Quinze semaines plus tard…
- Vous devez être content de quitter les soins intensifs, dit Mia à l’homme d’une quarantaine d’année allongé dans son lit, la tête bandée.
- Oh que oui, Mlle Bloom ! J’ai remporté une bataille contre la mort.
Mia eut un tendre sourire pour son patient. Elle était toujours heureuse lorsqu’un patient quittait enfin son service et pas sur un brancard.
Elle discuta un moment avec lui puis s’éclipsa après l’arrivée de la femme de son patient.
Il n’était qu’en milieu de journée, mais elle se sentait lasse. En fait, elle était fatiguée de plus en plus ses derniers temps, mais cela n’avait rien d’anormal. Ses dernières semaines, elle avait passé son temps entre son travail ici et avec sa famille, au chevet de son père, à Manchester. Elle avait fait tant d’aller-retour ses derniers temps qu’elle aurait pu s’abonner à n’importe quel service de transport. Même si son père allait bien, son état encore précaire. Il se remettait très lentement. C’est ce qui avait motivé sa décision de retourner vivre à Manchester.
Elle avait réfléchi longtemps, mais elle savait que c’était la décision à prendre. Elle voulait retrouver le lien brisé avec sa famille et être auprès d’eux. Elle avait eu une belle vie et une belle carrière à Londres, ce qui lui serait d’une grande aide pour avoir un poste dans un hôpital à Manchester même si elle pensait plus à s’inscrire à une agence pour devenir infirmière à domicile.
Dans un peu plus d’un mois, elle allait donc quitter le Westside London Hospital et commencer une nouvelle vie mais étrangement elle ne sentait pas apeurée. Seulement un peu triste. Sydney, son filleul et les autres allaient lui manquer mais il était temps pour elle de se rapprocher de sa famille. Syd était de ce même avis et elle savait que c’était ce qu’il fallait faire. Même si elle avait un regret qui portait le nom de Taylor Donovan.
Avec un soupir, elle retourna à la réception après sa tournée puis avoir vérifié les signes vitaux des patients qui lui avaient été affiliés et leurs avoir donné leurs soins.
- Le patient de la chambre 9 est toujours dans le coma, lança Duke, un des infirmiers, à son arrivé.
- Que dit le Dr O’Kelly ? Demanda-t-elle.
Il eut un haussement d’épaule fataliste.
- Ton patient quitte sa chambre à ce qu’il paraît, continua-t-elle.
- Oui M. Cole était un patient très attentif, mais il revient de loin. Lui aussi à passer un moment dans le coma mais aujourd’hui il va mieux. Mais pas notre nouvelle patiente arrivée hier en détresse respiratoire. Il n’y a pas d’amélioration positive dans son cas. Les médecins bûchent sur son cas depuis ce matin et on est tous à ses petits soins. Et, je dois même aller fouiner aux archives pour retrouver de vieux dossiers dont celui de notre amie. Je vais en avoir pour une heure au moins, finit-elle dans un soupir.
- Mlle Valesi, elle a bien des antécédents médicaux avec d’autres de nouveaux services. Ses fichiers ont bien été numérisés avec les autres.
- Oui mais il manque quelques infos. Tu te souviens qu’y a quelques mois, on a eu un problème informatique, eh bien son dossier se trouve parmi ceux qui ont subis certaines pertes.
- Aïe ! Tu devrais envoyer une des nouvelles, lui dit-il en scrutant deux infirmières arrêtées un peu plus loin en grande conversation avec le Dr Lawson.
Les deux femmes avaient commencé à une semaine d’écart le mois dernier dans leur service. Mia s’était attendu à ce qu’on les envoie plutôt aux urgences et non aux soins intensifs, mais qui était-elle pour se mêler de la gestion de l’hôpital ? Après tout, elle allait bientôt quitter l’hôpital et ses nouvelles aides ne pouvaient que mieux tomber. Et puis, il y avait peu de chance qu’elle reste ici plus du temps d’apprentissage.
- Non, c’est ma patiente et le Dr Navik me l’a demandé expressément.
- La cardiologue ?
Elle acquiesça de la tête.
- À l’ère numérique, je me demande encore pourquoi on se complique la vie avec de vieux documents, se plaignit-il.
- Ce serait plus aisé pour les fainéants comme toi, dit-elle amusée. Mais après ce qui est arrivé, tu dois bien avoué que cela est bon de les garder ses dossiers en papiers.
- Hé ! Dit-il faussement choquer. Je ne suis pas un fainéant mais je suis un partisan de la rapidité d’exécution et d’information. En quelques clics, on obtient toutes les informations sur notre patient. En plus, c’est plus écologique.
- La bonne blague ! Partisan du moindre effort, oui. J’y vais.
- Avant, tu peux aller voir le patient en chambre 11. Sa mère a demandé que quelqu’un passe vérifier la température de son fils.
- Ce n’est pas toi qui t’occupes de l’ado ?
- Oui mais j’ai des papiers à remplir. S’il te plaît, dit-il sur un ton suppliant, battant des cils.
- Partisan du moindre effort, je disais.
- Je te revaudrais cela.
Avec un rire, Mia se dirigea vers la chambre indiquée et entra.
Un silence religieux l’y accueillit comme bien souvent seulement déragé par le bruit des machines. Elle aperçut tout de suite la mère assise dans un fauteuil près de la forme allonge dans le lit relié à un tube endotrachéal. Elle salua timidement la femme qui lui répondit à peine, le regard rivé sur son fils.
Avec des gestes précis et habile, elle vérifia le ventilateur et tout ce qu’il y avait à vérifier et comme elle s’y attendait sa température avait en effet augmenté, légèrement, mais elle allait en informée Dr Lawson. Après avoir rassurée la mère et vérifiée la pompe à perfusion intraveineuse, elle sortit à la recherche du médecin.
Vingt minutes plus tard, elle entra dans la cabine d’ascenseur en poussant un soupir las. Fermant les yeux, elle se massa la nuque, oubliant d’appuyer son étage, puis se figea soudain assaillit par un parfum presqu’oublié. Elle eut du mal un instant à rouvrir les yeux mais finit par le faire et expirant, avança la main pour appuyer le bouton du sous-sol, mais remarqua que c’était déjà fait. Tient, quelqu’un descendait également aux archives !
- Vous descendez également aux archives, Bloom ?