Chapitre 4. (Agression)

1493 Mots
Chapitre 4. (Agression)NINA Le soir même, Marion et moi avions décidé de nous réfugier dans notre salle de classe pour obtenir un peu de répit et parce que nous savions qu’avec cette chaleur, personne ne viendrait ici. — Ils ne vont pas lâcher l’affaire si facilement, commença Marion en grognant. Assise à côté de moi sur une chaise, elle fit une grimace. Elle imita une corde autour de son cou pour illustrer ses propos. Même comme ça, je n’avais pas envie de parler d’eux. Lorsque Damon m’avait touchée, j’en avais tremblé. Je n’arrivais pas à définir si ma réaction était de surprise ou de peur. Peut-être un mélange des deux. Son regard avait quelque chose d’animal, celui d’un prédateur. Son comportement et celui de Paul m’exaspéraient. Le mot était trop faible face à ce que je ressentais. En les croisant seulement quelques minutes, ils arrivaient à toucher la corde sensible et à agir comme de parfaits abrutis. Cette pensée m’énerva encore plus. Pourquoi se cacher puisqu’en fin de compte, ils allaient recommencer ? C’était dans leur nature. — Et si l’on mangeait dans la chambre ? proposai-je. Marion releva la tête vers moi. Elle n’aimait pas dîner à la cafétéria, il y avait trop de garçons à son goût, alors mon offre l’enthousiasmait. — Pizza, exigea-t-elle. — D’accord, dis-je en riant. Décidément, un rien lui faisait plaisir. Il fallait également qu’elle m’explique comment elle gardait la ligne en mangeant n’importe quoi tous les jours. Elle déposa un b****r sur ma joue et se leva. — Où vas-tu ? demandai-je surprise. — Aux toilettes, je reviens. — Dépêche-toi, il ne reste plus longtemps avant le début du couvre-feu, l’avertis-je. Marion partit de la salle avec son sac. J’attendis de ne plus entendre ses pas avant de me lever à mon tour. À force de demeurer assise, j’avais besoin de me dégourdir les jambes et de respirer un bon coup. J’ouvris la fenêtre, et m’y adossai. C’était mon spot de prédilection. D’ici, on pouvait observer la mer ainsi que la ville. Comme le bâtiment se situait sur une colline, la vue était imprenable lorsque l’on fixait l’horizon. Même à cette heure-là, on pouvait constater que la plage la plus proche était bondée par des centaines de personnes minuscules et semblables à une fourmilière d’où je me trouvais. Ce matin, les professeurs nous avaient imposé un couvre-feu : nous pouvions rester dehors jusqu’à dix-neuf heures, ensuite nous devions regagner les dortoirs, toujours accompagnés. Selon eux, un animal sauvage rôdait dans les environs et avait déjà attaqué des personnes. Cette annonce avait fait pas mal de grabuge chez les étudiants qui étaient principalement nocturnes entre les soirées ou les activités sportives. Ils s’étaient vite calmés quand le professeur principal avait annoncé que cette décision venait du Conseil des élèves. Personnellement, je ne savais pas quoi en penser. Quand je voyais le nombre d’individus à la plage, plusieurs avaient dû désobéir. Et je n’appréciais pas assez les membres du Conseil pour donner une quelconque importance à leur avis. Néanmoins, ils ne me portaient pas non plus dans leur cœur et il valait mieux que j’évite d’attirer leur attention en désobéissant. Je notais les quelques informations qui me venaient en tête dans un journal que je gardais toujours sur moi. J’y accordais trop d’importance, mais après avoir perdu une partie de mes souvenirs étant gamine, je préférais avoir un plan B au cas où la situation se répéterait. Une des raisons pour laquelle montrer ma cicatrice ne me dérangeait pas était également liée au fait que je ne me souvenais pas de sa provenance. En regardant ma montre, je remarquai que Marion était partie depuis une vingtaine de minutes, ce qui me parut long. Je récupérais toutes mes affaires avant de partir à sa recherche. Le temps passait et je voulais arriver à l’heure à la résidence. Déambulant dans les couloirs, je me rendis rapidement devant les toilettes. Je poussai la porte et inspectai l’intérieur. Le sac de Marion se situait près d’un évier. — Marion ? Aucune réponse. Passant devant les portes, je remarquai que seulement l’une d’entre elles était fermée à clef. — Marion, ouvre la porte ! Il ne nous reste plus que cinq minutes avant le début du couvre-feu ! me plaignis-je en toquant. Une fois encore, il n’y eut aucune réponse. J’entrai dans une des toilettes à côté et avertis mon amie de mes intentions en tapant sur le mur qui nous séparait. — Je monte ! Tu as intérêt à te dépêcher ! râlai-je. Je me hissai du mieux que je pus sur la cuvette et j’atteignis enfin le haut. Sur la pointe des pieds, je découvris avec surprise qu’il n’y avait personne. Pas de Marion en vue. Maintenant, il restait deux mystères à élucider : comment les filles avaient-elles fait pour fermer ces toilettes et réussir à en sortir, et où était passée Marion ? Un frisson me parcourut la colonne vertébrale sans avertissement. Ce contexte commençait à ressembler un peu trop à celle d’un film d’horreur, surtout celle dans les productions asiatiques qui adoraient poser une situation épouvantable dans les latrines. Il ne manquait plus que le sentiment de se sentir épier ! Je descendis de la cuvette et je regardai dans le couloir. J’eus à peine le temps d’apercevoir une personne partir en courant et entendre le son de ses pas s’éloigner. Je corrigeai rapidement mes pensées. Je vivais une histoire d’horreur ! Pour me rassurer et m’empêcher de pousser des hurlements, je me dis que Marion avait l’intention de me faire peur. Elle voulait certainement se venger de toutes ces histoires que j’avais créées avec le Conseil. Je désirais me le prouver à moi-même en commençant par la retrouver et je me dirigeai vers la sortie pour me précipiter à la suite de la silhouette. — Attends ! l’interpellai-je. Mais l’inconnu s’était déjà volatilisé. Je m’orientai vers la droite, l’endroit d’où cette silhouette semblait venir quand j’avais eu le temps de la voir. Quelque part, si cette personne ne m’avait pas répondu, je n’avais pas envie d’aller vers elle, mais dans le sens opposé. Quelques mètres plus loin, une porte était ouverte. Je la repoussai pour y jeter un coup d’œil. Et comme dans un bon scénario de film d’horreur, la porte grinça d’un air lugubre. Sans arranger mon cas, le soleil avait eu le temps de se coucher, laissant les ombres se déformer, donnant un aspect menaçant à la pièce. Heureusement, toutes les salles du bâtiment avaient été construites sur le même schéma de façon à ce que l’interrupteur se situe à gauche de l’entrée. Appuyant dessus, je compris que je m’étais avancée trop vite. La lumière ne s’activa pas. Soudain, j’entendis un grognement plaintif semblant venir du fond de la salle. Les mains moites, je pénétrai dans la pièce, avec une certaine appréhension. — Marion ? appelai-je d’une voix tremblante. Un petit cri me répondit et instinctivement, je ralentis le pas. Je ne voyais pas comment une blague pouvait me sembler aussi réelle ou aussi bien ficelée... Je commençai réellement à paniquer. Deux enjambées plus loin, mon corps était engourdi par l’anxiété, bouger devenait difficile. Avancer de quelques centimètres dans le noir était similaire à faire plusieurs mètres en plein jour. Encore un pas. Un bruit étrange se fit entendre sous mes pieds. Ce son était facilement reconnaissable. De l’eau. Je venais de marcher dans une flaque. Je me concentrai dans l’obscurité pour tenter de distinguer les formes avec l’accoutumance, mais je ne trouvai rien. Je continuai d’avancer vers les fenêtres, me rapprochant peu à peu des couinements, un nœud au ventre. Finalement, ce n’était pas un nœud qu’il y avait dans mon estomac, mais bien un essaim d’abeilles qui s’amusaient à me torturer ! Même dans le noir, je remarquai qu’un bureau avait été renversé. Et qu’une personne était allongée sur le parquet juste à côté. Je me précipitai pour tourner son visage. Marion. M’appuyant sur le sol pour la soulever, je poussai un cri strident devant ma découverte : ma main était recouverte de sang ! Certainement le même que la flaque dans laquelle j’avais marché. D’un coup, je respirai mal. Chaque inhalation avait un goût ferreux et me donnait la nausée. Marion haletait aussi avec difficulté. — Marion... S’il te plaît, dis quelque chose ! la suppliai-je. La porte se referma violemment, m’annonçant une nouvelle venue. J’étais enfermée avec Marion, gravement blessée, et un étranger. Je retins ma respiration. J’étais au courant que c’était inutile puisque l’inconnu savait pertinemment où nous nous trouvions, moi et sa dernière victime. Je connaissais ce que l’on ressentait lorsqu’on avait peur, mais là j’étais totalement terrorisée ! Chaque pas du nouveau venu provoquait un tremblement dans tout mon être et me pétrifiait sur place. Même en fixant intensément la silhouette durant tout son déplacement, je la perdis de vue un instant. Je fermai les yeux, commençant à caler mon souffle sur un compte précis pour essayer de me calmer : un, deux, trois, quatre, cinq... Qu’est-ce que j’étais censée faire dans cette situation ? Une expiration sur ma nuque me fit perdre mon énumération et m’empêcha de respirer correctement. — Tu n’aurais pas dû me suivre, murmura-t-il à mon oreille. Cette voix me disait quelque chose, mais je n’eus pas le temps d’approfondir mon idée, qu’une douleur vive se répandit dans mon dos. Je tombai à la renverse, les larmes aux yeux face à la souffrance qui émergeait de ma blessure. Mon corps me fit souffrir. J’avais le bas du dos en feu. Il était facile de comprendre que je venais d’être poignardée. Mon agresseur commença à me retourner sur le dos, avant de s’éloigner rapidement. Je tentai d’appuyer ma main sur ma blessure autant que je le pouvais. — L’odeur du sang vient d’ici ! cria une voix. Je me sentais fatiguée. Je fermai les yeux au moment où la porte s’ouvrit et je tombai dans un profond néant, un liquide chaud dégoulinant entre mes doigts.
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