Chapitre II : Cap à l’ouest-1

2015 Mots
Chapitre II : Cap à l’ouest Versofi fut conduite par des gardes impériaux devant leur maître. Rhéag avait fait son rapport et avait précisé qu’il avait capturé une jeune elfe, découverte en train de fouiner dans les paniers de son griffon, certainement pour voler : « — Tiens la voilà la petite voleuse votre majesté ! — Oui Rhéag, ces gens de l’enclave sont des voleurs, ils ne méritent que la corde et je fus bien généreux de leur accorder la grâce de ta lame, hé hé hé ! — Allez petite, tu te trouves devant Sa Majesté Lémarius le grand empereur des îles, souverain de l’océan, pourfendeur des méchants et chef de tous les elfes, alors tu dois maintenant nous dire quel est ton nom, ton état, et ce que nous allons faire de toi. Je vais pour ma part m’absenter quelques instants votre majesté, si vous le permettez, car je suis las de mon voyage et ces détails ne m’intéressent guère puisque l’essentiel, c’est-à-dire ma mission, est maintenant achevé. — Oui mon brave Rhéag, tu peux aller te reposer, les deux gardes qui sont ici devraient suffire à me protéger de cette harpie, elle a une mine renfrognée mais ne semble pas dangereuse. — Je vous quitte donc pour le moment, Votre Altesse, je suis vraiment épuisé et je dois me reposer pour rester en pleine forme pour le service de votre grâce. Cette petite a été doublement fouillée et c’est moi-même qui ai vérifié ses liens, vous ne risquez donc pas de mouvement d’humeur de sa part, bien que venant de ces gens de l’enclave, toute traîtrise est possible. — Au revoir, Rhéag. pars mon fidèle serviteur et repose-toi pour mieux nous servir. Quant à toi vile souillon, tu dois maintenant parler. Qui es-tu d’abord ? — Je ne répondrai pas à un usurpateur, vous ne devriez pas régner, ce sont les gens de l’enclave qui ont raison et vous n’êtes qu’un sale menteur qui n’est pas à sa juste place, c’est-à-dire au bout d’une corde ! — Bigre, quelle tigresse ! Sache qu’au cours de l’expédition où tu fus capturée, toute la famille de mes cousins osant se prétendre légitimes pour accéder au trône a été massacrée, il n’en reste rien, car Rhéag a tué tous ceux qui étaient dans leur maison. L’enclave ne se justifie plus en rien et ceux qui y restent finiront pas disparaître peu à peu. Tu vois que finalement tu as de la chance de ne pas être là-bas en ce moment, ils doivent pleurer toutes les larmes de leurs corps et ça doit être d’un triste ! ah ah ah ! » Le vilain empereur éclata d’un grand rire, car il imaginait tous les elfes de l’enclave accablés par le chagrin et la douleur de la perte de la famille de leur chef. Il pensait en ce moment même qu’il n’avait qu’un regret, c’était de ne pas assister à leur peine, mais il riait à gorge déployée en imaginant le chœur des pleureuses et la consternation qui devait régner dans ce territoire rebelle au bout du monde. Versofi venait de comprendre que sa famille avait été tuée et restait paralysée de stupeur, mais en voyant Lémarius rire de la fin terrible de tous ses proches, fin qu’il avait d’ailleurs ordonnée, Versofi sentit monter une terrible colère en elle, une rage qu’aucune peur ne pouvait juguler. Elle sortit son poignard, dissimulé dans ses vêtements contre son dos, elle fit jaillir la lame de son fourreau en criant « vengeance ! » et elle se jeta sur l’empereur. En temps normal, Lémarius ne serait pas resté seul avec une ennemie, même une gamine et avec seulement deux gardes à proximité, mais au début de l’entrevue était présent son fidèle Rhéag, qui était un très grand guerrier et quand il avait autorisé ce dernier à partir, il avait pensé que deux gardes à quelques mètres seraient suffisants pour le garantir de toute attaque de cette fille attachée et sans arme. Mais la fille en question était soudain miraculeusement les mains libres et brandissait un poignard des plus affûtés. Lémarius se mit à couiner comme un cochon d’Inde affamé, ou comme un cochon de lait transpercé par une broche si vous préférez, en tous cas il couinait d’une manière qui ne rehaussait pas son prestige impérial. Versofi ne perdit pas son temps en grand discours, en négociations, paroles définitives, petites blagues et tout ce genre de chose que font les héros d’habitude avant de frapper leur ennemi : elle se contenta d’enfoncer son couteau droit dans la gorge du monarque, puis de remonter vers le haut pour cisailler les vertèbres, comme son maître d’armes lui avait appris. Elle réussit passablement bien et comme elle y allait de bon cœur, elle frappa un peu fort, il faut dire que c’était son premier combat réel et elle pensait bien que ce serait le dernier, alors autant y aller à fond. Sa lame magiquement aiguisée transperça la gorge, passa entre les branches de la mâchoire inférieure et la pointe, transperçant le palais, alla se planter dans le cerveau maléfique de Lémarius, le tuant net et malheureusement sans souffrances inutiles, mais ô combien plaisantes aux yeux vengeurs de Versofi. Les deux gardes fonçaient maintenant vers elle et la petite elfe savait qu’elle aurait bientôt des comptes à rendre pour régicide. Elle savait que la peine minimum prévue était la mort et qu’avec un bon avocat elle éviterait peut-être la crémation sur le bûcher mais serait probablement noyée ou pendue. Par manque de chance elle ne connaissait aucun avocat et doutait qu’un maître du barreau se porte volontaire pour défendre une petite étrangère qui venait de trucider le souverain. Elle devait donc échapper aux gardes, avocat ou pas, car elle n’avait pas l’intention de se rendre. Juste au moment où les gardes arrivaient dans son dos, au lieu de chercher à fuir la salle par la grande porte qui lui avait permis d’entrer, elle plongea au sol sur le côté droit, comme si l’empereur l’avait repoussée violemment. Les gardes n’avaient pas tout à fait vu ce qui se passait, car la petite elfe leur barrait la vue du trône, mais en la voyant tomber au sol, ils pensèrent d’abord à secourir Lémarius, surtout en apercevant le sang qui coulait de son cou. Versofi avait retiré son couteau de la plaie et au lieu de chercher à s’enfuir comme n’importe qui aurait été tenté de le faire, elle se retourna et planta son couteau dans le flanc du garde le plus proche. Touché au rein, le garde s’effondra en criant, car il avait très mal et était vexé comme un pou de s’être fait avoir par une espèce de petite paysanne étrangère. S’il avait connu le rang de Versofi, peut-être qu’il aurait trouvé sa blessure moins cruelle, mais comme il l’ignorait, c’était vraiment une situation qu’il n’aimait pas du tout. Le deuxième garde était penché sur Lémarius et tentait d’endiguer le flot de sang qui jaillissait de la gorge de son empereur bien aimé, enfin disons de son empereur qui lui payait sa solde chaque mois, car Lémarius se croyait peut-être choyé de son peuple, mais en fait il n’était pas très apprécié. Le garde vit le souverain avoir un dernier haut de cœur et mourir définitivement, ce qui peut durer parfois très longtemps. Les elfes de haut rang sont résistants, même les empereurs qui ne font pas beaucoup d’exercice, mais quand on transperce le cerveau de quelqu’un c’est souvent fatal. Le garde indemne finit par comprendre que son maître avait rendu le dernier soupir et il se tourna vers son camarade, qui avait glissé à terre en gémissant, prêt à lui demander ce qu’il faisait. Mais en sentant le poignard de la prisonnière entrer dans sa poitrine, il comprit de quoi il s’agissait et quelle était la maladie subite qui frappait son camarade, car il venait d’attraper la même. Versofi était maintenant la seule vivante dans la salle du trône, qui n’était d’ailleurs pas la vraie salle du trône, puisque la cour se trouvait dans une grande île plus à l’est, ce trône-là n’était qu’une reproduction, un ersatz qui servait lors des visites de Lémarius. Versofi n’avait pas tout compris à la situation et elle était encore sous le choc de la nouvelle de la mort de ses parents, mais elle n’eut pas beaucoup de temps pour réfléchir, car un serviteur entra par une petite ouverture sur le côté que Versofi n’avait pas encore remarquée. Il portait un plateau avec du chocolat chaud et des biscuits fins et malgré cet espoir vite déçu, Versofi comprit que cela ne lui était pas destiné. C’était bien sûr pour l’empereur, mais il n’avait pas vraiment le cœur à se restaurer, et ne mangerait plus rien, car son état de santé était définitivement bloqué à « décédé ». Le serviteur vit le cadavre de Lémarius, les deux gardes qui remuaient faiblement en gisant dans leur sang, et une jeune fille qui essuyait machinalement la lame dégoulinante de sang frais de son couteau sur les vêtements d’une de ses victimes. Il croyait être le prochain sur la liste et repartit dans l’autre sens en hurlant « à l’assassin ! », ce qui était inexact puisqu’un assassin est un meurtrier qui a préparé son coup, alors que Versofi était peut-être une meurtrière, mais elle n’avait pas prémédité les elficides qu’elle avait commis. Il fallait néanmoins qu’elle file de là, car les gardes impériaux ne lui feraient plus de cadeaux à présent et se méfieraient d’elle. Elle serait certainement capturée avec un filet de pêche, jugée coupable de régicide et exécutée dans des raffinements de cruauté destinés à faire peur à ceux qui voudraient l’imiter dans le futur. Si elle voulait sauver sa peau, elle devait partir tout de suite et c’est ce qu’elle fit aussitôt. Elle suivit le serviteur dans sa fuite éperdue, car repartir par la grande porte ne lui semblait pas une bonne idée. Elle suivit un long couloir et déboucha dans les cuisines où le serviteur affolé bégayait en essayant d’expliquer ce qu’il avait vu à son chef cuisinier, qui lui criait de se calmer. En voyant arriver Versofi, le serviteur bégaya de plus belle et la montra du doigt en tremblant. Le chef cuisinier fronça les sourcils, car il avait vu le sang qui tachait le devant de la chemise de la jeune fille et il avait compris vaguement que quelque chose d’inhabituel s’était produit. Il saisit un hachoir sur le plan de travail de la cuisine et s’apprêtait à interroger l’intruse, quand celle-ci sortit de la pièce par l’autre porte, qui donnait sur un hall d’entrée et sur l’extérieur. Elle fila dans les jardins avant que quiconque ne songe à l’arrêter, dans une course éperdue qui ne s’arrêta qu’en arrivant au petit port, qui n’était composé que d’une jetée spéciale pour les bateaux impériaux et deux quais minables pour les pêcheurs locaux. Versofi sauta dans le premier bateau de pêche qu’elle vit et intima aussitôt l’ordre aux pêcheurs d’appareiller. Mais ceux-ci n’obéissaient qu’à leur capitaine, un vieil elfe rabougri qui n’avait pas l’air commode : » — Qu’est-ce que tu dis gamine, pourquoi je devrais prendre la mer maintenant ? Et pour aller où d’abord ? — Je veux que vous m’emmeniez tout de suite aux sept royaumes humains, après je me débrouillerai. — Quoi, comment ça les sept royaumes humains ? Mais c’est à plus d’une semaine de mer, tu plaisantes ? Et comment vas-tu me payer ? — Hein ? Quoi ? Payer ? Mais qui parle d’argent entre nous voyons ? — Moi j’en parle, je ne nourris pas ma famille avec des voyages ou des bonnes paroles, il me faut de l’or. — Je n’en ai pas, mais mon père en a, il vous en donnera. — Il est où ton père en ce moment ? — Euh, je ne sais pas en fait. — Tu as un drôle d’accent, d’où viens-tu exactement ? Et qu’est-ce qui se passe au palais ? Voilà que des trompes d’alarme sonnent et que des gardes courent par ici, on dirait qu’ils cherchent quelqu’un. — Cachez-moi je vous en supplie ! — Et pourquoi je ferais ça ? Si l’empereur te veut, je ne peux pas l’empêcher, même si je ne le porte pas dans mon cœur. — Alors vous devriez être content, je viens de le tuer, cachez-moi pour l’amour de l’enclave ! — Cache-toi là-dessous ! » Le capitaine avait tiré Versofi par le bras pour la glisser sous une voile qui traînait sur le pont. Les gardes arrivèrent, jetèrent un vague coup d’œil aux marins et s’adressèrent au capitaine : » — Hé ho ! Blankett, as-tu vu passer une jeune fille, avec un chemisier taché de sang et un air de pas être du coin ? — Je ne comprends rien à ce que tu dis, je n’ai vu personne et même si je l’avais vu, pourquoi je te le dirais ? — Toujours aussi insolent, hein ? La raclée de l’autre jour ne t’a pas suffi à ce que je vois. Tu as de la chance que nous sommes occupés pour le moment, mais je reviendrai te faire la peau, bon à rien de pêcheur ! — C’est ça, petit chien de ton maître, obéis à Lémarius tant que tu peux, mais dis-toi bien que le jour où il ne sera plus là tu auras des problèmes !
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