1. La nuit du fantôme
PALERME, COMMISSARIAT CENTRAL 2 ANS PLUS TOT.
Sofia Ricci pousse la porte du commissariat central de Palerme, son regard balayant la salle d’attente bondée de monde. Elle ignore les regards curieux des policiers et des civils, son visage déterminé et élégant. Ses cheveux noirs sont parfaitement coiffés, et son tailleur gris anthracite lui donne une allure professionnelle.
Elle se dirige vers l’accueil, son sac à main balançant à son bras.
« Bonjour, je suis Sofia Ricci, j’ai rendez-vous avec le capitaine Bianchi. »
Ce dernier la regarde avec une pointe de curiosité, mais se contente de hocher la tête.
« Oui, mademoiselle Ricci. Le capitaine vous attend. Troisième étage, aile Ouest. »
Sofia hoche la tête et se dirige vers l’ascenseur, son pas décidé et assuré. Une fois au troisième étage, elle est accueillie par Maria Grazia, qui lui indique que le capitaine l’attend.
Sofia prend une profonde inspiration, puis entre dans le bureau. Elle est prise de surprise en voyant Pablo.
« Congés interrompus ? » lui demande Pablo.
Congés interrompus ? Elle ne comprend pas. Ça ne fait que trois jours qu’elle est partie et ça devient d’ailleurs intriguant.
Baladant les yeux sur le bureau du capitaine, elle remarque son ordinateur portable avec accès SICOP, le téléphone sécurisé mais ces choses, elle les connait déjà. Son attention est attirée par quelque chose, « dossier confidentiel de Marco Alessandro Conti ». Elle lève les yeux vers le capitaine Bianchi.
« Bonjour Sofia, je ne vais pas oser vous demander comment était vos congés… »
« Extrait de congés capitaine, » rectifie-t-elle.
Il comprend qu’elle a tout à fait le droit d’être dans cet état. Le capitaine l’invite à s’asseoir et pousse le dossier dans sa direction.
« Marco Alessandre Conti, le parrain de l’une des mafias les plus en vogue et la plus dangereuse au monde et surtout en Italie. Nos prédécesseurs n’ont jamais réussi à coincer son père, ce dernier a passé le flambeau à son fils à sa mort et le cycle se poursuit depuis et bien plus dangereusement car, si Lorenzo Conti était diabolique, son fils est venu tout droit des enfers.
« A-t-il des cornes ? » Demande innocemment Sofia.
« J’imagine qu’il doit avoir une gueule d’ange, » répond Pablo.
Sofia ouvre le dossier mais ne trouve pas vraiment ce qui pourrait aider la police et surtout la raison de sa présence.
« Après réflexion, le meilleur moyen de le coincer serait d’infiltrer son réseau. »
« Bonne idée. Et vous avez pensé à qui ? »
Le capitaine la fixe d’un air coupable et elle hoche négativement la tête. Elle n’arrive pas à croire ce qu’elle en déduit.
« Non ! » crie-t-elle.
Le capitaine contourne son bureau et se met face à elle en la tenant par les épaules.
« Sofia écoute, tu es notre meilleur élément, ton travail acharné et ta discrétion définissent qui tu es. Sauve l’état de la mafia qui domine le gouvernement depuis des décennies. Tu peux le faire. »
Elle détourne les yeux pour ne pas être prise par les sentiments. Elle respire un bon coup et reprend le dossier.
« Pour l’Etat d’Italie, je le ferai. »
Le capitaine retourne à sa place.
« Je dois tout savoir de lui. » exige-t-elle.
« Tout est dans le dossier Sofia. »
Un-mètre-quatre-vingt-douze, âge estimé à trente-deux ans, aucun portrait dans le dossier.
« Ces informations sont très insuffisantes, » leur fait-elle remarquer.
« C’est tout ce que nous avons malheureusement. Marco a grandi à l’étranger, il s’est formé dans une autre mafia, appartenant toujours à leur famille mais qui s’est développée ailleurs. On le dénomme le Fantôme et plus encore maintenant, » lui explique Pablo.
« Fantôme ? » Demande Sofia Stupéfaite.
« Oui, » répond le capitaine. « Lors d’une confrontation avec un camps adverse, plusieurs disciples de la mafia ont perdu la vie et certains corps n’ont pas pu être identifiés. Certains ont supposé que Marco serait mort mais sans preuve concrète la police ne pourrait conclure quoi que ce soit. »
En plus de chercher une personne dont elle n’avait presqu’aucune information la concernant, elle devait aussi chercher un fantôme.
SALLE DE REUNION DE LA FAMILLE RUSSO, PALERME 3H AVANT L’ATTAQUE.
Donato Russo, un homme d’une soixantaine d’années avec un visage dur et des yeux froids, présidait la réunion. Autour de la table, Giovanni Marini, Catarina Russo, Vito Santoro et Leonardo Rizzo attendaient ses instructions.
« Nous allons frapper les Conti là où ça fait mal, » déclare Donato, sa voix grave et menaçante. « Nous allons attaquer leur villa, les prendre par surprise et les éliminer un par un. »
Giovanni hoche la tête en disant, « il faut être prudent, Donato. Les Conti ont des gardes du corps et des systèmes de sécurité de haute technologie. »
Donato esquisse un sourire cruel.
« C’est pourquoi nous allons utiliser Vito et ses hommes. Ils sont les meilleurs pour ce genre de travail. »
Vito Santoro se penche en avant, son visage déterminé.
« Je vais prendre une équipe de de six hommes. Nous allons les surprendre. »
« Et moi qu’est-ce que je fais ? Je veux être là pour voir la tête de Marco Conti quand il réalisera ce qui se passe, » dit Catarina.
Donato secoue la tête.
« Non tu ne vas pas y aller. Tu vas rester ici et surveiller les opérations. Nous ne pouvons pas risquer de te perdre. »
« Et elle, pourquoi elle y va ? » Demande Catarina en pointant Giulia du doigt.
« Parce que c’est ma partenaire. »
Catarina fronce les sourcils, mais elle sait que son père a raison.
Leonardo Rizzo se penche en avant.
« Il faut aussi penser à la police. Nous devons être Sûrs de pouvoir les tenir à distance jusqu’à ce que nous ayons fini. »
COMISSARIAT CENTRAL DE PALERME, 2H AVANT L’ATTAQUE.
Le capitaine Bianchi et son équipe sont réunis autour d’une table, étudiant les informations fournies par leur informatrice. Cette dernière leur a parlé de l’attaque que prépare les Russo.
« Le véritable problème est que nous ne connaissons pas où se trouve la villa des Conti, » déclara le capitaine.
L’inspectrice Maria Grazia fronce les sourcils.
« Comment ça on ne sait pas ? La Rose n’a pas donné d’adresse ? Elle travaille sur ce dossier depuis deux ans. Elle était censée infiltrer leur réseau. »
L’équipe de police se regarde perplexe.
« Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ? » Demande l’un d’eux.
« Nous allons devoir être prêts à intervenir à tout moment. Nous ne savons pas à quelle heure exactement ils vont frapper. »
VILLA DES CONTI 23H45
Après que les Russo aient envahi la villa des Conti, il y a eu des échanges de tirs violents avant que les hommes du capitaine Bianchi n’envahissent la villa à leur tour, arrêtant les membres des deux mafias. Vito Santoro est menotté et emmené par la police, un sourire de défaite sur le visage.
« C’est fini, » dit le capitaine en se dirigeant vers l’inspectrice Grazia, qui est train de sécuriser la scène. « Nous avons arrêté les Russo et les Conti sont… » Il s’interrompt, regardant autour de lui.
« Où est Marco Conti ? »
Maria fronce les sourcils.
« Je ne sais pas, capitaine. Je pensais qu’il était avec vous. »
Le capitaine secoue la tête.
« Je ne l’ai pas vu. Il a dû… » Il s’interrompt à nouveau, comprenant que Marco Conti a probablement disparu ou qu’il n’a jamais été dans cette villa.
PALERME, 2H APRES L’ATTAQUE.
Sofia se sépare de ses collègues policiers, qui sont en train de chercher les indices dans la villa.
Elle monte dans sa voiture, garée un peu plus loin, et démarre le moteur. Elle est fatiguée, mais elle sait qu’elle doit encore travailler dessus.
Elle roule en silence, perdue dans ses pensées, lorsqu’elle voit une silhouette sur le bord de la route, à environ deux-cent mètre de la villa des Conti. Elle ralentit, intriguée, et voit que c’est un homme, blessé et allongé sur le sol.
Sofia s’arrête et sort de la voiture, son cœur battant à tout rompre. Elle s’approche de l’homme, son regard balayant les alentours pour s’assurer qu’il n’y a pas de danger.
L’homme ouvre les yeux et la regarde, son visage crispé de douleur.
« Pas… à… l’hôpital, » articule-t-il difficilement avant de refermer les yeux.