Accalmie

4556 Mots
                                                                                                9 Au bout de quelques mois les choses semblèrent se calmer. Il faut dire que pendant un long moment il me sembla que l’apocalypse s’abattait sur le pays. Des hommes politique influents étaient mort on ne savait trop de quoi. Un jour ils étaient là et le lendemain ils étaient déclarés morts d’une maladie ou d’un accident. Des gens connu aussi, des parlementaires, des dirigeants de grandes entreprises et autre. La rubrique nécrologique de l’union n’avait jamais été aussi fournie. Je me demandais ce qui se passait, mais à chaque fois que j’en parlais à Gora il répondait qu’il ne se posait pas de question de ce genre. Je le comprenais, il avait bien assez de soucis comme ça. En ce qui me concernait, j’allais beaucoup mieux. J’avais fait la connaissance d’un des frères de Gora, au début je m’étais un peu méfiée, c’était un frère de la confrérie, mais sa femme et lui avaient l’air d’être des gens bien alors je leur accordais le bénéfice du doute et puis Gora l’avait invité plusieurs fois à la maison depuis qu’il était venu s’installer à Port-Gentil. Et puis j’avais fait la paix avec Nto’o. Un samedi alors que Gora était allé rendre visite à sa mère, je m’occupais en triant les vieux vêtements d’Akeng, en me disant que je devrais les donner. J’entendis sonner, quelle ne fut pas ma surprise en apercevant Nto’o devant le portail. Depuis que je lui avais crié dessus, je savais qu’il venait souvent à la maison, mais s’arrangeait toujours pour ne venir que lorsqu’il était sûr que je ne serais pas là. J’allais lui ouvrir un peu gênée :   -          Salut Abeng ! Dit-il en me souriant -          Salut, entres mais, Gora n’est pas là, il est allé rendre visite à sa mère… -          Je sais, il me l’a dit, j’ai appelé avant de passer, c’est toi que je viens voir -          Ah oui ? Fis-je étonnée -          Oui ! On peut s’assoir ? -          Oui viens dans le bungalow, dis-je en lui indiquant le bungalow à gauche de l’entrée de la maison, je t’en prie -          Merci -          Je te sers un truc à boire ? -          Non ma belle, assieds-toi, dit-il en m’indiquant le siège en face de lui, écoute je suis passé m’excuser, mon frère a traversé des épreuves qu’il n’aurait jamais dû traverser et c’est de ma faute, tu avais raison de dire que je n’aurais pas dû le perdre de vue, et je suis déjà chanceux que tu ne sois plus fâchée… -          Oui, mais en fait ce n’était pas de ta faute, j’y suis quand même allé un peu fort, Gora n’est plus un bébé tout de même, avouai-je en baissant la tête   Il sourit en m’entendant dire ça. Au vue de la façon dont je le couvais, c’était surprenant de m’entendre dire de lui que ce n’était plus un bébé. Nto’o me fixa un instant puis il reprit :   -          Je suis aussi heureux de voir que tu vas bien, j’ai su que tu avais été malade… -          Oui mais je… -          Je sais, on ne se remet pas facilement d’une perte pareil, ma mère a vécue cela, lorsque  nous étions enfants mes sœurs et moi -          Tu n’as que des sœurs ? -          Hé oui, trois avant et trois après -          Sacré veinard -          Comme tu dis ! C’est pour te parler de tout ça que je suis passé te voir, j’avais besoin de faire la paix avec toi, tu es une personne formidable Abeng tu sais, et puis je n’ai pas la mémoire courte moi, je sais ce que je te dois, et à mon frangin aussi, ça commençait à me déranger cette situation -          Moi aussi, mais j’avais un peu honte de ce que j’avais fait   Il sourit encore en me prenant la main :   -          On a fait la paix alors ? S’enquit-il -          On a fait la paix, -          Bien, je vais y aller, j’ai rendez-vous avec un ami de mon cousin, je suis supposé t’apporter un cadeau à mon retour, alors on se voit demain -          D’accord à demain   Je le regardais s’en aller, en me demandant qu’elle cadeau il pourrait bien me rapporter. Ensuite je me dis en riant, et pour moi-même, que Gora serait content de savoir que les choses allaient mieux entre son frère et moi. Il n’était plus temps de faire la guerre, mais plutôt de se reconstruire, et c’est ce que je tentais en vain de faire sans véritablement y parvenir. J’avais perdu mon bébé et cela me rongeait. Je me demandais tout le temps, comment on faisait pour se remettre de ça, surtout que chez moi ce n’était pas tant de l’avoir perdu qui me minait, mais je culpabilisais encore. Je savais maintenant comment il était difficile de se pardonner à soi-même. Je m’entendais mieux avec mon homme, j’avais fait la paix avec nos proches et le fait d’avoir fait la connaissance de quelques gars bien de la confrérie faisait que je pouvais affirmer que j’avais fait la paix avec la confrérie aussi d’une certaine façon. Après avoir terminée de trier les vêtements d’Akeng et décidé de ce que j’allais donner, je mis le tout dans un petit sac que je mis de côté, en me disant que le jour où je voudrais aller remettre tout ça à l’orphelinat ou à Caritas, une œuvre de bienfaisance de l’église Catholique, je saurais ce que je devais emmener. J’étais supposé passer la journée toute seule alors après tout ce remue-ménage, j’allais m’assoir dans le bungalow un livre à la main. J’étais assise là depuis quelques minutes, lorsque je vis mon mari passer le portail en colère, je pense qu’il ne se rendit pas compte tout de suite de ma présence. Il avait laissé la voiture garer sur le trottoir, devant la maison. Je le vis entrer et ressortir au bout de quelques minutes le téléphone à l’oreille :   -          Il n’est pas question que je fasse ça, l’entendis-je crier à son interlocuteur -          … -          C’est possible mais tu ne la connais pas… toi tu ne… écoute ne me fais pas passer pour une personne sans cœur d’accord ? -          … -          Justement, et je suis seul juge de ce que je m’autorise à faire avec elle, et ce que j’ai décidé de ne jamais faire, écoute restons-en là, j’ai d’autre préoccupations pour l’instant je n’arrive pas à trouver ma femme… -          … -          Oui je suis sûr qu’elle est là, la maison est ouverte et…, il dit ça en se tournant puis je le vit sourire en me voyant -          … -          Ecoute on se reparle plus tard je viens de trouver Abeng, dit-il en raccrochant   Je le vis venir vers moi en se hâtant :   -          Chérie, fit-il les bras tendus vers moi, j’ai eu peur d’un coup, -          Pourquoi ? Fis-je surprise, qu’est-ce qui t’arrive tu as l’air surexcité, -          Oui un peu, j’étais avec mon oncle tout à l’heure, dit-il en venant me rejoindre -          Et ??? -          Maman… elle est de nouveau malade, mais cette fois ça a l’air plus sérieux que la dernière fois -          Qu’est-ce qu’elle a ? -          C’est compliqué à expliquer, je suis allé à l’hôpital avec ma sœur, je me suis dit qu’en tant que médecin elle saurait me traduire le charabia du praticien qui la suit mais en fait non, les médecins à l’hôpital ne savent pas ce qu’elle a, -          C’est quoi cette histoire ? -          C’est à n’y rien comprendre, et là en venant je reçois le coup de file de son grand frère qui me dit qu’il m’a raté à l’hôpital et que maman lui a confiée… enfin je devrais dire qu’elle lui a confessée qu’elle avait fait je ne sais quelle pratiques douteuses pour nous éloigner tous les deux depuis des années et qu’elle voulait faire la paix ou je ne sais quoi, qu’elle voulait vous voir la petite et toi pour s’excuser je… je n’y comprends absolument rien… j’en reviens moi de l’hôpital pourquoi elle ne m’a pas dit tout ça ? -          Et pourquoi tu me cherchais ? -          Oh pour rien de particulier je… je voulais juste te voir… j’avais besoin d’être un peu avec toi avant de repartir voir mon oncle   Il me prit la main en me fixant, je le sentais désemparer, incapable de savoir quoi faire, puis il s’approcha et me prit dans ses bras. Son cœur battait si vite, je ne me souvenais pas l’avoir déjà vu dans cet état. Ce qui m’inquiéta le plus c’était de savoir ce que mijotait encore sa folle de mère. Je savais que tout ça c’était bien trop beau pour être vrai, et que si elle avait vraiment fait quelque chose contre nous, qu’est-ce qui me disait que tout ceci n’était pas une autre de ses ruses pour arriver à ses fins. Il n’y avait vraiment rien de pire que d’être en guerre contre sa propre famille. Je savais déjà qu’il n’était pas question de lui amener la petite mais je voulais bien y aller, mais pas seule :   -          Gora ? -          Hum ! -          Tu veux que je t’accompagne à l’hôpital ? -          Non je ne… tu connais ma mère elle est surement encore en train de faire des siennes, elle veut un nouveau public pour ses éternelles complaintes… -          Alors on va lui donner son publique, dis-je -          A quoi tu penses ? -          Je vais demander à mon père de nous retrouver là-bas, et toi appelles ton oncle son jeune frère chez qui elle vit et demande à ta sœur si ta tante est déjà là, elle disait… -          Oui elle est là, elle est arrivée dans la nuit et, je crois qu’elle disait qu’elle passerait nous voir demain… -          Appelles-la, on se retrouve tous à l’hôpital dans une demi-heure, au moins on aura le fin mot de tout ceci, -          Ok je vais appeler ma tante et mon oncle pendant que tu appelles ton père, on va y aller laisses-moi juste le temps de tout verrouiller -          Bien,   Afin de servir de témoin en cas de problème, le médecin qui la suivait à l’hôpital, avait tenu à assister à la petite entrevue familiale que Gora et moi avions concoctée à sa mère. Nous étions tous d’accord, il fallait que cette partie de cache-cache qui n’avait que trop durée, prenne fin. Je pense que Gora et moi savions exactement à quoi nous attendre, là où les autres personnes présentes lui accordaient encore le bénéfice du doute. En voyant toutes ces personnes réunies dans sa chambre, madame sembla ne plus être disposée à dire quoique ce soit, et le premier qui perdit patience, ce fut celui-là même qui avait insisté pour qu’on se réconcilie avec elle :   -          Finalement c’est le petit qui avait raison, fit-il, lorsque je suis venu te voir tout à l’heure tu m’as confiée que tu voulais faire la paix avec la famille de ton fils et confesser tout le mal que tu leur fais depuis des années, avec ton marabout ou ton amant au final je ne sais même plus ce que tu m’as dit que ce type était pour toi, et là… -          Je voulais parler à sa femme et sa fille… -          Pour les maudire sans témoins ? -          Non je… -          Il n’y a pas de non je ne voulais pas ou quoi que ce soit d’autre, fit l’homme en hurlant maintenant, tu penses que je t’aurais laissé leur parler seule, avec les horreurs que tu m’as confiée, il est normal qu’elle soit venu avec son père et que ton frère chez qui tu habites soit aussi là ainsi que celle qui représente la famille paternelle de ton fils, en fait je comprends, et heureusement que la petite n’est pas là… (il se tut un instant), c’est de moi dont tu as voulu te servir pour leur faire du mal encore une fois, hé bien tu as gagné, il dit cela en se tournant vers mon père, mon ami, je suis vraiment désolé de t’avoir dérangé pour rien -          Il n’y a pas de souci, tu as cru bien faire, -          Oui, et je crois que nous allons tous rentrer chez nous mais avant je vais vous parler à tous, je pense « qu’à l’impossible nul n’est tenu » Gora tu as fait de ton mieux pour ta mère, il est temps que tu acceptes de couper le cordon ombilical, nous allons nous en charger, ne t’occupes plus d’elle puisqu’elle prend l’argent que tu lui donnes pour te faire du mal arrête de lui en envoyer, d’ailleurs en sortant d’ici nous allons l’envoyer vivre au village il y a des gens pour prendre soin d’elle là-bas, essaye d’être heureux avec ta petite famille et de toutes les façons si elle meure ce sera pas une grosse perte, elle a vécue suffisamment longtemps, on ne peut pas obliger une personne à vivre si elle s’évertue à tout faire pour mettre sa vie en danger   Gora accepta un peu malgré lui, mais il semblait désormais clair pour tout le monde que la vieille dame n’avait pas l’intention de lâcher prise. C’était dommage, elle ne se rendait pas compte de toute l’affection que son fils avait pour elle. Et que tout ceci au final, ne nuisait qu’à elle seule. En rentrant ce soir-là je sentis Gora profondément meurtrit. Il alla se mettre devant la télé sans dire un mot et jouait de la télécommande sans se concentrer sur un programme en particulier. Je n’avais pas fait la cuisine pensant passer la journée seule, alors cette fois c’est moi qui proposa à Gora d’aller manger dehors :   -          Je n’ai pas très envie de sortir, me dit-il en posant la télécommande sur la table basse -          Et je présume que tu n’as pas faim non plus, fis-je en allant m’assoir sur ses genoux -          Non mais là, je sens que j’ai d’un coup envie de quelque chose d’autre, fit-il en passant sa main sous ma jupe -          Vous êtes incorrigible monsieur Gora, -          Ce n’est pas de ma faute, j’ai une femme irrésistible, tu sais que ça fait longtemps que toi et moi on s’est perdu de vu ? Me dit-il en me regardant comme s’il ne m’avait pas vu depuis longtemps, -          Ah bon ? -          Oui, ça faisait longtemps que je ne t’avais pas vu d’aussi près, qu’est-ce qui nous est arrivé ma belle ? -          On a vieillit tu crois ? -          Si c’était ça, tu crois que je m’en serais rendu compte ? -          Je ne sais pas, -          Quand est-ce que j’ai arrêté de te dire que je t’aime ? Me demanda-t-il encore   Je baissais les yeux en laissant échapper une larme, il avait raison. Malgré toute l’affection que nous avions l’un pour l’autre, nous avions commencé à vivre comme des automates l’un à côté de l’autre. Répétant sans cesse les mêmes gestes devenus machinales. Cela faisait longtemps que je ne l’avais pas entendu dire qu’il m’aimait, ou qu’il me désirait. Nous vivions seuls tous les deux dans cette maison et pourtant nous nous comportions en privé comme si nous avions besoin de bien nous tenir, besoin de faire bonne figure, et devant qui ? Je ne saurais le dire :   -          Pleure pas ma belle, dit-il en m’embrassant, pleure pas…   J’en avais presqu’oubliée le gout de ses lèvres. Je sentis ses mains si douces, se glisser sous mon chemisier et me caresser le dos, puis les seins et le ventre. Et c’était comme si mon corps se réveillait d’un long sommeil. Il me fit basculer sur le côté et s’allongea au-dessus de moi, il continua encore un moment à m’embrasser et à me caresser puis il s’arrêta et plongea son regard dans le mien. Je ne sais pas trop ce qu’il y vit, mais cela eu l’air de l’attrister. Il me prit la main et après l’avoir caressée un instant il y déposa un b****r. Et de nouveau il plongea son regard dans le mien :   -          Ça fait si longtemps que ça ? Me demanda–t-il en souriant timidement, puis il soupira, chérie ? -          Hum ! -          Dis-moi que tu m’aimes   Je souris sans rien dire d’abord, il savait bien à quel point je l’aimais. Cependant, je vis dans son regard qu’il avait besoin d’être rassuré, alors je le lui dis. Je lui dis que je l’aimais, que je n’avais jamais aimée que lui. Que je donnerais tout pour qu’il soit heureux, même sans moi :   -          Pourquoi tu dis ça ? -          Parce que, depuis qu’on est ensemble tu es forcé de vivre plusieurs vies séparées, et j’ai beau dire que je n’ai jamais voulue ça, et j’ai beau savoir que ce n’est pas de ma faute, je me sens tout de même responsable, si je n’avais pas eu la petite on ne se serait peut-être pas… -          Shuttt, ne dis pas des choses pareilles, jamais, même sans Akeng entre nous je t’aurais épousé quand même tu le sais pourtant non ? Dit-il en m’embrassant -          Je suis désolée… je ne sais pas comment… je laissais de nouveau échapper un torrent de larmes   Il me serra contre lui en déposant des baisers dans mes cheveux :   -          Je n’échangerais ma vie avec toi contre rien au monde Abeng, j’espère que tu le sais et que tu en aies convaincu, je t’aime, murmura-t-il à mon oreille   Au lieu de me rassurer toutes ses paroles me brisaient le cœur. Je me demandais ce que je pouvais faire pour l’aider un peu, je n’avais pas grandi avec ma mère et cela avait été une grande douleur au quotidien, et me résoudre à le priver de la sienne m’était insupportable. Même s’il semblait évident qu’une paix entre la vieille dame et moi n’était pas envisageable. Je me surpris à penser que peut-être, si je l’avais laissé faire avec cette fille, peut-être seraient-ils ensemble aujourd’hui. Peut-être qu’ils auraient eu des enfants que sa mère aurait aimé, et sans doute aurait-il pu m’oublier avec le temps. Je me surpris à penser que j’avais été très égoïste dans toute cette histoire, en découvrant cette fille dans la chambre ce jour-là il m’aurait suffi de refermer la porte et de m’en aller sur la pointe des pieds. Peut-être qu’elle aurait pu l’aimer mieux que moi. Lui offrir une seule vie complète. Au lieu des deux vies, qu’il vivait en m’ayant à ses côtés, et qui à mes yeux ne le rendaient pas heureux du tout. Gora me fit l’amour cette nuit-là, si tendrement que j’eu honte de moi. Je ne savais pas du tout ce qui était de nature à le rendre heureux. Je savais simplement que cet homme je l’aimais plus que tout, et que je donnerais tout ce que j’avais, si j’étais sûr que cela le rendrait heureux. Mais la vérité, c’était que j’étais incapable de dire ce qui était de nature à le rendre heureux. Incapable d’affirmer avec certitude, que si j’étais sortie de sa vie et que je l’avais laissé à cette fille, il aurait été plus heureux qu’il ne l’était aujourd’hui. Au final je n’étais même plus certaine que sa mère aimait cette fille, ou qu’elle l’encourageait simplement afin qu’il s’éloigne de moi, et sans doute après cela, aurait-elle fait des pieds et des mains pour l’éjecter elle aussi de la vie de son fils. Le lendemain comme promis sa tante vint nous rendre visite, elle nous avait apporté des cadeaux de Côte d’Ivoire, quelques pagnes pour moi et des objets sculptés pour Gora. Elle passa quelques heures avec nous. Quelques heures pendant lesquelles, elle dit à Gora qu’elle comprenait pourquoi il ne l’avait pas écouté la première fois, que ce n’était pas facile de se résigner à accepter qu’une personne à laquelle on tenait, nous nuisait plus qu’autre chose. Elle lui expliqua aussi combien son père avait été malheureux aux côtés de cette femme, mais que comme lui, il s’était obstiné, en pensant qu’elle finirait par se rendre compte de ce qu’elle faisait et qu’elle changerait, mais peine perdue. Puis, elle conclut en lui disant qu’il était temps qu’il réalise, qu’il avait une famille, et qu’il était responsable de cette famille, et que s’il continuait à nous mettre en danger en s’obstinant, il nous enterrerait certainement nous aussi. Comme cet enfant que nous avions perdu, et que nos deux cadavres seraient surement plus réels pour lui que celui de cet enfant qu’il n’avait pas eu le temps de voir. Je trouvais ses paroles dures et même si je comprenais son point de vue, je me dis que les termes qu’elle avait employés étaient un peu trop pour Gora. Je le vis baisser la tête à plusieurs reprises et cela me chagrinait. Une fois sa tante partie, Gora me prit dans ses bras et se mit à m’embrasser en me serrant fort contre lui :   -          Je te demande pardon, fit-il sans me lâcher -          De quoi tu parles ? -          Je t’aime, dit-il simplement sans me répondre   Il me garda ainsi serrée contre son cœur un long moment. Son cœur battait aussi vite que la veille. Il ne semblait pas vouloir parler, alors je me résolue à ne plus le questionner, me contentant de lui caresser doucement le dos. Ce jour-là devant le lycée, si j’avais eu un flash de ce que serait notre avenir ensemble, je ne sais pas si j’aurais accepté de rentrer à pieds avec lui, j’aurais trouvé une raison pour éviter ça certainement. Et heureusement que je n’en avais rien su. Je n’aurais pas eu ma petite Akeng qui était, avec son père, ce que j’avais de plus précieux. Et tous ces moments heureux que nous avions eu, aujourd’hui avec le recul, je ne les échangerais moi non plus pour rien au monde. Je n’étais pas plus courageuse qu’à l’époque non, j’étais simplement plus réaliste. Ce grand gaillard c’était mon homme et je l’aimais, les autres devaient se faire une raison, je n’avais aucune envie de vivre sans lui. Quelques semaines après ça, Gora rentra à la maison avec une drôle de tête. Il avait eu des nouvelles de la confrérie elle organisait une réunion, un genre d’assemblée générale extraordinaire et tous devaient y assister. Le gymnase omnisport avait été réquisitionné pour l’occasion. Des Kasiks et des anciens allaient venir de l’étranger afin de faire le point de la situation de la représentation locale et il semblait qu’un Kasik venant de l’étranger allait prendre la place du précédent grand ancien ou maitre de cérémonie pour la branche locale avec son staff venu de l’extérieur lui aussi, dans le but de remettre de l’ordre dans la confrérie. Gora me dit que plusieurs « têtes » étaient tombées, au sens propre. Et qu’il semblait que la confrérie avait subi une purge, cela m’effraya un peu. Même si j’avais été en colère contre les brutes qui s’en étaient pris à mon mari et aux autres, tout de même nous étions dans un pays de droit. Bref mon mari ne voulait pas se rendre à Libreville tout seul, une fois lui avait suffi. J’acceptais de l’accompagner en espérant que nous n’aurions rien à déplorer à notre retour.  
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