Chapitre 3 : Le Tombeau de Verre

673 Mots
(Point de Vue : Élara) La cage d'escalier en béton brut résonnait sous le poids des bottes militaires de Silas. Je le suivais de près, m'accrochant à la rampe en acier, avalant les marches quatre à quatre. Chaque seconde qui s'écoulait augmentait la boule de terreur qui me broyait l'estomac. Soixante-cinquième étage. Nous nous arrêtâmes devant la lourde porte blindée de l'issue de secours. Aucune lumière ne filtrait sous l'interstice. Silas alluma la lampe tactique fixée sous le canon de son arme, un faisceau blanc et aveuglant qui transperça l'obscurité. Il poussa lentement la barre anti-panique. La porte s'ouvrit sans un bruit. Le penthouse était un tombeau. Le faisceau lumineux balaya le vaste couloir en chêne massif. Le silence était total. Pas de bruits de lutte. L'odeur frappa mes sens avant même que nous n'atteignions la suite principale. Une odeur suave de jasmin et de bergamote, étouffée par des effluves chimiques âcres, écœurants. L'odeur de la médecine et de la mort. Le faisceau de Silas s'arrêta brusquement sur un objet noir, garé près du dressing de ma sœur. Un immense flight case de matériel sonore. La porte frontale de la caisse pendait lamentablement, révélant un intérieur vide, capitonné de mousse acoustique noire. Silas : Le Cheval de Troie... murmura-t-il, la voix brisée par l'horreur de la faille de sécurité qu'il avait lui-même validée. Il pivota vers la porte de la chambre principale. Elle était entrouverte. Silas donna un v*****t coup de pied dans le bois massif, dégageant l'entrée, balayant la pièce avec le canon de son arme. Silas : Vide, annonça-t-il. Je me précipitai à l'intérieur, arrachant la lampe torche d'urgence fixée au mur de l'entrée. Le lit king-size était intact, mais devant la coiffeuse en marbre, des milliers d'éclats de cristal brisé scintillaient sous mon faisceau. Le lourd flacon de Baccarat avait été fracassé avec une violence inouïe. Au milieu des débris, le collier de diamants reposait sur le chêne. Un vulgaire caillou abandonné. Mes jambes refusèrent de me porter plus longtemps. Je tombai à genoux, ignorant les coupures qui entaillèrent la peau de mes rotules. Je rampai presque jusqu'à la coiffeuse. Mon faisceau lumineux s'arrêta sur le tiroir entrouvert. Une petite enveloppe noire, déchirée. Une carte cartonnée. Et ces mots, tracés à l'encre rouge sombre. « L'arrogance t'allait si bien ce soir, ma reine. J'espère que tu as savouré ton règne. Il est l'heure de rentrer à la maison. MIENNE. » La lettre glissa de mes doigts tremblants. — Il l'a prise, dis-je, ma voix n'étant plus qu'un souffle rauque. Notre chef de sécurité se tenait dans l'encadrement de la porte. L'homme de guerre baissa la tête, détruit. Silas : C'est ma faute. J'aurais dû démissionner plutôt que d'obéir. J'aurais dû vous forcer à garder le périmètre. Je levai les yeux vers lui. Dans l'obscurité de cette pièce ravagée, la culpabilité qui me rongeait l'estomac se mua soudainement en quelque chose de noir, de brûlant, de toxique. Ce n'était pas la faute de Silas. C'était la mienne. Mon orgueil avait livré ma petite sœur au Diable sur un plateau d'argent. Je regardai mes mains maculées de quelques gouttes de mon propre sang. Je fermai les poings si fort que mes ongles s'enfoncèrent dans mes paumes. La peur s'évapora, calcinée par la haine absolue. On ne combat pas un monstre avec des contrats immobiliers ou des gardes en costume cravate. On le combat en devenant pire que lui. Je me relevai lentement, mon visage fermé comme un coffre-fort. — On ne va pas pleurer, Silas, déclarai-je d'une voix de glace qui figea le colosse sur place. Ce n'est plus l'heure de la sécurité. Je marchai vers lui, écrasant les diamants du collier sous mon talon nu. — Trouve-moi le bâtard le plus dangereux de cette ville. Un traqueur. Un chasseur de primes. Un monstre qui n'a aucune règle et aucune morale. On va retrouver ma sœur. Et quand je mettrai la main sur Kaiden St-James... je lui ferai regretter de ne pas être mort dans cette p****n de forêt.
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