Siga était désemparée et triste à l'idée de ne pas accompagner sa cousine chez son mari. Son seul problème, c'était, quelle bonnes excuses, pourrait-elle donner pour ne pas se rendre à la maison nuptiale.
Malou essayait tant bien que mal de la convaincre de venir mais, elle resta ferme et avec un ton plein de regret et de mélancolie, lui dit "Malou tu sais très bien que je ne suis pas trop mariage, et même si je l'étais aussi, je ne pourrai venir avec vous pour des raisons que nous connaissons toutes les deux" cette réplique rendit Malou pensive. Elle fit morne figure et devint triste comme un bonnet de nuit pour sa soeur. Combien payerait-elle pour voir sa sœur nagée dans la joie ?
Siga alla voir sa mère pour qu'elle l'aide à décliner cette cérémonie, cette dernière lui dit qu'elle pouvait rentrer, car si Malou partait ce n'est plus la peine qu'elle y aille, elle sourit jusqu'aux oreilles et se prépara à rentrer.
Dehors, la lune émettait une lumière tellement vive qu'on pourrait identifier le fil noir du fil blanc. Cette lumière était incomparable, même les lampadaires extérieurs ne faisaient pas le poids. Elle pouvait donc rentrer seule au clair de la lune sans rien craindre, sachant qu'elle habitait à deux ou trois quartiers de chez sa grand-mère.
Alioune Badara, l'ayant vu sortir de la maison, le poursuivit
- Siga, Siga attend dit Alioune en pressant le pas derrière elle
Siga ne l'écoutait pas ignorant ainsi l'identité de la personne qui criait son nom à cette heure ou tous les djins étaient éveillés. Elle marchait à grand pas, il a fallu que Alioune lui dit que c'était lui pour qu'elle daigne se tourner la tête et l'attendre.
Arrivé à sa hauteur, il s'excusa de l'avoir fait peur et lui proposa de l'accompagner
- Excuse-moi Siga, c'est juste que ta mère m'a dit que tu ne te sentais pas bien et que tu voulais rentrer. Je me suis permis de venir t'accompagner lui dit Alioune un peu gêné
- Ne te donne pas cette peine toi aussi, je n’ai pas peur de rentrer toute seule
- Non, non ce n'est pas du tout sûr, tu as vu l'heure qu'il est. Allez on y va, je vais te servir de garde du corps
-Mais.....
- Il n'y a pas de mais
Siga baissa la garde et suit son cousin qui marchait à son rythme. Le silence était pesant. Sachant que s'il ne le rompait pas Siga ne le fera pas, Alioune décida de lui taper la discussion
- Dis-moi Siga tu as quel âge ?
- euh j'ai 19 ans
- et tu étudies ?
Siga hesita avant de lui répondre par l'affirmative
- Tu fais quelle classe ?
- j'ai eu mon bac cette année
- Ah, mais c'est bien, toutes mes félicitations
- Merci !
Silence encore
Siga était stricte et carrée, elle se limitait juste à répondre à la question posée. Alioune était un peu gêné de son comportement mais, cela ne lui avait pas empêché de continuer son interrogation
- Donc tu vas aller à l'université pour continuer tes études
À cette question, Siga eut le cœur gros. Son esprit se valsait entre ses études et sa situation actuelle, elle se sentit lasse et abattue. Alioune Badara l'eut remarqué et lui demanda ce qui lui est arrivé tout d'un coup
- Ça va Siga, tu me sembles très tendue. Sache que je ne cherche pas à te contrarier.
Sa timidité et son caractère respectueux l'étonnaient au plus haut point.
- Non, ce n'est rien
- Siga tu sais, j'ai le don de lire dans les yeux des gens et toi, tout au long de cette journée, je t'ai observé, ton visage, ta voix, tes yeux en fin tout en toi expriment de l'émotion négative. Je vois de la tristesse, de la peur.... j'ai observé ton comportement général et c'est comme si tu portais un lourd fardeau, quelque chose qui te tracassait qui t'empêche de s'épanouir de t'évoluer, de t'avancer... enfin je ne sais pas trop... en tout cas, c'est cette impression que tu me donnes.
Ne serait-il pas un psychologue Alioune Badara?
En tout cas, il venait de la décrire en quelques minutes. En une journée et dans une situation répondant pas aux normes, il a pu l'étudier dans tous les côtés. On aurait dit qu'il la connaissait depuis toute petite alors que ça ne faisait même pas 24 h.
Siga eut le vague dans l'âme, elle sentit ses larmes monter mais, elle ne voulait pas pleurer devant cet homme qu'elle venait de rencontrer. Elle n'avait plus la force de lui répondre. Tout ce qu'elle voulait en ce moment, c'était de prendre ses jambes à son coup, voire disparaître à jamais.
- c'est qu’euh... je... j'étais juste fatiguée
Le changement du ton de sa voix confirma les propos de Alioune, et ce dernier lui dit
- tu sais la vie, c'est un mélange de bonheurs et de malheurs, mais quelqu'en soit la situation ou l'on se trouve, il faut toujours garder la foi et se dire que rien ne dure éternellement.
Ces paroles percèrent dans son cœur comme une flèche qui atteint sa cible. Alioune détenait un don sur le comportement des individus. Il était capable d'interpréter leur comportement et de lire en eux comme un livre ouvert, et c'est ce qu'il venait de faire avec Siga
- Tu peux me parler quand tu veux, je suis ton cousin, ton frère et je veux devenir aussi ton ami
Elle sourit timidement en haussant la tête avant de lui dire qu'ils étaient arrivés. Elle le remercia du fond du coeur
- Ah bien alors. Tu me passes ton numéro s'il te plaît comme ça on pourra souvent s'échanger
- euh en faîte, j'ai.....
- Siga, c'est juste pour discuter avec toi, je n'ai rien derrière la tête
Siga lui donna son numéro et sortit son vieux Alcatel dont, les touches étaient à peine visibles. Alioune fût choqué mais ne lui fit aucune remarque. Elle nota son numéro, le remercia de nouveau et rentra chez elle.
Elle s'apprêtait à aller au lit quand Ndeye Awa fit irruption dans sa chambre
- Pourquoi tu es rentrée Siga tu ne devais pas accompagner la mariée par hasard ?
- Je ne me sentais pas bien du coup je suis rentrée
Elle ne se doutait pas que sa belle-sœur, lui demandait cela juste pour se moquer d'elle, tellement elle paraissait sincère et semblait regretter leurs altercations de ce matin.
- Ah, je sais lui répondit sa belle-sœur en riant.
Siga fut surprise de sa réplique et l'interrogeait du regard
- Étant une énurétique, tu ne peux passer la nuit ailleurs qu'à côté de ta mère. Oh la pauvre ! Ajouta cette dernière avec un air amusant et la joie au cœur
Elle poursuivit sous le regard stupéfait de Siga
- En faite tu as bien fait de rentrer. Imagine tu passes la nuit la ba et contre toute attente, tu te réveilles avec des habits trempés d'urine...... waouw tu seras la risée de toutes tes copines...
Siga perdit tous ses moyens. Elle avait juré de ne plus se laisser faire, mais elle n'y arrivait pas, cependant, elle se retenait de ne pas pleurer cette fois. Elle lui tourna le dos et se coucha sans accorder du crédit à ses propos blessants. Ndeye Awa allait continuer, mais elle fut interrompue par son mari qui l'appelait
- bonne nuit et vide ta vessie avant de dormir lui lança Awa
Dès qu'elle eut quitté la chambre, Siga éclata en sanglot. Elle a tant voulu être forte, être invulnérable, mais elle ne peut pas résister à cette remarque. À chaque qu'on la lui lance, son cerveau réagit. Elle pensait à ses amies qui étaient à ce moment avec sa cousine en train de danser et de s'amuser. Elle aurait voulu être à leur place s'amuser comme tout le monde, mais cette maladie lui gâchait carrément la vie. Elle ne vivait plus, ne se mélangeait plus aux gens et évitait toujours de les regarder dans les yeux. Elle est arrivée à un point ou à chaque fois qu'elle croise un regard, elle en déduit que c'était à cause de sa maladie et peut être, elle était devenue parano.
Elle se mise à penser à la bourse qui lui était accordé et regretta de ne pas l'accepter, ça pourrait être une occasion pour elle de se soigner à l'étranger.
Sa cogitation fût interrompue par l'arrivée d'un nouveau message. Elle l'ouvrit et le numéro de son cousin s'afficha
"Bonne nuit cousine et dort bien ~A. B"
Alioune Badara était tombé sous le charme de la jeune fille dès le premier regard, mais il ne savait pas comment se comporter avec elle vu sa timidité qui saute aux yeux.
Siga n'ayant jamais eu ce genre d'avec un homme, ne su décrypter cette soudaine à son égard. Elle ne songeait pas à lier une relation amoureuse, elle se disait toujours que c'est honteux de vivre en couple en étant énurétique, elle repoussait tout homme qui tentait de l'approcher. Elle posa son téléphone sans lui répondre et tomba ainsi dans les bras de Morphée.
Comme à l'accoutumée, Siga se réveilla trempé d'urine. Elle fait sa routine, ouvrit les fenêtres pour aérer et va se trouver refuge dans la chambre de sa mère. Elle y resta jusqu'au levé du soleil. Elle était comme malade, son corps était lâche et elle ne pouvait pas se lever du lit. Son père, sachant qu'elle était rentrée et ne l'ayant pas vu venir le saluer, envoya Astou d'aller la chercher, mais l'état dans la quelle elle trouva sa demi-sœur lui laissa sans voix.
À suivre...