Mai se tient debout à la fenêtre du salon, une tasse de thé vert à la main. Elle regarde ses frères s’entraîner comme à tous les matins au lever du soleil. Haru, le plus grand des trois, toujours aussi fier, le bokuto en jodan. Makoto, le plus drôle, en position waki. Et le dernier, Hiroki, leur cadet, en position chudan. Mai sourit en repensant au jour où elle les a rencontrés pour la première fois.
« Son père était revenu du marché avec trois garçons métis.
- Mai, voici tes frères.
Mai les dévisagea un instant. Leurs vêtements étaient en lambeaux et leur peau, sale. Ils semblaient affamés.
- Mais... père. Ce sont des pauvres!
Son père la regarda en souriant et s'agenouilla près d'elle. Il lui prit les épaules en poussant un soupir.
- Oui, tu as raison ma fille. Leur mère est une prostituée et leur père, un militaire américain. Mais ils sont forts. Et je ne peux avoir d'autres enfants.
- Mais, je ne te suffis pas père?
- Bien sûr que si, mon soleil, mais j'ai besoin de fils pour prendre ma relève, tu n'es qu'une femme.
Il se releva et se tourna vers les trois garçons.
- Mai va vous faire visiter la demeure. Ensuite, si vous décidez de rester, on vous donnera un bon bain et des vêtements neufs.
Les trois garçons hochèrent la tête et leur père reparti à la charrette chercher les provisions. Le plus grand s'avança vers Mai qui était toujours boudeuse et lui tendit la main.
- Salut, je m'appelle James. Et voici mes frères : Jacob toujours à dire des blagues et Charles, notre cadet.
Mai haussa le nez, avant de répondre sèchement :
- Vous n'êtes pas les bienvenus ici. Père va s'en rendre compte rapidement et vous devrez quitter notre demeure, sales voyous!
- Bah, répondit James en haussant les épaules, alors autant profiter du temps qu'il nous reste ici! »
Finalement, près de 12 ans plus tard, les garçons, aujourd'hui devenus des hommes, sont toujours avec eux, et elle en est bien heureuse. Makoto attaque le premier, bloqué immédiatement par Haru. Hiroki les contourne avant de s'élancer également. Les deux autres se retournent pour le bloquer, mais il réussit à atteindre Makoto qui se retire en leur lançant des bêtises. Haru et Hiroki restent sans bouger, à se contempler l'un l'autre, dans un silence interminable, essayant de percevoir une brèche. Haru attaque, mais Hiroki le bloque. Ils s'échangent quelques coups avant de retourner dans leur contemplation. Makoto fait un grand signe à Mai de les rejoindre. Elle dépose sa tasse et sort. Ses deux frères sont comme des lions en cage, à se tourner autour sans jamais attaquer. Elle s'approche d'eux et s'assoit sur l'herbe à côté de Makoto. Haru lui jette un bref regard. Il n'en faut pas plus à Hiroki qui bondit sur lui en lâchant un cri. Haru pris au dépourvu essaie de le bloquer, mais trop tard. Hiroki le touche, il a gagné. Makoto se lève et va serrer la main de ses frères pour les féliciter.
- Beau combat comme toujours Haru, dit Makoto. Mais Hiroki t'a bien eu!
- Pour cette fois seulement. La prochaine manche ne finira pas comme ça.
- Rêve toujours frère! Je connais ton point faible, répond Hiroki en souriant à Mai. Mai! Tu nous fais l'honneur de nous accompagner en duel cette fois?
- Tu sais bien que père serait en colère s'il me voyait vous combattre.
- Oublie père un instant, il est aux champs ce matin. Prend le bokuto d'Hiroki et viens te mesurer à moi!
- Tu l'auras voulu Makoto. Je vais me changer et je reviens. Profites-en pour te réchauffer, tu vas en avoir besoin!
Mai retourne à leur demeure en riant, tandis que ses frères reprennent les combats de plus belle. Elle va dans sa chambre et ouvre son tiroir. Elle y sort un pantalon ample en chanvre qui monte à la taille, ainsi qu'un haut en coton qui se noue par l'arrière. Elle se déshabille et se rhabille rapidement. Elle prend un pic à cheveux et noue ses cheveux en chignon serré. Elle sort en courant rejoindre ses frères. Haru et Makoto sont en plein combat, torse nu. Hiroki, toujours habillé, se tient en retrait et les observes. Mai se dirige vers lui.
- J'ai manqué quelque chose?
- Seulement ma défaite cuisante contre Haru. Mais j'ai de nouveau gagné contre Makoto.
- Et ils sont comme ça depuis longtemps?
- Depuis quelques minutes. Makoto a finalement décidé de prendre l’entraînement au sérieux. Et pour l'instant, cela porte ses fruits.
Mai se tourne vers ses frères. Ils sont tranquilles, ils s'observent. Haru, toujours en jodan avance d'un pas vers Makoto qui recule immédiatement. Ce dernier croise le regard de Mai et lui sourit.
- J'en ai presque terminé avec lui et je suis tout à toi Mai.
- Concentre-toi au lieu de dire des bêtises, répond-elle en rigolant.
Haru profite du moment de distraction pour attaquer. Son coup est rapide et Makoto n'a pas le temps de le bloquer. Il recule violemment pour esquiver et tombe sur les fesses. Haru aide son frère à se relever en riant.
- C'était si près, se plaint Makoto.
- Tu connais les règles. Tu perds pied, tu meurs. C'était un beau combat malgré tout mon frère.
Haru se retourne vers Mai et lui sourit en s'approchant. Elle lui rend immédiatement son sourire. Il s'arrête à quelques pas d'elle. Son torse musclé luit de sueur dans la lumière du soleil. Son odeur, à la fois sucrée et salée, parvient jusqu'à Mai qui frissonne.
- Tu es prête?
- Oui! Enfin, je crois. Il se bat bien aujourd'hui.
- L'important, ce n'est pas de bien se battre, mais de bien savoir se défendre.
Il s'approche un peu plus de Mai et lui murmure à l'oreille :
- Son genou droit est sensible aujourd'hui, fais-le valser, il va se fatiguer plus vite.
Un nouveau frisson parcourt le dos de Mai qui acquiesce tout de même. Haru lui sourit de nouveau avant de lui tendre son bokuto et de rejoindre Hiroki. Mai pousse un long soupir et ferme les yeux. Elle sent le souffle du vent qui fait légèrement bouger ses vêtements. Elle sent la chaleur des rayons du soleil du matin frapper sur sa peau et réchauffant peu à peu l'air frais. Elle sent la terre sous ses pieds, froide et humide, fertile. Elle sent le bois dur du bokuto, réchauffé par les mains fortes d'Haru. « Haru ». Elle ouvre les yeux. Makoto est déjà prêt. Elle se place face à lui, en chudan et attend. Les sons semblent coupés, le temps arrêté. Elle ne voit que son frère, qui lui sourit, la menaçant de son bokuto. Ils s'observent un instant, immobiles. Il ne bougera pas, ne fera pas le premier pas. « Honneur aux dames » qu'il aime tant répéter. Elle attend patiemment, analysant sa cible, puis fait un premier pas. Makoto recule d'un pas également. Elle sent un regard sur elle. Elle se souvient que ses frères l'observent. Elle charge. Makoto la bloque immédiatement, toujours souriant. Elle feint de battre en retraite, mais charge de nouveau. Makoto la bloque une nouvelle fois.
- Dis donc Mai, on se sent d'attaque aujourd'hui.
- Je vais te faire mordre la poussière, tu vas voir.
Makoto lui fait un énorme sourire, puis attaque à son tour. Elle bloque le premier coup, puis le second. Il recule pour se remettre en position. Mai se déplace vers la gauche, Makoto la suit. Elle attaque de nouveau. Il bloque chacun de ses coups, la forçant à se retirer. Elle recule d'un pas et il en profite pour attaquer. Elle lève son bokuto pour le bloquer, mais il feint et l'atteint à la taille. Elle sent le sabre de bois la frôler dans un coup de vent rapide. Elle a perdu. Makoto se penche pour la saluer et elle l'imite, légèrement amère de sa défaite. Elle aurait tant voulu impressionner ses frères. « Impressionner Haru plutôt ». Hiroki et Haru se lèvent pour féliciter Makoto.
- Très beau combat Makoto, tu ne t'es pas laissé distraire!
- C'était une belle feinte, très difficile à bloquer.
- Merci mes frères! Mon entraînement commence à porter ses fruits.
Makoto se tourne vers Mai et la serre dans ses bras en la soulevant. Elle émet un petit cri de surprise avant de rire.
- Et que dire de notre chère sœur! Tout un combat! Si tu pouvais t’entraîner autant que nous, tu battrais même Haru!
Il la dépose en riant, tandis qu'Hiroki et Haru s'approche de Mai.
- Il a raison, reprend Hiroki. Si père te laissait t’entraîner, tu serais bien meilleure que nous trois.
Il la sert également dans ses bras, avec tout de même plus de retenue que Makoto, et s'écarte pour rejoindre son frère et le féliciter de nouveau. Haru s'approche à son tour de Mai qu'il prend dans ses bras à son tour. Sa peau est chaude et légèrement collante de sueur. Le cœur de Mai accélère tandis qu'elle reste là, blottie contre lui. Son odeur l'enivre. Elle sent son cœur qui bat lui aussi la chamade. Elle resterait là durant des heures, mais il finit par s'éloigner d'elle. Elle lui sourit, mais il ne lui répond pas et se contente d'éviter son regard. Il retourne vers ses frères, la laissant seule, le cœur toujours à la course. Elle reste là un moment, à les regarder se chamailler. Elle pousse un soupir puis tourne les talons pour partir, mais se heurte à un homme.
- Je... Père! Que... qu'est-ce que vous faites ici?
Ses frères arrêtent immédiatement leurs bêtises.
- Père! Vous êtes déjà de retour!
Leur père les regarde un instant avant de poser à nouveau son regard sévère sur sa fille. Il regarde le bokuto qu'elle tient toujours dans ses mains.
- Mai. Que fais-tu avec une arme dans tes mains. Le combat n'est pas un art pour une femme.
- Je...
- Elle ne faisait que nous aider père, la coupe Haru. Elle tenait mon bokuto pour que je puisse féliciter mes frères.
Il se dirige vers elle et lui reprend l'arme avant de retourner près de ses frères. Leur père les observe un instant avant de déclarer d'un ton solennel :
- Votre sœur n'a pas à vous servir. Vous lui devez du respect. Elle n'est qu'une femme, mais c'est ma fille. Ma seule héritière légitime.
Les trois hommes se penchent pour acquiescer, mais Mai ne les laisse pas répondre.
- Ils ne m'ont jamais manqué de respect père. J'aime passer du temps avec eux. Et les aider me fait le plus grand bien!
Son père la regarde de son air hautain habituel. Il ouvre la bouche pour lui répondre, mais elle reprend de plus belle, se sentant d'humeur à l'attaque.
- D'ailleurs, j'aimerais beaucoup les accompagner aux champs aujourd'hui. Apprendre de nouvelles choses...
- Tu voudrais travailler? Est-ce ce que tu me dis?
- Oui, pourquoi pas? Je suis certaine que...
- Il n'en est pas question!
- Mais père!
- Père, intervient Hiroki, vous pourriez laisser Mai nous accompagner seulement pour qu'elle observe. Elle ne travaillera pas, mais sera instruite sur nos activités. Après tout, c'est votre héritière.
Leur père réfléchit un instant avant d'acquiescer.
- Très bien. Mais ne la perdez pas de vue. On ne sait jamais de quoi ces paysans sont capables.