Première partie, suite chapitre IX

5000 Mots
seul à seul. Préviens-moi un peu plus tôt pour que je puisse annuler tous mes rendez-vous et te recevoir sans le moindre empêchement.        — Ne vous inquiétez pas, monsieur, je vous appellerai quand je l’aurai décidé, dit Rose.       — Je vais vous raccompagner jusqu’à la sortie de l’hôtel. J’ai besoin de m’oxygéner un peu, dit-il      — Au nom de ma future fiancée et de sa sœur, Rose, dit Nino, je vous remercie, monsieur Diego, de votre hospitalité en souhaitant qu’à l’instar de cette belle rencontre, d’autres en auront lieu.      —  Je l’espère ! dit Diego en prenant congé des ses invités.          Les deux sœurs, accompagnées de Nino, se sont dirigées vers le bar-restaurant Emma. Leur mère qui les attendait depuis une heure, s’inquiétait beaucoup de leur retard et le problème, c’était que leur téléphone ne répondait pas. Dès qu’elle les a vus apparaître, elle se rassura et leur dit :       —  Vous avez failli à votre promesse de venir me voir tous les trois !        — Excusez-nous, madame Emma, dit Nino, le patron ne voulait pas nous lâcher. Il a insisté à ce que nous restions un peu plus de temps.        — C’est vrai, maman, dit Rose, cet homme est très attachant. Je ne sais pas si tu l’avais déjà vu.      —  C’est qui ? dit sa mère.       — C’est le proprio de l’hôtel Diego pour qui je travaille comme gérant et comptable, répondit Nino.      —  Je ne l’ai jamais vu, cet homme. Mais on disait que c’est un richissime réputé qui investisse dans tous les domaines et un actionnaire majoritaire dans de plus importantes sociétés.      —  Je l’ai invité, maman, pour venir ici avec nous, mais il s’est excusé et m’a donné sa parole de se rendre le moment venu à notre bar pour mieux nous connaître. C’est un type formidable ! Quand nos regards se sont croisés et qu’il m’a fixée des yeux, il n’a pas pu décoller le sien sur moi et je pense que toute sa concentration est tournée vers moi maintenant. C’est le genre d’homme qui ne sait pas cacher ses sentiments. Chaque mot que je prononce pour le mettre à l’aise, le fait sourire jusqu’aux oreilles En me parlant, il s’est mis à lécher ses lèvres comme s’il avait besoin d’étancher sa soif d’amour.           Emma, qui avait une grande attirance pour le gain et l’argent facile, connaissait bien la nature de cet homme bien qu’elle ne l’ait jamais rencontré. Mais elle cacha son secret et ne veut rien divulguer à ses filles. Pour faire en sorte que Nino et ses filles ne soient pas surpris, elle dit :       — J’aimerais bien le voir un jour ici, chez nous, dans ce bar parce que sa présence sera, à coup sûr, comme une valeur ajoutée pour nous. Elle suffira amplement à donner plus de renommée à notre bar et contribuera à relancer nos services.       —  Ne t’inquiète pas maman, je vais un jour l’amener ici et je suis sûre et certaine qu’il va me manger dans la main.          A entendre sa fille parler de la sorte, Emma a compris ce qu’elle était en train d’insinuer et lui dit :      — Comment tu peux être sûre qu’elle va se plier à ton bon vouloir ? dit sa mère.            Pour que Nino soit éloigné, Rose dit à Lina de lui servir à boire un coup à une table située dans un coin du bar, puis elle reprit :     —  Cet homme s’intéresse à moi, maman. Je l’ai remarqué dans son attitudes et encore moins dans ses paroles.  Et moi, aussi je me sens attirée vers lui. C’est une sorte d’alchimie qui s’est manifesté aujourd’hui entre lui et moi et je pense que l’amour nous emporte tous les deux.     —  Si c’est toi qui le dis, ma fille, moi je n’y peux rien contre une relation imprévisible. Tu es médecin et tu dois choisir l’homme qui te convient. Si jamais tu vois en lui quelqu’un de bien, tu ne peux pas dire non pour sortir avec lui et le mieux connaître.               Emma pensa que Nino pourrait lui donner une vue d’ensemble sur son patron et elle ajouta :      — Moi, je vais me charger personnellement de faire une enquête approfondie sur la vie de ce Diego. Ne crois pas que je vais te laisser seule pour te jeter dans la gueule du loup.      — Epargne-toi cette corvée, maman. Je suis majeure et vaccinée et je sais comment m’y prendre avec un homme qui me tente.           Malgré ses dires, Emma ne s’intéressait pas plus à l’homme qu’à sa fortune. Qu’il soit divorcé ou pas, ce n’était pas important. L’essentiel pour elle et pour le bien de sa fille, c’était une vie luxueuse  qui regorge de confort.           Pour enchaîner, elle lui dit :      —  Fais ce qui te semble bon, ma fille. Moi, je ne m’intéresse qu’à ton bien. Je veux que tu te maries avec un homme bien nanti, capable d’assurer à toi et à vos enfants un avenir radieux et prospère en les inscrivants dans les meilleures universités. Je veux que tu aies un niveau de vie aussi important que celui de  ta sœur, Maria. Et ce Nino où en est-il de sa relation avec ta sœur ?      —  Lina ne trouvera pas mieux que cet employé d’hôtel qui me paraît très amoureux d’elle. C’est un type un peu obséquieux. Il devient au moindre geste serviable et corvéable devant mon Diego qui le manipule à sa guise.     —  C’est son patron, ma fille, et il ne peut pas être autrement sinon, il risquera de perdre son travail.      —  Ne reproche rien à cet homme devant ta sœur, elle pourra se fâcher après toi.             Lina n’avait pas la chance de poursuivre ses études comme ses deux autres sœurs et le mariage était pour elle une opportunité précieuse qu’elle ne devait pas rater. Sa mère, Emma, était d’accord pour qu’elle épousât Nino le plus tôt possible. Son mariage avec cet homme n’était pas célébré en grande pompe car ce radin de mari n’avait pas l’envie de gaspiller de l’argent en pareille circonstance.             Contrairement à sa sœur, Rose et son mari ont passé leur lune de miel à Londres et leur mariage était un évènement grandiose auquel ont assisté entres autres plusieurs hommes d’affaires et en particulier monsieur Alberto, accompagné de ses gorilles.            La tenancière du bar-restaurant Emma était très contente du mariage de sa fille avec ce grand affairiste. Elle pensait que ce nouveau lien de parenté entre elle et monsieur Diego allait lui ouvrir de nouveaux horizons pour s’agrandir et élargir son influence sur les autres bars compétitifs.              Maria, la journaliste et fille ainée de Lucas et d’Emma a été assassinée. Sa voiture piégée a été calcinée et son corps a été carbonisé. La police criminelle qui s’est chargée de l’enquête n’a pas pu identifier les meurtriers, faute de preuves matérielles. L’affaire a été classée.           Le jour des funérailles, Adriana, accompagnée de son mari, Marco, le juge d’instruction, était là, les larmes aux yeux,  devant le cercueil de son ancienne amie de classe et collègue dans le domaine du journalisme. En faisant ses derniers adieux à la victime, elle lui a promis que les meurtriers vont le payer cher et que sa mort ne restera pas impunie.           De son côté, Rose qui n’en savait rien sur l’histoire de son mari disait que celui-ci allait se charger en personne de cette affaire pour identifier les criminels et les dénoncer à la police.                                                  X               Dès leur retour à la maison, Diego s’en est pris à sa femme, Rose.         — Ecoute-moi bien, dit-il, la prochaine fois que tu recommences à dire aux gens de telles balivernes, je te mettrai dehors. Tu crois que je suis policier et que j’ai le devoir d’enquêter sur l’assassinat de ta sœur.       — Quel hypocrite ! cria-t-elle. Je me suis trompée de t’avoir épousé. Tu n’es qu’une canaille, sans cœur et qui ne  respectes pas les sentiments des autres.     —  Et toi, tu n’es rien d’autre qu’une égoïste qui ne voit pas plus loin que le bout de son nez ! dit-il. Tu crois qu’en m épousant, tu vas te permettre de faire de moi un bouc émissaire. Je ne suis pas responsable de la mort de ta sœur qui avait passé toute sa carrière de journaliste soit disant engagée à vouloir créer des problèmes aux autres et voilà que tout le mal qu’elle escomptait leur faire a fini par se retourner contre elle. Tu crois qu’avec ses quelques lignes couchées sur le papier, on peut changer le cours des choses ! Non ! Elle a donné sa vie pour une cause déjà perdue. Quelle naïveté !      — En me parlant sur ce ton, tu veux me faire croire que tu connais les meurtriers et que par peur de représailles tu fais mine de ne rien savoir de ce drame qui vient de frapper là où ça fait mal. Est-ce que la vie de ma sœur et l’intégrité physique et morale de ma famille te semblent  trop insignifiantes pour que tu gardes le silence absolu sur cette action sauvage, lancée contre nous tous ? Où sont-elles passées tes promesses d’hier ? C’est en  te foutant de la sensibilité des miens que tu vas faire de moi la femme  la plus heureuse ?       — Alors ça suffit, j’en ai assez de tes remontrances, grogna-t-il tel un sanglier blessé. Chacun de nous doit être responsable de ses actes et encore moins de sa protection. Moi, je n’ai aucun pouvoir magique d’empêcher l’assassinat de ta sœur ou la mort de qui que ce soit. En plus, je ne suis ni le garde de corps ni l’ange gardien de personne.           A travers cette conversation houleuse, Rose avait compris que  l’homme avec qui elle s’est mariée pour lui donner une petite fille n’est rien d’autres qu’un goujat et pour lui montrer son vrai visage, elle reprit :     — Ne crois pas qu’avec ton argent sale, tu vas faire de moi la femme la plus soumise que tu espères. Ma fille et moi, nous ne pouvons pas supporter le genre d’homme que tu es. L’attitude hypocrite et ambivalente par laquelle s’opposent chez toi l’amour et la haine prouve que tu n’es qu’un scélérat et un misanthrope qui ne fait que du mal aux gens qui l’entourent.             Après cette scène de ménage, la première de son genre, Diego s’enferma dans la chambre et s’empara de la bouteille de whiskey, en versant deux gorgées d’affilée dans une coupe sans glaçons et les but d’une seule traite pour se tranquilliser. Il restait éveillé au-delà de minuit pour trinquer lentement à son aise et écouter toutes ses chansons à boire italiennes préférées.                Au moment de cette dispute entre Diego et sa femme, Alberta, la gouvernante de la maison, s’affairait dans la cuisine et elle a entendu toute la conversation. Dès que Diego s’enferma dans sa chambre, Rose l’appela pour se renseigner encore plus sur cet homme.      —  Dis-moi Alberta, dit-elle, où étais-tu lorsque nous étions en  train de nous chamailler ?     — J’ai entendu tout, madame, mais laissez-moi, d’abord vous présenter toutes mes sincères condoléances. Je suis vraiment désolée d’assister malgré moi à une scène de ménage pareille. Je ne suis pas le genre de personne qui aime écouter aux portes, mais tous vos cris me parvenaient en clair aux oreilles. Monsieur Diego n’a pas changé et il ne s’est pas encore départi de sa mauvaise attitude de macho et d’homme égoïste et antipathique.     — Tu connais déjà son mauvais caractère et tu ne me l’as jamais dis ! s’exclama Rose.      — Je ne peux pas vous dire, madame, des choses à l’emporte- pièce avant de connaître avant de connaître votre avis. Monsieur Diego est un homme intraitable et intransigeant. Il n’accorde aucune importance aux gens qui l’entourent. Il faisait chambre à part avec son ex femme et ils se disputaient tout le temps.    —  Est-ce qu’il était marié ? demanda Rose.       —  Bien sûr que oui ! répondit-elle. Il ne vous  l’a pas dit ?      —  Non ! dit Rose, l’air dépité.               Alberta qui ne voulait rien cacher est allée même jusqu’à lui dire qu’il avait une fille qui s’entendait mal avec lui. Quand Rose avait appris la nouvelle, elle a été frappée de stupeur en ayant eu une drôle d’impression.     —  Cet imposteur ne m’a rien dit à propos de sa fille, dit Rose. Tous ses papiers sont falsifiés. Et même ce minable de Nino, le mari de ma sœur était discret à ce sujet.            Alberta éclata de rire quand elle a entendu parler de Nino qu’elle n’a jamais apprécié.      —  Qu’est ce qui te fait rire, Alberta ? dit Rose.     —  Cet homme dont vous venez de citer le nom, madame, ne m’a jamais inspiré confiance. C’est un grippe-sou qui peut vendre sa dignité à vil prix. Comment il a fait pour conquérir votre sœur ? Aucune femme au monde ne pourrait l’admettre comme mari, à moins qu’elle ne soit candide ou écervelée. C’est un lèche botte. Diego l’utilise comme un pion et le considère comme une pièce rapportée.          Toutes ces informations, qui vinrent dans un temps indu, ont tellement perturbé l’esprit de Rose et lui causé de sérieux désagréments qu’elle s’attacha à Alberta et lui demanda :     — Veux-tu m’en dire encore plus sur l’ex femme de Diego et de sa fille ?     — Je peux vous en dire plus, madame, mais j’ai peur que monsieur Diego ne l’apprenne.      — N’aie peur de personne, dit Rose. Tout ce que tu me dis sera gardé top secret, je te le promets. Sache qu’en me révélant toutes  ces choses, tu me rendras un grand service dont je te saurai gré. Ma sœur et moi, nous avons été roulées dans la farine par ces deux zigotos et pour savoir comment nous y prendre avec eux, nous avons intérêt à être le plus possible informées sur leur manière d’être en tous points de vue.       — L’ex-femme de Diego était une personne formidable. Elle était chef d’une agence bancaire et avec Diego elle avait apparemment beaucoup de problèmes ayant trait à l’argent. Mais en tant que femme illettrée, je ne suis pas en mesure de vous l’expliquer.      — Et comment tu as pu savoir qu’il s’agit vraiment de problèmes qui ont un rapport avec l’argent ? dit Rose.      —  Les murs ont des oreilles, madame, dit-elle. Moi, j’ai vécu plusieurs années avec ces gens et comment voulez-vous que je reste dans l’ignorance de ce qui se passe entre eux ?      —  Et qu’en est-il de cette femme ? demanda Rose.      — Un jour, j’ai entendu Monsieur Diego parler au téléphone avec quelqu’un, mais je ne sais pas de qui s’agit-il. Il disait en substance : «  il faut que vous me débarrassiez de cette femme le plus tôt possible. Elle risque de nous attirer des ennuis. Oui, oui, je vous comprends, monsieur. Ce sont nos intérêts qui sont en jeu. »     — Et n’a-t-il pas cité au moins une fois le nom de cette femme dont il parlait avec son correspondant ? demanda Rose.   —  Ah ! non, dit-elle.         — Tu peux me dire le nom de l’ex femme de Diego et me la décrire un peu ?       — Elle s’appelle Barbara. C’était une belle femme, de taille normale, élégante et toujours en tenue somptueuse. Elle ne dépassait pas ses trente ans à l’époque, rayonnante et légère comme une plume, à la taille mannequin et aux cheveux châtains. Elle avait des yeux flamboyants, le nez droit, la bouche bien charnue et  le sourire sur les lèvres malgré l’enfer qu’elle vivait au jour le jour près de monsieur Diego.       — Et où est ce qu’elle est maintenant cette femme ? demanda Rose. Je n’en sais rien si elle est encore vivante ou pas.      —  Et comment était-elle du point de vue tempérament ? dit-elle.     — Elle paraissait calme, mais à chaque fois qu’ils se disputent, elle devient comme une chienne enragée et perd le contrôle.    —  Et que pensent les gens de son voisinage ? demanda Rose.    — Les uns disent qu’elle a disparu tandis que les autres ne cessent de répéter qu’elle a quitté le pays sans que l’on sache où elle est partie.         Alberta qui ne sait pas où Rose voulait en venir en posant toutes ces questions dit :   — Je n’arrive pas à comprendre, madame, pourquoi, vous me posez toutes cette avalanche de questions.   — Tu le comprendras plus tard, Alberta. Continue à me dire tout ce que tu sais au sujet de cette femme.        —  Je ne peux vous dire, madame, que ce que je sais et si j’ajoute d’autres mots qui n’ont pas leur place logique dans mes dires, je passerai  pour une menteuse invétérée.       —  Je ne t’oblige pas à mentir, Alberta, dit Rose. C’est à cause du mensonge que ma sœur et moi en sommes là, dans ce bourbier. Nous avons été trop flattées et aveuglées pour savoir séparer l’ivraie du bon grain.      —  Ce peut arriver à tout le monde, madame. Avant de se marier avec qui que ce soit, une femme quelle qu’elle soit ne pourrait jamais échapper aux scènes de ménages qui pourraient se produire au sein de son foyer. Dans un couple, il y a toujours des hauts et des bas et il pourrait arriver à nous tous de redescendre dans le creux de la vague et d’en remonter ensuite à la surface. Moi, qui n’aime pas parler de mes problèmes tout le temps et avec n’importe qui au point de les ressasser, je peux cependant vous dire que dans ma vie je passe souvent par des phases terribles et le hic, c’est qu’il m’arrive d’avoir des hypophrénies.     — Tu viens de me dire que tu es illettrée, mais comment se fait-il que tu connais  ce genre de vocable ?    — Bien qu’illettrée, j’ai une mémoire d’éléphant qui me permette de retenir tout ce que je veux entendre. Et ce mot, je l’ai appris par la bouche d’un jeune homme du quartier, passionné de psychologie et  qui nous étale souvent son savoir.           Rose se rendit compte qu’elle avait affaire maintenant à une gouvernante madrée et très spéciale. Et pour enchaîner, elle lui dit :  —  Et Barbara a-t-elle des enfants avec Diego ?       — Elle a une fille, qui s’appelle Angela ; elle ne vient que rarement ici.      —  Qu’est ce que tu dis ? Une fille que je n’ai jamais vue ? cria Rose.     —  Oui, madame, une fille qui habite dans le jardin et que tu ne pourras jamais voir parce qu’elle passe par la petite porte de service de derrière qui donne directement sur sa chambre et qu’elle prend soin de fermer à clé.      —  Et pourquoi elle m’évite ? dit Rose.      —  Elle a peut-être ses raisons, madame.      —  Est-ce que  je peux en savoir une au moins ? dit Rose.      —  Cette fille est en porte à faux avec son père. Elle le détestait depuis le jour où il a quitté sa mère. Elle a même abandonné ses études pour sombrer dans la débauche et la dépravation. Elle a tout l’argent qu’il faut parce que son père lui laisse toujours  ses cartes de crédit.     —  Et je ne crois pas que sa mère l’aurait abandonnée de bon gré. Il y a anguille sous roche ! dit Rose.     —  Je n’en doute pas, madame, dit la gouvernante.     —  Est-ce que tu peux me décrire cette fille ? demanda Rose.      —  Grosso modo, cette fille ressemble trait pour trait à son père et vous n’avez pas besoin d’autres détails, madame, pour l’identifier,  à moins que vous n’insistiez pas.    —   Et quel âge a-t-elle ?      —  Puisque vous voulez son âge et autre chose peut-être, je vous le dirai.      —   Oui, dis-moi !            Angela a presque dix huit ans. Elle est svelte et haute de taille. Elle a les cheveux châtains, longs et toujours en queue de cheval. C’est une coquette qui porte des vêtements chics et chers. Elle a la voix toujours enrouée à cause des cigarettes et des boissons alcoolisées qu’elle consomme abusivement. Je peux même dire que cette fille consomme de la poudre.      —  Et cet idiot de mari ne m’en a jamais parlé, cria Rose. En s’emportant.       —  Calmez-vous, madame, vous risquez de vous faire du mal, dit la gouvernante.     — Excuse-moi, Alberta. C’est plus fort que moi. Je suis toujours sous le choc à cause de l’assassinant de ma sœur qui est maintenant six pieds sous terre pour je ne sais quel genre de mal a-t-elle fait. Je crois que nous avons trop parlé. Mais dis-moi où est ma fille ?    —  Je l’ai laissée dans sa chambre, madame,  quand je suis allée m’affairer dans la cuisine. Elle doit être en train de jouer avec ses nounours.    —  Allons voir si elle est encore éveillée, dit Rose.        Quand les deux femmes sont allées dans la chambre d’Anna, elles étaient surprises de ne rien trouver et se regardèrent bouche bée.   —  Où est ma fille ? Où s’est-elle passée ? Parle ! s’écria Rose.             La gouvernante a été, elle aussi, surprise tout comme Rose et ne savait quoi répondre. Pour calmer la maîtresse de maison, elle chercha des excuses, mais elle n’en trouva aucune et elle se mit à balbutier n’importe quoi.      —  Ne vous inquiétez pas madame, dit-elle, votre fille, ne peut aller nulle part, mais allons chercher dans les autres coins de la maison.   —  Et tu crois que ma fille est assez grande pour sortir de la maison et toute seule, à la tombée de la nuit ? dit-elle,    —  Je ne le crois pas, mais je le suppose, madame, dit-elle en soupirant violement.    — Votre supposition ne tient pas debout, Alberta, reprocha Rose. Va chercher mon hand bag ou apporte-moi seulement mon téléphone. Je vais appeler la police tout de suite.    — La police ? dit Alberta, prise de panique. Non, madame, ne le fais pas, je t’en prie. Votre fille pourra se retrouver quelque part ici même à la maison. Allons voir monsieur Diego, elle pourra être avec lui parce qu’il l’amène souvent dans sa chambre pour s’amuser avec elle et lui faire des câlins de bon père.    — Tu te moques de moi, Alberta, je n’ai pas maintenant la tête à tes blagues de mauvais goût. Si je ne trouve pas ma fille, je t’en ferai un procès.   — Ne soyez pas si cruelle avec moi, madame, dit-elle. Moi, aussi, je m’inquiète beaucoup à son sujet et je ne sais à quel saint me  vouer.        Tandis que Rose continuait à fouiller la maison de fond en comble comme si elle cherchait une aiguille dans une motte de foin, Alberta est allée voir dans la chambre de Diego, mais avant de rentrer, elle écouta à la porte et n’a entendu aucun bruit sauf de la musique d’une chanson à boire.           Sans frapper à la porte, elle la poussa doucement et son regard tomba sur le patron qui était affalé sur le tapis. Quand elle s’approcha de lui pour lui enlever au moins ses chaussures, elle avait compris qu’il était complètement saoul et qu’il était inutile de lui dire quoi que ce soit. Elle déplia une couverture et l’étendit sur lui avant de sortir en fermant la porte derrière elle.           Rose avait fouillé la maison de fond en comble, mais en vain. Elle chercha sans la moindre concentration ni calme le numéro de sa mère et l’appela : —  Allô ! dit  sa mère.     —  Allô, maman ! Je suis Rose, ma fille a disparu de la maison.      —  Qu’est ce que tu dis, ma fille ? dit sa mère, l’air importuné. Ne raccroche pas, je vais te passer ton père.      — Allô, ma fille, dit son père, comment se fait-il que ta fille a disparu ? Où était-elle avant sa disparition ?      — Je l’ai laissée à la maison avec la gouvernante qui m’a dit qu’elle était dans sa chambre en train de jouer, mais maintenant, elle n’y est plus. Que dois-je faire papa ? Je suis désemparée et je ne sais sur quel pied danser.     —  Ne perd pas espoir, ma fille ! dit-il. Et son père où est-il en ce moment ?    — Il est très fatigué il se repose dans sa chambre, dit-elle sans donner d’autres explications.       — Tu dois le mettre au courant de la situation pour qu’il prenne ses dispositions. Si c’est un e********t, le maître chanteur pourra vous appeler à tout instant pour exiger une rançon. Je suis désemparé, moi aussi, ma fille, les malheurs nous frappent de tous les côtés. N’appelle pas la police tout de suite sinon tu risques de te compliquer la situation. Je pense que ton mari est capable de la retrouver sans l’aide de la police. C’est sa fille, non ?     — Je te comprends papa, mais la police pourra trouver une piste pour la localiser ou tracer l’appel éventuel des ravisseurs au moment même où ils nous contactent.           Emma, qui n’en supportait pas moins ce genre de mauvaises nouvelles, eut le tournis et a failli perdre  l’équilibre et tomber sur le parquet.    — Ta mère, reprit-il, a failli faire une crise de nerfs et elle ne se sent pas bien maintenant, ma fille. Je pense qu’elle ne s’est pas encore  remise de ses déboires parce qu’elle est toujours sous le choc à cause de l’assassinat de ta sœur.           Quand la gouvernante revint de la chambre de Diego, Rose avait déjà raccroché. Elle l’attendait avec impatience pour continuer à chercher sa fille.    —  Où tu étais passée ? s’écria-t-elle    —  J’ai été voir  monsieur Diego, dit la gouvernante, mais je l’ai trouvé affalé sur le canapé. Il parait qu’il a trop bu.     —  Et tu ne lui a rien dit à propos de ma fille ?    — Non, madame, je n’ai pas osé le réveiller. J’avais peur de ses revirements. Vous savez comment il me traite quand je lui parle des problèmes de la maison ?      —  Accompagne-moi ! hurla Rose. C’est moi qui vais le faire.            Suivie de sa gouvernante, Rose, qui ne se contrôle plus, ouvrit violemment la porte. En voyant son mari qui gît comme un chien blessé, elle lui ordonna d’aller chercher de l’eau pour lui en asperger le visage et mouiller sa tenue. En ouvrant difficilement les yeux qui restèrent mis clos, Diego n’a pas eu la force de réagir et resta tout muet à regarder les deux femmes toutes en détresse.    —  Tu me fais honte ! fit Rose.     — Voulez-vous me dire la raison qui vous amène dans ma chambre. Ne vous vous êtes pas rendu compte 
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