II Mademoiselle Pazza Quoiqu’il eût été élevé à la cour, le roi Bizarre était un homme de sens ; l’ignorance de Charmant ne lui plaisait guère, et souvent il se demandait avec inquiétude ce que deviendrait son royaume entre les mains d’un prince que le plus bas des flatteurs tromperait aisément. Mais que faire ? Quel moyen employer contre cet enfant qu’une femme adorée lui avait légué en mourant ? Plutôt que de voir pleurer son fils, Bizarre lui eût cédé sa couronne ; la tendresse le désarmait. L’amour n’est pas aveugle, quoi qu’en disent les poètes ; hélas ! on serait trop heureux si l’on n’y voyait goutte. Le tourment de celui qui aime, c’est que, malgré lui, il se fait l’esclave et le complice de l’ingrat qui se sent aimé. Chaque soir, après le conseil, le roi Bizarre allait finir sa


