II

3146 Mots
IILes lamaneurs sont revenus et les lourds cordages garrottent à nouveau les bittes d’amarrage cramoisies. L’horloge marque 8 heurs 57. Le plancher ne vibre plus. Le bateau à ré-accosté, pile poil, à la même place qu’il a quittée 23 minutes avant. Les passagers passés d’un état de grâce à un état de guerre se consolent les uns contre les autres, gémissent, calculent leurs gestes. Tous s’efforcent à la dignité dans la pestilence qui les cerne. Le décapité a placé tout le monde à égalité. La mort ignore les différences et n’épargne personne ; inutile de se voiler la face. Un embryon est assez âgé pour faire un macchabée ; jeunes ou vieux, riches ou misérables, nous sommes tous condamnés à disparaître à plus ou moins brève échéance. Dans une quiétude insolite se font encore entendre des battements sourds, mécaniques, en provenance de la salle des machines. Sur ordre de Carl le Mat, le commandant a fait évacuer trois femmes complètement désorientées. La fillette aux couettes Fifi fil de fer a pris d’autorité la main de son papa, retombé dans l’enfance mutique, et le guide maternellement vers leur cabine. Cet homme-là redevenu petit garçon marche, les pieds en dedans, avec la tête lourde d’un fautif aux prises avec une conscience soudainement puérile. L’amoureux au catogan ébranlé par le drame, hagard, ne veut pas qu’on le touche. Celui-là-même qui sentait sa braguette se tendre au contact du bas-ventre de la fille reste assis, désespéré, la bite en deuil sur le rebord circulaire en teck. Le scalp aux cheveux noirs glissé du genou est venu coiffer sa basket. Las de palabrer les infirmiers enfouissent la calotte crânienne dans un sac en plastique empoignent le jeune contestataire par les bras. En un seul mouvement ils l’emportent malgré ses protestations gesticulatoires. Apparaît d’un bond, sur le pont arrière, un jeune sportif de grande taille lunetté de Rayban, cheveux gominés coupe hérisson, bodybuildé, teeshirt Diésel couleur parme, montre rutilante BREITLING, jean Versace, holster garni de son SIG bien en vue, et chaussé d’ASICS. Sur l’esplanade, murée dans l’horreur, on ne voit plus que lui. Cette flamboyante figure de mode ajoute une tache d’impudence dans l’Halloween ambiant. Derrière, l’équipe du SRPJ d’Ajaccio déboule au grand complet suivie des pompiers. Un périmètre de sécurité autour de la scène du crime est établi à la va-vite. Les policiers, à part le top model qui parade en aboyant des ordres, revêtent combinaisons blanches, masques et gants. Les médecins et ambulanciers s’activent à leur tour croyant avoir affaire à un nombre incalculable de morts et de blessés. Une infirmière hurle : le deuxième œil du décapité, encollé sur l’épaule d’un passager hagard, la regarde avec insistance. Aucune victime collatérale n’est relevée, seulement des hommes et des femmes au moral fracassé font du surplace. Leurs peaux, maculées de débris humains, ont reçu les empreintes d’une mort qui a daigné les épargner. Sur le pont arrière Ghjuvan Dalcoletto flic traditionnel au SRPJ d’Ajaccio, encore un vétéran de Giocanti de Casabianca, fait une apparition discrète. Son gilet multi-poches en toile écrue ne peut camoufler la bosse que fait l’arme de service sur sa hanche. Coïncidence ou pas on se croirait à un rendez-vous d’anciens du lycée alertés par Face-Book ! Avant de venir, il a eu la sage précaution de se renseigner auprès du pacha. C’est ainsi qu’il apprit la présence de Carl le Mat. Arrivés simultanément sur l’estrade ils s’embrassent à la mode insulaire : – Cumu si, Carlu ? Comment vas-tu, Carl ? – Ô Ghjuvan, un n’ai mica cambhjatu ! Ô Jean, tu n’as pas changé ! Qui c’est, la figure de mode ? ajoute-t-il, moqueur, en désignant le nouvel arrivant. L’apparence du jeune flic ne lui avait pas échappé. – C’est un cadeau de la Jirs de Marseille. Ghjuvan fait la moue en appuyant son propos d’un geste saccadé de la main qui en dit plus long qu’un grand discours. – Promo ? Sanction ? – Sanction ! Mais on lui fait croire à une promotion ; en Corse la prime de risque est plus élevée que sur le continent. Le collègue s’approche pour lui murmurer dans le creux de l’oreille en cachant sa bouche d’une main : – Le juge veut sa peau ; il est filoché nuit et jour par l’IGPN. Les collègues l’ont surnommé le Top pour son allure, mais aussi pour l’énormité de ses conneries : il aurait cafté dans le Var… – À qui ? – Des caïds ! – Je ne te crois pas… un flic indic de truands ? Allez… Pour toute réponse Ghjuvan, grimace aux lèvres, se contente d’acquiescer tristement. Carl se remémore les propos du boss : pas d’indices… Sacré GPS, il savait déjà! – La Cellule m’interdit, pour l’instant, de communiquer mes impressions. – Crois-moi, réserve-les pour Paris : ici… le copain de lycée ne finit pas sa phrase en secouant la main comme si elle était mouillée. Le Top qui se la joue Experts, bombe le torse, recherche quelqu’un derrière le bar puis s’accroupit afin de vérifier si rien ne traîne sur le plancher. Pendant ce temps, ses collègues interrogent sans discontinuer les témoins en prenant des notes. Ghjuvan l’a approché pour lui révéler la présence du colonel Carl le Mat. Mais le jeune flic n’en a rien à cirer. – S’il est en congé, qu’il y reste ! maugrée-t-il, d’un ton peu amène, avant de continuer à parader. – Combien y-a-t-il eu de détonations ? – Aucune, affirme une femme échevelée. – Vous en êtes sûre ? elle acquiesce. – Pas un b-b-b-bruit, à part un s-s-s-scratch de… confirme un grand type dont la bouche se fend d’une moue de dégoût. Ghjuvan, après que les spécialistes aient photographié, pris les mesures, relevé tout ce qui était possible de récupérer, estime qu’il est temps de dégager le mort. Ordre est donné aux brancardiers de l’évacuer vers l’ambulance. Le médecin légiste l’attend pour une autopsie. Pendant la manœuvre de retournement, du liquide gastrique s’écoule par l’œsophage déchiqueté. L’être humain, contrairement aux carnivores, possède un tube digestif comparable, en longueur, à celui des ruminants. Des bruits humides et grotesques d’un siphon empuanti de lavabo se font entendre. Le Top qui ne s’y attendait pas, penché d’un peu trop près, reçoit les effluves nauséabonds en pleine gueule. Il pâlit, hoquette, se plie en deux et se met à dégobiller noirâtre : le café matinal fait un retour inopiné. De parme, le tee-shirt Diesel tourne au marronnasse. Le jean s’orne de bas reliefs compactés pain-beurre-confiture. Quant aux godasses ASICS du bellâtre : ama sana in corpo sane, la formule de la marque masquée de dégobillis en prend une couche surréaliste. Ses jambes flageolent dans sa tentative d’accrocher le bastingage. Personne ne lui vient en aide. Certains de ses collègues, rictus goguenard, se touchent du coude. Un SDF aviné aurait plus fière allure. Bien fait pour sa tronche, se réjouit Carl. Puis il tempère son jugement : Pas si coriace que ça, l’indic ! Tant qu’à faire, mieux vaut l’approcher : c’est toujours ça de pris dans l’indifférence crasse. On note un piercing lui embrochant l’oreille et des tatouages visibles au niveau du cou et des bras. Il se prend pour un guerrier Maori ce petit con, il n’est pas même Hakka, tout juste A caca, ricane furtivement Carl. Il voue une haine féroce aux procédés zootechniques rappelant les marquages Nazis et que les vétérinaires réservaient jadis aux animaux de ferme ainsi qu’aux viandes des abattoirs. C’était avant qu’une mode épidémique débile, lancée par des intoxiqués notoires du show-biz et du foot, fasse tendance. Se vendre à un rituel éphémère par des incrustations cutanées ad vitam aeternam et sujettes aux variations de l’âge échappe à toute logique. Groin, médecin légiste agréé du GIGN prétendait, lui, qu’un code barre tatoué renfermera bientôt toute les identités nationales, bancaires, et sociales des citoyens. Fastoche pour la police ; voler des papiers reviendrait à arracher la peau de la victime pour se la faire greffer. Le récépissé du « Moi, Président ! » s’en irait valser dans le club des oubliettes électorales. Intarissable sur le sujet, ce médecin se faisait un plaisir de raconter comment un condamné à perpétuité ne supportait plus le portrait tatoué de son amour de jeunesse qui vieillissait avec l’apparition des rides et l’affaissement de sa propre peau. À l’origine le taulard avait prévu de ne garder que le souvenir impérissable de l’adolescente ; cohabiter avec une vieille bonne femme au cou de pintade était pour lui la pire des punitions ! – Besoin d’aide, lieutenant ? – Pu-pu-pu-p****n d’odeur… balbutie pour toute réponse le Top dont le visage en sueur est d’une pâleur boudin blanc. Carl note que les relents de guerre assassinent en premier la parole. – Rien ne vaut un stage en Afghânistân, ajoute-t-il pour en ajouter une couche. – J’pour-pour-pourrai pas, mon Colonel… toute cette bar– bar-barbaque… j’pourrais pas… Dans sa recherche maladroite d’extirper un Kleenex de sa poche, Le Top laisse choir un jeu de cartes. Le hasard a dispatché, dans la dispersion sur le parquet, quatre as. Cela ne lui a pas échappé. – Pu-pu-p****n, dommage qu’il ne soit pas sorti hier. – T’inquiète, ça va passer, rassure Carl en lui tapotant l’épaule comprenant que le collègue est un brelandier comme dirait le Boss dans son vocabulaire raffiné du 19ème siècle. Le colonel fait mine de n’avoir rien remarqué. À son idée autant garder un contact si ténu soit-il ; mettre de mon côté le jeune promu corrompu au jeu, plutôt que de susciter sa méfiance. Carl retourne à la réception. Les trois douaniers sont en train d’interroger le rital. Deux hommes et une femme les ont rejoints. Le pacha leur a fourni un interprète. – Voilà l’équipe au grand complet ! s’exclame le chef en voyant arriver Carl. – Leur compte est bon ? – On espère la correctionnelle et que l’AGRASC 2 confisque tous leurs biens. – Forte amende, saisie du matériel et du véhicule. – C’est tout ? – Encore trois ou quatre coups comme celui-ci et les oiseaux pourront chanter dans le maquis ; l’État va se remplumer ! – Pas si sûr ! Vous savez, mon Colonel, il y a autant de petits ports en Corse que de villages côtiers. Avec la plaisance les trafics sont incontrôlables. – Les go-fast ? – Pas seulement. Impossible de placer des postes de douane dans autant de marines que comporte la Méditerranée. C’est bien pour cela que les truands se sont mis à la plaisance. – Ce sont des nuisanciers, pas des plaisanciers ! s’esclaffe Carl. Autour de lui on ricane du néologisme mais le cœur n’y est pas. Une étude menée de concert avec l’aviation et la marine nationale, à la demande de plusieurs ministères, avait conclu à l’impossibilité de surveiller pareils trafics. Depuis peu les Russes ont pris le dessus. Après les mafias italiennes et corses ils excellent dans le convoyage de gros Yachts. Lorsque les services douaniers ont la chance d’en arraisonner un, dont la cargaison est illicite, ceux qui les pilotent n’en sont ni les propriétaires ni les loueurs. Les procès, quand ils ont lieu, n’aboutissent que rarement. Des cabinets d’avocats se sont spécialisés dans les droits maritimes à géométrie variable. Les lois ne sont jamais les mêmes dans les 27 pays de la zone Euro. Ça tourne au chacun pour soi pour les eaux territoriales qui relèvent de la juridiction du pays limitrophe. Combien de contumax sont recherchés par Interpol ? Combien de produits stupéfiants, de lingots d’or, d’objets de valeur, de bijoux, d’œuvres d’art ou de devises étrangères transitent en toute impunité par ces petits ports si lovely ? Pour gagner en personnel de surveillance sans recourir à des embauches ruineuses, il est question de laisser les routes terrestres au seul bon vouloir des radars et de la vidéosurveillance. Les gendarmeries, épaulées par l’armée, s’adonneraient aux vérifications des équipages, de leurs bagages, et du fret de contrebande des nuisanciers. Remontent à la surface nombre de souvenirs. Carl se remémore l’assassinat d’un industriel de renommée internationale, au mois d’août 2011, trucidé par balle tirée d’une « arme à canon long ». Ce jeune PDG avait eu l’imprudence de se délasser à l’arrière de son 17 mètres. Peu de temps avant ce drame GPS lui avait donné ordre d’enquêter sur l’élimination d’un baron de la haute finance par un fusil de tir à longue distance. Baptisée « Le caïman noir » l’opération devait aboutir à l’élimination du meurtrier. Les commanditaires courent toujours. Il récapitule aussi les naufrages volontaires, précédés ou pas de hold-up plus souvent fictifs que réels. Les assurances mises à contribution, qui ergotent pour les smicards, rembourser sans rechigner les « sinistres » des milliardaires. Les malfrats ont gardé la « culture » de leurs quartiers d’origine : cramer la tire après chaque coup. Seulement, depuis, on a changé d’échelle. Ce n’est pas dans les golfes les plus réputés de l’île qu’on gagne en tranquillité. Tino Rossi, avec son Ô Corse Île d’amour, doit se contorsionner dans son cercueil capitonné avec vue imprenable sur les Sanguinaires. Les services de la Jirs de Marseille estiment que nombre de capitalistes des pays de l’Est, des oligarques russes ou présumés tels, sont passés de clients à actionnaires dans les chantiers navals de la grande plaisance. Leur arrivée coïncide avec l’apparition de règlements de comptes sans fin et de piratage entre les rives de la Méditerranée ; là ou prospère l’immobilier côtier. Leur « terrain de jeu » s’étend du Maghreb à l’Europe du sud. Et sans passer par un référendum, ils ont même annexé la truanderie turque avec son ancienne route de l’opium. Tout ceci ne paraît pas, à première vue, avoir de rapports avec la décapitation du jeune supporter de L’OM. Pourtant, comme pour ce dernier, des assassinats de hautes personnalités ont été perpétrés en utilisant des fusils de précision à canons longs dont le coût est nettement supérieur à celui d’une Ferrari ou d’une Porche Panaméra. Carl le Mat est le responsable pour la formation au GIGN de tireurs d’élite capables, de nuit comme de jour, d’éliminer un sniper à plus d’un kilomètre et demi de distance. Il jouit d’une notoriété internationale et craint que des fusils munis de téléobjectifs performants soient entre les mains de personnes prêtes à tout. Lors de la précédente mission « Le caïman noir », qui lui avait été confiée en 2010, c’était déjà le cas. Depuis des progrès énormes, dans l’industrie de la mort, ont été accomplis. Les métallurgistes français ont mis au point de nouveaux alliages. Ceux-ci ont la particularité d’éviter toute déformation du canon. Chaque déflagration dégage une chaleur de plus de 800 degrés susceptible de créer une torsion préjudiciable à la précision du tir. Ainsi l’exécutant fortuné pourra ajuster des preneurs d’otages, ou d’innocentes cibles, autant de fois que nécessaire avec une précision millimétrique. Ces métaux, usinés dans le plus grand secret dans les manufactures nationales, ont largement dépassé le prix de l’or. Seuls des nuisanciers d’envergure internationale, épaulés par la haute finance, peuvent se les procurer sur le marché Afghân. Cela rend encore plus incompréhensible le fait d’avoir dépensé une fortune pour buter un simple supporter de l’OM. Rien à voir avec les Kalachnikov pétaradantes de nos banlieues. Parfois on se demande s’il n’aurait pas été plus judicieux de sauver des vies, pour le même budget, avec un canon laser indéformable capable de neutraliser n’importe quelle cellule cancéreuse… Alors qu’il accède à l’escalier central, les douaniers accompagnés de leurs quatre chiens sont sur le qui-vive. – Encore un problème ? – C’est branle bas de combat ! claironne le chef. – Pour quelle raison ? – Ordre du ministère d’inspecter tous les véhicules, précise le maître chien avant de dévaler quatre-à-quatre les marches menant aux garages. Il paraît logique de profiter de l’émotion ambiante pour effectuer un contrôle complet. Personne à bord, pas plus les passagers, les camionneurs ou les membres d’équipage, ne conteste ce contretemps ; la crainte d’un remake du Titanic ou du Concordia, est tenace. Les personnels de maintenance ont l’autorisation d’effacer toute trace de la boucherie. Les serpillères noyées à grandes eaux rendent un liquide rougeâtre, parfois noirâtre, de ce qui fut le carburant du supplicié. Le plancher reprend des couleurs. L’odeur, collante au possible, demeure insupportable. Les spectateurs de la tragédie, consignés à bord faute de mieux, se sont enfermés dans les douches. Passés du bégaiement au mutisme, malgré les injonctions des membres de la cellule de soutien psychologique, ils restent claquemurés. Pas facile de se dépêtrer de la chair de l’inconnu, cet autre si semblable à eux, celui qu’ils ne connaissaient pas et qui les a tatoués à vie. Ce n’était pas un reportage télévisé dans lequel la tragédie n’a pas d’odeur et peu de couleur. Un silence étonnant enveloppe chacun et chacune. Si les vêtements vont reprendre l’apparence du neuf ; la mémoire, jamais plus. Deux heures ont passé. L’image du corps démantibulé poursuit son incrustation lancinante dans les cerveaux au point de se superposer au schéma corporel inné. Le portable vibre, Carl s’en saisit. C’est Madom, son épouse adorée qui l’appelle depuis Paris. – Mon Dieu, Carl… tu n’as rien ?… susurre-t-elle d’une voix étranglée. – Ça va, ce n’était pas un k******e. – Vrai ? Les télés, la radio… on parle de, de… c*****e. – Tu peux me croire : je suis entier, aucune blessure, seulement, GPS… – GPS t’a collé l’enquête ? Tu m’as menti pour le portable de la cellule cancéreuse Élyséenne ! Et voilà que ça recommence. – Oui, mais pour l’instant je reviens à Paris comme nous l’avions prévu. – Toute la tribu t’attend avec impatience ! Cette fois-ci rien à voir avec l’épaule en marmelade de son précédent séjour en Afghânistân. Contente de le savoir sain et sauf, elle n’a pas osé trop ronchonner. Le jour anniversaire de leur première année de vie commune il lui avait offert un pendentif en forme de cœur. Droit dans les yeux elle lui avait dit sans sourciller : – Attention, mon mec, le cœur n’est pas qu’une figure géométrique ; c’est aussi un calcul de probabilités ! Cette définition de sentimentale géométrie dans l’espace, comparable à la trajectoire d’une sonde à destination de la planète amour, ils l’avaient tous deux intégrée dans leurs rapports de couple. À ce jour tout va pour le mieux dans le satellite familial qui navigue sur orbite versant ensoleillé du calcul de probabilité. Trois filles étaient venues enrichir leur station cosmique et, depuis peu, leur première petite fille fut suivie de trois autres bébés pour commencer. Dans la benne de son pick-up Navarra les VTT, parapentes, kite-surf, matos de plongée et d’alpinisme, ont été remisés à la cave. Maintenant ils sont remplacés par des berceaux, lits parapluie, chaises hautes, rehausseurs, biberons, tire-lait, stérilisateurs, sièges auto, coques poussettes, porte-bébés et pots. Carl était sidéré qu’on utilise les bébés-sons, un matériel qui rappelait les premiers micros espions du siècle dernier ! Le Colonel, spécialiste des armes de précision, a été promu au grade d’interprète d’ainsi font, font les petites marionnettes… et glané une étoile au Michelin des biberons et des bouillies. De l’avis de ses filles, il merdoie dans les changements de couches : « C’est le cas-ca de le dire ! » a déclaré l’aînée pince sans rire. Dans quelques temps et il sera mûr pour un concours de puériculture. Carl pense fortement à sa petite fille âgée de quatre ans. Depuis qu’il lui a offert un prototype de jumelles légères tout carbone, lentilles en matériaux composites, le passe-temps favori de cette enfant consiste à observer les grandes personnes à l’envers en intervertissant le sens des optiques. Sa mamie et ses tantes ont beau les remettre à l’endroit : elle les retourne ! Ainsi, son Papy passe en un clin d’œil de un mètre quatre vingt dix à cinquante centimètres. Observée de la sorte la famille entière ressemble étrangement à une collection de poupées. La petite en avait par-dessus la tête, de regarder sa tribu d’en bas et ce n’est rien de le dire. Si débuter une vie de lilliputien semble logique au berceau ; le demeurer ne paraît pas acceptable. Par une nuit noire, étendue sur le dos et effrayée par l’immensité de la voie lactée elle réduisit également l’espace cosmique aux dimensions d’une fumée de barbecue par inversion des optiques. Elle avait tout de suite compris, comme n’importe quel être humain adulte, qu’il fallait rapetisser le monde afin de le dominer. Faire de la planète un espace accessible, libre et protégé à la fois, dans lequel chacun aurait sa place était à sa portée. Madom ne peut pas soupçonner son mari de vouloir faire de son bout de chou un élément du GIGN ; une seule femme, à sa connaissance y excelle. Le vibreur ! Justement, c’est encore Madom : – Je te passe la petite ; elle est inconsolable après avoir vu la fin du CD de Bambi. – Il a plus d’papa, d’maman, Bambi… hoquette-t-elle entre deux renifles. – Un pienghjie micca a mo chuccha, un n’hè qu’una fola ! – Elle sourit maintenant : qu’est-ce que tu lui as dit ? – Qu’elle ne pleure plus ma pouponne ce n’est qu’une fable ! Comme quoi la langue Corse conserve un pouvoir magique à ne jamais négliger en cas de force majeure. 2 Agence chargée du recouvrement des biens illicites : créée en 2010 par Nicolas Sarkozy… avec effet boomerang ?
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