Elle finira par avoir raison de moi Vanessa. Elle ne s’en rend pas compte, mais elle joue avec le feu et mes nerfs. Elle m’apaise aussi vite qu’elle m’enflamme. Comment parler de films avec elle peut-il me donner une trique pareille ? Il faut que je réponde à sa question avant de changer de sujet.
— Vous ressemblez plus à une femme aimant les films à l’eau de rose plutôt que ceux pleins d’actions. Mais les apparences sont trop souvent trompeuses.
— Que voulez-vous dire ?
— Rien de plus que ce que je viens de dire, répliqué-je. Pourquoi Casius est-il ici ?
— Je ne peux pas vous répondre, secret professionnel, et c’est de vous qu’il s’agit, élude-t-elle. Parlez-moi de vous, de vos passions, de vos envies.
Nos réponses fusent telles des balles de tennis, et son silence sur Casius me frustre. J’ai besoin de savoir pour protéger Sacha au mieux, pourtant, je ne laisse rien paraître et poursuis notre conversation.
— Il n’y a rien à dire. Depuis mon hospitalisation, ma vie est rythmée par la prise de poison que l’autre docteur me prescrivait.
— Je crois au contraire qu’il y a beaucoup de choses à découvrir, me contre-t-elle. Avez-vous de la famille ? Une petite amie ?
Elle veut sûrement parler de ma mère ou de Natacha, celles-là même à cause de qui je suis ici. Les petites amies, c’est fini pour moi, je me contente des filles d’une nuit.
— Je n’ai plus de famille ni de petite amie, comme vous dites, depuis bien longtemps. Vous voulez prendre sa place ?
Elle rougit, mais ne répond rien. Je sens l’adrénaline parcourir mes veines, j’ai besoin d’évacuer ma rage. Je poursuis mon récit.
— Natacha m’a trompé. Je l’ai surprise en train de se faire b****r sur notre canapé, j’ai pété les plombs.
A partir de ce moment je lui raconte toute l’histoire de mon arrivée ici. Elle ne dit rien, me laisse parler. Je me rends alors compte que j’ai perdu bien plus que je ne le croyais jusqu’à maintenant : mon travail, le peu d’amis que j’avais et surtout la seule femme que j’ai vraiment aimée. Quand la toubib reparle, j’ai du mal à saisir ses paroles, trop absorbé par la colère.
— Je pense que le traitement que vous avez eu n’était pas adapté à votre situation. Si vous êtes d’accord, je ne vous donnerai des calmants qu’en cas de nécessité. Le plus important à l’heure actuelle est de comprendre comment gérer votre colère. Quand je vous observe, là, tout de suite, je ne vois que de la rage et de la rancœur. Votre corps et votre esprit cherchent comment évacuer toute cette colère. Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi vous êtes toujours assis devant moi.
Ma propre personne n’arrive pas à trouver une réponse, alors, bonne chance, Freud. La seule chose dont je suis sûr, c’est que je ne m’en prendrais jamais à une femme et, devant moi, je ne vois pas le médecin, mais la femme qu’elle est avant tout. Je pense que c’est cela qui calme ma rage, mais je ne peux pas lui dire, pas pour le moment. Je décide donc que notre entretien a assez duré. Je me lève le plus calmement possible, alors que tout mon corps me crie de frapper ou de courir, et je sors de son bureau. Alors que je franchis sa porte, des cris se font entendre. Je me précipite dans le couloir et vois Debbie, la gentille personne qui s’occupe des repas, par terre, une main sur la joue. Je n’ai pas le temps de comprendre ce qu’il se passe que de nouveau, une femme crie, et je reconnais la voix de Sacha. Si Casius lui a fait du mal, c’est sur lui que je vais passer mes nerfs. Je m’approche rapidement et découvre le gars de ce matin trop près de Sacha, il lui tient le bras alors que cette dernière lui demande de la lâcher. Je ne réfléchis plus, me place entre lui et Sacha et l’éloigne de lui, avant de le cogner à plusieurs reprises alors qu’il tente de se relever, je lui mets un dernier coup après l’avoir averti :
— Ne t’approche plus d’elle ! Elle est sous ma protection.
Je me tourne ensuite vers les autres, aperçois Vanessa parmi eux, et lui dis :
— Sacha a besoin de protection.
Je n’attends pas pour entendre sa réponse, ne vérifie pas comment va la jeune femme et pars en direction de la salle de sport ; il faut que j’évacue ma rage.
Je frappe dans les sacs jusqu’à ce que Casius vienne m’arrêter, mes jointures saignent et mes bras me font mal, je suis vidé. Je n’ai frappé personne en dehors de l’autre c*****d, c’est une petite victoire pour moi.
— Comment va Sacha ? Et Debbie ? m’inquiété-je.
— Elles vont bien, plus de peur que de mal. Le patient en cause va être placé dans une autre unité.
— Tant mieux, il n’a pas sa place ici.
Je ne dis rien de plus, récupère mon t-shirt et sors de cette pièce. J’ai besoin de prendre une douche. Casius, sur mes talons, ne dit rien. Je vois bien qu’il est un peu perdu lui aussi.
— Tu ne devrais pas laisser Sacha seule, elle a peur des autres, c’est une proie facile. Elle a besoin d’un homme qui prendra soin d’elle.
Depuis quand je prêche la bonne parole ?
Je continue de marcher sans me soucier davantage de mon ami. J’ai besoin d’être seul. Je rentre dans ma chambre et file directement sous la douche. À peine suis-je sorti que des coups retentissent contre ma porte.
— Entrez !
Vanessa rentre dans ma chambre, je ne peux pas m’empêcher de jouer avec elle :
— Je vais finir par croire que vous en avez après mon corps, docteure.
— Je venais voir comment vous alliez. Le surveillant de la salle de sport m’a expliqué que vous aviez refusé les soins. Montrez-moi vos mains.
— Avec plaisir.
Je tends les bras, ce qui m’oblige à lâcher ma serviette. Je me retrouve nu devant elle. Vanessa déglutit, essaie de ne pas baisser les yeux sur mon anatomie, mais c’est un véritable défi pour elle. Je ne bouge pas, attends de voir sa réaction, alors que mon s**e, lui, commence à s’ériger sous son regard. Elle se racle la gorge :
— Je… vous…
Tiens, le médecin ne trouve pas ses mots, intéressant.
— Vous permettez que je mette un boxer ?
— Bien sûr, je vous attends.
Elle se retourne et me laisse m’habiller. Ayant assez a***é de la situation et ne sachant pas comment notre entretien va finir, je décide de passer un bas de jogging et un t-shirt. J’en profite pour la remercier pour les vêtements à ma taille. Elle marmonne un « c’est normal » ou je ne sais quoi. Elle n’est vraiment pas comme les autres médecins. Je m’installe sur mon lit et lui tends mes mains. Sa peau est chaude, douce, alors que la mienne est rugueuse. Elle examine mes blessures, les désinfecte et met des pansements sur certaines. Elle est douce et bienveillante, cela me rappelle des souvenirs, sans que je le veuille vraiment, les paroles m’échappent.
— Natacha aussi pansait mes plaies. On s’est rencontrés quand on était ados. Elle était un peu plus âgée que moi. Je me bagarrais souvent, ne sachant pas comment m’exprimer autrement, raconté-je. Mon père frappait ma mère, et cette dernière ne m’a jamais montré d’affection. Natacha, elle, prenait soin de moi. Pour la première fois, je me sentais important aux yeux d’une autre personne, mais ce bonheur n’a pas duré, sous ses apparences d’ange se cachait une diablesse, et vous, que cachez-vous, Vanessa ?