Pendant que je sortais de la chambre d'Edima, je ne cessais de me demander comment se sentaient les autres si Edima était si abattu. Je me rendais maintenant dans la chambre de Lamare car elle suivait celle d'Edima. J'avoue qu'en me dirigeant vers la chambre de Lamare, je me questionnais énormément. Elle qui était si fragile d'habitude. Lamare Paré était ma patiente la plus âgée. Elle avait 71 ans et était internée depuis 5 ans à peu près. Elle avait été interné la même année qu'Edima. Lamare était aussi la plus fragile de mes patients. Elle n'avait plus la capacité de se déplacer sans support et avait le cœur touché. Elle était donc aussi particulièrement suivi par un cardiologue. Tous mes patients étaient suivis par plusieurs spécialistes mais pour les quatre autres, c'était dans le but de prévenir certains disfonctionnements opportunistes liés à leur maladie. Mais pour Lamare c'était différent car elle avait déjà le coeur touché et aussi le système urinaire. Elle n'avait pas eu d'enfants dans sa jeunesse. Elle avait épousé un militaire dans les années 80 et était devenue veuve quinze années plûtard. Son époux était décédé lors d'une mission. Après cela, elle ne s'est plus jamais remariée. Lamare disait avoir beaucoup souffert de l'absence de son mari, c'était l'amour de sa vie comme elle disait. Et elle n'a plus jamais osé aimé. Elle vécu donc une vie seule jusqu'à ce qu'elle tombe malade il y'a 8ans. Elle prit la décision d'elle même de se faire interner ici à Health Care. Néanmoins, elle a une sœur. Sa sœur vient lui rendre visite chaque semaine avec ses petits enfants. Je m'inquiètais plus pour elle que pour n'importe lequel de mes patients. J'avais très peur qu'elle ne fasse une crise. Mais quand j'arrivai dans sa chambre, ce que je vit me laissa perplexe. Lamare était sur son lit à regarder le film Titanic, un vieux classique.
- Puis je entrer? Lui dis je
- Mais quelle question docteur, vous êtes déjà entré, me répondit elle.
À la voir ainsi, je me demandais si elle avait appris la nouvelle. Elle paraissait si sereine.
- Vous regardez Titanic le matin, vous?
- Bonjour docteur, j'avais juste besoin de me distraire un peu.
- Avez vous appris le décès de Dina?
- Vous aimez aborder les sujets fâcheux docteur.
- Donc vous savez?
- Bien-sûr que je sais, c'était mon amie voyons et en plus, les nouvelles vont vite ici.
- Et vous allez bien?
- Bien-sûr que non! J'évite juste d'y penser. Mais je suis sûre qu'elle est enfin heureuse où elle est. Elle est décédée sans douleur et cela me suffit. Je me réjouis d'avantage de sa mort car je sais qu'elle est enfin libre.
- Vous savez Lamare, vous êtes un amour de personne. Je pensais réellement que vous seriez inconsolable mais vous avez bravé cela. J'adore votre état d'esprit et je suis admiratif devant votre vision des choses.
- Et bien, ça je le dois à la vie qui ne m'a jamais fait de cadeau.
J'étais très heureux et surpris de la savoir si sereine. J'aurais aimé que tous les autres fassent preuve d'une aussi grande maturité qu'elle. Je finis de l'observer et je la laissai terminer son film. Je comprenais enfin le proverbe qui disait que les apparences sont souvent trompeuses. Au final, les plus faibles s'avèrent souvent être les plus forts. Lamare m'a ouvert l'esprit aujourd'hui. Je ne pensais pas que l'on devrait se réjouir des décès des gens mais elle avait raison en voyant les choses de cette façon. Quand je faisais encore des stages, je voyais certains patients en réanimation. Les proches de ces personnes là n'arrivaient pas à décider s'il fallait laisser mourir leur proche ou non. Mais ce n'est qu'aujourd'hui que je réalise que décider de garder une personnes presque décédée en vie à l'aide de machines est quelque peu égoïste. L'on ne pense qu'à nos sentiments mais pas à ceux de la personne couchée. La mort est libératrice. Et c'est vrai, nous sommes humains et nous avons des sentiments mais nous devrions aussi apprendre à voir le bon côté de la mort. Bien qu'étant triste, on devrait se dire " Au moins elle ne souffre plus". Cette pensée devrait nous aider à avancer, à surmonter un décès.
Plus que tout c'était bien passé avec Lamare, je devais aller voir Zang. J'espèrais de tout cœur qu'il serait dans le même état d'esprit que Lamare ou du moins, qu' il ne serait pas stressé. Quand j'entrai dans la chambre de ce dernier, il était assis sur sa chaise à regarder l'extérieur par la fenêtre de sa chambre. Je m'approchai donc de lui. Quand il m'entendit m'approcher, il passa sa main sur son visage. C'était un geste brusque et très rapide. Je l'avais bien vu, il essayait de dissimuler ses larmes.
- Vous avez le droit de pleurer vous savez! lui dis je.
- Mais où allez vous chercher ce genre d'idée ? Je ne pleure pas docteur juste que je pense à la pauvre Dina.
- Et bien, vous avez le droit de vous sentir mal et de pleurer, je vous le promets. Dina était une de vos amis je le sais. Vous n'avez pas besoin de feindre devant moi, je suis votre médecin et je vous connais assez bien.
- Si seulement vous saviez à quel point elle va me manquer docteur !
- Elle nous manquera à tous Zang. Mais voyez le bon côté des choses, Dina ne souffrira plus et c'est l'essentiel.
- Merci docteur, vous êtes jeune mais vous êtes très mature. Vos mots on su me réconforter.
- J'en suis très honoré.
- Avez vous déjà vu les autres? Comment elles se sentent?
- Ne vous inquiétez pas pour vos amies, elles vont mieux que vous ne l'espérez. Tout ira bien.
Je terminai de l'ausculter et de la contrôler et je le laissai là sur son fauteuil roulant. Il avait toujours de la peine mais au moins, il se sentait mieux et ça ne pouvait que me réjouir. Il était tant pour moi d'aller voir Adaline. Je ne savais pas du tout comment elle réagirait mais je devais en avoir le cœur net. Il était clair pour moi que je ferai faire à mes patients une thérapie de groupe. Je savais qu'ils surmonteraient mieux leur peine en la partageant les uns avec les autres et cela en présence d'un spécialiste.