Un silence pesant se faisait ressentir au fur et à mesure que nous avancions. Je me décidai à le rompre.
- Nous avons une histoire en suspend, vous rappelez vous Adaline?
- Oh, bien sûr docteur, je tiens toujours mes promesses et je compte bien vous la raconter entièrement. Seulement, je ne me souviens plus à quel niveau j'en était.
- Vous en étiez à vos multiples rencards avec vos prétendants.
- Ah, oui!
Je voyais des garçons différents chaque fin de semaine. Je dois dire qu'aucun ne m'avait jamais tapé dans l'oeil. Ils étaient pour la plupart faux. Je ressentais qu'aucun n'était sincère avec moi. Mes parents voulaient que je me marie, comme tous parents d'ailleurs mais ils ne voulaient en aucun cas me forcer. Ils espéraient que j'épouse un garçon venant d'une famille de notre statut mais ils voulaient que je le choisisse de moi même. J'ai fêté mes dix huit ans mais je n'avais toujours pas trouvé mon prince à moi. Après avoir terminé mes études secondaires, je commençai à aller travailler avec mon père afin de tout apprendre sur son entreprise. Je m'intéressais au polissage de l'Or. Ce travail me fascinait. Ma mère n'était pas bien-sûr d'accord que je j'aille travailler comme un homme mais c'est ce que j'aimais. Et mon papa me soutenait. J'étais leur seul enfant donc mon père voulais que j'apprenne pour pouvoir reprendre l'entreprise familiale plûtard avec mon épou. J'allais au travail du lundi au samedi et parfois même le dimanche. J'apprenais les bases avec les employés. Je travaillais aussi dur qu'eux dans le but de rendre mon père fier de moi. Un jour, alors que je rentrais toute seule à la maison, j'ai senti qu'on m'observait. Je ne sais toujours pas pourquoi je n'avais pas appelé le chauffeur ce jour là. J'avais juste envie de marcher toute seule dans la rue, je voulais respirer comme les autres, je voulais réfléchir. Plus j'avançais, plus je sentais que l'on m'observait. J'ai donc commencé à presser le pas. Mais rien à faire, je me suis tout suite vu encerclée par trois jeunes hommes en pleine rue. C'était étrange car personne autour de nous ne faisait rien pour m'aider. Je dois dire que jamais je n'avais eu aussi peur de ma vie. Ils s'approchaient de moi et me disaient des phrases obscènes du style: " C'est moi que tu viens voir , chérie", " Quelle bombe tu fais". Je n'osais rien dire car j'étais pétrifiée. C'était la première fois que j'étais vraiment toute seule dans la rue, et en plus, je ne connaissais personne dans cette rue là. Je me préparais à m'en fuir en courant quand soudain, un autre jeune homme sortit de nulle part, passa les trois autres et me dis: " Viens Sami, maman nous attend depuis des heures". Il prit ma main et m'emmena avec lui. Je ne disais toujours rien mais j'avais peur. J'avais peur des trois autres mais j'avais aussi peur de lui car je ne connaissais nullement ses intentions. Néanmoins, mon instinct ne s'alarmait point a ses côtés, on aurait dit que je lui faisais confiance. Les trois autres hommes étaient restés surplace et nous regardaient partir. Mais lorsque le jeune homme constata que mes trois bourreaux étaient désormais loin de nous, il lâcha ma mais et me dit: " Qu'est ce qu'une aussi jolie demoiselle que vous cherche dans un endroit pareil toute seule? Avez vous des tendances suicidaires ? Les hommes ici ne font qu'une bouchée des femmes isolées comme vous". Je regardais cet inconnu me sermonner sans rien dire. Je ne disais rien car je n'arrivais pas encore à réaliser ce qui m'était arrivé. S'il n'avait été là, je ne sais même pas si j'existerais encore. " Pourquoi vous ne dites rien? êtes vous muette?" me dit il. Je lui souriais sans toute fois dire un mot. Faut dire que le fait qu'il pense que j'étais muette ne me déplaisait pas le moins du monde. Ça me plaisais qu'il pense cela. Donc je me faisais passer pour telle tout le long du chemin. Vu que j'étais sensée ne pas parler, je lui donnai un bout de papier portant mon adresse. Il m'escortait alors jusqu'à chez moi. Il parlait encore et encore sans interruption. Je me demandais d'ailleurs comment est ce qu'il pouvait parler autant à une parfaite inconnue. Je mentirais si je disais qu'il m'agaçait, loin de là, je me sentais bien avec lui. J'ai d'ailleurs ce jour là appris un grand nombre de chose à son sujet. Il disait être coursier d'un grand magasin. Il était chargé de livrer des articles à domicile pour le compte du magasin dans lequel il travaillait. Il disait aussi qu'il vivait dans la rue où il m'a aidé. À l'entendre parler de sa vie, il était clair qu'il venait d'une famille modeste et qu'il se battait dur pour s'en sortir dans la vie. Il ne faisait pas partir du même milieu que moi mais il était de bonne moralité. Son attitude me fit oublier tout les préjugés que j'avais à propos des personnes de classe modeste. Toute mon enfance durant, on m'avait appris que les pauvres n'étaient que des bandits qui profitaient des riches. Pour nous, les pauvres n'étaient que de la racaille et nous n'avions pas le droit d'en faire des amis ou même de créer une quelconque relation avec. Mais ce jeune homme là était différent. Il était meilleur que tous ces garçons riches que j'avais rencontrée au paravant. Il avait tout ce qu'ils n'avaient pas, il était tout simplement vrai et sincère. Pendant que j'avais ces pensées, je me disais que ma mère deviendrait sûrement folle en voyant avec qui je rentrais. Plus on se rapprochait de ma rue, plus mon cœur se serrait. Mon coeur se serrait car je ne voulais pas qu'on se sépare, je voulais continuer de l'écouter encore et encore. Quand on fut presque arrivé à ma rue, il s'arrêta et me fit ses adieux. "Vous êtes donc une femme interdite, j'ai été ravi de faire route avec vous mais, ici s'achève mon parcours avec vous. Je n'ai pas le droit de côtoyer cette rue et vous le savez sûrement, me dit il. Le jeune homme prit ma main et la baisa avec beaucoup de délicatesse.
" Adieu jolie demoiselle, faites attention à vous". Je lui fit un signe de la main et chacun reprit son chemin. Il rebroussa chemin et moi, j'avançais vers chez moi. Quel garçon ! me disais je.