Plusieurs semaines finissent par passer. Cela fera bientôt deux mois que j'ai couché avec mon patron. Depuis lors, plus rien ne va. J'ai été stupide de croire que tout allait s'arranger. Même s'il ne me poursuit pas de ses assiduités, parfois nos regards se croisent et je sais qu'on se rappelle tous les deux de cette nuit là. En dehors de ça, son comportement est redevenu exécrable et carrément invivable. Travailler dans cette ambiance a été plus que traumatisant pour ma personne. Je ne peux plus continuer comme ça, je veux revivre.
Parfois je me dis qu'il est passé à autre chose et ça me fait mal. Il n'est pas le genre de PDG à ramener ses conquêtes au bureau sinon je suis sûr qu'il ne s'en serait pas privé juste pour me faire souffrir. Cependant, peut-être qu'il se tape d'autres femmes chez lui. Cette pensée me donne envie de vomir. C'est justement pour ça que j'évite les tabloïds. Je ne supporterai pas de le voir embrasser une autre sur une image. Une part de moi me dit que je devrais braver ma phobie du "qu'en dira-t-on" et me laisser goûter au bonheur à ses côtés. Mais c'est plus fort que moi. En plus si je dois être dans sa vie, je veux avoir une place de choix. Je veux être sûre qu'il ne me remplacera pas. Mais jusqu'ici, il m'a seulement donné l'impression de vouloir un jouet sexuel.
Avec douleur, je rédige alors une lettre de démission. Je sais que Jacques ne va pas l'accepter aussi facilement mais je ne lui laisserai pas le choix. Je me lève de bonne heure pour arriver tôt à l'entreprise. Ayant le code d'accès à son bureau, je me permets de déposer la lettre à côté d'un pile de dossiers afin qu'elle soit bien visible. Il arrive une demie-heure plus tard, ne me prête aucunement attention et entre dans son bureau qu'il ferme en claquant la porte. Si puéril.
Au bout de cinq minutes, je l'entends crier mon prénom. Il a sûrement vu la lettre et son ton ne présage rien de bon. La discussion va très certainement être orageuse mais je me suis préparé psychologiquement... Ou du moins j'ai essayé.
Je me lève de mon siège et vais le voir. Lorsque j'entre, il est entrain de la lire avec les sourcils froncés. Il leva les yeux courroucés vers moi en brandissant la feuille.
– C'est quoi ça ?
– Ma lettre de démission monsieur.
– JE SAIS BIEN CE QUE C'EST. JE VOUDRAIS JUSTE QUE TU M'EXPLIQUES CE QUE ÇA FOUT SUR MON BUREAU, me hurla-t-il dessus en me faisant sursauter de peur.
– Je...Je souhaite m'en aller.
– Pourquoi ? fit-il avec un calme effrayant.
– Vous savez pourquoi, murmuré-je mais il fit comme s'il n'avait pas entendu.
– Que veux-tu pour rester ? Un surplus sur ton salaire ? Des heures en moins ? Des congés prolongés ? Je ne te traite pas bien ?
– Arrêtez. Rien ne me fera rester. Ma décision est prise.
– POURQUOI ? POURQUOI TU ME FAIS ÇA ? NE T'AI-JE PAS LAISSÉE TRANQUILLE COMME TU L'AS EXIGÉ ? OU PEUT-ÊTRE QUE ÇA T'AMUSE DE FAIRE TON ALLUMEUSE. QUE TENTES-TU DE FAIRE ? CHERCHES-TU À ME FAIRE RAMPER À TES PIEDS ? TU N'IRAS NULLE PART.
Il roule furieusement la lettre en boule et la lance dans ma direction. Elle me heurte presque avant d'échouer au sol.
– VOUS NE POUVEZ PAS ME RETENIR CONTRE MON GRÉ.
– SI, JE PEUX. PEUT-ÊTRE QUE SI JE TE b***e SUFFISAMMENT FORT ET BIEN, TU ACCEPTERAS D'ÊTRE OBÉISSANTE.
– Par pitié, arrêtez ! je le supplie en me bouchant les deux oreilles mais il ne m'écoute pas.
– C'EST ÇA QUE TU VEUX N'EST-CE-PAS MARGAUX ? TU TE FAIS DÉSIRER POUR MIEUX ÊTRE SAUTÉE.
Je ferme les yeux et tourne la tête sur le côté pour m'empêcher de verser des larmes. L'instant d'après je le sens venir vers moi. Il me demande pardon d'un voix plus douce. Lorsqu'il me touche puis me prend dans ses bras, c'est trop pour moi et je sanglote. Il me murmure des paroles apaisante mais le mal est déjà fait. Je le repousse aussitôt et lui dit que je resterai le temps qu'il trouve quelqu'un pour me remplacer. Après être sortie de la pièce et avoir refermé la porte, je l'entends pousser un cri de rage puis quelque chose est balancé contre le mur, un vase si j'en crois la nature du bruit. J'ai horriblement mal, mais c'est normal. Une fois que tout ceci sera fini, j'essaierai de guérir. Je trouverai un homme bien, un homme avec qui je ne serai pas liée par une relation professionnelle. Il me fera oublier Jacques Cartier.
«Qui essais-tu de rouler dans la farine ?» se moqua ma conscience.
Après ce sombre épisode, les choses s'étaient encore plus dégradées entre nous. Il n'avait toujours pas signé ma lettre et ça fera bientôt une semaine que je n'ose pas lui demander une suite. Je doute même qu'il ait entrepris une démarche pour trouver un remplaçant pour mon poste. Tout comme moi, il va mal. Notre histoire à même des répercussions sur les autres salariés car Jacques est devenu invivable. Il s'énerve pour un rien, rien à voir avec l'homme doux d'autrefois. J'ai l'impression d'avoir réveillé le démon en lui, un démon que moi seule peux apaiser en me sacrifiant.
Aujourd'hui nous avons une rencontre avec les associés. Ce genre d'entrevues durent toute la matinée et m'épuisent. Pendant presque quatre heures, je me retrouve aux côtés de mon amant. Je tâche de ne pas être distraite et prends des notes. Fidèle à lui même, mon patron donne des directives visant à assurer le bon fonctionnement de la société. La réunion finit par aboutir. Jacques sert rapidement la main des actionnaires et quitte la salle avec moi sur les talons. Il finit par rentrer dans son bureau en claquant violemment la porte. Ça devient une sale habitude chez lui de faire ça on dirait. Je sais ce qui l'énerve tant mais je refuse de lui céder. Même s'il me plaît, un lien de travail nous lie et ça, c'est suffisant pour me dissuader. Je n'ai pas envie que ça s'ébruite, car c'est ce qui arrivera forcément. On aura beau faire attention à cette potentiel liaison, quelqu'un finira par le savoir, les petits regards en coin qu'on s'échangera, les baisers volés entre deux réunions finiront par nous trahir. Je n'ai pas envie d'être cataloguée comme l'assistante arriviste, la c***n du boss et la croqueuse de diamants.
C'est la pause déjeuner alors je descends à la cantine pour me trouver à manger. Il y a un peu de tout mais je me contente d'attraper un sandwich au jambon ainsi que le dernier pot de yaourt nature qu'il restait. Je ne peux rien manger d'autres car j'ai l'estomac noué. Mon plateau en main, je croise Phillipe le directeur des ressources humaines. C'est un bel homme dans la quarantaine. Comme à chaque fois, il m'offre son plus beau sourire de don Juan et essaie de me faire du charme mais je le repousse gentiment. Il est sympa mais parfois c'est lourd et gavant. Il m'invite à sa table et j'accepte par pure gentillesse même si je sais qu'il retentera le coup. Et j'avais raison car il ne peut s'empêcher d'effleurer ma main et mon épaule de temps à autres ou de toucher le col de ma chemise.
Au moment où mon compagnon de table s'amuse discrètement avec une mèche de mes cheveux, je vois du coin de l'œil Jacques arriver dans la salle. Tout le monde est surpris car il ne vient jamais ici. Il mange soit dans son bureau, soit dans le restaurant à l'autre bout de la rue. Je le vois chercher quelque chose ou quelqu'un du regard. Finalement ses yeux se posent sur le couple que je forme avec Philippe et il n'a pas l'air content du tout. Mais je m'en fiche. Je mange avec qui je veux et n'ai aucun compte à lui rendre.
J'ai envie de le provoquer et de me rebeller en rentrant dans le jeu du beau DRH mais connaissant Jacques, il risque d'oublier où il est et de s'attaquer à Philippe. Ce dernier continue son cinéma avec moi sans remarquer à quel point le big-boss a envie de le tuer.
Voulant éviter le pire, je vide rapidement mon assiette en avalant les dernières morceaux, m'excuse auprès de Philippe puis quitte la salle en dépassant mon patron comme si je ne l'avais pas vu. Et je m'en tape si les autres ont compris notre manège. Je pars m'enfermer dans mon bureau en attendant la fin de la pause. Une heure plus tard, je reçois un mail de Jacques me demandant de lui faire des photocopies des contrats signés ce matin lors de la réunion. Ce message était écrit de façon froide. Je soupire et me dirige vers la petite salle des photocopieuses avec les documents sous le bras. La pièce est vide comme chaque après-midi contrairement au matin où tout le monde se hâte pour faire des copies journalières. Il sait que j'ai du mal avec ces appareils pourtant il s'est amusé à me donner ce travail. J'hésite à faire appel à Philippe pour qu'il m'aide mais me ravise. Il va encore en profiter pour me faire du charme. Et si je tarde trop, Jacques me fera la misère. Finalement j'appuie sur le bon bouton et me met au travail. Quelques secondes plus tard, j'entends vaguement quelqu'un entrer. Croyant qu'il devait s'agir d'un collègue venu se servir d'une des machines, je ne prends pas la peine de me retourner.
J'entends la personne verrouiller la porte et avant que je ne me pose des questions, des mains solides s'agrippent à mes hanches pour ensuite me forcer à me retourner. Mon blond se trouve en face de moi avec un air de fauve enragé.