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C’est cool d’être le chef ! J’avais attendu ce moment longtemps, quelques années en fait, mais cela n’avait pas été une attente pénible, j’en avais appris beaucoup avec monsieur Ngane qui avait été un super chef. Depuis que j’avais fait connaissance avec le patron du restaurant au bord de mer j’avais pris l’habitude d’y aller, et Kasim m’avait présenté à plusieurs de ses frangins qui exerçaient dans des domaines divers. J’avais commencé à fréquenter les endroits que les ressortissants libanais affectionnaient, et je faisais mes courses dans leurs magasins, ces gars c’étaient des types biens. En dehors de Kasim, j’avais désormais trois autres amis libanais avec qui je passais du temps.
Je ne saurais dire si les gars de la confrérie, qui m’avaient agressé à Libreville, avaient demandé à des « frères » de Port-Gentil de me pister, mais ils avaient été mis au courant de mes habitudes. Et surtout de mon programme du samedi, que je passais avec mes amis libanais dans le restaurant de l’un d’entre eux, Hassan, son restaurant se trouvait en face d’un parc d’attraction que la mairie avait fait construire sur un ancien terrain vague, on le nommait « la concorde ». Je retrouvais les gars à cet endroit tous les samedis, on mangeait et buvait un verre en discutant de tout ou presque. Cela durait entre une heure et trois heures selon le programme de chacun. Abeng ne s’inquiétait jamais quand j’étais avec eux, alors je ne m’inquiétais pas non plus. Et pourtant…
Hassan nous avait tous prévenu que ce samedi-là, il allait nous garder plus tard que d’habitude, il fêtait l’arrivé de son petit frère, le jeune était avec nous, et on le taquinait un peu sur les différences auxquelles il allait être confronté en vivant au Gabon, et cela l’égayait. L’une des serveuses du restaurant était tombée malade et s’était fait remplacer par une de ses sœurs. Cette fille, Hassan ne semblait pas la porter dans son cœur, elle était bizarre, là-dessus on était tous d’accord. Mais on se dit que ce n’était que pour la soirée alors… A un moment elle m’apporta une boisson que je n’avais pas commandée, Hassan se mit en colère, et pour faire retomber la pression j’acceptais en calmant mon ami :
- Elle est bête cette fille ou quoi ? Me dit Hassan
- Hey frangin ce n’est rien, c’est bon je vais le boire toute façon ce n’est pas de l’alcool
Je suis pratiquement certain, que c’est ce qui alerta mes amis, si cette boisson avait été alcoolisée, je me serais certainement encore fait agresser par cette b***e de « faux frères ». J’avais à peine bu de ce qui se trouvait dans mon verre que je me sentis mal :
- Qu’est-ce qu’elle a mis dans ce verre ? demandais-je en faisant la grimace
- Je n’en sais rien, mais à ta place j’irais vomir ce truc vite fait, me conseilla-t-il
- Tu as certainement raison, dis-je en allant aux toilettes
La dernière chose dont je me souviens s’est d’être entré dans les toilettes et d’avoir vomit, mais lorsque je sortis me laver les mains je me retrouvais entouré des mêmes sales types qui m’avaient déjà agressé à Libreville, mais la d****e qu’ils avaient fait mettre dans mon verre faisait déjà effet, et je perdis connaissance pour me réveiller quelques heures plus tard à l’hôpital Paul Igamba avec une perfusion dans le bras. Abeng était assise près de moi, elle souriait :
- Hey schtroumf paresseux, comment tu vas ? me fit-elle
Je paniquais en voyant Hassan debout près de la fenêtre. En me voyant ouvrir les yeux il s’approcha de moi :
- Petit frère, tu vois que j’avais raison de me méfier de cette fille, me dit-il
- Pourquoi qu’est-ce qu’il s’est passé ? j’interrogeais Abeng du regard
- Quand tu es allé vomir, après avoir bu son sale truc, avec les autres on s’est inquiété du temps que tu mettais, alors on est allé te chercher, et en arrivant dans le toilette, on te trouve allongé par terre inconscient avec ces types debout autour de toi en train de se déshabiller, j’ai cru devenir fou, fit Hassan
- Ils ne m’ont pas touché ? Fis-je inquiet
- Non mon chéri, et ils sont en prison, eux et la fille, elle a tout raconté à la police, ils l’ont obligé à droguer sa sœur et ensuite à prendre sa place pour mettre la d****e dans ton verre
- Mais qu’est-ce qu’ils ont contre moi ces types m***e, criais-je
- L’un des types a dit aux policiers que l’ancien qui les avait recruté, leur faisait faire des trucs pareils tout le temps et dès qu’ils avaient commencé à s’en prendre à une personne, ils ne s’arrêtaient plus, et souvent ils s’en prenaient même à sa femme ou à ses enfants, garçon ou fille peu importait
J’étais abasourdit, ces gars c’étaient des monstres, et je me demandais quelle moyens de pression cet ancien avait sur eux pour les manipuler de la sorte ? Ou alors le faisaient-ils par plaisir ? Et moi je me réjouissais de n’avoir subi ça qu’une fois, et c’était déjà trop. Hassan m’informa encore que des anciens de la confrérie étaient passés pendant que je dormais et avaient promis de revenir me voir plus tard. Abeng avait l’air mal à l’aise pendant que mon ami me disait ça, j’eus comme l’impression que cette visite ne l’enchantait pas. Je savais déjà qu’elle ne supportait plus de m’entendre dire que j’avais eu un contact quelconque avec des frères de ce cercle, même Nto’o avait du mal à venir à la maison depuis quelque temps.
Les médecins avaient exigés que je passe la nuit en observation car ils avaient été incapables de savoir avec quoi cette fille m’avait drogué. Et là encore je remercie Abeng d’être aussi protectrice, elle avait refusée de rentrer à la maison sans moi. Et pour ne pas qu’elle passe la nuit à mon chevet toute seule son père était venu lui tenir compagnie. J’avais demandé à Abeng de me laisser seul avec l’homme un moment, ce qu’elle accepta de bon cœur. Une fois qu’elle fut sorti de la chambre je failli me raviser, j’avais de nouveau ce sentiment de honte qui s’empara de moi. L’homme était assis près de moi et me regardait serein, il ne souriait pas mais ne semblait pas en colère :
- De quoi voulais-tu que nous parlions Gora, fit l’homme en me regardant
- Abeng a raison sur au moins une chose à mon sujet père,
- Ah oui ? Et qu’est-ce que c’est ?
- Je suis un lâche…
- Pourquoi tu dis ça ?
- Je me suis trompé, je sais que ce n’est pas grave mais, mon erreur elle a couté la vie à mon enfant
- J’ai appris ça, et je sais à quel point vous en rêviez de cet enfant Abeng et toi, mais que peut-on y faire maintenant ?
- Rien, père… rien, je suis… embarrassé et confus, j’ai fait de la vie de ta fille un enfer, et malgré qu’elle semble m’avoir pardonné, je sais bien que les choses ne seront plus jamais pareils entre nous
- Je sais, et pour te dire vrai je ne sais pas comment vous aider cette fois, Akeng elle aussi et choquée et le temps n’arrange pas les choses, j’espère simplement que vous pourrez avoir d’autres enfants, et en ce qui te concerne j’espère que tout cela t’aura servi de leçon et que tu feras plus attention à ce que tu fais à l’avenir, personne n’est parfait mais on essai tous de faire le moins de mal possible aux autres surtout aux gens qu’on aime
Je l’écoutais parler en hochant la tête. Il avait bien raison. Avoir une autre femme dans ma vie n’était pas un problème en soi, mais Abeng était ma femme aussi et je n’avais pas le droit sous prétexte d’avoir une autre femme dans ma vie de commencer à la traiter comme si elle n’avait plus aucune valeur à mes yeux. Comme si elle ne comptait plus. Et encore moins de remettre en question ma vie avec elle, comme si jusque-là j’avais été malheureux à ses côtés. Toute cette histoire m’avait fait prendre conscience de son importance dans ma vie, de la place qu’elle occupait à mes côtés. J’avais trouvé la perle rare à 20 ans et depuis j’en profitais, mais quelque part sur le chemin j’ai oublié à qui je devais ma vie ou du moins la paix qui était mienne. J’avais vu des amis vivre au quotidien avec leurs compagnes et très souvent je m’étais senti chanceux de ne pas traverser avec Abeng ce que certains de mes potes vivaient avec leurs copines.
La simplicité des sentiments que nous partagions, le fait que nous nous soyons toujours bien entendu et qu’elle ait toujours été si patiente et attentionnée avec moi. Si Nto’o avait su tout ce qu’elle traversait avec moi, il m’aurait surement accusé de l’avoir envouté ou quelque chose comme ça, parce qu’elles ne sont pas nombreuses à accepter ça de nos jours. Je discutais encore avec son père un long moment. On avait fait le tour de ma situation avec ma femme et nous avions commencé à parler d’autre chose. Je lui avais confié que j’aurais aimé pouvoir partir avec elle dans un autre endroit, pour recommencer une vie, ensemble, se donner une nouvelle chance d’être heureux elle et moi. Il m’écoutait sans faire de commentaire, peut-être se disait-il que tout cela n’était qu’une façon pour moi de fuir la réalité et que peut-être ça ne servirait à rien.
L’homme se leva un instant et me laissa seul pour aller dans la salle de bain. Pendant qu’il y était je reçu une étrange visite. Un frère de la confrérie. Il faisait partie du groupe qui m’avait agressé la première fois, mais je ne me souvenais pas l’avoir vue au restaurant chez Hassan. En entrant il s’assura que nous étions seuls dans la chambre sans pourtant aller voir dans la salle de bain. Il s’approcha du lit où je me trouvais encore allongé, bien que me sentant mieux. Il prit place sur le siège sur lequel le père d’Abeng était encore assis quelques minutes plus tôt. Il se racla la gorge et se passa la main sur le visage mal à l’aise :
- Salut frère ! Dit-il
- Je ne suis pas ton frère, répondis-je un peu sur la défensive
- Je comprends ta réaction, mais on n’en est pas moins des frères et c’est une chose qui ne changera pas, mais il y a quelque chose que je dois te dire pour espérer qu’un jour tu comprennes ma position et le rôle que j’ai tenu lors du week-end de la grande assemblée
- Je n’ai aucune envie de discuter de quoique ce soit avec toi, et surtout pas de ça, fis-je
- Je t’en prie frère, écoute-moi, je ne suis pas venu ici pour me disputer, me disculper ou te menacer, loin de là, alors de grâce daigne écouter ce que j’ai à te dire
- Parle et vas-t-en, dis-je énervé
- Merci bien, toute cette histoire commence à me peser sur la conscience alors je vais te dire ce que j’ai à te dire et tu en feras ce que tu voudras (il souffla),
« Je suis une nouvelle recrue, j’ai intégré la confrérie il y a un peu plus d’un an et je me nomme Nguess, je vis avec ma petite amie depuis trois ans, elle s’est installée avec moi après la mort de sa mère, et depuis elle n’a que moi et malheureusement pour elle, elle a la santé fragile. A cette époque je n’avais pas de boulot, je vivais de petites bricoles que je faisais dans la ville de Libreville et je ne m’en sortais pas très bien. Il y a environ un an et demi, j’ai fait la connaissance d’un type, plutôt sympas, j’ai une formation d’informaticien et lui aussi, ce type avait un boulot super dans une télévision locale et ils avaient besoin de quelqu’un avec mon profil il m’imposait juste une condition, entrer dans la confrérie à laquelle il appartenait.
Pour moi qui avais besoin d’un job c’était une aubaine et puis je n’ai pas de frère et sœur, ça me ferait une famille, en tout cas, c’est ce que j’ai pensé. J’ai signé les yeux fermé, il faut dire que ma petite amie elle n’était pas d’accord, oh non mais… elle n’est pas parvenu à me faire changer d’avis. Je me suis fait pas mal d’amis, au sein de la confrérie, on se voyait souvent, sortait souvent ensemble, j’invitais les gars chez moi, ils connaissaient tous ma femme etc… et puis un jour, au bout de six mois, le gars qui m’a fait entrer me dit qu’un des anciens veux me rencontrer, je ne me méfie pas, j’y vais on passe une journée plutôt tranquille rien de particulier et voilà qu’à un moment je sens comme un malaise.
Ils me font signe d’aller rejoindre l’ancien dans son bureau, j’entre et je le trouve non pas seul mais avec certains des frères. Et avant que j’ai eu le temps de réaliser ce se passe, je suis maintenu au sol par les frères et l’ancien est en train de se déshabiller. Ensuite il va se tenir derrière moi et me baisse mon pantalon. Tu sais, jusqu’à ce que ce type me pénètre j’ai tenté de me convaincre que c’était juste une blague pourrie pour me faire peur, mais non. J’ai d’abord tenté de résister et là il me dit « il faut que quelqu’un paie pour tout ce que tu as reçu, si ce n’est pas toi ce sera ta femme, tu as le choix » alors moi je pense à ma petite Oloun qui est déjà si faible et je ne me débats plus. J’ai subi cette torture une à deux fois par mois tous les mois depuis ce jour-là.
Et voilà que ce soir-là pendant qu’on passe du temps chez l’ancien, il parle de s’en prendre à toi, j’ai dit non mais je n’ai plus aucune décision sur mes choix, une fois encore c’est la même rengaine, « ou ce sera lui ou alors on va chercher ta femme (il se tut quelques minutes, et je vis des larmes lui couler des yeux). Excuse-moi, pour ça, dit-il en s’essuyant les yeux, ça fait un moment que je tente d’avoir de tes nouvelles, mais moi je n’ai pas encore accès à certaines informations, c’est la semaine dernière en les entendant projeter de venir te voir ici que j’ai décidé de les suivre discrètement, c’est par un ami que j’ai sus que tu étais malade alors je suis passé te voir ici, malheureusement pour moi il semble que je tombe encore mal parce que c’est en arrivant à l’hôpital que j’ai surprit une conversation entre des médecins qui disaient que tu avais eu de la chance, que les gars s’étaient déplacé non pas pour te voir comme je le croyais mais encore pour s’en prendre à toi. Et au lieu de te trouver convalescent et peut-être plus enclin à m’écouter te faire mon « mea culpa » je te trouve encore plus en colère contre nous.
Je suis désolé d’être venu en rajouter une couche avec ma présence, je suis certainement la dernière personne au monde que tu voulais voir aujourd’hui. Quelle que soit la raison de ma visite »
Je l’avais écouté sans rien dire et au fur et à mesure de son récit, ma colère s’était transformée en autre chose. Je tentais de me mettre à sa place. Qu’est-ce que j’aurais été capable de faire pour éviter qu’on touche à mes deux princesses ? Je n’en savais rien, mais j’aurais certainement fait tout ce qu’on m’aurait demandé de faire, exactement comme lui :
- Et pourquoi personne ne s’en est plaint aux autres anciens ? C’est quoi ce système de m***e ?
- Parce que certains autres sont pire, bien pire… un jour j’ai discuté de ce qui m’arrivais avec d’autres nouvelles recrues et j’ai appris que l’ancien qui les avait recruté c’était un fou furieux, il disait à qui voulait l’entendre qu’il était un grand sorcier initié aux sciences occultes, un truc genre le « Bwity » ou le « Mouiry », je n’en sais trop rien, pour un oui ou un non il leur demande d’aller kidnapper des gamins pour des sacrifices rituels, ou pire, j’ai reçu la confidence d’une nouvelle recrue qui m’a dit que le type l’avait obligé à sacrifier l’enfant qu’attendait sa femme en faisant boire du poison à cette dernière et au final, il les a perdus tous les deux, la femme et le gosse
- C’est ma femme qui avait raison, j’aurais dû l’écouter, dis-je
- Et moi donc, P… de chômage
- Oui,
Je le fixais un instant sans rien dire, il se tenait maintenant la tête baissée, comme à des lieux de moi et de cette chambre d’hôpital. Je n’avais vécu ça qu’une fois et j’avais envie de les tuer tous, je n’imaginais pas dans quel état d’esprit il devait se trouver, un an qu’il endurait ce supplice, et sa femme qui ne savait pas. Que ferait-elle quand elle saurait la pauvre ? Je voyais tous les jours dans les yeux d’Abeng qu’elle s’en voulait à cause de tout ça. Maudite confrérie, et s’il m’avait infligé pire et autant de fois que lui, elle les aurait tués au sens propre. Je savais qu’il ne m’avait pas touché ce jour-là, est-ce pour ça que je lui accordais le bénéfice du doute aussi facilement, je n’en sais rien. Je ne savais pas trop quoi lui dire, je n’étais moi-même pas encore sortit de l’auberge :
- Tu sais, je suis profondément désolé pour tout ça, me dit-il
- Je sais, je t’ai entendu… j’ai un ami Hassan, son frère à une boite qui importe des voitures, il en vend quelques-unes et loue les autres à des entreprises de la place, si tu peux venir bosser sur Pog je te mets en contact avec lui, le salaire ne sera pas le même mais au moins tu seras loin de tout ça, juste une chose, ne dit à personne que c’est moi qui t’ai parlé de ce boulot
- Merci, et oui ça m’intéresserais… je te pose ma carte là et si ton ami est d’accord envoie moi simplement son numéro de téléphone par messagerie
- Ok,
- Je vais te laisser te reposer, je suis heureux que tu ailles bien, sincèrement, et encore une fois, je m’excuse pour tout ça, je ne sais pas quel était le projet de départ lorsque les Kasiks ont fondés la confrérie mais il est temps qu’on arrête les dégâts, j’ai déposé une plainte moi aussi avec les certificats médicaux que j’ai obtenu en allant me faire examiner, on verra bien ce que ça donne, et quitte à crevé autant le faire en essayant d’obtenir justice
- Je le crois aussi
Il s’en alla. Le père d’Abeng n’avait pas perdu une miette de notre conversation, il savait que j’avais été agressé mais il ne savait pas comment et en sortant de la salle de bain je vis la mine défaite qu’il affichait. Il vint s’assoir près de moi et baissa la tête. Je compris tout de suite. J’avais le cœur gros. Cet homme-là, il m’aimait comme un père, et voilà qu’il réalisait qu’il ne pouvait pas me protéger contre tout. Je m’excusais de ne pas lui avoir tout raconté, en lui expliquant que j’avais tellement honte de moi, que je n’avais même pas voulu porter plainte et que c’était Abeng qui s’en était pris à mes anciens, en menaçant celui grâce à qui j’avais intégré la confrérie. Et encore une fois j’avais été lâche…
Il me regardait en silence pendant que je parlais, pendant que je lui expliquais comment mon orgueil m’avait fait oublier les conseils de ma femme et de mon ancien. Pour plaire à une mère qui n’en avait jamais été une pour moi, j’avais bafoué la femme qui m’aimait et notre enfant, et le second n’avait pas eu la chance de nous connaitre. Je lui racontais ça le visage fermé, sans émotion. Je me demandais comment je pouvais réparer un tant soit peu le cœur de ma femme ? Je la sentais toujours triste à certains moments et moi je ne savais pas quoi faire :
- Tu sais, souvent les mots sont inutiles fils, elle sait bien que tu t’en veux et que tu ne lui feras plus vivre une situation pareille, ne te torture plus pour ça,
- C’est plus facile à dire père, je ne me pardonne pas…
- Je comprends, mais pour le bien de ta famille tu devrais accepter d’aller de l’avant, tu as pu pardonner à ce jeune homme et pourtant en venant ici, il n’était pas certain de repartir avec encore un frère sur qui il puisse compter, parce qu’avec ce qu’il entame comme démarches, ils seront très peu à le soutenir
- Je sais,
- Alors pardonnes toi, à toi aussi, la bataille contre les faux frères de la confrérie ne fait que commencer, et tu ne sais pas comme ils ont le bras long, tu auras besoin d’avoir la paix au moins au près des tiens
Il avait raison. Et je le réalisais. Abeng revint dans la chambre en riant, elle nous appris qu’elle avait passé le temps avec ma petite sœur venue me voir et elles avaient rigolées en voyant un petit garçon de deux ans faire tourner sa grand-mère en bourrique devant les médecins. Ma petite sœur, elle aussi souriait en entrant, elle vint s’allonger près de moi sur le lit :
- Cette nuit c’est moi qui te veille, fit-elle en riant
- Ah oui tu vas dormir avec moi ? Abeng peut aller à la maison ?
- Oui pas de soucis tu es mon jumeaux alors aujourd’hui on fait la fête tous les deux à l’hosto
- On ne fait pas la fête à l’hosto frangine,
- Peut-être pas, mais tous les deux on peut faire la fête partout
- Tu as raison ma grande, alors tu as pensé à moi un peu
- Je pense à toi tous les jours frangin, mais il faut que tu parles à ton beau-frère,
- Ah oui ? Raconte
- Il a fait un gamin à une fille il y a quelque temps, le gamin a trois ans et il refuse de s’en occuper sous prétexte qu’il n’est pas sûr que le petit soit de lui etc…
- Et toi tu en penses quoi ?
- Je pense que c’est le sien frangin, et puis le petit vit avec sa grand-mère et il est malheureux, sa mère vit avec un autre homme et ne se soucie pas du tout de lui
- Tu veux qu’il le prenne, tu serais d’accord pour t’en occuper ?