où sa mission échouerait.
— Comment tu peux penser une chose pareille ? dit-elle. Je suis comme une tombe. Quoi qu’il en soit, je ne dirai jamais rien à personne. Fais-moi confiance et ne me prends pas pour une traîtresse.
— Ce n’est qu’une mise en garde pour l’instant, dit-il, qui pourra te coûter si chère au cas où tu ne respectes au pied de la lettre ta part du marché.
— Je comprends ta méfiance, monsieur, dit-elle, et je ferai en sorte que ton identité ne soit révéler d’aucune manière. Il ne sera jamais dans mon intérêt de trahir mes amis de fortune. Laisse-moi partir, j’ai beaucoup de choses à régler.
— Ok, Je pense qu’il ne nous reste rien dire, tu peux t’en aller.
Quand Layla rentra à la maison, Bruno, le jardinier, qui commença à douter de ses manigances et de ses sorties et rentrées répétitives, la questionna sur ses dernières activités en voulant savoir à tout prix ce qu’elle a été faire toute seule en ville.
Afin que sa réponse soit convaincante, elle lui dit :
— Aujourd’hui, je suis allée voir une vieille amie. Elle m’a appelée hier au téléphone. Nous avons parlé un bon bout de temps et elle m’a invitée à prendre le déjeuner avec elle, lui tenir compagnie et, par ma présence, l’aider à chasser l’ennui autour d’elle. C’est une femme aussi âgée que moi. Elle vit seule avec sa domestique. Ses enfants qui travaillent loin de la ville ne lui rendent visite que rarement. Ce sont des gens, m’a-t-elle dit, bien placés. Ils travaillent pour des sociétés d’import-export.
— Je ne t’ai jamais entendue parler de cette dame, dit-il. Ne mens pas et dis-moi la vérité. Fais gaffe à ce que tu es en train de tramer. Tes actes pourront se retourner contre toi et tu risques de te voir mise à l’index.
— De quels actes, tu veux parler, vieux croûton ? cria-t-elle.
— Je te connais de fond en comble, dit-il. Quoi que tu dises, tu ne peux pas m’induire en erreur. Mon instinct d’homme expérimenté me fait sentir les traces indélébiles de toutes tes astuces machiavéliques. Ne commets pas de bêtises, la vie d’un être humain n’a pas de prix. Si te laisses guider par tes pulsions d’animal féroce, tu perdras sur tous les fronts. Ne sois pas cachottière et fais-moi part de tes intentions.
— Ne m’incrimine pas de cette manière, dit-elle. Ce que tu avances est grave bien qu’il soit dépourvu de sens. D’où tu sors toutes ces accusations ? Tu n’es qu’un vieux décrépit qui a perdu le sens de la réalité. Tu as intérêt à aller voir un psychiatre le plus tôt possible, sinon tu risques d’effrayer les gens autour de toi.
— La psychopathe, c’est toi, madame. Depuis le jour où monsieur Mateo et mademoiselle Sophie, ont annoncé la date de leur mariage, ton comportement a changé de pire en pire et tu es devenue une femme aigrie et agressive.
— Si tu persistes à m’attaquer, tu vas m’obliger à tout balancer à ton patron.
— Tu n’as aucune preuve contre moi.
— Détrompe-toi, vieux crouton, dit-elle, j’ai toutes les preuves pour te dénoncer à ce cocu de Mateo qui croit avoir gagné la bataille en se mariant avec cette sainte nitouche, qui ne sait pas encore ce qu’il se cache derrière cette tête de traiteur. Moi, Layla, je suis imbattable et personne ne pourra sortir indemne s’il s’avise de me briser le cœur. Le moment de la confrontation s’approche et tu vas sûrement assister au drame de cette famille. Un homme averti en vaut deux.
— De jour en jour, tu me surprends, dit-il. A mes yeux, tu es devenue comme une bombe à retardement que personne ne s’est avisé de désamorcer.
— Si tu crois vraiment que je suis comme telle, tu ne te trompes pas. Je t’accorde le droit de faire cette comparaison. C’est vraiment dommage pour toi que tu ne sois pas protégé lors de la déflagration. On te traitera joliment de traître et de fornicateur et tu passeras le restant de ta vie à quémander l’aumône au coin des portes cochères. Fiche-moi la paix, va t’en.
— Le temps le montrera et on va voir qui de nous perdra la bataille, dit-il avant de la laisser sur place toute pensive.
Une semaine plus tard, la cérémonie de mariage de Mateo et Sophie a débuté le matin d’un dimanche. Tous les membres des deux familles étaient là tout comme les invités de marque des mariés.
L’inspecteur Abel avait déployé autour de la maison certains de ses agents qui se tenaient prêts à parer à toute éventualité.
L’ambiance était des plus festives. Un orchestre philharmonique composé de musiciens virtuoses était installé sur la pelouse gazonnée. Il interprétait des airs variés.
A quelques heures plus tard le prêtre arriva. Il se plaça au milieu de la foule des spectateurs. Tous les regards étaient rivés sur les mariés qui descendirent d’une voiture jaguar noire, appartenant au gendre de Mateo, et avancèrent avec le sourire aux lèvres vers l’estrade.
Un photographe était là pour filmer le déroulement de la fête. Il se déplaçait d’un point à l’autre pour prendre toutes les photos nécessaires.
Layla, qui avait beau faire pour empêcher ce mariage était pourtant là. Elle était somptueusement habillée d’une robe élégante, chic et confortable et ne tenait pas sur place comme si elle avait une prémonition de mauvais augure.
Au moment où le prêtre avait terminé son discours et que les deux mariés se sont embrassés, sous une tempête d’applaudissements, suivis de l’expression figée et traditionnelle, vive les mariés, que les uns et les autres répétaient avec enthousiasme et à vive voix, des coups de feux, visant on ne savait quelle victime, ont été tirés à une distance de deux cents mètres.
Pris au dépourvu, les personnes paniquées et affolées couraient dans tous les sens pour s’abriter du danger des balles. Dans cette sorte de débandade, les cris de peur des uns se mélangèrent avec les pleurs des autres et l’on assistait à un brouhaha intense et continu.
Les policiers ont repérés l’emplacement de tir de l’arme. Ils se sont lancés, séance tenante, à la poursuite du tireur qui avait pris la poudre d’escampette.
Une équipe de spécialistes dépêchée sur les lieux se mettait à ramasser les étuis, relever des indices pour établir le rapport balistique et vérifier le calibre et la provenance de l’arme utilisée dans cet attentat.
L’inspecteur Abel, qui était sur place, avait affirmé à un journaliste que cet attentat a été sans doute commandité par quelqu’un qui voulait faire du mal au traiteur. Il a ajouté qu’il doutait que le tireur fût un vrai professionnel et qu’il n’est pas exclu qu’il s’agissait d’un tireur à gages débutant qui a peut-être raté son vrai objectif à cause de son manque de concentration. Car, le fait de tirer à l’aveuglette dans la foule sans viser personne ne relève pas des choix d’un tireur d’élite.
Sur les lieux du crime les corps de deux femmes et d’un marmot, tous blessés, gisaient sur le sol. La mère de Sophie qui était infirmière, chercha sa trousse de premiers soins et se porta si vite à leur secours.
Layla, qui figurait parmi les victimes de ce bain de sang, ne s’arrêta pas de geindre. Elle était blessée au bras gauche et elle a perdu beaucoup de sang avant d’être évacuée à l’hôpital tout comme les autres victimes. Le médecin qui l’avait soignée a réussi à lui extraire la balle qui s’est logée dans son bras.
Deux agents de police, agissant sous les ordres de l’inspecteur Abel, chargés de mener l’enquête, se sont rendus au chevet des victimes pour s’assurer de leur identité et leur poser quelques questions.
Mais comme étant suffisamment renseignés sur le type de relation qui existait entre les mariés et l’une des personnes suspectes, ils ont préféré commencer par Layla.
L’infirmière qui les a accompagnés jusqu’à la chambre où était alitée la victime les pria d’entrer avant de fermer la porte et les laisser seuls.
— Madame Layla, nous sommes policiers, dit l’un d’eux, et sommes venus te voir pour te poser quelques questions. Nous espérons que tu te sens bien pour collaborer avec nous.
— Qu’est ce que vous êtes venus faire dans ma chambre ? Ne voyez-vous pas que je suis trop fatiguée pour répondre à vos questions ?
— Excuse-nous pour le dérangement, dit le policier, mais tu as intérêt à collaborer.
— Allez y, je vous écoute, dit-elle.
— Où étais-tu lors de la fusillade ? demanda le policier.
— J’étais en train d’applaudir les nouveaux mariés tout comme le reste des membres de la famille et des invités ? dit-elle.
— Est-ce que tu es vraiment fière de voir ton beau-frère se marier avec une autre au lieu d’attendre la réapparition de sa première femme qu’était ta sœur ? demande-t-il
— Fière ou pas, ça n’a pas d’importance pour moi, dit-elle. Je n’ai aucune raison de décider de la vie des autres.
— Est-ce que tu connais certains de tes ennemis qui pourraient aller jusqu’à vouloir te tuer ?
— Je n’en sais rien, dit-elle.
— Où étais-tu allée avant-hier ? demanda le policier.
— Je suis allée en ville pour voir une vieille amie qui m’a invitée à prendre le déjeuner avec elle, dit Layla.
— Quel type de relation tu avais avec Mateo et sa femme ? demanda le policier.
— Ecoutez-moi, messieurs les policiers, dit-elle, dans toute relation humaine, il y a des hauts et des bas.
— Tu voulais dire que vous vous entendez plus ou moins mal ? demanda le policier.
— A vrai dire, oui, dit-elle. Notre relation s’est détériorée depuis que ma sœur Emma a disparu. Elle m’a laissé un lourd fardeau et je me suis débrouillée toute seule et sans l’aide de personne d’autre à prendre à bras-le-corps la responsabilité d’élever ses trois enfants qui étaient en bas âge. J’ai gaspillé beaucoup d’énergie pour m’occuper d’eux. Bien que plusieurs prétendants m’aient demandée en mariage, j’ai refusé leur demande de peur de laisser ma nièce et mes deux neveux tous seuls et à la merci de la domestique de maison.
— Est-ce que tu avais des vues sur Mateo ? demanda le policier.
— En guise d’un tant soit peu de récompense et de gratitude pour avoir couvé mes neveux et ma nièce, dit-elle, je pensais que Mateo allait faire de moi son épouse. Mais, malheureusement et avec le temps, j’ai constaté que je me suis trompée sur toute la ligne lorsque sa secrétaire m’a supplantée.
— Est-ce que tu te sens victime des astuces de cette femme soit disant maligne qui a pu capturer le cœur de ton beau frère et le rendre follement amoureux d’elle ?
— Je ne suis la victime de personne, dit-elle. J’ai horreur d’entendre ce vocable qui ne convient qu’aux faibles.
— Est-ce que tu ne t’es jamais chamaillée avec Madame Sophie ? demanda le policier.
— Nous nous sommes insultées à maintes reprises, dit-elle.
— Et pourquoi, alors ? demanda-t-il.
— Parce qu’en tant que secrétaire, elle voulait prendre en main toutes les affaires de la maison et encore moins empiéter sur les plates b****s des miennes.
— Et je peux déduire que ses agissements ont crée une certaine inimitié entre vous deux, n’est ce pas ? demanda le policier.
— Arrêtez, s’il vous plaît, cria-t-elle en appuyant sur le bouton de son alarme. Vous me faites trop mal vous deux. Vous me prenez pour une criminelle ou quoi ? Vous ne réalisez pas le danger que j’ai couru en assistant à ce mariage qui n’était qu’une cible apparente exposée au tir de cet enfoiré.
Quand l’infirmière ouvrit la porte pour s’assurer de l’état de la patiente, Layla lui demanda de faire sortir immédiatement les policiers de la chambre.
En raison du problème de stérilité de Laura et de cette fusillade qu’ils ont essuyée sans que leur vie ne soit atteinte, Mateo et Sophie ont décidé de reporter la date de leur lune de miel.
Afin de profiter de leur mariage et oublier le sifflement des balles, ils sont allés s’installer dans un hôtel de luxe sans prendre la peine de se rendre à l’hôpital pour s’enquérir de l’état de santé de Layla et des autres victimes. Le lendemain, sur convocation, ils se sont rendus au poste de police pour déposer plainte contre x.
Mateo et Sophie disaient aux enquêteurs que le commanditaire dans cette affaire de fusillade, c’était sans le moindre doute Layla. Et même en l’absence de preuves susceptibles de l’incriminer, elle restera comme une personne suspecte.
Pour lever le doute et s’assurer de l’identité des vrais coupables qui ont échoué d’attenter à sa vie et à celle de sa femme, le traiteur jura sur la tombe de sa mère qu’il va les traquer et leur faire payer tout le mal qu’ils ont fait aux victimes.
Depuis l’hôtel où il séjournait avec sa dulcinée, il passa un coup de fil à son homme de main qui portait le pseudonyme de Roméo pour lui donner une nouvelle mission. Au bout d’une demi-heure, ce Roméo est arrivé à l’endroit indiqué qu’était un grand café. Son patron était assis à une table située dans un petit jardin où l’on pouvait discuter affaires.
Mateo qui le voyait s’approcher lui lança de but en blanc :
— Tu as bien fait de venir sans tarder. Assieds-toi, j’ai besoin de tes services.
— Qu’y a-t-il patron, dis moi ? demanda Roméo, la main posée sur le pistolet accroché à la hanche et camouflé sous sa jaquette de cuir noire.
— Je veux que tu m’attrapes dans les quarante huit heures qui suivent ce criminel qui voulait en finir avec nous. Il doit être un tueur à gage.
— Rassurez-vous patron, dit-il, je vais faire de mon mieux pour l’identifier d’abord et lui mettre ensuite le grappin dessus.
— Quand tu l’auras, amène-le à la ferme puis enchaîne-le à la cave et tiens-moi au courant pour que je vienne lui extorquer tous les renseignements sur ses acolytes.
— J’ai des contacts partout, patron, dit-il. Je ne pense pas qu’il m’échappe.
— Bon d’accord, fais ce que tu as à faire, dit Mateo. Mais avant de partir, prends quelque chose à boire.
— Ok, patron. Merci, dit-il.
— Quand tu auras accompli cette mission, je t’en chargerai d’une autre qui me préoccupe beaucoup plus que tu l’imagines.
— Je suis toujours à vos services, patron, dit-il en tirant sur sa cigarette qu’il vient d’allumer quand le garçon lui servit son café.
— Mais, si vous le permettez, patron, je veux de l’argent liquide pour pouvoir graisser la patte à mes collaborateurs.
— Tu auras tout ce que tu veux tant que tu fais un travail propre, dit Mateo en mettant la main dans la poche pour lui donner la somme dont il a besoin. A propos, dis-moi, comment se porte mon invitée.
— Elle se porte à merveille, répondit Roméo. Elle mange bien et dort bien. Elle s’est habituée à son nouveau mode de vie.
— Mais il faut que tu gardes un œil sur cette infirmière, je n’ai pas confiance en elle, dit Mateo.
— Ne vous inquiétez pas, monsieur, tout est sous contrôle.
— Je l’espère bien, dit Mateo. Tu sais très bien que toute faute commise de ta part est lourdement payante.
— Oui, monsieur, dit-il. Mais si vous le permettez, patron, Quand est ce que vous comptez la libérer ?
— Cela, ne te regarde pas c****n ! cria-t-il. Va voir ce que tu a à faire plutôt que de me poser des questions déplacées. Avec moi, tu n’es pas autorisé à prendre des libertés. Les questions, c’est moi qui les pose. Compris ?
— Oui, monsieur, c’est compris, dit-il sans broncher. C’est à vous que revient la décision.
— Alors très bien, je compte sur toi pour repérer cet enfoiré qui s’est trompé de pigeon.
Afin de remonter au commanditaire, qui l’avait payé apparemment une grosse somme d’argent pour commettre cet acte odieux visant à tuer des personnes innocentes en tirant aveuglément dans la foule, Roméo, qui devait suivre, pas à pas, les traces de ce criminel pour le faire sortir de sa tanière, s’adressa à ses contacts qui lui avaient affirmé que cet enfoiré qui s’est fait passer pour un tueur à gages, fréquentait le cabaret Les Lys.
Pour faire vite, Roméo s’est rendu à pied d’œuvre à l’endroit indiqué. Un des ses contacts lui donna les coordonnées de l’homme qu’il cherchait. Quand il l’avait trouvé, il lui proposa une mission.
Appâté par tant de fric qu’il gagnerait, ce malfrat a mordu à l’hameçon en acceptant sa proposition. Après l’avoir convaincu de la nécessité d’aller voir le commanditaire en personne, Roméo le conduit en voiture vers la ferme.
Dès leur descente du véhicule, il pointa son arme sur lui et l’obligea à se mettre à plat ventre, les mains derrière la nuque, pour le ligoter puis il l’amena dans la cave et l’enchaîna sans lui accorder la moindre possibilité de dire quoi que ce soit.
Informé par son homme de main de la capture si rapide de ce truand, Mateo se dépêcha sur les lieux sans rien dire à Sophie qui s’inquiétait de l’absence inattendue de son mari.
— C’est du bon boulot, Roméo, dit-il à son homme de main au moment où il se trouva face à un homme immobilisé avec les mains et les pieds liés. Enlève-lui ce bâillon. Nous avons besoin de ses aveux.
— Qu’est ce que vous me voulez ? cria-t-il de rage.
— Tu ne sais pas ce qui t’attend, espèce de criminel, dit Mateo. Avec ton acte si odieux, tu as fini par tout gâcher en tirant à l’aveuglette sur des gens qui fêtaient mon mariage. Tu vas tout de suite me dire quelle est la personne qui t’a payé pour venir nous tuer. Si tu persistes à ne rien dire, je t’obligerai de parler. Regarde ces jolies pinces et pose-toi la question de savoir pourquoi sont-elles reliées à ses câbles électriques. Alors, avant que je ne perde patience, dis-moi combien, elle t’a donné.
— Je ne sais pas de qui vous parlez, dit-il.
— Maintenant, tu vas le savoir espèce de c****n. Une première décharge. Exécution, dit-il en se tournant vers Roméo qui lui mit les pinces aux oreilles.
Secoué par électrocution, l’homme qui vibra intensément tel un pan de mur, qui trembla sous l’action d’une bétonnière, se mit à crier de toutes ses forces.
— Arrête ! Cria Mateo. Nous n’allons pas le tuer tout de suite avant de le faire souffrir.
— Laissez-moi partir, je vous en prie. Ne me faites pas de mal. Je ne suis pas un vrai tueur à gages. Je n’ai jamais voulu tuer qui que ce soit. Cette personne qui est venu chercher un vrai professionnel a croisé mon chemin et vu la valeur importante de cette offre qu’elle m’a faite, j’ai accepté cette mission.
— Et qu’est ce que tu fais dans la vie ? demanda Roméo en le tirant des cheveux.
— Je chôme parce que je n’ai aucun travail, dit-il. Je n’arrive même pas à trouver de quoi m’acheter une cigarette. Et je passe mon temps à ramasser des mégots dans la rue.
— Et qu’est ce que tu fais avec ces mégots ? demanda Mateo qui ne crut pas un seul mot de ce qu’il raconte.
— Tu n’es qu’un menteur, dit Mateo. Tu penses qu’avec ces histoires à dormir debout, tu peux réussir à nous attendrir le cœur pour te lâcher ? Non, n’y pense même pas. Celui qui tombe dans les griffes de Mateo, ne sortira pas vivant de cette cave. N’est-ce pas Roméo ?
— Oui, patron, dit Roméo. Malheur à celui qui se trombe de cible.
— Alors, dis-moi au juste quel est le nom de cette personne qui t’a chargé de nous tuer ? dit Mateo.
— Je ne connais pas son nom, répondit-il. Mais c’est une femme.
Quand il se mettait à brosser en quelques mots le portrait de son commanditaire, Mateo, a vite compris de qui s’agit-il. Avant de sortir de la cave, il donna ses ordres à Roméo pour qu’il tuât ce criminel.
Pour s’enquérir de l’état de santé de la personne qu’il considéra ironiquement comme étant son invitée, il passa voir l’infirmière qui s’occupait d’elle. Surprise de sa visite inopinée, elle se mit à trembler et à grelotter comme si elle avait attrapé froid.
— Qu’est ce que tu as ? demanda-t-il. Tu as peur que je te fasse du mal. Ressaisis-toi, bon sang, et dis-moi ce qui ne va pas.
— Je peux dire, monsieur Mateo, que tout va bien si vous permettez que la patiente sorte de cette chambre pendant le jour pour qu’elle respire de l’air frais, balbutia-t-elle. Est-ce que vous voulez la voir ?
— Non, dit-il. Fais gaffe de lui dire que j’étais là. Va chercher le gardien. J’ai besoin de lui parler, mais avant de partir ferme la porte à clé pour que cette harpie ne puisse pas sortir pour me voir.
La ferme que possédait Mateo était une sorte de propriété privée, entourée d’une ceinture de fil barbelé, qui ne recevait la visite d’aucune personne étrangère. Elle était située loin de la ville, dans un point isolé et bien abrité des regards des gens curieux.
Cet endroit planté entre autres d’arbres de sapins et d’eucalyptus était d’apparence magnifique et donnait l’impression d’un paradis sur terre. Mais, à vrai dire, ce beau panorama n’était qu’une façade trompeuse, servant à cacher toutes les atrocités d’un vrai bourreau qui amenait toutes ses victimes dans une cave équipée de matériel de t*****e adéquat pour faire parler, punir et tuer le cas échéant.
Ce traiteur rusé comme un renard, qui courait derrière le gain rapide et illicite, menait une double vie. Il se rendait fréquemment dans cet endroit pour traiter des affaires louches avec ses partenaires.
Avant de partir, Mateo donna des consignes strictes au gardien :
— Ecoute-moi, si tu ne fais pas ton travail de gardiennage correctement, tu perdras ta place. Je veux que personne ne sorte ni rentre dans cette maison. Compris ?
— Oui, monsieur, dit le gardien qui se mit en position de garde-à-vous comme un soldat discipliné et obéissant.
Après avoir enterré six pieds sous terre le cadavre du fameux tueur à gages, Roméo tout comme son patron s’en alla en laissant derrière lui le souvenir d’un homme, qui aurait dû être livré à la police pour passer devant la justice des hommes plutôt que d’être tué de cette manière.
Laura, accompagnée de ses deux frères, du jardinier et de la servante, s’est rendue à l’hôpital pour s’assurer de l’état de santé de sa tante.
Dès qu’elle les a vus entrer dans la chambre, elle se mit à pleurer comme une madeleine. A l’exception de Bruno, qui s’est rendu compte du poids si lourd de ses remords, personne n’a saisi le sens et la signification de ces larmes de crocodile.
Pour la réconforter, Laura l’a prise dans ses bras et lui demanda :
— Arrête de pleurer, ma tante. Nous sommes tous attristés par ce malheur qui nous a frappés de plein fouet. Aucun de nous ne connaît les raisons de ce tir d’enfilade qui nous a pris à partie.
— Cet enfoiré doit être un tireur borgne et non avisé. Il ne savait pas ce qu’il faisait. J’espère que la police ne tarde pas à l’attraper pour qu’il dise tout ce qu’il sait sur ses acolytes.
— C’est ce qu’on espère tous, dit le jardinier en la regardant les yeux dans les yeux. Le commanditaire de cet acte atroce va, à coup sûr, payer le prix fort.
— Pour peu que la police, réussisse à l’arrêter, dit Janis.
— Aucun criminel ne peut échapper à la justice. Tôt ou tard, il tombera dans les filets, ajouta Luka.
— Si jamais il a laissé des traces sur l’emplacement de tir, il sera facilement identifié, expliqua Laura.
— Les vrais criminels, ne laisse jamais d’indices révélateurs derrières eux, dit Layla. Mais celui qui nous a tirés dessus n’en fait pas partie et je ne pense pas qu’il soit difficile de le localiser.
— Bon, changeons de sujet, dit Laura, et raconte-nous comment tu te sens.
— Disons que je vais bien, dit Layla. Il se peut que je quitte l’hôpital aujourd’hui même, sinon ça sera demain. Mais je ne crois pas que je vais retourner dans cette maison pour vivre à la merci de la secrétaire. Je dois garder intacts ma dignité et mon amour-propre. C’est ce que je possède de plus cher.
— Tu ne peux pas faire ça, ma tante, dit Luka. Ta présence à nos côtés signifie beaucoup de choses pour nous.
— Tu es comme une mère pour nous, ajouta Janis, et le fait de te perdre nous fera trop mal au cœur.
— Il va falloir que tu temporises, dit Laura. Prendre l’initiative malheureuse sur un coup de tête est à mes yeux la pire des choses que je te déconseille.
— Si tu pars de cette maison de ton propre chef, monsieur Mateo va se poser beaucoup de questions, dit le jardinier qui connait ses faux-fuyants.
— Ma relation de parenté avec Mateo n’a plus aucun sens maintenant puisqu’il vient de se marier avec une personne qui n’est pas du même acabit que moi. Le mieux, c’est de le laisser vivre ce mariage qui ne va pas faire long feu. J’ai toutes les raisons de le dire parce que je sais ce que vous ignorez encore sur votre père.
— Arrête de chatouiller le moral de ces enfants avec tes imbécilités, cria le jardinier. Tu cherches quoi ?
— Je cherche à divulguer certaines choses que ces enfants ignorent, mais rassure-toi, le moment n’est pas encore arrivé.
— Mais de quoi s’agit-il, bon sang, cria Laura. Dis-le tout de suite.
— Votre tante est en train de divaguer, les enfants, excusez-la, dit le jardinier. Sa mauvaise humeur est apparemment est à l’origine de la souffrance qu’elle a dû endurer à cause de la balle qu’elle avait reçue au bras. Ne vous vous en êtes pas rendu compte ?
— Je ne divague pas, détrompe-toi, vieux crouton, cria-t-elle. Tout ce qui nous arrive, c’est par ta photo. N’oublie pas.
— Je ne suis personne dans cette maison, dit-il. Mon statut de jardinier ne me donne aucun droit de m’immiscer dans vos affaires familiales. Fais gaffe de m’impliquer dans des considérations qui me dépassent. Tes problèmes d’héritage