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661 Mots
J'avais le livre entre mes mains. Encore une fois, j'étais stupéfaite. Peut-être la gélule du docteur Marius permettait les miracles. Depuis le matin, je n'étais guère fatigué, et je n'ai aucunement été tenaillé par la douleur. C'était étrange de vivre une réalité, lorsqu'on était habitué à une autre. Toutefois, je tâchai d'en profiter jusqu'à ce que les effets s'estompent et que je retombe dans ma morosité habituelle. Je venais de terminer le livre. Mes narines palpitaient et mon intérieur était habité par une diffuse chaleur. Trente-quatre nuances à servir avaient de l'intérêt. Chacune de ces pages avait provoqué en moi une immense bouffée de chaleur. Ma rose en avait ressenti les passions. C'était ainsi que je venais à bout du feu qui consumait mon bas-ventre. Les hommes pouvaient bien le faire sans jugement. Pourquoi pas une femme ? Et dire qu'au début, je jugeais indécent qu'une femme puisse lire de la littérature érotique. À présent, je m'en abreuvais sans retenu. On pouvait dire qu'il n'y avait qu'à cela que Lauriane me servait. À assouvir par la lecture, mes désirs les plus primaires. J'avais honte d'en commander moi-même. Et c'était ironique, je le savais. Je me dirigeais par la suite vers la coiffeuse en prenant le soin de déposer les livres qui étaient sur mes pieds dans les tiroirs de la commode. J'avais envie d'une frange, comme l'héroïne du livre. Mes mèches s'étaient rabattues sur le front. J'essayais d'apercevoir à quoi je pourrais ressembler. Frénétiquement, mes pieds me portèrent jusqu'au dressing. Je soulevais chaque cintre, balançais des vêtements, saccageais la penderie qui ne tarda pas à ressembler à un capharnaüm. Le m******e prit fin lorsque je trouvais un pull brun. Il m'arrivait au-dessus des genoux et tombait légèrement sur mon épaule droite, la découvrant. Sur ce dernier, il y était brodé" Boss". Je retournais vers ma coiffeuse et pris ma trousse. Sans prendre la peine de m'asseoir, je commençais à dessiner le contour de mes yeux avec une fine couche de liner. Je fis le contour de mes lèvres avant de les remplir avec un rouge à lèvre chair. Ensuite, je mis un simple fard à paupières brun. En voulant récupérer le mascara qui était à l'autre bout de la coiffeuse, la boîte à bijoux se renversa dans un grand boucan. Aucunement, je ne ramassais les bijoux. Je le ferais plus tard. La paresse me tenaillait. Lorsque je terminais, je mis de la musique. C'était mon rituel. Chaque jour, c'était ainsi. Je prenais mon bain, puis je m'apprêtais. Lorsque je terminais, je mettais de la musique, et l'écoutais, car j'étais trop épuisée pour danser. Par la suite, de longues heures durant, j'observais le manguier tout en comptant les feuilles quand je m'y plaisais. Lorsque la nuit causait ma torpeur, je retrouvais mon lit. J'aimais bien la pop musique, surtout celle d'Ari, c'était une chanteuse formidable. Needi me fit vite virer dans les nuages. Je ne saurais l'expliquer, ça me rendait heureuse. Et l'indubitable se produisit. Je me mis à danser. J'en étais étonnée. D'habitude, je ne me serais pas risqué à cela de peur de me fatiguer. Sauf qu’aujourd'hui, j'étais comme... saine. La profondeur de la mélodie et son rythme m'obligèrent à faire une pirouette, ce qui finit par me soustraire à la réalité. Je tournoyais, tournoyais et tournoyais, la chanson m'emportait. Je riais, souriais et rigolais, j'étais tellement joyeuse. Je me sentais légère et libre. Le plaisir et la joie. Cette légèreté dans mon esprit. Je m'oubliais. Je vivais ! Baam ! C'était le bruit que je suivis lorsque je me cognais sur la bibliothèque, qui était du côté droit de la penderie. Ce meuble était en bubinga* et ce n'était pas faute de dire que je m'étais faite mal. Je lançais un juron, regardais sous mes pieds et vis la cause de mon malheur. Le cutter était là, près de ces derniers. Bubinga : arbre d’Afrique tropicale, utilisé notamment en ébénisterie et pour la médecine traditionnelle.
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