Fin

3466 Mots
                                                                                                10 Encore une assemblée extraordinaire de la confrérie… j’avais du mal à me convaincre d’y aller, après ce que la première avait causée dans ma vie, je me demandais ce qui allait encore m’arriver. Fort heureusement, cette fois j’y allais avec mon épouse Abeng ainsi que mon ancien patron et son épouse. Les Kasiks de son rang avaient droit à une suite, pas une simple chambre. Il nous invita donc à partager la sienne. Il avoua à Abeng qu’il se sentait plus rassurer de me savoir près de lui, et que certainement, cela me serait plus facile de participer à cette assemblée si j’étais entouré de visages connus. Il m’inscrivit sur la liste de ses suivants comme s’il avait été mon parrain, ce qui m’autorisait à faire partie de la tête du cortège. Il était avec les Kasiks venus du reste du monde, l’un des invités de marque ce qui signifiait que nous faisions, Abeng et moi, parties des VIP. Le voyage et notre arrivée à l’hôtel, avait eu droit à une mention « parfait », pas de mauvaises surprises. Tout cela était de bon augure pour moi, je voulais que ma femme puisse avoir une autre opinion de la confrérie, surtout depuis que j’avais appris que mon ancien patron en faisait partie. Comme la première fois, tous les invités, ou presque, arrivèrent le vendredi après-midi, et dans la soirée ce fut la première rencontre entre les membres de la confrérie et le nouveau numéro un. C’était la première partie de la raison de cette assemblée. Et quelle ne fut pas ma surprise en découvrant qu’il s’agissait de mon ancien patron. Et je pense que, même s’il s’en doutait un peu, en tant que plus ancien de la confrérie dans le pays, il avait tout de même été un peu étonné que le choix de tous les Kasiks se soit porté sur lui et non pas sur quelqu’un de plus jeune. En ce qui me concerne, je me plais à penser qu’ils avaient surement tous envie que les premières ambitions de la confrérie soient rappelées à tous les membres. Et qui mieux que le plus ancien d’entre nous pouvait le mieux personnifier ce désirs. L’estrade qui avait été installée au milieu du stade, était impressionnante, de là où nous étions nous pouvions voir très loin au cœur des membres installés dans le stade. Cette foule abondante, me donnait le vertige. Après avoir été installé, le nouveau patron de la confrérie prit la parole, avec un discours qui en toucha plus d’un :   -          Je vous salue chers « frères », commença-t-il, je vous remercie tout d’abord d’avoir fait le déplacement en si grand nombre, et je remercie les grands Kasiks du monde entier d’avoir opter pour mon humble personne afin de remettre notre antenne locale sur les rails. Depuis que l’ancien responsable a été démis de ses fonctions, nous avons traversés une sacrée zone de turbulence. Et nombreux sont ceux qui se sont retrouvés dans la tourmente. J’ai découvert que la loi du silence était de mise sous « l’ancien régime », il n’en sera aucunement le cas sous le mien. Aucun d’entre nous n’est un enfant à qui on doit faire subir une éducation, qu’elle soit bonne ou mauvaise. Nous avons des lois, un règlement et tant qu’un membre s’y plie, il n’est nulle besoin d’en inventer, dans le but de tester sa loyauté. Plusieurs d’entre vous, avez été torturé, blessé, traumatisé, humilié… et que sais-je encore, s’excuser ne changera pas ce que vous avez vécu, je vous offre donc l’opportunité de revenir sur votre engagement envers notre grande famille, et à ceux d’entre vous qui n’envisagent pas de rester soyez assuré de deux choses, la première, est que rien de ce que vous avez acquis pendant que vous évoluiez parmi nous ne vous sera retiré, encore moins vos emplois ainsi que les avantages liés à votre statut de membre, la seconde, est que aucune représailles ne sera menées contre vous, notre famille n’est pas une prison, il n’y a donc pas de raison d’y retenir de force ceux qui ne veulent plus en faire partie, ou de « châtier » ceux qui décident de nous quitter. Je voudrais cependant vous dire une chose essentielle en cet instant, je crois, si vous n’êtes pas décidé, et avez besoin de temps, sachez que cette offre n’est pas à durée déterminée, alors prenez votre temps pour prendre votre décision, nous n’allons pas trainer en longueur ce soir, je vous dis à demain pour la présentation des nouveaux responsables des différents départements de la confrérie. Et laisse la parole aux grands anciens et Kasiks venus de l’étranger…   J’avais le sentiment que, plus des deux tiers de ce discours s’adressait à moi, et je pense que toutes les victimes des hommes malfaisants de la confrérie durent avoir la même sensation. Je pris la main de ma femme dans la mienne, et m’y agrippais. Plus que tout autre chose, le contact avec elle me rassurait. J’avais l’impression de perdre pieds. Toutes ces personnes assises en face de nous, me donnaient le vertige. Je ne m’étais jamais retrouvé en face d’une foule pareille et, je me sentais comme prit dans un tourbillon dont je n’arrivais pas à m’extraire. J’observais tout ce monde assis devant moi et qui semblait me fixer des yeux, et je n’assumais pas d’être au centre de la ligne de mire de personnes que je ne connaissais pas. Je tentais, pendant tout le temps que dura le discours de mon parrain, de faire bonne figure, malgré cela, je me sentais flancher. C’était une étrange sensation, j’avais l’étrange impression de me trouver au centre d’un tourbillon. Mon cœur s’emballait, ma respiration s’accélérait, et au milieu de tout ça j’étais confus, car s’était la première fois que je faisais une crise de panique. Je voyais désormais tout ce que cela pouvait avoir de désagréable, et de frustrant. On n’avait plus le contrôle sur rien, ni sur son propre corps et ses réactions, ni sur les sentiments que nous imposait cette état instable de notre personne. Je désirais plus que tout que cela s’arrête, et je serais la main de mon épouse, de plus en plus fort. La première fois, en venant assister à cette assemblée, j’étais euphorique, si heureux de rencontrer de nouveaux frères et là… j’étais dans un état proche de la nausée, avec risque de tourner de l’œil. Je crois qu’Abeng perçue que quelque chose n’allait pas, surtout au vu de la manière dont je tenais fermement sa main. Elle me caressa la main tendrement, et lorsque je tournais les yeux vers elle, elle me fit signe de quitter l’estrade. Elle m’entraina dans les coulisses tout d’abord puis hors du stade. Une fois sortit, j’eu l’impression de respirer enfin :   -          Ça va mieux ? Me demanda-t-elle l’air inquiète -          Oui, beaucoup mieux, merci mon cœur, j’ai failli me sentir mal là-haut -          Pourquoi ? Tu n’as jamais eu de problème de ce genre pourtant -          Je n’en sais rien, de voir tous ces gens… j’ai paniqué… je m’excuse -          Tu n’as pas de raison de t’excuser, ce n’est pas une situation habituelle pour nous alors c’était difficile de savoir si tu avais ou non un problème de ce genre, je n’ai pas réfléchie dit-elle en souriant   Puis elle s’approcha et vint se blottir dans mes bras. Je la serrais aussi fort que je pouvais et mon rythme cardiaque ralentit jusqu’à se régulariser. Quelques minutes de plus et j’aurais certainement fondu en larme, mais l’un des types de la sécurité s’approcha et cela m’obligea à me ressaisir :   -          Bonjour monsieur, si vous ou votre épouse ne vous sentez pas bien, nous pouvons vous faire raccompagner jusqu’à votre hôtel vous savez, c’est une partie de notre boulot, proposa-t-il -          Non, tout va bien maintenant, fis-je, c’est moi qui ai failli tourner de l’œil, je me suis senti mal en voyant tous ces yeux fixés sur moi… c’est plus effrayant qu’on ne le pense -          Alors je ne suis pas le seul, dit le jeune homme en souriant, j’ai beaucoup de mal quand je suis en face de trop de monde, c’est pour cela qu’en général je choisi de rester à l’extérieur, -          Ah oui ? Dis-je, vous me rassurez, je me suis senti un peu ridicule l’espace d’un moment, comme si j’avais régressé, je me suis senti comme un enfant dans le noir -          Il n’y a pas de raison, vraiment, c’est une réaction assez commune, je me demande souvent comment font les types qui font des conférences tout le temps -          Ils doivent avoir un don pour la maitrise de soi, encore merci, -          Je vous en prie monsieur, mais vous savez, vous pouvez aller attendre le grand Kasik Salem dans le salon VIP, son épouse est là-bas, elle non plus ne supporte pas la foule, elle ne fait même pas l’effort d’essayer, elle dit que c’est trop lui demander (il sourit en disant cela) -          Alors c’est là qu’elle est, je commençais à me demander où nous l’avions perdue, on vous suit avec plaisir -          C’est par ici, fit le jeune homme en nous emboitant le pas   En effet, l’épouse de mon ancien patron était là, elle suivait la cérémonie sur un écran, assise à une table dans le salon. Il y avait en face d’elle une grande baie vitrée et elle assistait à l’assemblée sans véritablement y assister :   -          Enfin un peu de compagnie, mon dieu les enfants, dites-moi que vous aussi tout ça vous met légèrement mal à l’aise, depuis des années que mon mari me traine dans ce genre de réunion je n’arrive toujours pas à m’y faire   Abeng sourit en allant s’assoir près d’elle :   -          Heureusement qu’il y a ici de quoi se restaurer et se distraire, sinon je me serais ennuyé, toute seule ici, ajouta l’épouse de mon nouveau parrain -          Heureuse de pouvoir vous tenir un peu compagnie, dit Abeng en souriant à la vieille dame -          Merci à vous, il y a un peu de tout dans le bar, il suffit de passer commande auprès du jeune homme qui se tient derrière l’air de rien, elle éclata de rire en disant cela, je me demande toujours pourquoi les barmen ont toujours l’air si sérieux   Cela m’amusa, depuis des années que je connaissais cette femme son sens de l’humour m’était familier. Elle avait une façon bien à elle d’envisager les choses et c’était tant pis pour ceux qui ne la comprenaient pas, j’enviais son courage, moi qui passais mon temps à essayer de faire plaisir au monde entier. Presqu’une heure plus tard le nouveau patron de la confrérie nous rejoignit avec quelques Kasiks. Leur discussion tournait autour d’un projet, celui d’affilier les nouveaux membres non pas obligatoirement à celui qui leur avait fait intégrer la confrérie, mais dans la mesure du possible à une personne qui était ancien dans le métier que le nouveau exerçait. Ils pensaient que cette possibilité pouvait aider les jeunes à progresser dans leurs domaines de compétence. En me voyant assis entre les deux femmes, le sourire aux lèvres, il parut rassuré. Il vint prendre place près de sa femme et fit signe aux autres de s’installer autour de la table. Le serveur sortit de derrière son bar, pour venir prendre les commandes de ses messieurs. Les Kasiks assis autour de la table, m’étaient inconnus, et pour cause, ils venaient tous de l’étranger. Je les écoutais parler du fonctionnement de la confrérie dans leur pays respectif, ainsi que les épreuves par lesquelles ils étaient passés eux aussi, avant que les choses ne deviennent concrètement vivables pour tous, je souris :   -          Oh mon gars, fit le plus imposant du groupe en s’adressant à moi, tu penses peut-être que la seule antenne à avoir eu la chance d’avoir des trous du c*l à sa tête, c’est la vôtre, fit-il en riant fort, non du tout… ah ah ah on a eu bien pire, certains anciens ont cru, en devenant les têtes d’affiche, d’avoir au sein de la confrérie un statut équivalent à celui d’un dieu… -          Partout où sont installés des humains, il y a toujours quelques hurluberlus qui deviennent avec le temps des cailloux dans les sandales de leurs contemporains, ajouta celui qui semblait être le plus âgé du groupe -          Il est vrai qu’aucun system conçu par des humains, pour des humains, ne peut se vanter d’être parfait, reprit le type imposant, on fait au mieux, en faisant de temps à autre une piqure de rappel à l’occasion afin que l’objectif du system ne soit pas perdu de vue -          Mais ici, Kasiks Yvan, les choses ont trop dérapées, tout de même, fit mon parrain -          Oui, beaucoup trop, c’est pour cela que la purge a été acceptée par tous à travers le monde, on n’avait jamais vu un tel étalage d’abomination dans une même antenne, homosexualité forcée, p********e, viols en série, agressions programmées, crimes rituels, tortures et j’en passe et des « pires »…, et tout cela passé sous silence par ceux qui étaient chargés de faire respecter le règlement de la confrérie, la loi du silence sous couvert d’une prétendue loyauté envers la famille… quelle connerie, on n’a jamais vu la pauvreté devenue la règle dans le seule but de pouvoir soumettre les plus faibles -          J’ai discuté, avant le début de la réunion, avec un jeune qui a livré sa jeune fille, mois après mois, à son sale type de parrain, juste pour pouvoir garder son boulot, avec six gamins et une femme à la santé fragile il n’avait pas le choix, j’ai dû contacté une amie psychologue en inde, je lui ai demandé de se préparer à recevoir la gamine chez elle, et de faire au mieux pour nous la remettre sur pieds, ajouta le plus âgé des hommes -          Saloperie, et tout ça s’est déroulé sous mes yeux, reprit mon parrain -          Tu n’as aucune raison de t’en vouloir, lorsqu’on fait bien son boulot on part toujours du principe que tout le monde en fait autant, reprit le plus âgé, et cette P… de loi du silence, j’ai entendu dire que c’est l’épouse d’une jeune recrue qui a mis le feu aux poudres… -          Oui, fit mon parrain en regardant Abeng, c’est le petit bout de femme assise avec nous,   Je vis tous ces hommes, qui parlaient entre eux sans se soucier de nous tellement ils étaient abattus par la situation de la confrérie, d’un coup tourner leur regard vers ma femme. Abeng sembla un peu gênée au début mais en se rendant compte que le regard qu’ils posaient sur elle n’avait rien d’un reproche, elle sourit :   -          Ma petite dame, fit le Kasik Yvan, nous vous devons une fière chandelle, sans votre coup de gueule, je ne sais pas combien d’années se seraient encore écoulées avant que nous soyons au fait de la situation de notre famille dans ce coin du monde -          Ce n’était pas mon but en réalité, dit-elle un peu mal à l’aise -          C’est bien ce qu’on nous a dit, vous étiez en colère après ce qu’avait subi votre époux, néanmoins, pour toute révolution il faut un déclencheur, et après que vous ayez osé parler à quelques anciens de façon assez brutale, ils ont commencé à enquêtés et des langues se sont déliées, ajouta le Kasik Yvan, votre époux a de la chance de vous avoir, il n’y a pas beaucoup de femme qui se mettrait toute une organisation comme la nôtre à dos par amour pour leur mari, elles auraient eu peur, surtout qu’à la base le vôtre ne voulait pas porter plainte -          Comme quoi, avoir une épouse un peu dégourdie est toujours une bonne chose, souligna mon parrain, nous allons pouvoir dîner avant de repartir à l’hôtel   Tous acquiescèrent et le serveur vint de nouveau prendre les commandes et les discussions se remirent à tourner autour de la façon dont la cérémonie du lendemain allait se dérouler. Et pendant qu’ils discutaient de tout ça, moi je gardais les yeux sur mon épouse, encore plus qu’avant j’étais fier de me tenir à ses côtés. Mais l’espace d’un instant j’entrevis ce qu’aurait été ma vie sans elle, et si je ne l’avais pas rencontré, jamais ? Et si je n’étais pas retourné vers elle après avoir su pour la petite ? Et si je l’avais quitté pour Nsili ? Et si…, et si…, et si…, et si tous ces moments où j’aurais pu la perdre étaient devenus réalité ? Aujourd’hui plus que jamais, je réalisais la valeur de la perle qui se tenait à mes côtés depuis tout ce temps, il m’avait fallu traverser toutes ces épreuves pour m’en rendre compte. Que serais-je aujourd’hui si j’avais dû les traverser seul, sans elle ? Je n’osais l’imaginer. Je rendais grâce en silence, persuadé que mon père depuis l’au-delà, avait dû être forcé d’intervenir à maintes reprises pour qu’elle ne s’en aille pas. Surtout durant ces périodes où j’étais si odieux avec elle. Je regardais mon épouse, et je la voyais sourire et rire, discuter avec des gens de la confrérie sans stress, et pour une fois depuis le début de toute cette histoire, je me sentais en famille. Le reste de notre séjour se déroula sans grande surprise, j’étais un peu au courant des changements comme tout le monde alors, la cérémonie du samedi ne fut qu’une raison de se retrouver. Une raison de faire la paix les uns avec les autres. Je fis la connaissance de plusieurs jeunes recrues, prometteuses dans leurs domaines de compétence. Et puis ce fut le moment de retourner sur Port-Gentil. Abeng, c’était vraiment mon porte-bonheur. Pendant tout le trajet du retour en avion, il me sembla que le voyage avait été trop court, beaucoup trop court, j’aurais voulu rester avec elle encore un peu dans cet avion, perché entre ciel et terre. Comme si le temps n’avait pas de prise, comme si plus rien n’avait d’importance, juste conterait le fait d’être là, assis à ses côtés… pour toujours.        Fin  
Lecture gratuite pour les nouveaux utilisateurs
Scanner pour télécharger l’application
Facebookexpand_more
  • author-avatar
    Écrivain
  • chap_listCatalogue
  • likeAJOUTER