Tome 1 : Prologue
..... : " Coure Billie, coure !!!
Tout en continuant à courir, je lui réponds
Billie : " Arrête, je suis fatiguée !"
Il serre plus fort ma main et accélère encore
...... : " On ne peut pas s'arrêter Billie, si jamais on fait ça, ils t'attraperont !"
Je tombe à genoux.
Il s'arrête, me relève, puis il se remet à courir.
Billie : " Mais qui ?"
..... : " Les méchants Billie !
Tu les as vu tout à l'heure toi aussi !
Tu as vu qu'ils ont tués tout le monde !
Mon père, le savait, il m'avait prévenu !
Ils sont venus pour toi, on ne doit pas rester là !
Je t'ai promis de toujours te protéger et que rien ne nous séparera jamais, et crois moi, je tiendrais ma promesse !"
Il coure de plus belle, mais moi, je n'en peux plus !
Je n'ai pas sa force moi, je ne suis pas comme lui !
Nous longeons la rivière depuis au moins trois heures, peut-être moins, peut-être être plus.
Je ne sais pas trop, après tout je n'ai que cinq ans, je ne me rends pas bien compte du temps qui passe.
Tout ce que je sais, c'est que j'ai l'impression que mes poumons vont sortir de mon corps.
Je fais ce qu'il me dit et je coure le plus vite que je peux pendant encore de longues minutes.
Mes pieds s'écorchent sur les cailloux.
Mes cheveux se retrouvent arrachés par les branches d'arbres.
Et mes petites jambes ont du mal à tenir le rythme imposé par ce garçon.
Je suis à bout !
Je sens que si je ne m'arrête pas maintenant, je vais tomber à nouveau !
La pluie tombe fort, mes vêtements sont trempés.
J'ai froid...
J'ai peur...
La nuit est déjà bien tomber et nous enveloppe de son obscurité.
Mes yeux restent concentrés sur mon camarade de jeux.
J'ai confiance en lui et je sais qu'il ne me fera jamais de mal.
Le petit garçon brun, d'à peu près huit ans, s'arrête soudainement juste devant moi afin d'humer l'air tout en fronçant les sourcils.
Billie : " Tu les sens ?"
Il ne répond pas tout de suite, il continue à renifler.
Il ne lâche toujours pas ma main.
Il la serre si fort qu'il pourrait me briser tous les os un par un.
Il se retourne pour me regarder avec ses yeux dorés.
...... : " La pluie brouille leurs pistes, mais je sais qu'ils ne sont pas loin, j'arrive quand même à les percevoir.
Nous devons nous cachés !"
Billie : " On pourrait aller là bas."
Je lui désigne la grotte un peu plus loin.
Lui et moi y avons maintes fois jouer par le passé.
...... : " Comment ça se fait que nous sommes arrivés ici ?
On coure depuis longtemps, on devrait être sorti du territoire."
Billie : " Je ne sais pas, mais c'est la meilleure cachette du monde entier."
D'ici, avec mes yeux d'enfants, je trouve qu'elle est plutôt bien caché et puis, la dernière fois, on avait mis pleins de branches devant pour cacher son entrée.
Je le tire en direction de la grotte.
Billie : " Allez viens, on va là bas, au moins on sera à l'abri."
Au final, c'est moi qui ai eu le dernier mot, puisqu'il me laisse l'emmener avec moi jusqu'à la grotte.
Cette fois, c'est moi qui le prend par la main.
Il me dit de sa voix enfantine
..... :" On se repose juste un petit peu parce que tu es fatiguée, et après on s'en va.
Je ne veux pas qu'ils t'attrapent et qu'ils nous séparent."
Billie : " Ils ne m'attraperont pas, parce que tu me protégeras toujours, je le sais."
.... : " Oui, toujours je te protégerais, Billie."
À l'intérieur, il s'assoit sur un petit espace avec de la mousse, puis il m'ouvre grand ses bras, je me dépêche de m'y blottir.
J'ai toujours aimé son odeur, il sent la forêt et les pins.
Sa chaleur me réchauffe instantanément.
Son odeur apaise ma peur et calme les battements frénétiques de mon cœur.
Il s'allonge sur notre matelas de fortune.
Je me laisse aller contre lui, puis je m'endors dans ses bras.
Je l'entends me chuchoter à l'oreille
.... : " J'aime ton odeur de canelle et de vanille.
Ton odeur calme mon loup.
Dors, je resterais près de toi."
Plus tard, je suis réveillée par une poigne affreuse qui me soulève de terre en me tirant par les cheveux.
Il fait nuit noire maintenant.
Je crie, je hurle
Billie : " Lâchez moi !"
Le petit garçon est maintenu à terre par deux grosses brutes.
Il se débat malgré tout entre leurs poignes puissantes
..... : " Laissez la partir !
Je vous tuerais !
Je vous tuerais tous !"
L'un des deux lui attrape la tête entre ses mains et la frappe violemment au sol à plusieurs reprises.
Mon ami, mon meilleur ami, ne réagit plus !
Son corps est inerte !
Du sang s'échappe de son crâne !
Ils l'ont tués !
À la vue de son corps immobile, ma rage se décuple.
Je veux bondir sur eux et sauver la vie de mon ami mais, c'était sans compter sur les deux bras qui me tiennent toujours.
.... : " Calmes toi maintenant si tu ne veux pas finir comme lui !"
Sa voix me met hors de moi et me donne des frissons, et son odeur beurk, il sent les égouts !
Malgré que je sois terrorisé, et qu'avec mes petits poings je ne peux rien faire, je continues tout de même à me débattre.
Mes deux bras, ainsi que mes jambes, moulinent dans le vide.
De ne pas réussir à les atteindre, ça m'énerve deux fois plus !
Mes yeux se posent à nouveau sur le corps inerte de mon ami.
Je sens de l'eau salé couler sur mon visage, puis disparaître dans ma bouche
Billie : " Lâchez moi !
Je veux l'aider !"
..... : " Oublie le, tu ne peux plus rien pour lui."
Il se tait quelques secondes, puis me regarde fixement avant de reprendre
.... : " Ma très chère petite incomplète, maintenant que je t'ai enfin retrouvée, tu vas venir bien gentiment avec moi et attendre patiemment ton heure !"
Billie : " Jamais !
Jamais, je ne viendrai avec vous !"
..... : " Et pourtant, je ne te laisse pas le choix.
Tu ne seras enfin complète qu'à tes vingt et un ans et que je t'aurais marqué et fais de toi ma compagne.
Je tiens à te remercier, car grâce à toi, je deviendrais l'alpha le plus puissant au monde.
Grâce à ses dons en attente, je les anéantirais tous jusqu'au dernier !
Mais en attendant, étant donné que je ne suis pas un violeur d'enfant, tu vas attendre bien tranquillement au cachot.
Pour ne prendre aucun risque, je tiens à ce que tu restes dans le noir total, mais également, que tu oublies tout ce qu'il vient de se passer."
L'homme se tourne et s'adresse à quelqu'un derrière lui
..... : " Bêta !
Tu vas l'amenée chez nous !"
Un autre homme apparaît à côté de mon bourreau.
Il sent le chien mouillé.
Je ne distingue pas bien ses traits, il reste dans l'ombre, mais j'arrive à percevoir qu'il est désolé par ce qui est en train de m'arriver.
Bêta : " Vous êtes sûrs ?
Elle est encore si petite..."
..... : " Contesterais-tu mes ordres ?!"
Bêta : " Non je...je...je n'oserai pas."
Alors qu'il me tend en direction du deuxième homme, j'ai un dernier réflexe de survie, j'attrape la main de mon tortionnaire puis je la mords très fort.
J'ai le goût de son sang dans la bouche, mais malgré tout, je ne relâche pas ma prise.
Je serre tellement les dents que je lui arrache un bout de chair au passage que je recrache à terre.
Mais je n'ai pas le temps de m'extasier sur mon chef d'œuvre, une violente douleur me transperce de la tempe à la joue.
La douleur est si intense que j'ai l'impression qu'elle me brûle.
Puis, j'entends une dernière fois sa voix
....... : " Sale chienne !
Si tu ne voix plus rien, tu ne pourras plus tenter de fuir !"
Mes yeux se ferment et je sombre dans des abîmes sans rêve...
.............
J'ouvre les yeux et je m'assois dans mon lit.
Comme d'habitude je suis en nage.
Encore ce cauchemar ?!
Ça fait un an que je fais ce même cauchemar presque toutes les nuits et je ne sais pas ce que cela signifie.
Attention, des fois aussi, je rêve...
À chaque fois, il y a ce petit garçon dont je ne connais même pas le nom, mais je suis toujours détendu quand je rêve de lui.
Mais, malheureusement, c'est ce cauchemar qui est le plus présent.
À chaque fois j'ai l'impression de tout ressentir.
Les coups, les bruits, les odeurs de sang...
J'en ai parlé une fois à ma mère qui s'inquiéter de ma tête épuisé alors que je venais à peine de me réveiller, et elle m'a dit que ça devait être un rêve sans importance, que ça ne voulait absolument rien dire.
Je lui fais confiance, c'est ma mère après tout.
Machinalement, je passe ma main sur le côté de mon front.
Une horrible cicatrice part de ma tempe jusqu'au milieu de ma joue.
Quand je fais ce cauchemar, elle me brûle, cette fois ci ne fait pas exception à la règle.
Oh, ne vous inquiétez pas, cette cicatrice n'a rien à voir avec ce maudit cauchemar.
Je suis tombée d'un arbre quand j'étais petite et une grosse branche m'a entaillé le visage.
Quand je me suis réveillée, je ne me souvenais plus de rien.
Tout ce que je sais, c'est que la chute a fait de gros dégâts, non seulement j'étais défiguré à vie, mais en plus, j'étais devenue aveugle.
Il faut voir le bon côté des choses dans tout ça, en étant aveugle je ne peux pas voir que je suis devenue un monstre.
Il paraît que mes yeux sont d'une couleur peu commune, ils sont violets.
Je pourrais vous dire que j'en suis très fière, si seulement je savais à quoi ressemble exactement le violet.
Quand je sors hors de la maison, c'est toujours avec une paire de lunettes de soleil opaque afin de cacher leurs couleurs.
Pourquoi ?
Encore une fois, je ne sais pas.
Mes parents refusent que quiconque les voient.
Oui, je sais, c'est trop bizarre, mais bon on n'y peut rien.
Je me lève, puis je vais jusqu'à ma fenêtre afin de l'ouvrir.
Je sens les rayons du soleil sur ma peau j'en déduis qu'il est l'heure pour moi de me lever.
Chaque matin, j'effectue le même rituel...
Je me lève de mon lit, puis je me dirige jusqu'à la fenêtre.
Je me fis au bruit que j'entends à l'extérieur pour savoir si il est temps pour moi de me lever ou non.
Ne voyant rien, je ne peux pas lire l'heure, donc j'ai appris à me fier aux bruits alentours.
Mais avec un jour comme aujourd'hui et le soleil qui vient taper directement sur mon visage c'est encore mieux.
Je sais qu'il est déjà tard car le soleil vient de l'Ouest.
Il doit être à peu près dix heures.
Il est temps de m'activer et d'oublier cet affreux cauchemar pour aujourd'hui.
Malgré mon handicap, je tiens à pouvoir me débrouiller seule.
Tout dans cette maison est fait de façon à ce que je puisse être un maximum indépendante.
Je fais six pas à droite et me voilà devant mon armoire que j'ouvre.
Mes vêtements sont rangés par couleurs, bon pour ça bien sûr, j'ai dû demander de l'aide à ma mère.
Alors pour la première pile nous avons le noir, la deuxième pile est quand à elle constitué de blanc, ensuite avec la troisième pile nous avons le gris et pour finir la dernière pile est intégralement bleu.
Ce sont les quatre seules couleurs que je m'autorise, j'ai peur que sinon, ça me fasse beaucoup trop à me rappeler.
Je ne suis pas un ordinateur non plus !
Ensuite, tout est rangé en fonction des pantalons, des sweats, des jupes, des robes et j'en passe, et bien sûr toujours par couleurs.
Tout est une question d'organisation.
Je suis aveugle depuis mes cinq ans, même si j'ai l'impression de l'avoir été toute ma vie étant donné que je n'ai aucun souvenir d'avant l'accident, donc j'ai du m'adapter à ma nouvelle situation.
Je prends un jeans noir, ainsi qu'un top de la même couleur, puis des sous vêtements, oui oui, ils sont rangés par couleur eux aussi, et je fais les dix pas à gauche qui me sépare de ma salle de bain attenante.
Une fois dans celle-ci, je fais couler l'eau de la douche, je me déshabille à la hâte, puis après que l'eau soit bien chaude, j'entre sous la douche.
Je laisse l'eau couler sur mon corps ainsi que sur mes cheveux durant quelques minutes avant de prendre mon shampooing à la canelle.
Mes cheveux sont très longs.
Ils s'arrêtent juste au dessus de mes fesses.
Je n'ai jamais voulu les couper.
Ma mère me coupe les pointes de temps en temps, mais c'est à peu près tout.
D'après ma mère, ils sont blonds comme les blés, ce qui est plutôt risible quand on y pense étant donné que je ne sais même pas à quoi ressemble des blés exactement, ni leurs couleurs.
Pour tout vous dire, je ne sais même pas à quoi ressemble chaque couleur.
La seule que je connais avec certitude, c'est le doré, car c'est la couleur des yeux du petit garçon qui apparaît toujours dans mes rêves.
Des fois, il a les yeux rieurs et espiègles, mais par moment comme cette nuit, il a les yeux terrifiés.
Pour en revenir à ce que je vous disais, je me suis fait un code dans ma tête...
Oui je sais, c'est un peu bête, mais bon chacun fait ce qu'il veut après tout.
Alors, pour le noir on peut le mettre avec tout, du moins c'est que ma mère m'a dit.
Le blanc, c'est pour quand je suis d'humeur coquette, ce qui arrive rarement je vous l'accorde.
Le gris, c'est pour quand je suis triste et déprimé.
Et le bleu, c'est pour les sorties et quand j'ai envie de me démarquer des autres, oui bon, ça aussi ça m'arrive très rarement, pour ne pas dire jamais.
En vérité, je n'ai jamais mis de bleu car je ne suis jamais allez en sortie avec des amis et je n'ai jamais eu l'envie de me démarquer.
Je passe un temps monstre à laver ma tignasse avant de m'attaquer à mon corps.
J'attrape le gel douche à la vanille poser à même le sol de la douche et je m'en étale partout sur le corps.
Je reste encore quelques minutes sous l'eau, avant de sortir, puis de me sécher.
J'enfile les vêtements que j'ai au préalable choisi tout à l'heure, puis j'attache mes cheveux en une queue haute sans les sécher.
Je préfère le séchage naturel et de toute façon, j'ai horreur du bruit infernal que fait le sèche cheveux dans mes oreilles.
Dans mon état, vous vous doutez bien que je n'ai pas besoin de maquillage, ça me fait gagner de précieuses minutes ce manque de coquetterie.
Une fois apprêté, je sors enfin de ma chambre et j'effectue les vingt trois pas qui me sépare de la cuisine.
J'y suis à peine que j'attrape ma tasse, qui est toujours posé au même endroit, puis j'y verse le café déjà tout prêt qui m'attend bien gentiment.
Un parfum parvient jusqu'à mes narines.
Je souris sans même lever la tête.
Billie : " Bonjour maman."
J'entends ma mère faire tomber quelque chose, au bruit je dirais un journal, puis elle effectue les derniers mètres qui nous sépare avant de venir embrasser ma joue
Élisabeth : " Tu m'as fais peur !"
Je ris en lui répondant et avant de boire une gorgée de mon café
Billie : " C'est moi qui ne vois rien, et c'est toi qui a peur, c'est le monde à l'envers."
Élisabeth : " Je n'y peux rien si tu sais être très discrète."
Billie : " Papa n'est pas là ?"
Élisabeth : " Il est dehors, mais je vais l'appeler pour qu'il rentre, car nous avons à te parler."
Étant non voyante, mes autres sens sont étonnamment décuplés, et là je peux vous dire, que je ressens une grande tension dans l'air suite à l'annonce de ma mère.
Billie : " Qu'est-ce qu'il se passe ?"
Je l'entends s'éloigner, ouvrir la porte d'entrée, puis appeler mon paternel.
Élisabeth : " Robert !
Viens, elle s'est réveillée !"
Super, si les voisins ne savaient pas encore que j'avais fais une grasse matinée maintenant au moins, ils le savent !
Certes, nos voisins ne sont pas tout près, mais tout de même.
Mes parents et moi habitons dans une petite maison en pleine forêt.
Nous voyons rarement du monde, pour ne pas dire jamais.
C'est pour cette raison aussi que je vous ai dis tout à l'heure que je ne faisais que très rarement des sorties, ceci explique cela.
Je ne côtoie personne excepté mes parents, alors, je n'ai pas d'amis.
Mon père entre dans la maison, puis frappe ses bottes pleine de terre sur le paillasson.
Il s'approche de moi et me serre dans ses bras.
Je me retire en riant et en me pinçant le nez.
Billie : " Papa, tu sens le chien mouillé."
Robert : " C'est normal, j'ai été à la chasse ce matin avec les chiens."
Il s'adresse ensuite à ma mère
Robert : " Regarde chérie, j'ai ramené deux lapins.
Tu pourras t'en occuper ?"
Mon père a un chenil un peu plus loin sur la propriété.
Je ne me suis jamais aventuré jusque là-bas, j'ai bien trop peur de tomber sur un ours, ou une autre connerie du genre.
Je n'ai jamais été en contact avec ces chiens, mais mon père sent toujours leurs odeurs.
À croire qu'il se roule parterre avec eux.
Il prend un ton grave quand il s'adresse à nouveau à moi.
Robert : " Nous avons quelque chose à t'annoncer ta mère et moi."
Il m'entraîne ensuite à sa suite jusqu'a la table de la salle à manger.
Je m'assois à ma place attitré.
Billie : " Qu'est-ce qu'il y a ?"
Les deux ne disent rien.
Je les imagine très bien en train de se regarder dans le blanc des yeux ces deux là.
Élisabeth : " Tout d'abord, tu dois savoir que nous t'aimons et que si nous avons pris cette décision, c'est avant tout pour te protéger."
Je prends leurs mains à tous les deux sur la table, puis je les serre doucement.
Billie : " Et je vous aime aussi."
J'entends ensuite mon père souffler doucement.
Robert : " Comme tu le sais, la semaine prochaine, c'est ton anniversaire."
Oui oui, dans une semaine jour pour jour, j'aurais vingt et un ans.
Enfin, la majorité !
Robert : " Après ta fête d'anniversaire, tu partiras."
Mon cœur vient de rater un battement je crois, ou alors, il a carrément cesser de battre, je ne sais pas trop.
Je tourne la tête vers mon père.
J'ai beau ne pas le voir, ça ne m'empêche pas de toujours tourner la tête vers les personnes à qui je m'adresse.
Billie : " Partir où ?!"
Robert : " J'ai un ami qui habite très loin d'ici.
Tu ne l'as jamais rencontré auparavant, mais cet homme a quatre fils.
Il a demandé à l'un d'entre eux de prendre soin de toi.
Tu iras vivre chez cet homme dès la semaine prochaine.
Il veillera sur ta protection."
Billie : " Ma protection pour quoi ?!"
Robert : " Lorsque tu auras atteint tes vingt et un ans, ta vie seras en danger et ta mère et moi, nous ne pourrons pas te protéger.
Nous ne sommes pas assez fort."
Je me lève d'un bond tout en frappant le plat de mes mains sur la table.
Billie : " Qu'est-ce que tu me racontes ?!
Pourquoi je serai en danger ?!
Pourquoi, veux-tu me faire partir de la seule maison ou j'ai toujours vécu ?!"
Élisabeth : " Ma chérie, si nous faisons ça, ce n'est pas de gaieté de cœur, au contraire, nous le faisons pour ton bien."
Billie : " Pour mon bien ?!
Tu te fiches de moi ?!
Vous voulez m'envoyer je ne sais où, vivre avec je ne sais qui !"
Robert : " Tu comprendras tout le moment venu, mais pour l'instant, il n'y a que là bas où tu seras en sécurité."
Je sens dans leurs voix qu'ils sont tristes de cette situation, alors j'inspire un bon coup, puis je me rassois, plus calme qu'auparavant.
Billie : " Et si le type chez qui vous m'envoyez est un psychopathe, qu'est-ce que je fais ?"
Élisabeth : " Il ne l'est pas rassure toi.
Il vit avec de nombreuses autres personnes sur un territoire ou il est le chef.
Il t'expliquera tout, enfin, dès qu'il aura des réponses à te donner."
Cette fois, je tourne vivement la tête vers ma mère.
Billie : " Parce que vous m'envoyez dans une secte en plus ?!"
Mon père retient un rire.
Je suis ravi de voir que la situation l'amuse, parce que moi, ce n'est pas mon cas !
Robert : " Ce n'est pas une secte ma chérie, c'est plus comme...
Comment pourrais-je te dire ça ?
Mhm, c'est une communauté.
Oui voilà, c'est ça, c'est une communauté ou chacunes des personnes qui y résident vivent avec leurs familles."
Billie : " Oui bon, c'est une grande secte familiale en gros."
Cette fois, ma mère explose carrément de rire.
Élisabeth : " Je te garantis que ce n'est pas du tout une secte et que tu te plairas là bas."
Billie : " Mais, vous ne me laisserez pas pour toujours avec eux ?
Dites moi que vous reviendrez me chercher ?"
Mon père se lève et vient m'enlacer.
Robert : " Je te le promets.
Dès que tout danger sera écarté, et si tu le souhaites toujours, nous te ramènerons à la maison."
Billie : " Comment ça si je le souhaites toujours ?
Tu ne penses tout de même pas que je vais vouloir vivre à demeure avec ses gens ?"
Robert : " On ne sait pas qui tu peux rencontrer là bas.
Peut-être auras tu une bonne raison de vouloir y rester."
Billie : " À moins que je ne sois droguée, je n'en vois pas d'autre."
Robert : " Et le grand amour ?"
Mes joues se mettent à chauffer.
Billie : " Comment ça le grand amour ?
Qui pourrait bien vouloir s'enticher d'une aveugle ?"
Robert : " Peut-être l'homme de ta vie.
Il se fichera de ton handicap et t'aimera pour ce que tu es."
Mes yeux restent posé en direction de mon père.
Billie : " Et pourquoi on parle de ça déjà ?
Je te l'ai dis, je ne comptes pas rester avec eux."
Robert : " On verra bien."
Ma mère reprend la parole.
Élisabeth : " Par contre, n'oublies pas que tu devras toujours garder tes lunettes de soleil.
Personne ne doit jamais voir la couleur de tes yeux."
Billie : " Même dans la maison ?"
Élisabeth : " Toujours Billie."
Les deux me laissent ensuite et repartent vaquer à leurs occupations.
Me laissant doucement le temps d'assimiler la nouvelle.
Dans une semaine, je devrais partir rejoindre des gens trop bizarres et qui vivent tous ensemble, est-ce que j'ai raison de ne pas le sentir du tout ce coup là ?
De toute façon, ce n'est pas comme si j'avais le choix, je vais obéir, mais attention, il a intérêt de tout m'expliquer ce chef de pacotille !
Je retourne dans ma chambre d'un pas las et dépité avec la désagréable impression que ma vie va radicalement changé...