Mai - Partie 2 de 4

2799 Mots
- Oui père, répondent les trois frères d'une même voix. Sans ajouter un mot, leur père retourne à leur demeure. Mai est tout excitée. « Je vais passer une journée avec mes frères! Comme ça fait longtemps! » Elle saute au cou d'Hiroki. - Merci mille fois Hiroki! Sans ton intervention, père n'aurait jamais accepté! - Tu sais bien qu'on ferait tout pour ton bonheur Mai. Elle délaisse son étreinte et regarde ses trois frères, toujours souriante. - Alors, je vais avec lequel d'entre vous? Ils se regardent un instant, puis, un à un, ils lèvent la main. Ils veulent tous passer du temps avec leur très chère sœur. Celle-ci leur sourit en riant. - Je ne peux pas me séparer en trois, vous le savez bien! - Et pourquoi pas, dit Makoto. Tu pourrais passer quelques heures avec chacun d'entre nous! - C'est une excellente idée, répond Hiroki. - Parfait, alors je la prends en premier! Sans attendre la réponse de ses frères, Makoto la prend par la main et l’entraîne en courant jusqu'à ce qu'ils disparaissent de leur vue. Ils s'arrêtent près d'un grand arbre, essoufflés. Mai s'adosse sur l'arbre, rejoint par Makoto qui s'appuie sur une main, près d'elle. Ils restent là, un instant, à reprendre leur souffle, tout en continuant à s'esclaffer. - Alors, Makoto. Que prévoyais-tu faire aujourd'hui? - Eh bien, je comptais me rendre au village et rencontrer certains marchands pour négocier nos prix. Tu sais comment ils sont! Ils veulent la meilleure qualité, sans jamais payer le prix! Et une fois cela fait, on pourra se promener un peu, ça doit faire longtemps que tu n'es pas allée au marché. - Des siècles oui! Père m'amenait toujours avec lui avant. Mais il ne m'y emmène plus depuis... - Depuis qu'il nous a adoptés, c'est bien ça. Elle hoche la tête. Makoto semble triste pour elle. Elle lui sourit. - Ne t'en fais pas, je suis heureuse de vous avoir! Je ne vous échangerais pour rien au monde! - Te l'entendre dire me comble de joie Mai. Allons-y, je n'ai que quelques heures à passer avec toi et je ne veux pas les gaspiller ici, où tu peux venir n'importe quand! - Je te suis Makoto. Mais avant, tu ne devrais pas te revêtir un peu? Makoto se regarde et éclate de rire. - Tu as bien raison Mai. Je ne voudrais pas faire de jaloux. Mai rigole et ils retournent à leur demeure en courant. Une fois à l'intérieur, elle laisse son frère se changer et va dans sa chambre en faire de même. Elle reprend ses vêtements du matin et se change à nouveau. Elle dénoue ses cheveux pour les attacher en une tresse sur le côté. Elle y ajoute un joli peigne orné de fleurs de cerisier et sort de sa chambre. Makoto l'attend, adossé sur le mur d'en face, habillé plus proprement que pour son entraînement. Il lui sourit en lui faisant la révérence. - Tu es toujours aussi resplendissante ma chère Mai. Elle lui sourit à son tour et ils sortent de la demeure. Makoto part chercher la charrette et revient quelques minutes plus tard. Il y fait monter sa sœur, puis s'assoit à ses côtés. La route est cahoteuse, mais cela importe peu à Mai. Elle est si heureuse de sortir enfin de chez elle et de passer du temps avec son frère. Elle repense à toutes les fois où elle regardait ses frères partir pour le marché, que ce soit pour du commerce ou la nuit en cachette, elle aurait donné n'importe quoi pour les accompagner. Makoto la regarde. - Tu sembles bien pensive Mai. Est-ce que tout va bien? - Oui. Je repensais à vos escapades la nuit. J'aurais tant aimé vous accompagner, ne serait-ce qu'une fois! Makoto semble mal à l'aise, il détourne le regard. Il se racle la gorge. - Si tu... heu... Si tu savais, tu ne voudrais pas nous accompagner. Mai le regarde sévèrement. « Qu'est-ce qu'il... » Elle ouvre grand les yeux. Elle a compris. - Un bordel? C'est là que vous vous éclipsez la nuit? Makoto ne répond pas, de plus en plus mal à l'aise. La charrette semble soudainement inconfortable et il se déplace de gauche à droite, comme s'il avait une envie pressante. - Pas spécifiquement un bordel, finit-il par répondre le regard toujours fixé vers l'avant. - Alors quoi? Mai le fixe, insistante. Elle veut savoir. Makoto pousse un long soupire avant de reprendre. - Tu ne diras rien à père? - Tu sais bien que non! - D'accord... Il pousse à nouveau un long soupire pour se donner du courage. Il se tourne vers sa sœur, les joues roses de gêne. - Hiroki, Haru et moi, on rend souvent... disons... visite à certaines filles de marchands. Mai ne répond pas et détourne le regard. « Alors c'est ce qu'ils font... j'aurais dû m'en douter. » Elle sent une pression dans son ventre. Ses frères, si loyaux, prenant l'honneur de jeunes femmes, sans les épouser. Makoto sent son malaise. - Je t'en prie Mai, ne va pas t'imaginer toutes sortes de choses. Ces femmes... elles... elles ne sont pas comme toi. - Qu'est-ce que tu veux dire par là, répond sèchement Mai. - Qu'elles n'ont pas les mêmes valeurs... ni les mêmes devoirs. Ce sont elles qui sont venues à nous! Tu nous connais, jamais nous ne salirions l'honneur d'une femme sans qu'elle ne le demande! Mai repense à toutes ces fois où elle les voyait s'éclipser, où elle souhaitait tant être avec eux. Si elle l'avait su, aurait-elle voulu partir avec eux? « Peut-être ». Si elle avait été un homme, aurait-elle profité de plaisirs qu'elle ne peut même pas s'imaginer. « Probablement ». Elle pousse un soupir. Elle ne peut pas leur en vouloir. Elle est incapable de leur en vouloir. - Je t'en supplie Mai... ne nous estime pas moins pour ça. - Vous êtes mes frères. Et je vous aimerai toujours, peu importe ce que vous ferez. - Merci Mai. Maintenant, changeons de sujet et n'en parlons plus jamais. Elle hoche la tête en signe d'approbation. La petite route de terre s'est transformée en route de pierre sans qu'elle ne s'en rende compte. Ils ne sont qu'à quelques minutes du marché à présent. La charrette s'arrête juste avant les premiers commerces. Makoto tend la main à Mai pour l'aider à descendre. Elle ferme les yeux et respire un bon coup. Ses narines se remplissent d'odeur de toutes sortes. Nourriture, parfum, cuir, bois, poteries, c'en est presque étourdissant. Elle rouvre les yeux et regarde autour d'elle. « Comme tout a changé! » Les rues sont pleines de petits présentoirs qui offrent des produits en tout genre. Derrière eux, commerces et restaurants se dressent comme une muraille, bloquant la rue des rayons du soleil. Makoto l’entraîne vers un des commerces qui vend des vêtements pour homme de toutes sortes. Il s'arrête à l'entrée. - J'en ai pour quelques minutes. Attends-moi ici, les femmes sont interdites dans le magasin. Mai acquiesce, légèrement offusquée d'une telle règle. Makoto lui fait un petit sourire, comprenant son malaise, puis entre, la laissant seule dans la rue. Elle regarde autour d'elle. Les passants se pressent les uns sur les autres. Les marchands crient pour attirer des clients et présenter leurs produits. Chacun a le poisson le plus frais, la poterie la plus fine, le coton le plus doux. Le brouhaha est à la fois étourdissant et enivrant. Un homme passe près de Mai et s'arrête pour la regarder. Il lui sourit et continue sa route. « Mais que pouvait-il donc me vouloir? » Une femme la frôle de son épaule. Elle se retourne et décroche un regard haineux à Mai qui reste sans bouger, surprise. « Mais, qu'on tous ces gens? Suis-je si étrange pour eux? » Une main lui saisit l'épaule. Elle se retourne, prête à se défendre. Makoto la regarde, mi-amusé, mi-surpris. Mai pousse un soupir de soulagement. - Makoto! Ces gens sont étranges, ne me laisse plus seule! - C'est promis, lui répond Makoto en souriant. Une jeune femme passe près d'eux et, reconnaissant Makoto, s'arrête. - Et bien Makoto, c'est un plaisir de te voir dans la lumière du jour pour changer. - Bonjour Akemi. Makoto, mal à l'aise, se passe une main dans les cheveux en se tournant vers Mai. Celle-ci comprend immédiatement que cette Akemi est une des femmes dont il lui parlait tout à l'heure. - Ça fait plusieurs semaines que je ne t'ai pas vu, reprend Akemi sans se soucier du malaise de Makoto. Est-ce à cause de cette jeune femme? C'est ta promise? - Non, répond-il les joues roses de gêne. C'est... c'est ma sœur, Mai. Akemi écarquille les yeux, surprise. Elle rougit, comprenant l'erreur qu'elle vient de commettre. Après tout, Mai n'est pas censé être au courant des activités nocturnes de ses frères. - Oh. Je suis ravie de te rencontrer Mai. Pour ce que j'ai dit, c'était pour rigoler. Ton frère et moi on est seulement... - Pas besoin de m'expliquer, je suis au courant pour mes frères. Ne vous inquiétez pas, votre secret est bien gardé. Akemi baisse la tête en signe de reconnaissance, sourit à Makoto, puis reprend son chemin, la tête toujours baissée par la gêne. Mai se tourne vers son frère qui semble toujours mal à l'aise. - Elle est jolie. - Euh... oui. Ils se regardent un instant avant d'éclater de rire. Makoto se détend. Il semble heureux de retrouver cette complicité avec sa sœur. - Je suis désolé, finit-il par dire. - Ne t'en fais pas. J'espère simplement que ce sera la dernière rencontre de ce genre. - Je l'espère aussi. Ils reprennent la route, bras dessus, bras dessous jusqu'à un autre petit commerce de vêtements, à quelques minutes de marche. Cette fois-ci, Mai est invitée à entrer, ce qui l'enchante au plus haut point. Le commerce déborde de morceaux de toutes les couleurs et de toutes les formes. Certaines robes sont brodées, d'autres teintes dans des couleurs des plus flamboyantes. Au fond du magasin, on retrouve des costumes de cérémonie resplendissants aux motifs uniques. Un homme, dans la quarantaine, se trouve derrière le comptoir. Lorsqu'il les aperçoit, il leur fait immédiatement signe de s'approcher. - Makoto! Quelle bonne surprise! Cela faisait longtemps que je n'avais pas eu le privilège de te voir! Et tu as amené une magnifique jeune femme. Si je peux me permettre de vous montrer les tenues de cérémonie... - Merci Masahiro, mais je viens pour discuter des prix. - Oui, je vois, répond plus fermement Masahiro. - Quant à cette jeune femme, c'est ma sœur Mai. - C'est donc vous, dit-il en se tournant vers Mai. Cette magnifique jeune femme que votre père garde si jalousement pour lui. Si vous me donnez l'occasion, mon aîné serait un prétendant idéal pour vous! - Elle n'est pas à marier, coupe Makoto, énervé. Si nous pouvions discuter en privé, ce serait préférable. - Bien. Masahiro fait signe à Makoto de le suivre à l'arrière-boutique. Mai en profite pour faire le tour du magasin. Elle effleure les tissus soyeux d'une main, tandis que son regard se promène de robe en robe. « Elles sont si belles. Si seulement j'avais l'occasion d'en porter. » Elle retourne au comptoir dans le fond du magasin. La vitrine contient de magnifiques petites broches en argent. Certaines représentant des oiseaux, d'autres des fleurs. Une d'elle accroche son regard. Elle représente un paon à la queue ouverte vers le bas. Au bout des plumes sont incrustées de petites pierres de toutes les couleurs. - Elle est belle, n'est-ce pas? Mai lève les yeux. Masahiro se tient derrière le comptoir, en face d'elle, Makoto à ses côtés. Elle hoche la tête. Masahiro ouvre la vitrine et prend la broche. Il l'examine un instant, puis la tend à Mai qui la prend délicatement, comme s'il s'agissait d'un trésor. - Elle a été importée de l'Inde. C'est un animal important, symbolique pour plusieurs cultures. - Elle... elle est magnifique. Mai tend à broche à Masahiro qui la repousse de ses mains. - Non, pas la peine. Je vous l'offre. Avec mes plus humbles compliments. - Je... je ne peux accepter! - Je vais te l'acheter, répond Makoto. - Non, non. Inutile Makoto. La savoir près du cœur de cette si charmante jeune femme me suffit amplement. Makoto incline la tête, imité par Mai. Il lui prend ensuite la broche des mains pour lui attacher près du cœur. Elle se retourne vers Masahiro qui sourit en ouvrant les bras. - Elle n'aurait jamais pu être aussi splendide sur une autre femme que vous! - Merci beaucoup. - Merci Masahiro, répond Makoto en entraînant Mai vers la sortie. À notre prochaine rencontre! Masahiro lui fait un signe de la main et ils sortent du magasin. Mai regarde la broche. « Elle est si belle! » Elle se tourne vers son frère. - J'en ai de la chance! La broche est magnifique. - Elle l'est encore plus lorsque tu la portes. Et Masahiro me devait bien ça, après les prix qu'il m'a négociés! Il est féroce quand il désire quelque chose. - Je suis certaine que tu t'es bien défendu! Makoto lui sourit avant de regarder sa montre. - Il nous reste environ une heure avant de devoir retourner à notre demeure. Où voudrais-tu aller? - J'ai un petit creux. Tu dois bien connaître un petit restaurant! - Bien sûr! Suis-moi. Ils marchent quelques minutes avant d'arriver devant un petit restaurant situé près du premier marchand qu'ils avaient visité. Makoto ouvre la porte et la laisse entrer en premier. Le restaurant est tout petit, mais chaleureux. N'étant pas encore l'heure du dîner, il n'y avait que quelques clients assis de part et d'autre de la porte. Makoto invite Mai à s’asseoir, puis se dirige vers les cuisines où il est accueilli chaleureusement. - C'est toi la sœur de Makoto? Mai se retourne. Deux jeunes femmes d'environ son âge se tiennent près d'elle. Elle acquiesce, en se demandant comment elles étaient au courant. À sa réponse, les deux femmes se retournent et font signe à leur amie de s'approcher. Mai la reconnaît immédiatement. - Akemi! Quelle surprise de vous recroiser! - Bonjour Mai! Je parlais justement de tes frères à Akiko et Misaki. Ne vous en faites pas, elle est au courant pour leurs petites sorties nocturnes. Les deux femmes poussent un soupir de soulagement avant de s’asseoir avec Mai, qui reste surprise de ce geste. - Tu as beaucoup de chance tu sais, commence Misaki. Hiroki est tellement beau! Tu peux le voir à tous les jours! - Misaki, idiote, c'est son frère! Elle ne peut pas les voir de cette façon! C'est son propre sang! Même pour toi, ce serait trop. - Oups! Tu as raison Akiko. Mais tout de même, tu ne rêverais pas de passer tes journées à observer Haru, torse nu à s’entraîner dans les champs! Akiko hoche la tête, l'air rêveur. Mai ne dit toujours rien, encore sous le choc de leur franchise. « Elles ne sont pas comme toi ». C'est ce que Makoto lui a dit. Et il avait bien raison. Elles sont tellement plus... « Libre? ». - Peu importe, reprend Akiko. Ce sont ses frères et aucune femme ne devrait entendre de telles choses lorsqu'il s'agit de ses frères! Tu ne voudrais pas qu'on parle de Chiyo comme ça Misaki? - Beurk, non! Jamais de la vie. - En fait, coupe Mai dont la langue s'est finalement déliée, ce ne sont pas mes vrais frères. Mon père les a adoptés il y a plusieurs années. Les trois femmes la regardent, la bouche grande ouverte. Akemi cligne des yeux quelques fois avant de toucher la main de Mai. - Et tu n'as jamais rien tenté avec eux? - Je... pardon? - Eh bien... ce ne sont pas tes vrais frères. Tu n'as jamais pensé à... tu sais bien, avec eux? - En tous les cas, continue Akiko, si j'étais toi et que j'habitais avec Haru, tu peux être certaine qu'il ne serait jamais seul la nuit! N'est-ce pas les filles? Les deux autres acquiescent en gloussant. Mai est surprise des propos si ouverts de ces trois jeunes femmes. Jamais elle n'avait tenu ce genre de conversation auparavant. - Mais dis-donc, reprend Akemi, maintenant qu'on sait que ce ne sont pas tes frères, tu dois bien avoir un préféré. - Je les aime énormément tous les trois. Ils sont courageux, loyaux et si gentil avec moi. - Oh allez, tu sais bien que ce n'est pas ce que je voulais dire. Il y en a certainement un qui doit faire battre ton cœur plus rapidement. Qui te fais faire des rêves dont tu n'avoueras jamais l'existence.
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER