Le silence dans le salon était devenu organique, une bête vivante qui nous observait. Karim était prostré à mes pieds, son front pressé contre mes genoux, tandis que le petit Moussa exhalait un souffle régulier, confiant, ignorant que son existence même était pesée sur la balance d'un serveur informatique à l'autre bout de la ville. Sur la table basse, l'écran du téléphone de Karim brillait d'une lumière bleue, froide, presque spectrale. L'e-mail du laboratoire était là. Un clic, et nos vies basculaient. Soit vers une forme de rédemption, soit vers un abîme définitif. — Je ne peux pas, Awa, murmura Karim, sa voix étouffée par le tissu de mon boubou. Mes mains... je n'y arrive pas. Je sentis une force étrange m'envahir. Moi, l'infirme, la brisée, la "seconde", je devais être le pilier. J


