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Escale forcée à Brest

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Navire au sec, armateur à l’eau…

Victime d'une avarie dans le rail d'Ouessant, un cargo est détourné vers Brest. Lors de la mise au sec du navire, les employés repèrent un cadavre qui s'avère être celui de l'armateur.

C'est l'occasion pour le capitaine Maxime Moreau, fraîchement entré dans les rangs de la PJ, de démontrer que sa réputation n'est pas usurpée. Très rapidement, des pistes semblent se dégager : les suspects ont, en effet, de réels mobiles d'en vouloir à la victime. Mais la duplicité humaine sait bien souvent profiter des apparences. Au capitaine d'en déchirer le voile, tout en luttant pied à pied contre les rivalités au sein de sa nouvelle équipe.

Dans ce 6e tome, le capitaine Maxime Moreau se lance dans une enquête passionnante au port de Brest.

EXTRAIT

Occupé à transcrire une conversation entre deux toxicos, je suis sorti de ma concentration par une suite de notes aigrelettes. Il me faut deux à trois secondes pour réaliser qu’elles proviennent du portable que l’on m’a confié hier vers quinze heures, quand j’ai endossé pour une semaine la responsabilité d’officier de police judiciaire de permanence. C’est, paraît-il, assez rare qu’il sonne…

— Allô.

— Bonjour capitaine Moreau. Ici le procureur Colinet. J’ai appris votre affectation à la PJ. Félicitations.

— Merci Monsieur le procureur.

— Je vous en prie, c’était parfaitement mérité. Votre dossier plaidait en votre faveur. Mais laissons là ces ronds de jambes. Battez le rappel de vos troupes et foncez me rejoindre à Brest, sur le port de commerce. On vient de découvrir un corps, et le décès n’a rien de naturel.

CE QU’EN PENSE LA CRITIQUE

Éditions Bargain, le succès du polar breton. – Ouest France

À PROPOS DE L'AUTEUR

Né à Concarneau en 1964, Stéphane Jaffrézic habite et travaille à Quimper. Il nous présente ici un huitième roman policier dont l'intrigue a pour cadre le Finistère-Nord. Cet auteur a également publié dans la collection Pol-Art plusieurs ouvrages.

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I
IEn posant le pied sur la dernière marche de l’escalier, je me dis que cette journée revêt un caractère exceptionnel. Au troisième étage du commissariat de la rue Théodore Le Hars, les locaux de la PJ sont ce samedi à mon unique disposition. Pour moi, pour moi seul. L’antenne quimpéroise n’a certes pas l’aura de la légendaire Police Judiciaire parisienne, mais d’être là me remue quand même les entrailles. J’ai intégré ce service depuis deux semaines, quittant presque à regret mon poste au commissariat de Concarneau et mes sympathiques collègues auxquels je commençais à m’attacher. Des liens s’étaient tissés. Avec David Fournot, Luc Pallas et Frédéric Gaubert, on s’est promis de garder le contact. Mais en se voyant de loin en loin, on sait ce que cela signifie… Dépendant de la DIPJ1 installée à Rennes, notre effectif est de quatre agents pour Quimper et onze pour Brest. Chacun bosse de son côté, mais on se donne la main quand le coup est d’importance. En ce moment, mes efforts portent sur un vaste trafic de stupéfiants. Il est question d’héroïne, de cocaïne et de s**t. De grosses quantités. Quatre gaillards sont parfaitement identifiés et, sans le savoir, vivent leurs derniers jours de liberté. Mes collègues et moi ne voulons pas en rester là. Il nous faut toute la filière, grossiste compris. Ils sont placés sur écoutes. C’est pratique pour monter un dossier à charge. Le hic c’est qu’il faut lire tous les SMS et écouter des conversations parfois longues de plusieurs minutes pour finalement ne rien en retenir, ou seulement un mot ou une phrase équivoque. C’est fastidieux. Ça l’est encore plus quand, à l’approche d’une livraison, les trafiquants sollicitent leurs dealers. Je n’exagère rien en comptant plus de cent appels ou SMS pour un de mes suspects. En multipliant ce chiffre par le nombre de dealers qu’il faut ensuite identifier et qu’il faut à leur tour mettre sur écoutes, on obtient quotidiennement une cascade de communications à traiter. Fatalement, le résultat est double le lundi matin, voire triple, car le week-end est par nature propice aux commerces illicites. Pendant que les premières gouttes de café tombent au fond de la cafetière, j’interroge le Rescom. À destination exclusive de la police, ce réseau de communication reçoit les infractions, incidents ou accidents recensés sur le territoire national. À l’Ouest, rien de nouveau ce matin, sinon une flopée d’interpellations pour conduite en état d’ivresse, parfois suivies de rébellion. Côté gendarmerie, on note des coups et blessures dans le Pays Bigouden et à Riec-sur-Belon, et la mise hors d’état de nuire d’un trio pris sur le fait alors qu’il s’apprêtait à s’introduire dans la mairie de Ploudalmézeau pour racler les fonds de tiroirs à la recherche de quelques euros. Sinon, ce n’est que du réchauffé : depuis jeudi soir déjà, un homme de quarante-huit ans s’est volatilisé à Brest et on est également sans nouvelle de deux adolescents de Penmarch qui auraient fugué. J’enregistre mentalement les descriptions physiques et vestimentaires des fugueurs et du disparu pour le cas où, sait-on jamais, je croiserais leur chemin. Deux minutes plus tard, une tasse fumante à portée de la main, je suis plongé dans mon travail. * Je suis un homme d’action. De rester sagement assis à écouter des conversations téléphoniques finit vite par me saturer. C’était bien la peine de sauter au plafond en apprenant ma mutation à la PJ si je suis cantonné à un emploi de scribouillard ! En milieu de matinée, me vient l’envie de me dégourdir les jambes. La pluie s’est arrêtée de tomber, mais par la fenêtre fermée qui tremble sous les coups de boutoir du vent, le ciel d’un gris noirâtre est synonyme d’une averse imminente. Résigné, je retourne m’asseoir. Consultant le Rescom alimenté par de nouveaux faits divers, j’apprends que des teufeurs ont installé leur sono dans un champ près de Quimperlé et que deux chasseurs en sont venus aux mains du côté de Carhaix. Encore heureux qu’ils aient posé les fusils avant de se bastonner ! Étanche au bruit de la circulation, je me remets au travail. Occupé à transcrire une conversation entre deux toxicos, je suis sorti de ma concentration par une suite de notes aigrelettes. Il me faut deux à trois secondes pour réaliser qu’elles proviennent du portable que l’on m’a confié hier vers quinze heures, quand j’ai endossé pour une semaine la responsabilité d’officier de police judiciaire de permanence. C’est, paraît-il, assez rare qu’il sonne… — Allô. — Bonjour capitaine Moreau. Ici le procureur Colinet. J’ai appris votre affectation à la PJ. Félicitations. — Merci Monsieur le procureur. — Je vous en prie, c’était parfaitement mérité. Votre dossier plaidait en votre faveur. Mais laissons là ces ronds de jambes. Battez le rappel de vos troupes et foncez me rejoindre à Brest, sur le port de commerce. On vient de découvrir un corps, et le décès n’a rien de naturel. 1 Direction Interrégionale de la Police Judiciaire.

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