1. La création des hommes

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1. La création des hommesAutrefois, Dieu créa le ciel et la terre avec tout ce qui se trouve au-dessus et au-dessous, visible et invisible, mort ou vivant. Lorsqu’il vit que ce qu’il avait fait, il l’avait bien fait, il eut envie de placer des hommes sur la terre afin qu’ils y vivent et qu’ils le glorifient. Pour tout ce qu’il entreprenait, Dieu avait décidé de s’accorder un jour par type de travail, le premier jour pour un travail, le deuxième jour pour un autre travail, le troisième pour une troisième activité, le quatrième… et ainsi de suite. Pour faire les hommes, il ne s’était fixé qu’un seul jour également. Un matin, il se leva tôt, releva les pans de sa chemise, retroussa ses manches, prit sa pioche, creusa la terre, en fit de la boue et commença à fabriquer des hommes comme le potier fabrique ses poteries. Il fit d’abord les jambes, puis le tronc, puis les bras, ensuite la tête, les cheveux, les oreilles, les yeux, la bouche, le nez et il disposa tous les autres éléments ainsi qu’un horloger agence les rouages d’une horloge : avec grande minutie. Il plaça donc tous les éléments du corps, en veillant bien à ce qu’aucune pièce ne fut de travers (cela aurait pu enlaidir l’homme). Il fit ce qu’il put jusqu’à l’heure du déjeuner et puisqu’il avait faim, il s’assit pour manger avec l’intention de finir la fabrication des hommes dont il avait besoin dans l’après-midi. Dieu déjeunait de petits pains parfumés trempés dans du lait et il regardait les hommes qu’il avait mis en rang auprès de lui, disposés les uns derrière les autres, comme un bataillon de soldats. Il les regardait et souriait, heureux de les avoir faits aussi beaux, intelligents et sensés. « Oh ! Quelles belles créatures j’ai faites, pensait-il, elles me ressemblent vraiment ! Bon, mais si, d’ici ce soir, j’en fais autant que ce matin, je ne serai pas satisfait de mon travail. Il me faut dix fois plus de créatures. J’ai donc intérêt à me fabriquer un moule, je les mettrai dedans, ainsi d’ici ce soir, je pourrai fabriquer tous les hommes dont j’ai besoin. » Il déjeuna rapidement, se signa, se leva de table, se lava les mains et fit un moule : du beau travail ! Il prépara toute la boue nécessaire et commença à faire le restant des hommes. Il versa la boue dans le moule, la tassa comme il faut et voici l’homme prêt à être démoulé. Dieu retourna le moule avec un levier et il en fit sortir tous les hommes. Mais l’un sortait avec une jambe ou une main tordue, l’autre avec le cou de travers, certains étaient aveugles ou chauves ou scrofuleux, d’autres arrogants ou médisants ou têtus. Dieu avait beau savoir que cette catégorie d’hommes sortait du moule pleine de défauts, il n’avait pas le temps de les améliorer : il se dépêchait de terminer la quantité d’hommes prévus avant que le soir ne tombe. Mais, me diras-tu, pourquoi Dieu ne s’est-il pas fixé deux jours, ainsi, il aurait fait tous les hommes aussi parfaits que les premiers ? Pour qu’ils soient parfaits comme les premiers, il aurait dû les faire à la main et non en série dans des moules d’où ils sortaient laids et en mauvais état. Tout ce que je peux te dire c’est que tel était son désir, et c’est ainsi qu’il fit. De même que le roi ne renie jamais sa parole, Dieu ne peut dire qu’il fera les hommes en un jour pour les fabriquer ensuite en deux jours. Cela ne se peut, Dieu ne reprend pas sa parole. Voilà, c’est pour ça qu’il y a des hommes bons et des hommes mauvais dans le monde : les bons, Dieu les a faits de sa propre main et les mauvais, il les a sortis du moule, en série, comme le potier fait ses poteries.
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