Chapitre 5. (Explications)

3515 Mots
Chapitre 5. (Explications)NINA Avec effroi, j’ouvris les yeux. Je me trouvais dans la même pièce où j’étais il y a deux jours, celle du Conseil des élèves. Si bien que je pensais un instant m’être imaginée les derniers jours, mais il n’en était rien. — Ne bouge pas, m’intima une voix. Je compris rapidement pourquoi. La douleur s’insinua dans chaque recoin de mon anatomie et me fit atrocement souffrir. Instinctivement, je portai la main jusqu’à mon dos et sentis une longue ligne lisse. Je ne connaissais que trop bien cette sensation : mon corps avait gagné une nouvelle cicatrice. Un soupir m’aida à réaliser que je n’étais pas seule. Je tournai la tête et découvris la présence de Damon, Paul et Lola. — Que s’est-il passé ? interrogeai-je, paniquée. — Ce serait plutôt à nous de te demander ça ! cria brutalement Paul. Cette question me fit prendre conscience de la situation. — Et Marion ? Je me relevai brusquement, même si mon corps m’intimait le contraire, et regardai chaque recoin de la pièce à la recherche de mon amie. Sans résultat. — La fille qui était avec toi ? À l’hôpital, continua Paul, mécontent. Pendant un moment, mon esprit se déconnecta. Cette simple phrase confirma que ce que j’avais vécu n’était ni un cauchemar ni une blague. — Elle s’en sortira, ajouta Lola face à mon expression en fusillant Paul du regard. Elle était en vie. Déjà, Marion était belle et bien vivante. Toutefois si cette expérience était bien arrivée, comment se faisait-il que j’aie une cicatrice dans le dos sans être à l’hôpital ? — Et si tu nous racontais ce qui s’est passé ? demanda gentiment Lola, sur un ton réconfortant. Malgré ma panique, je voyais bien que les personnes présentes étaient toutes sous tension. Paul se comportait comme une bombe qui allait exploser à tout moment, Damon était figé comme une statue dont la parole lui était inconnue et Lola tentait tant bien que mal de faire bonne figure. Je ne me fis pas prier pour raconter mon histoire en essayant de donner le plus de détails possibles. Finissant mon monologue, je remarquai que la colère de Paul et la frustration de Damon n’avaient fait qu’amplifier. Lola gardait une expression neutre et indéchiffrable. Celle-ci se rapprocha du président et le prit tendrement par les épaules malgré la différence de taille. Je détournai les yeux et continuai : — Je suis sûre d’une chose, celui qui nous a agressées est un homme, avouai-je. — Es-tu certaine de ce que tu avances ? me questionna Lola, qui allumait son ordinateur portable. — Oui, sa voix ne laisse aucun doute, dis-je en toute confiance. Ce que je ne leur avais pas précisé était le fait que je connaissais cette voix. Malgré tous mes efforts, je n’arrivais pas à me souvenir de son propriétaire. Je fermai les paupières pour me reposer et me concentrer sur les bruits du clavier. — Même de cette manière, il reste tout de même dans les trois cents suspects, soupira-t-elle. Je continuai de garder les yeux fermés. Je savais parfaitement que cette phrase ne m’était pas adressée. — Ne t’inquiète pas. Tu as fait de ton mieux, on finira bien par le coincer, ajouta Damon d’une voix douce. Quand est-ce que vous le coincerez ? Lorsque tout le monde crèvera dans cette f****e école ? C’est ce que je brûlais d’envie de leur dire, mais je ne voulais pas en rajouter une couche. Et peut-être que la fatigue joua un rôle important dans ma décision : celle de me taire. Comment de simples étudiants aspiraient-ils à résoudre une attaque de cette ampleur ? Un silence lourd s’installa pendant quelques minutes, puis Paul le rompit : — Et si tu disais tout à l’autre idiote ? J’ouvris les paupières sachant qu’il parlait de moi. La douleur et la fatigue me rendaient irritable. Je n’avais qu’une envie : arracher les yeux de Paul et les lui faire manger. Mais c’était l’expression de Damon qui me changea les idées. Pour la première fois, je le vis avec une moue dubitative mélangée à un air de gêne. Cela lui donnait un visage enfantin et plutôt facile à regarder par rapport à son masque habituel, froid et calculateur. Il me détaillait comme on fixe un obstacle insurmontable que l’on serait obligé de traverser sachant parfaitement que le chemin serait très douloureux, voire mortel. Cette réplique était un peu commune, mais parfaite pour moi à ce moment-là : je sentais que la suite des événements n’allait pas me plaire. Pas du tout. — Qu’est-ce qu’il y a ? demandai-je inquiète. *** DAMON — Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle, une inquiétude certaine sur le visage. Ses yeux montraient bien son anxiété et sa future désapprobation. Je n’avais aucune idée de comment lui exposer la situation sans un cri ni une larme de sa part. Ou même éviter de me faire frapper vu la façon dont elle avait réagi avec Paul. Si j’utilisais les mauvais mots, je passerais immanquablement pour un pervers. Une solution me traversa l’esprit, bien que j’allais indéniablement me faire gifler entre-deux. Je m’approchai de mon bureau pour ouvrir un tiroir sous les yeux méfiants de Nina. — Lola, Paul, je pense que cette discussion se déroulerait bien mieux si l’on restait seuls, lançai-je. — Si tu as besoin d’aide... commença Lola. — Ingrat ! bougonna Paul avant que Lola ne lui décoche un coup de coude dans les côtes. Paul n’avait pas l’air d’apprécier ma décision soudaine quand j’ai découvert Nina et Marion dans un état critique. L’odeur du sang avait envahi les environs et lorsque je l’avais vue allongée au sol, j’avais été incapable de me contrôler. Maintenant que Nina ne sera jamais son Serviteur, et que j’avais pris une décision, je devais en assumer les conséquences et tout expliquer à la principale intéressée. J’attendis en tapant du pied que mes deux compagnons ferment la porte du bureau derrière eux. Une fois seule avec la nouvelle, je sentais bien qu’avec son caractère elle allait se refermer comme une huître et me donner du fil à retordre pour lui expliquer toute cette histoire. — Je suppose que si tu n’as pas eu peur de Paul la première fois en voyant ses yeux, t’expliquer la situation avec des mots ne servira strictement à rien, conclus-je. Sans même le vouloir, plusieurs personnes avaient cru que Paul était un vampire. La profusion de films et de romans à l’eau de rose vampiriques ne l’avait pas aidé. Il aimait en jouer pour éloigner les idiots beaucoup trop naïfs, mais Nina n’y avait pas adhéré une seule seconde. Je sortis un long ciseau en métal du tiroir et je la vis se recroqueviller sur elle-même. — J’ai une mauvaise expérience avec les objets tranchants... Si tu pouvais ranger ça, je serais extrêmement reconnaissante, marmonna-t-elle. — Ne t’inquiète pas, je ne vais pas l’utiliser sur toi. Du moins pas directement... ajoutai-je rapidement. Elle replia ses jambes entre ses bras, toujours assise en tailleur sur le canapé. Elle ne me quittait pas des yeux, l’air de dire : « Tu es fou et je dois trouver un moyen de me sortir de ce merdier ! ». Au moins, elle ne s’était pas mise à crier et à courir dans tous les sens. Bien que le plus dur restait à prévoir... maintenant. — Regarde bien ta main droite, lui demandai-je en indiquant ma propre paume. Elle me toisa, ébahie, avant de la fixer. — Il n’y a rien, n’est-ce pas ? La jeune fille hocha la tête silencieusement, le visage crispé par la suspicion. Toujours le bras en l’air pour lui montrer qu’il n’y avait aucun tour de magie, j’approchai le ciseau de ma paume. Lentement, je m’entaillai la peau. Nina eut un hoquet de stupeur. Elle mit sa main devant son visage, une expression de terreur se dessinant sur ses traits. Puis, elle regarda son membre, et découvrit une blessure identique à la mienne. Exactement au même endroit. Le plus difficile allait venir. Je me dirigeai rapidement vers elle, profitant du choc. Devant elle, je lui chuchotai d’une voix que je voulais douce et rassurante : — Je ne te ferais jamais de mal, te blesser reviendrait à me nuire. Je pris son visage de ma main valide et déposai doucement un léger b****r sur ses lèvres. *** NINA Damon était en train de m’embrasser. Si l’on m’avait dit un jour ce qu’il comptait faire, j’aurais bien rigolé. Mais la situation était loin d’être amusante. Ce qu’il m’expliquait n’avait aucun sens. Le contact de ses lèvres me faisait perdre le fil de mes pensées, mon corps devenait frêle et surchauffait aux endroits qu’il touchait. J’étais en feu. Pourtant ce b****r n’avait rien de particulier. Juste ses lèvres frôlant les miennes avec pudeur. Mais cela suffisait amplement pour que ce moment me procure un sentiment de bien-être unique. Bizarrement, pour une personne que je n’avais rencontrée que récemment, je me sentais à l’aise. Comme si être à ses côtés en ce moment était tout à fait naturel pour nous deux. Ses lèvres à l’arôme de café étaient presque familières. Il éloigna son visage du mien et me fixa, attendant certainement une réaction de ma part. Je le regardai droit dans les yeux, y recherchant le moindre indice sur la raison de son acte. Damon me prit la main et la serra doucement. Alors je compris. Je me dégageai pour inspecter ma main droite. Toute trace de blessure avait disparu, excepté un filet de sang, seul élément me prouvant que je ne souffrais pas d’hallucination. — Maintenant, je pense que tu peux croire ce que je vais te dire, soupira Damon. — Oui... J’aurais préféré avoir une voix calme et posée, mais elle était plus aiguë qu’à l’ordinaire, trahissant le trouble que je ressentais. Quoi qu’il me dise, je n’étais pas vraiment sûre de désirer l’entendre. Je ne voulais pas appréhender une vérité capable d’ébranler l’univers accueillant sur lequel je reposais depuis ma naissance. Les règles allaient changer, et j’allais en découvrir les enjeux. Sans m’en rendre compte, je pris la main de Damon sans lui demander son avis pour l’inspecter. Idem que pour moi, elle était intacte sauf pour une trace de sang. Dans la seconde qui suivit, je touchais mon dos et la nouvelle cicatrice que j’avais gagnée. Je n’allais vraiment pas apprécier cette discussion. Tout d’abord debout, Damon décida de s’asseoir à côté de moi sur le canapé, regardant sa paume, comme s’il y voyait un problème dont il n’arrivait pas à formuler la réponse malgré toutes ses réflexions. Sa proximité me perturbait bien qu’il fût assez éloigné pour éviter tout contact physique. — Est-ce que tu crois aux malédictions ? me demanda-t-il. — Après ce que je viens de vivre, je suis bien obligée… marmonnai-je, mauvaise. Ma réplique lui fit bien comprendre qu’il y avait tout de même une limite à ma compréhension, mais cela ne l’arrêta pas pour autant. Que j’accepte ou non la vérité, ce n’était pas de son ressort, mais du mien. Il prit en main son rôle, celui de narrateur : — Il y a des siècles, Servus était coupée du monde. Cela n’empêcha pas les habitants de commencer une guerre pour décider qui serait à la tête de l’île et de toutes ses ressources. Cette bataille dura plus de vingt ans et multiplia les morts inutiles sans départager pour autant un gagnant. Tout le monde y participait dans l’espoir d’y gagner un terrain et une certaine richesse. Sans aucun remords, les pilleurs ne laissèrent aucun survivant sur leur passage, y compris femmes et enfants. Un jour, comme une mauvaise histoire qui se répète, une femme rentra dans sa maison, une cabane isolée dans la forêt pour se cacher des tueurs. Elle y découvrit les corps sans vie de son mari et de ses deux enfants. Damon fit une pause dans son récit pour vérifier que j’étais attentive à cette histoire. Mais même en enregistrant chaque mot qu’il disait, je ne voyais pas en quoi ce qu’il me racontait avait un quelconque rapport avec le fait qu’il pouvait me soigner ou mon attaque. Il inspira profondément avant de reprendre : — Cette femme était particulière, dotée d’une magie puissante. Elle passa le reste de sa vie à préparer sa vengeance. Avant de rendre l’âme, elle maudit les habitants de Servus : « Les hommes de cette île sont barbares et sauvages. Vous êtes des animaux qui doivent vivre leur nature au grand jour pour expier vos péchés ! Cet endroit que vous vous disputez avec tant de ferveur deviendra votre cage et votre tombeau ! ». Puis elle mourut ne laissant aucune façon de lever cette malédiction. Les habitants de l’île ne la crurent que lorsqu’ils changèrent petit à petit, mais c’était trop tard, bien trop tard... Pendant son monologue, il n’osait pas me regarder, prenant des pauses pour vérifier la véracité et le poids de ses mots. Mais là encore, je ne comprenais pas le lien entre son conte et nous. Il reprit, sa voix n’était plus hésitante, mais douloureuse et rapide : — À partir de ce moment-là, tous les habitants qui ont essayé de sortir de Servus moururent et découvrirent qu’ils avaient la capacité de se métamorphoser en un animal précis qui correspondait à leur véritable nature. — Hein ? m’exclamai-je dans la seconde. Je m’étais exprimée sans m’en rendre compte et il eut l’air ennuyé. Ce n’était pas parce qu’il avait parlé vite que j’allais adhérer à son histoire aberrante ! — Faut-il vraiment que je te montre ? râla-t-il. Je hochai vigoureusement la tête, les yeux écarquillés. Il passa une main dans ses cheveux aussi noirs que les ténèbres et regarda la sortie. J’entendis un grattement de l’autre côté de la porte. Elle s’ouvrit petit à petit laissant un chat se faufiler dans la pièce. À l’aise dans les locaux, l’animal s’avança et se planta devant nous pour me fixer droit dans les yeux. C’était un félin marron avec des rayures blanches, au poil brillant et aux yeux verts perçants. Damon émit un mot. Lola. L’intrus miaula comme pour répondre et se lécha la patte avant pour frotter son museau tacheté de noir. — Tu te moques de moi ? Tu ne vas quand même pas me dire que ce chat est Lola ! m’énervai-je. Je bouillais intérieurement. — À toi de décider ! lança-t-il à la dérobée, complètement fuyant. Je me levai brusquement, regardai l’animal qui se mit sur ses quatre pattes comme une approbation à ce que j’allais faire et le soulevai à deux mains. Ils se fichaient tous de moi ! Le félin commença à ronronner entre mes doigts sans pour autant me quitter des yeux, comme si la situation était tellement délirante qu’il me remerciait de l’amuser. Léger au début, son poids augmenta brusquement et je le lâchai sous la surprise, mes bras encore douloureux. Au sol, le volume de la boule de poil commença à gonfler. Rapidement, le chat laissa place à Lola. Complètement nue au milieu de la salle, elle me sourit, et j’eus le temps d’apercevoir deux fentes dans ses yeux avant qu’ils ne reviennent à la normale. Sans un mot de quiconque, Damon disparut de la pièce et réapparut une minute plus tard avec les bras chargés de vêtements qu’il déposa devant Lola. Il nous regarda tour à tour, avant de sortir du bureau. Lola agissait sans pudeur et se rhabilla comme si de rien n’était. J’étais sidérée, encore en train de chercher comment tout cela avait pu se produire sous mes yeux. Lola soupira devant mon blocage : — Un conseil : à partir de maintenant, avance pas à pas et minute par minute tout en écoutant bien ce que Damon te dira ! Elle me pressa le bras d’un geste rassurant avant d’ajouter sur un ton enjoué : — Et devenons amies ! Mon monde venait de s’écrouler. Un peu comme si j’avais vu Bouddha manger un hamburger en haut de la tour Eiffel ! Mon cerveau avait décidé d’être complètement court-circuité pour les prochains jours. Ou années, en fonction du temps que je prendrais à tout assimiler. Sans devenir folle. Un énorme défi. — D’accord, mais à une condition, débitai-je. Préviens-moi la prochaine fois que tu fais ça. Elle sembla réfléchir un moment et baissa les yeux d’un air penaud. — Je vais être honnête. Je ne suis pas du genre à faire une promesse que je ne serais peut-être pas en mesure de respecter. Je me frottai les yeux avant de passer ma main dans mes cheveux. Ma vie était déjà assez mouvementée avec de simples humains, pas besoin d’y ajouter des histoires d’animaux. Je la fusillai du regard. — Je vais faire des efforts, mais je te jure que tu vas vite t’y habituer ! asséna-t-elle. D’ailleurs, viens avec moi en ville demain, je t’expliquerai certaines choses utiles. Prise dans ma conversation avec Lola, et inquiète pour ma santé mentale, je n’avais pas noté la présence de Damon qui était revenu discrètement. Lola et lui se regardèrent d’un air entendu, et elle partit. Pas sans m’avoir fait promettre de l’accompagner le lendemain. De nouveau seule avec Damon, je lui posai une question qui me tourmentait : — Si Lola est un chat, qu’est-ce que tu es ? — Tu devrais le savoir. Après tout, tu es devenue mon Serviteur. Est-ce que j’allais passer d’un mystère à l’autre sans échappatoire ? Étrangement, après toutes ces révélations plus bizarres les unes que les autres, celle-ci était de loin la plus normale. Après tout, cette anecdote de Serviteur était parvenue jusqu’à mes oreilles depuis mon arrivée sur Servus. Maintenant, une seule question se posait : — Qu’est-ce que cela signifie exactement ? Damon s’assit une nouvelle fois à côté de moi comme si rester debout lui demandait beaucoup trop de force, avant de reprendre : — Lorsqu’un Maudit comme moi embrasse une humaine, un infime morceau de l’âme de chaque partenaire est arraché puis échangé. Désormais, je possède une partie de ton essence dans mon corps et tu détiens un fragment de la mienne. Mon expression le stoppa. Ce lien semblait encore plus important que celui d’un mariage. Une soudaine colère m’envahit, j’avais l’impression d’avoir été violée dans mon intimité ! — Toute ma vie, j’ai été bloqué sur cette île. Tenter d’en sortir est une mise à mort immédiate. Maintenant, ma nouvelle frontière, c’est la distance qui nous sépare tous les deux, je peux donc quitter Servus à tes côtés. Cependant, si nous nous éloignons trop l’un de l’autre, nous allons ressentir un malaise. C’est le premier avertissement. Si la distance augmente, nous mourrons. Comme tu as pu le constater, cela concerne aussi les blessures : si l’un est blessé, l’autre l’est. Si l’un meurt, l’autre aussi. Ce lien était vraiment une catastrophe. Pendant une seconde, j’avais bloqué ma respiration. Je le regardai avec des yeux de chien battu, me retenant de lui en coller une. Je m’étais souvenue juste à temps que j’aurais eu aussi mal que lui. — Mais il y a également quelques points positifs ! ajouta-t-il rapidement, conscient de mon mal-être. Un b****r soigne nos blessures. Nous pouvons communiquer par télépathie et connaître nos sentiments, quelle que soit la distance. Et un Serviteur peut utiliser les capacités de l’animal du Maudit. J’avais du mal à voir où était le point positif dans toute cette histoire. Il s’expliqua et précisa sa pensée : — Par exemple, si un Maudit est un jaguar son Serviteur va courir plus vite. Cela peut marcher avec la force, l’agilité, la souplesse, l’intelligence, l’instinct de survie et beaucoup d’autres. Mon esprit s’embrouilla. Des informations sortaient de nulle part toutes les minutes sans me laisser le temps d’intégrer les premières. Et plus Damon essayait de s’expliquer, plus les questions se multipliaient. Mes yeux se fermèrent d’un coup. La fatigue venait de s’abattre sur moi sans prévenir. — Désolé. Je peux complètement soigner toutes tes nouvelles blessures sauf celle de ton dos, qui a été faite avant notre lien. Elle est presque guérie, mais tu vas garder une belle cicatrice. J’ouvris les paupières pour découvrir qu’il me regardait d’un air coupable. Derrière lui, la nuit était noire, donnant un aspect encore plus sérieux à son expression. Je refermai de nouveau les yeux en souriant. Qu’il s’inquiète pour quelque chose dont il n’était pas responsable était presque amusant. Et savoir qu’il lançait une pique par rapport à ma cicatrice sur l’estomac était jouissif. Serviteur ou pas, il n’aura pas toutes les réponses à mes mystères et inversement. — Une marque de plus ou de moins ne change rien. Bien que je n’aurais pas réagi de cette façon si cela avait été mon visage. De plus, ce n’est pas de ta faute, dis-je en toute sincérité. Il me prit la main. Son geste ne me surprit pas. D’une façon ou d’une autre, il m’avait prévenue. Bien que je ne puisse pas vraiment l’expliquer, ses intentions étaient limpides. Je compris un peu mieux ce que signifiait le lien qui nous unissait. — Maintenant, va dormir ! m’ordonna-t-il. — Pas besoin de me le dire, j’allais le faire ! ripostai-je. Il commença à rire, et me tira par le bras pour que je me lève. Lâchant ma main, il entreprit de transformer le canapé en lit, sans magie, juste avec l’intelligence typiquement humaine et ses gros bras. — Bonne nuit, susurra Damon en déposant un b****r sur ma joue. C’était un changement drastique de comportement depuis notre première rencontre. Et sans le vouloir, je le rattrapai par la manche avant qu’il n’esquisse un mouvement. Une peur soudaine s’empara de moi. J’étais terrorisée de devoir passer la nuit seule dans le bâtiment alors que celui qui m’avait attaquée était encore là. Mes mains tremblèrent et il les prit dans les siennes. — Ne t’inquiète pas, je n’avais pas l’intention de te laisser seule, mais ce n’est pas une raison pour que nous passions la nuit seulement à deux. Je suis un garçon ! signala-t-il. Il me narguait, mais je savais qu’en réalité, il ressentait ma peur. En contrepartie, je pouvais également discerner sa colère et sa frustration. — Merci, chuchotai-je tout bas. Il parut tout d’abord surpris. Puis, il comprit bien vite que j’étais reconnaissante. Même si la situation était étrange et que j’étais exaspérée par toutes ces nouvelles, le Conseil m’avait sauvée avec Marion. Cette attaque et ce nouveau lien avec une personne aussi forte de caractère me donnèrent envie de devenir plus aguerrie et courageuse, pour pouvoir me protéger, ainsi que ceux qui m’étaient chers. Être capable d’agir si une situation similaire se reproduisait était une priorité. Me coupant dans ma prise de résolution, Lola entra dans la pièce en ouvrant brusquement et avec force la porte qui claqua contre le mur. Surexcitée, elle portait une nuisette violette et une peluche représentant un cochon rose. Elle sauta dans le lit que Damon venait de préparer. Il décida alors discrètement de transformer le deuxième canapé en couchage pour s’y installer. Lola me tendit un pyjama chemise. Le corps engourdi et la douleur bien présente, je l’enfilai sans histoire pendant que Damon prenait soin de regarder à l’opposé. Il ne me fallut que quelques secondes avant de somnoler dans les couettes. La dernière chose dont je me souvins était le commentaire de Lola, qui avait voulu voir une scène digne d’un roman à l’eau de rose en rentrant. Et qu’elle avait été déçue qu’il ne se soit rien passé entre le président et moi. À son détriment, je m’endormis sans répondre.
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