sa relation avec son mari et encore moins mettre à mal sa vie conjugale.
Très content d’aller avoir un enfant, Milo négligea en quelque sorte Laura et se mit à porter tout son intérêt sur la mère porteuse de son futur bébé.
Afin de la traiter comme une reine et lui faire sentir de l’affection et de la chaleur humaine, il se montra très attachant et attentif à son égard.
Au jour le jour, il la couvrirait de tant de soins et veillait à ce qu’on lui servait ses plats préférés. Puisque cet enfant qu’elle portait était de son sang, il l’invitait à prendre tous ses repas avec lui et sa femme, à passer en leur compagnie le temps qu’il fallait, histoire de tapoter sur ce ventre saillant et sentir les pulsations cardiaques du fœtus.
Laura, qui se fit à l’idée que son amour partirait en fumée, se méfia de ce rapprochement entre son mari et Rosa. En l’ayant considérée comme étant sa rivale, elle faisait des mains et des pieds pour la tenir à l’écart. Mais elle resta tiraillée entre deux choses : ou bien la garder près d’elle pour récupérer d’abord le bébé et la faire disparaître ensuite de sa vue après quelques jours de son accouchement ou bien de l’expulser tout de suite de la maison à coups de pieds et adopter une autre solution qui ne mettrait pas en jeu son avenir et son statut de femme mariée.
En face de la nouvelle attitude surprenante de Laura et de son comportement insolite vis-à-vis de la mère porteuse de son enfant, Milo se faisait du mauvais sang et sa confiance en elle se mit à s’amenuiser comme peau de chagrin.
Un jour qu’ils se trouvaient tous les trois installés dans le salon pour discuter de l’avenir du futur bébé et encore moins du statut de Rosa, Laura avait perdu toute contenance et se mit à fulminer et à cracher des geysers tout comme un volcan en pleine éruption. Ses cris et ses jérémiades firent écho aux quatre coins de la maison. Le majordome, suivi de la servante, accoururent pour la calmer et apaiser sa colère.
— Que se passe-t-il, monsieur ? Est-ce que madame ne sent-elle pas bien.
— Non, non, merci, allez vous en. Ce n’est qu’un malentendu, dit Milo, qui ne voulait pas dramatiser la situation et se livrer à un bras de fer.
Rosa qui assistait à cette scène de jalousie déclenchée par la maîtresse de maison qui l’avait reçue, lors de son arrivée, avec enthousiasme et sympathie, se posa la question de savoir ce qu’elle a fait de si mal pour mériter ce revirement brusque et inattendu.
Elle a vite compris que vivre sous le même toit avec cette femme serait comme se porter volontaire de vivre dans l’enfer.
Et sans accepter de se laisser piétiner et froisser en subissant ces sautes d’humeur venant d’une femme si jalouse et méprisante, elle riposta :
— Madame Laura, excusez-moi de vous dire que personne ne m’a mis le couteau sous la gorge pour venir dans cette maison. Il faut que tu saches qu’étant femme tout comme toi, je suis, moi aussi, amoureuse moi de mon petit ami que j’aime à la folie et je ne pense en aucun cas le trahir. Si jamais ma présence ici vous semble désagréable et que je suis de trop, laissez-moi partir chez mes parents. Je vous promets que quand j’aurai accouché, je viendrai avec mon futur fiancé vous remettre ce bébé.
— Tu ne vas nulle part, dit Milo. Ma femme n’a rien contre toi. Au contraire, c’est elle qui m’a proposé d’accepter cette alternative, n’est ce pas mon amour ? Si tu la trouves un peu jalouse, dis-toi bien que c’est seulement à cause de l’amour fort qu’elle me porte. D’ailleurs, tu nous as déjà donnée ta promesse de cohabiter avec nous pendant le temps qu’il faudrait. Cela me mettrait mal à l’aise si tu changes d’avis et que tu ne tiens pas ta parole.
— Ce que j’ai accepté de faire pour vous, monsieur Milo, n’a pas de prix. Porter un enfant par insémination artificielle dans son ventre pendant neuf mois et le remettre in fine au père n’est pas une chose aisée. Outre l’instinct maternel, l’amour maternel que ressent toute parturiente pour son nouveau-né n’est pas facile à effacer. Mais, moi, en ma qualité de mère uniquement porteuse, je fais exception au détriment de cet attachement de la dyade mère et enfant.
— Je comprends ce que tu voulais dire, Rosa, dit Milo. Effectivement, ce n’est pas facile de louer son ventre moyennant uniquement une somme d’argent. La mère nature n’admet ces choses sauf s’il s’agit d’une nécessité impérieuse qui peut sauver de l’échec un couple où l’amour et l’affection règnent en maître. Je pense que c’est le seul et unique moyen pour nous de chasser le diable du foyer conjugal et de garder confiance en soi.
Afin de ne plus entendre ce discours justificatif de son mari, Laura quitta le salon pour aller dans sa chambre. Le fait d’être inféconde avait tellement accentué en elle un certain complexe d’infériorité que son état moral et physique se mit à empirer. S’apercevant de sa mauvaise humeur, Milo se releva de son fauteuil pour aller voir ce qu’il devrait faire pour la soulager et lui rendre le sourire.
Quand il entra dans la chambre, Laura était allongée sur le lit, les bras croisés sur la poitrine, les jambes tendus et légèrement écartées, les yeux embués de larmes étaient rivés au plafond.
Pour la faire sortir de cette situation fâcheuse et l’inviter à se rendre à l’évidence et accepter son destin, Milo lui passa la paume de la main sur le visage comme s’il voulait lui essuyer ses larmes et la tirer de ses crises de mélancolie.
Avant de prononcer le moindre mot à son adresse, il se pencha vers elle pour lui voler un b****r. N’ayant ni l’envie ni le désir de se laisser emporter dans un élan de rêve et de relaxation, Laura le repoussa et dit :
Laisse-moi, je veux être seule. Je n’ai pas besoin de tes caresses ni de tes câlins. Ils ne me serviront à rien. Mon amour pour toi est sur le point de tomber à l’eau. Tu as déjà trouvé la femme qu’il te faut pour me jeter au rancart. Elle te donnera un bébé et tu seras l’homme le plus heureux au monde. Mais, moi, en tant que telle, je n’ai rien à te donner si ce n’est que de la peine et de la souffrance.
— Arrête de t’en vouloir, dit-il. Avec ou sans enfants, tu resteras la seule et unique femme que j’aime. Quand j’ai jeté mon dévolu sur toi, je ne me suis jamais accorder le temps de poser la question de savoir si tu es féconde ou pas. Mon attachement à ton être demeurera immuable et indéfectible. Alors lève-toi, nous allons sortir en ville pour que tu puisses changer d’air.
Etant Convaincue des vrais sentiments d’amour et de dévouement de son mari, Laura se redressa et demanda :
— Excuse-moi, Milo, je me suis trompée sur toute la ligne. Parfois, il m’arrive d’avoir des appréhensions et je n’arrive pas à me contrôler pour maintenir au beau fixe toutes les bulles de mon humeur. Moi, aussi, je t’aime et je ne peux pas vivre sans toi. Tu es mon premier et dernier amour et je ne pense pas si je peux survivre sans te voir à mes côtés. Rosa n’a rien fait de mal. La fautive, c’est moi. Je reconnais les faits.
— Alors va lui demander des excuses et invite-la à sortir avec nous si tu n’y vois pas d’inconvénients. Moi, je vais me changer pour être fin prêt.
— Ok, je vais le faire tout de suite.
Quand elle retourna au salon, Rosa n’y était pas là. Elle appela le majordome et lui dit d’aller la chercher. Celui-ci revint en haletant et dit à Laura :
Madame, je n’ai pas trouvé Rosa. Il paraît qu’elle vient de sortir. D’après les domestiques, Momo est venu la chercher pour l’amener je ne sais où. Voulez-vous que je lui passe un appel pour voir ce qu’il en est d’elle ? Ce chauffeur aurait dû nous en avertir.
— Je ne sais pas si c’est mon père qui l’a envoyé la chercher. Elle aurait dû passer nous voir avant de sortir.
— Ne vous en faîtes pas, madame, je vais voir de quoi s’agit-il, dit le majordome.
— C’est inutile Tony, lança la servante à son adresse. Rosa n’est pas sortie de son propre chef. Le chauffeur m’a demandé de vous passer le message.
— Quel message ? demanda Laura.
— De vous dire que ton père voulait la voir.
— Merci, Nina. Tu peux te retirer, dit Laura.
Quand Laura appela son père, Rosa était avec lui au café. C’était elle qui demanda le voir pour se plaindre du mauvais comportement de sa fille et de la scène de jalousie qu’elle en vint à faire à son mari en sa présence.
Dès que Mateo regarda le numéro affiché sur son portable qui sonna, il dit de but en blanc :
— Alors, c’est toi, cria-t-il. Tu n’as pas honte de t’en prendre à la mère porteuse de votre bébé ? Tu veux en finir avec ton mariage ? Tu ne crois pas qu’en te séparant de Milo, tu resteras sur le pavé ? Qu’est ce qui te prend ? Tu as perdu la tête ou quoi ? Si tu ne veux pas prendre soin de Rosa et la traiter comme une princesse, dis-le-moi tout de suite.
— Cette femme t’a menti, papa, je ne lui ai rien fait de mal. Nous étions au salon tous les trois à discuter et quand je me suis aperçu que Milo lui accordait beaucoup d’importance, je suis devenue si jalouse que je n’aie pas pu m’empêcher de fulminer.
— Milo et moi, sommes réconciliés, dit-elle. Nous avons convenu de l’inviter à sortir avec nous en ville, mais lorsque le majordome alla la chercher, elle était déjà sortie de la maison avec votre chauffeur et ce à notre insu. Je te promets, petit papa, que dorénavant, je vais m’occuper d’elle et veiller en personne à ce qu’elle soit bien gâtée.
— C’est ce que je veux que tu fasses ma fille si tu veux sauvegarder ton mariage. Sache que mon souci, c’est de te voir sereine et allègre aux côtés d’un homme qui t’aime et te couvre de soins. N’oublie pas qu’une caresse, un sourire, un mot doux, une oreille attentive et un compliment sincère venant d’un mari aimant ne peuvent avoir de valeur que si elles sont appréciées à leur juste valeur par sa femme. Si tu le perds, tu le regretteras pendant tout le restant de ta vie. Alors suis mes conseils et tu finiras par gagner le gros lot.
— Rassure-toi papa, dit-elle, je ferai de mon mieux pour répondre à tes attentes et te donner satisfaction.
— Quand le bébé sera né, je ferai en sorte qu’il portera ton nom comme si tu es sa vraie mère. Rosa a déjà perçu la moitié de la somme convenue. Aussitôt qu’elle reçoit le restant dû après son accouchement, il n’aura aucun droit sur lui. Elle disparaîtra de ta vue quand je le décide. Avec cette enfant qui va grandir sous tes yeux et courir dans tous les sens, ton avenir sera assuré. Ne te méfie pas trop de ton mari pour ne pas semer le doute dans son esprit. Ce n’est ni un coureur de jupons ni un libertin extravagant qui change de femmes sur un simple coup de tête.
Au moment où elle était en train de parler avec son père, Milo qui était fin prêt pour la sortie, l’attendait dans la voiture. Après avoir décroché, Laura s’installa à ses côtés et lui dit :
— Tu peux démarrer, mon amour.
— Et Rosa, où est-elle ? demanda-t-il. Est-ce que tu ne l’as pas invitée à sortir avec nous pour oublier un peu ce qui vient de se passer entre nous à cause d’elle ?
— Le majordome ne l’a pas trouvée dans sa chambre et, moi, je ne sais pas où est-elle passée.
— Alors n’insistons pas, dit-il en démarrant sur les chapeaux de roues comme s’il voulait rattraper le temps perdu.
XVIII
Etant remise de ses blessures, Layla est sortie de l’hôpital. Elle n’avait pas l’esprit tranquille. L’idée fixe de perdre sa place dans cette maison, où elle avait passé tout son âge, la turlupinait.
Avant de décider quoi que ce soit, elle fit de la marche à pied pour se dégourdir les jambes. Au bout de quelques mètres, elle passa au premier café qu’elle repéra sur son chemin.
Toute seule, mais au milieu d’un panel de clients chics et élégants, elle trouva un plaisir de s’asseoir dans un endroit bien confortable.
Afin de s’imprégner de cette ambiance calme et sereine, elle se laissa emporter par le rythme fluide d’une musique douce et relaxante. Pour son petit déjeuner, elle commanda des œufs pochés, un jus d’orange et un café long.
Au fil des bouchées qu’elle mâcha lentement, des séries interminables de pensées fugaces et insaisissables, disparates et mal conçues, qui échappèrent à son contrôle, lui passèrent avec diligence par la tête tout comme une vapeur d’iris et de violette.
Après avoir tiré de grosses bouffées sur sa première cigarette, allumée à l’instant même, ses ruminations mentales et ses tourments intérieurs se dissipèrent.
Et quand sa mémoire se rafraîchît, elle essaya d’aligner ses idées, mais elle ne parvint que difficilement à se focaliser sur l’un de ses objectifs. Elle choisit celui qui visait à mettre un terme au mariage de Sophie et Mateo et pour ce faire, elle envisagea la possibilité de prendre sa revanche par elle-même avant de quitter la maison.
Puisqu’elle considéra que son plan d’action n’étant que comme une ébauche et qu’en définitive il ne put être mis à exécution, elle s’accorda plus de temps pour étudier le terrain de jeu et laisser germer l’idée de vengeance.
Ayant terminé de faire le tour de toutes les questions qui la tracassaient, Layla quitta le café pour rentrer chez elle. A son arrivée à la maison, l’absence du jardinier attira son attention et elle chercha la servante pour s’enquérir de la situation.
Quand Nora était en train de s’affairer dans la cuisine, fit subrepticement son entrée et lui tapota le dos. Surprise, la servante se redressa et Layla dit de but en blanc :
— Ce n’est pas étonnant que tu paniques. Je ne fais que te toucher.
— Excuse-moi, madame, je ne savais pas que vous alliez rentrer aujourd’hui même. Je suis très contente de vous voir parmi nous.
— Dis-moi, Est-ce que Bruno est-il là ? Je ne l’ai pas vu dans le jardin.
— Non, madame, il a quitté la maison sans le dire à personne, répondit Nora.
— Quel vieux crouton, se susurra-t-elle.
— Pardon, madame, je n’ai pas bien entendu, dit Nora.
— Non, rien, grogna-t-elle.
— Et les garçons, où sont-ils ? demanda-t-elle.
— Ils ont cours aujourd’hui et je crois qu’ils sont allés à l’école, dit la servante. Je les ai réveillés un peu tôt parce qu’ils le m’ont demandé hier avant d’aller se coucher. Ils se disent qu’ils ont un examen de philosophie.
— Je ne sais pas s’ils ont un peu révisé leurs leçons, les pauvres, dit Layla.
— Revenons au jardinier. Tu ne sais pas ce qu’il a au juste comme problème.
— Je n’en sais rien, dit-elle. S’il y a quelqu’un qui le connait mieux, c’est bien vous, madame.
— Et comment tu le sais ? dit Layla.
— Je dois être l’étrangère de cette maison pour ne pas le savoir, dit la servante. Ces derniers temps, vous étiez, tous les deux inséparables. Vous passiez votre temps à faire le tour de tous les problèmes de la maison. N’est-il pas possible qu’il soit parti tout simplement parce que vous le menacez de divulguer son secret ? Lequel secret, dites-vous, peut créer un tollé.
— Cesse de dire des bêtises, cria-t-elle. Tu crois que je vais descendre à ton niveau pour te faire confiance et partager avec toi tous mes secrets ? Mais ! tu es dingue ou quoi ? Va te mêler de tes oignons et écarte-toi de mon chemin avant que je t’expulse de cette maison avec des coups de pieds.
— Vous ne pouvez rien faire, madame, dit Nora. N’oubliez pas que tout le monde vous accuse d’avoir commandité cet attentat contre la vie d’un couple de mariés.
— Quelle insolente ! Tu vas me le payer sale g***e. Comment tu oses dire des imbécilités à mon sujet ? Il ne manquait plus que ça.
Lorsque Layla était sur le point de regagner sa chambre, Momo qui vient d’arriver, arrêta la voiture et descendit pour aller la voir.
— Qu’est ce que vous avez contre moi, tous les trois ? demanda Layla. Ni ton patron ni sa secrétaire ni toi non plus n’êtes venus me voir à l’hôpital. Je peux savoir pourquoi ?
— Et qu’est ce que j’en sais, moi ? dit Momo. Je ne suis qu’un