Partie 7
Il y a de ces souffrances qu'on ne peut hurler nulle part que dans son cœur, ça nous t*****e, nous rend cependant, il arrive un moment où, on ne peut plus la cacher et dans cette situation, il nous faut l'exprimer soit verbalement en s'ouvrant à une personne de confiance, soit en pleurant ou en criant pour libérer cette émotion négative qui nous consume le cœur.
Siga souffrait. Sa souffrance est inqualifiable, atroce et incomparable. Elle ne pouvait se mesurer à aucune autre pareille, comme on dit la souffrance de chacun est personnelle.
Être malade est une chose et être moquée de cette maladie en est une autre. Siga était arrivée au summum de sa souffrance, elle ne pouvait plus supporter ces nuits trempées, elle ne pouvait plus supporter cette odeur d'urine qui embaumait ses narines à chaque réveil, elle ne pouvait plus supporter ce regard, ces allusions, ces remarques blessantes.... Elle ne pouvait plus.
Plutôt à l'aube
Elle était en train d'étendre son pyjama et le drap sur le quel elle avait passé la nuit dans une discrétion la plus totale. Cette fois, elle fut surprise par sa tante Yacine.
- Wa Siga qu'est tu fais, tu faisais le linge ?
- Non pas du tout...
-Ah donc ce qu'on dit est vrai. Dagay saaw lale kone ( tu fais pipi au lit alors)
.......
- li d kouma wahone douma ko gueum mag bou tol ni yaw di saaw lale ba legui (je n’aurai jamais cru ça, une grande personne comme toi et tu fais toujours pipi au lit)
Siga sentit la terre se tourner au tour d'elle
Maman dit sa fille Fatima en rejoignant sa mère derrière la cour de la maison ou se trouvait Siga pour faire sécher son linge
- Yaye ana tamè bi balé na eute bi baparé ((Maman, ou se trouve le tamis, j'ai fini de balayer la cour de la maison). unfoun en se bouchant le nez. Quelle odeur ! Emit Fatima
- kone yene liguene done wakh deugue la Siga dafay saaw lale (donc ce que vous disiez est vrai, Siga fait pipi au lit)
- aye yaye mais deugue la kaay hana guisso ko mouy wér leytayame yi rajoute Fatima (c'est vrai kayy maman, tu ne l'as pas vu éteindre ses layettes)
- Ah Siga nak legui mak ga hana guisso Fatima yena massé ta migui ni mashallah defal ni mom war ga depassé li (Siga maintenant tu es une grande personne. Tu n'as pas vu Fatima, vous avez le même âge et elle est toute coquette. Fais comme elle, tu dois dépasser cela aussi)
Une humiliation sans nom, des propos atroces, les uns aussi blessants que les autres, une comparaison injuste. Siga avait honte. La honte se lisait dans ses yeux larmoyant. Elle ne tenait plus sur ses jambes.
Trois sentiments l'animèrent : la honte, la peur et la tristesse. Trois sentiments qui peuvent détruire une personne à jamais. Siga était au bord de la folie.
Comment une mère peut-elle tenir de tel propos ?
Quand elles partirent, Siga fini son et alla se coucher dans le lit de sa mère. Elle hurlait, criait, se griffait la peau.... Elle était en train d'extérioriser tout le mal qu'elle avait accumulé depuis cette maladie. Elle avait de la peine à respirer, elle toussotait, sa tête était lourde, des vertiges, puis trou noir. Elle venait de s'évanouir.
Retour
Astou entra dans la chambre de sa tante Penda et trouva Siga inerte sur ce lit, son visage était méconnaissable à cause des pleurs, quelques griffures sur ses bras dénudés. Astou s'empressa de la secouer.
- Siga, Siga, Siga
Mais cette dernière ne répondit guère
- Siga Siga...... PAPAAA, PAPAA.....
Elle sortit appeler son père qui, était en train d'égrener son chapelet. Il lui fit un signe de la main pour lui demander ce qui se passe
- C'est Siga papa, elle ne répond pas et son visage est gonflé..Elle ne bouge pas...el... sniiifff
Son père ne lui laissa pas terminé sa phrase et courut vers la pièce ou se trouvait sa fille. Elle la trouva dans un état piteux, elle tenta de la réveiller en vain. Il déposa son chapelet et psalmodia quelques prières avant de souffler sur sa tête. Elle commençait à respirer fort mais ne se réveilla pas. Pa Khalil prit peur et ordonna Astou d'aller appeler Ngagne, un ouvrier de la quarantaine qui travaillait dans les ICS et qui avait une voiture de service . Ngagne ne perdit pas de temps et avec l'aide de Pa Khalil, ils réussirent à mettre Siga dans la banquette arrière de la voiture et la transporta à l'hôpital sous les regards tristes de toute la famille.
- Astou, va chez Mami, tu dis à ta tante Penda de nous retrouver à l'hôpital. Lança Pa Khalil
- D'accord papa
Astou joignit la parole à l'acte. Elle courut dans les rues comme si elle était dans une course poursuite. Elle arriva à bout de souffle et n'arrivait même à prononcer un mot. Elle trouva sa tante en train de prendre son petit déjeuner. Prise de peur, cette dernière déposa la tasse de café et le morceau de pain qu'elle mangeait avec appétit
- Astou lou xew (que se passe-t-il Astou?) s'enquit Penda toute tremblante
- Tata.....c'est...papa non Siga..papa dit de. ...j...hgfftg....
Astou bredouillait des mots incompréhensibles. Penda ne comprenais rien sur ce qu'elle disait.
Mami débarqua de nulle part et réussit à calmer la jeune fille
- Astou dalal, togal ga wakh lou xew keur ga ( Astou, calme-toi, assis toi et dis-nous ce qui se passe à la maison) dit Mami
Cette dernière s'assit, respire un grand coup et commence à narrer ce qui est arrivé à Siga.
Mère Penda, eut la gorge serrée et s'imaginant au pire, mais par sa douceur et sa capacité de résister à n'importe quelle nouvelle, fit preuve de calme et de retenu. Elle demanda à Astou l'hôpital ou se trouvait sa fille, cette dernière lui donna l'adresse et rentra toute triste
À la maison, Yassine se sentit coupable de ce qui est arrivé à Siga. Elle regretta aussitôt ses propos de ce matin. Fatima quant à elle, était dans tous ses états reprochant sa mère d'être à l'origine de ce malaise. Mais toute cette mascarade, elles le faisaient dans leur chambre loin des yeux de la maisonnette. Elles avaient peur.
Astou les trouva comme ça l'air soucieux
- Où est Siga Astou? S'enquit sa mère
- Papa l'a emmené à l'hôpital
- Je sais, mais comment elle va, elle s'est réveillée au moins
- Je ne sais pas, je suis juste allée prévenir ma tante
- Mais....
- Arrête Maman tout cela, c'est à cause de toi dit Fatima
- Comment ça c'est à cause d'elle. Maman tu lui as fait quoi ?
- Rien, je lui ai juste dit en plaisantant qu'elle devrait arrêter de faire pipi au lit et qu'elle était une grande personne.
- Et pire même rajouta Fatima avec son impolitesse et son hypocrisie légendaire
- Hé douma sa morome mane ga féne trop (..... je ne suis pas ton égale sale menteuse)
- Tu n'as pas osé lui dire cela maman han, tu n'as pas osé n'est-ce pas ?
- Pourtant si, elle lui a dit tant de choses blessantes tout au long de Siga tremblait. Elle ne pleurait pas, mais ça se voyait qu'elle avait mal, c'est sûrement à cause de cela qu'elle a tenté de se suicider
- Qui t'as dit qu'elle a tenté de se suicider mou no bayi féne
- Maman, tu es une mère aimeras-tu que moi, Salla ou Fatima souffre d'une quelconque maladie et qu'on se mette à se moquer de nous comme tu la fais avec Siga? Je suppose que la réponse est non. Cela peut arriver à tout le monde, c'est une maladie comme tout autre maladie et le fait de se moquer d'elle ne fait que l'empirer. Maman est ce que tu mesures la gravité de se moquer d'une personne énurétique? Si jamais il arrive à Siga quoique ce soit, je ne te le pardonnerai jamais.
Elle sortit suivi de Fatima qui lui lança un " moi non plus"
- domou haram yiguene done seytanè guéne beugue ma diahassé ak adouna
Astou n'a jamais été du côté de sa mère. Malgré son jeune âge, elle se faisait distinguer par sa maturité, son honnêteté et son sens de discernement.
Fatima personne ne la comprend. Elle avait très vite retourné sa veste. Elle semblait affecter alors qu'elle avait participé à cette humiliation.
À l'hôpital Siga a été prise en charge dès son arrivée les médecins firent le nécessaire et lui laissa dormir.
D'après le médecin, elle s'était juste évanoui.
Il avait détecté en elle une déshydratation grave qui a sûrement entraîné son évanouissement.
La déshydratation peut entraîner une chute de tension et plus elle dure, plus il est difficile pour le corps de stabilisé la tension. Siga était hyper tendu.
Elle évitait toute liquide plus particulièrement l'eau qui, est une source de vie indispensable à notre organisme.
Mère Penda, decida de s'entretenir avec le médecin en privé pour lui parler de sa fille, le temps que son mari et Mami aillent la voir.
Le médecin l'invita à le suivre dans son bureau.
- Docteur Siga d bo guissé mou déshydraté ba heume diko si fek moy dou nane ndoh kene menoul fehé bamou nane mane na heuye souba ba ngone ndoh dou diar si guemegne ( Docteur, si Siga est déshydratée jusqu'à se retrouver dans cet état, c'est parce qu'elle ne boit pas assez d'eau. Elle peut passer toute une journée sans qu'une goutte ne lui traverse la gorge)
- Lolou bahoul si wérgu yarame wam maman faut guéne siy bayi hel. (Ce n'est pas bon pour sa santé, il faut que vous veilliez à cela)
- Elle est....
Elle a toujours du mal à dire que sa fille fait pipi au lit. Il lui faut toujours une pour que ces mots sortent de sa bouche.
- beaucoup de gens oublie que l'eau, c'est un composant de notre organisme, c'est indispensable à notre fonctionnement, il permet de garder notre corps humide et tant de bienfait pour notre corps. Il est impératif de boire beaucoup d'eau. Je vais lui prescrire dès un pour la baisse de tension et de grâce faut qu'elle boive 1 à deux l****s d'eau par jour
- je crains qu'elle ne puisse le faire. Elle est énurétique et à cause de cela, elle évite de boire de l'eau pour ne pas mouiller son lit la nuit
- Ah ça devient sérieux ! Vous avez vu un médecin spécialiste en ce domaine
- Non pas du tout on s'est juste limité à la médecine traditionnelle et cela ne fait pas grand effet
- Je n'ai rien contre la médecine traditionnelle, mais il y a des maladies qui relèvent pas de leur compétence parfois il faut commencer par la médecine moderne ou bien même allier les deux. Il y a des spécialistes en ce domaine à Dakar, je vais te mettre en contact avec quelqu'un à l'hôpital le Dentec et il faut aussi, voire un psychologue parce que parfois, c'est dans la tête.
Il lui nota le nom et numéro du médecin au quel il lui parlait et lui dit de se rendre là-ba dès le lendemain parce que Siga pourrait sortir ce soir si elle finit ses perfusions
Au même moment, Siga venait de se réveiller et trouva son père et sa grand-mère à son chevet. Elle toussota et ces derniers s'approchèrent de son lit
- Siga yéwou ga no Def (tu t'es réveillée, comment tu te sens ?) lui demanda son père
- Néné touty tay tital gagnou ( tu nous as fait peur bébé)
- Je suis désolée grand-mère. Papa tu es là
- Oui ma fille tu m'as fait un de ses peurs, j'ai cru te perdre Siga qu'est ce qui t'es arrivée
- Je vais bien Papa
Elle se souvint des paroles de sa tante et les larmes lui montèrent déjà. Elle bascula sa tête pour refouler ces larmes qui menaçaient de sortir. Elle ne voulait rien dire à son père par crainte des représailles. Ces derniers temps son père est à fond sur elle. Il s'occupait d'elle, lui donnait des bouteilles d'eau pour qu'elle se lave, des poudres magiques qui selon lui, vont l'aider à se réveiller quand l'envi d'uriner lui venait......
Ils restèrent là-ba toute la journée attendant que Siga finit les perfusions. Quand celles-ci finiront, le médecin leur autorisa de sortir, Pa Khalil acheta l'ordonnance en cours de route et ils rentrèrent à la maison avec le cœur léger.