Nous passons le reste de l’après-midi dans les jardins en compagnie de ma mère, Grâce, Kelly, Erica, Cassandre, Becky et Aimee. A mon plus grand soulagement, les Dames d’Atours de la Reine ne sont pas de la partie ce qui laisse libre cours à l’amusement. Sur demande de mes petites sœurs, nous nous lançons dans une partie de colin-maillard. De doux airs de musique joués par des musiciens mandés par ma future belle-mère se mêlent à nos rires et aux bruits des jets de la fontaine. Nous courons à travers les jardins, poursuivies par Becky qui manque de rentrer dans un arbre.
— Gare le pot noir ! je m’esclaffe.
Elle tourne la tête dans ma direction et finit par m’attraper. Les lèvres étirées en un sourire elle pose ses mains sur mon visage dont elle palpe les traits.
— Carlie ! s’exclame-t-elle.
Elle retire le foulard, victorieuse. Les autres se rassemblent en cercle autour de nous. Cassandre attrape le bout de tissu et s’approche de moi, une lueur taquine dans le regard :
— A ton tour Madame la future Princesse.
Mon estomac se noue malgré moi. Des bribes de ma conversation avec la Reine s’imposent à mon esprit, mais je les repousse dans un coin de ma tête, décidée à ne pas laisser mes doutes ternir ce moment. Cassandre me b***e les yeux et me fait tourner trois fois sur moi-même. Je tourne la tête dans tous les sens tentant d’apercevoir quelque chose à travers l’épais tissu. Les filles s’approchent et s’éloignent en riant. Les mains tendues, je me mets à les suivre d’un pas modéré pour éviter de rentrer dans un obstacle.
Leurs voix se mêlent les unes aux autres brouillant mes sens :
— Ouhou Carlie, par ici !
— Non, par-là !
— A ta gauche !
— A ta droite !
— Derrière toi !
Je fais demi-tour. Mon corps entre en collision avec un obstacle. Ou plutôt une autre personne qui m’attrape par la taille avant que je ne tombe. Mes mains se posent sur un torse masculin. Les rires et les voix des filles s’arrêtent instantanément. Curieuse, je remonte mes mains jusqu’au visage de l’inconnu et caresse ses traits. Mon cœur s’affole entre mes côtes.
— Auden, je souffle.
Il rit, rapproche sa bouche de mon oreille :
— Bien joué, princesse.
J’ôte le foulard, mon regard immédiatement captivé par ses prunelles vert émeraude.
— Quelles sont les nouvelles ? je lui demande.
— Je t’expliquerai tout à l’heure, mais ne t’en fais pas. Ton père, ton oncle et les autres hommes vont bien.
Je soupire, soulagée. Aimee, Cassandre, Becky, Grâce et Kelly nous rejoignent.
— Cher frère, il me semble que c’est à ton tour, remarque ma belle-sœur en devenir.
— Peut-être plus, tard. (Aimee lève les yeux au ciel.) Il y a des personnes qui aimeraient rencontrer Charlotte.
Je lui lance un regard interrogateur auquel il répond d’un sourire mystérieux :
— Mademoiselle ?
J’attrape le bras qu’il m’offre et le suis jusqu’à la table à laquelle nos mères et Erica se sont installées en compagnie d’Alaric, un jeune homme et une jeune fille. A peine a-t-elle remarqué notre présence qu’elle court jusqu’à nous.
— Charlotte !
À mon plus grand étonnement, elle me prend dans une longue étreinte.
— Eloise, rit le jeune homme se joignant à nous.
La jeune fille se détache de moi, le visage rayonnant.
— J’avais hâte de te rencontrer. Papa et maman m’ont tellement parlé de toi !
Je fronce les sourcils. Papa et maman ?
— Elle veut dire Alaric, mon père et Erica, votre mère, m’explique le jeune homme. (Je pose mon regard sur lui et attrape la main qu’il me tend.) Georges Sinclair, se présente-t-il.
Je lui lance un sourire timide :
— Charlotte…
— Future son Altesse Royale Charlotte Tremblay Woods Sinclair, me coupe Alaric. (Il s’arrête aux côtés de Georges et pose une main dans son dos.) Du moins c’est le nom que nous aimerions tous te voir porter.
— Cela est un peu long comme nom, vous ne trouvez pas ? demande Grâce provoquant les rires de la petite assemblée.
— Certes. Mais après tout Charlotte fera bientôt officiellement partie de nos trois familles. (Il lève la tête, une lueur taquine dans les yeux et ajoute. :) Il y a aussi une autre jeune fille de ma connaissance qui devrait rejoindre les rangs des Sinclair bientôt, si je ne me trompe, ajoute-t-il à l’attention d’Aimee.
Cette dernière s’avance souriante :
— Tout dépendra de votre fils. (Se tournant vers l’intéressé :) Bonjour Monsieur le Revenant. (Elle passe un bras autour du sien. :) Je commençais à me demander si tu allais te décider à rentrer.
— Eloise et moi avons été retenus un peu plus longtemps que prévu sur Terre. Mais avant que tu ne poses la question, oui tu m’as manquée. Beaucoup.
Ils échangent un b****r furtif et retournent auprès de la Reine, de ma mère et d’Erica en compagnie d’Alaric et Eloise qui invite mes petites sœurs à suivre le mouvement.
Becky se penche vers moi :
— Est-ce juste une impression ou Cassandre et moi sommes destinées à devenir les vieilles filles de la Cour ?
Du coin de l’œil, je vois Auden réprimer un sourire alors que les portes des jardins s’ouvrent sur Ezra et Kit. Les deux jeunes gens nous saluent rapidement avant de se concentrer sur mes deux amies qui leur accordent toute leur attention, ravies.
— Kit et moi espérons que vos carnets de danse pour le bal de ce soir ne sont pas encore remplis, leur dit Ezra.
Cassandre et Becky répondent que non, suite à quoi chacun d’eux conduit l’une d’elle jusqu’à la grande table autour de laquelle est installée notre petite assemblée.
— Il y a un bal ce soir ? je demande à mon fiancé.
— Oui et ce n’est que le premier d’une longue liste. (Des domestiques apportent thés, cafés, chocolats chauds, assiettes de fruits et viennoiseries.) Il faut que je te montre quelque chose, ajoute-t-il sa bouche près de mon oreille.
Je lève la tête, le regard conspirateur :
— Dans ce cas, allons-y.
Profitant de l’inattention, nous nous éclipsons et regagnons l’intérieur du palais. Mon être entier trépigne d’impatience à l’idée de ce qu’il s’apprête à me montrer. Nous montons les marches quatre à quatre atteignant rapidement l’étage où se trouvent les appartements du couple royal. Mon cœur fait un bond en avant dans ma poitrine.
— Auden…
— Attends.
Nous passons l’antichambre et le salon privé. Contrairement à la visite à laquelle j’ai eu droit un peu plus tôt avec sa mère, il me conduit non pas jusqu’à la chambre de cette dernière, mais jusqu’à celle de son père. Celle du Roi. Nous entrons dans la pièce.
— C’est là ce que tu voulais me montrer ? je lui demande d’une voix dubitative.
Il rit. Un doux frisson me parcourt l’échine tandis qu’il m’enlace et appuie son menton sur mon épaule.
— J’ai eu vent de la visite que ma mère t’a fait faire tout à l’heure et je tenais à mettre certaines choses au clair. Pour commencer, aussi luxueuse que puisse être la mansarde au-dessus de sa chambre, il est absolument hors de question que tu y sois isolée une fois que tu attendras notre premier enfant. Je m’assurerai personnellement à ce que tes appartements restent au même endroit que les miens.
Un soupir de soulagement m’échappe en entendant ces mots, ce qui n’empêche qu’une question me taraude :
— Qu’est-ce que cela a à voir avec cette chambre ?
— Eh bien… (Il baisse la tête vers moi ancrant son regard au mien.) Je tenais à te faire la promesse ici et maintenant qu’une fois que nous serons à la tête de ce royaume, aucune autre femme que toi n’aura le droit d’accéder à cette chambre.
Je hausse un sourcil, surprise :
— Es-tu en train de m’annoncer que tu ne prendras pas maîtresse ?
Il grimace.
— De toute l’histoire de l’humanité, il n’y a presque jamais eu de Roi sans maîtresse. Et, en toute franchise, je ne peux te promettre que je serai une exception à la règle. Je tenais à être honnête avec toi sur ce point.
— Cela fait plaisir de savoir que bientôt je serai amenée à fréquenter la jeune femme qui pourra facilement me remplacer si jamais il m’arrivait quelque chose, je marmonne en roulant des yeux au ciel.
Une main derrière ma nuque, il rapproche mon visage du sien sans lâcher mon regard.
— Personne ne te remplacera, m’assure-t-il la voix rauque. Jamais. (Nos lèvres s’effleurent me faisant frémir.) C’est toi que j’aime. Toi et personne d’autre.
Il m’embrasse avec amour et tendresse. Mes mains sur la sienne toujours posée sur mon ventre, je me laisse aller contre lui partiellement rassurée. Notre b****r s’intensifie. Mon corps s’éveille prêt à s’embraser.
— Votre Altesse ?
Auden et moi nous détachons l’un de l’autre dans un sursaut. Un garde se tient dans l’embrasure de la porte. Il nous salue d’un signe de tête avant d’esquisser quelques pas vers nous, le dos droit, le regard grave.
— Lennox, que se passe-t-il ? demande Auden.
— Le Roi, Votre Altesse. Il vous mande. Maintenant.
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