chapitre 1

1443 Mots
On a fini par sortir du lac et se poser sur le ponton pour sécher, notre position préférée, tête collée, pieds à l’opposé. On se câline les cheveux l’un l’autre en regardant le ciel… « J’vais te revoir bébé ? » « Il m’a dit que je pourrais revenir… » « Quand ? Quand est-ce que tu reviens ? » « Je n’en sais rien mon cœur… peut-être un week-end sur deux, ou une fois par mois… j’ai pas eu le temps de lui demander, tu vois… » « p****n… Alors c’est comme ça… une p****n de garde alternée ! » J’ai pesté et elle a soupiré. Mon loup gronde doucement sous ma peau, contrarié qu’on lui vole sa moitié. « C’est mieux que de ne pas se voir du tout, non ? Laisse-moi un peu de temps, c’est tout ce que je te demande… » « Six mois, mon cœur… j’te donne six mois. Après ça… j’brûle tout et tout le monde là-bas… » « Ça me paraît court… C’était Tom… la tasse, c’était Tom… » J’ai secoué la tête. « Il me déteste hein… » « C’est dur pour lui, mon cœur… Mais il est incapable de te détester… » Elle a essuyé ses yeux. Mon loup s’est calmé un instant, comme apaisé par le simple contact de sa peine. « C’est dur pour tout le monde… » « Il s’en veut, ma puce… d’avoir gardé le silence tout ce temps… » « Il ne devrait pas… je sais ce qu’il a ressenti… Léo m’a tanné pour que je t’appelle… j’en étais incapable… » « Ah ouais ? » J’ai grimacé. Mon loup s’est hérissé à l’évocation de Léo. « Tu sais bébé… notre homme… il a deviné que tu jouais solo… il a envoyé un message à Dom pour te court-circuiter… » « Il n’aura rien… » « C’est ce qu’on a découvert, oui… t’as été plus rapide que nous encore… » « Je ne veux pas qu’il me touche… » Elle est partie en sanglots. Mon loup s’est mis à grogner. Protecteur. Féroce. « POURQUOI J’AI RÉAGI COMME ÇA p****n ! J’AVAIS QU’A LE LAISSER b****r SA CHIENNE ET J’AURAIS ÉTÉ EN PAIX ! » « Je ne sais pas ma puce… T’as dû penser à Tom… » Elle a hoché la tête et je l’ai ramenée contre moi en m’asseyant. « Je ne veux pas qu’il me touche, Élliott, il… Je ne veux pas… » « Alors ne le laisse pas faire, ma puce… Tu l’embrasses, il paraît… » Elle a grogné. Mon loup s’est tendu d’un réflexe possessif. « C’était la première fois que je vous voyais… Tom… Tom était là… » Je me suis mise à pleurer. « Il m’a mis l’accès sur mon tél et… je sais pas… J’ai eu envie de vomir après… » J’ai ri. « Ouais… Il m’a dit ça aussi… ça m’rassure j’avoue ! » On a gloussé ensemble et je l’ai étreinte plus fort. Ma louve intérieure frémissait, reconnaissant chaque battement du cœur de la sienne. « T’es pas obligée de subir tout ça, bébé… » « Il m’aime… je pense qu’il m’aime vraiment, Élliott… C’est son seul point faible… » « C’est risqué ma puce… je veux… je ne veux pas te perdre pour de bon, ok ? J’aimerais que t’acceptes que je te ligote quelque part et qu’on vive en hermite même s’il faut, mais on sera ensemble… tous les trois, ma puce… » Elle a ri, c’était un son magnifique. Même mon loup s’est détendu, charmé par sa joie. « L’idée m’a traversé… il arriverait quoi aux autres après ? À Anna ? » J’ai soupiré. « Franchement ma puce… ma vie n’a d’égal que la tienne… j’m’en fous du moment que je t’ai toi… » Elle m’a tapé. Ma louve grognait doucement, amusée. « Bébé… j’ai promis de ne jamais t’abandonner… je ne l’ai promis qu’à toi. » « Moi… moi j’leur ai promis, Élliott… Y a eu trop de morts… j’vivrai pas en paix avec la leur sur la conscience, pour être potentiellement heureuse et à demi libre quelque part… Je leur dois… C’est pour ça que nos parents ont fait tout ça… c’est pour ça que j’ai commencé tout ça… On n’est pas les seuls à vouloir vivre, bébé… » « Ma puce… » « Ok… Va annoncer à Ben, Claire et Anna qu’il leur reste 12h à vivre… » Forcément, elle me sort l’argument de choc, mais je me démonte pas pour autant… « Ok… Une fille adoptive, ça te dit ? » Elle a ri aux éclats, me faisant sourire. Franchement, c’est déjà quasiment la mienne de toute façon… Elle m’a poussé le rire jusqu’aux oreilles. Dieux comme je l’aime… Ma sœur est tout pour moi… vous l’aurez compris, hein ? « Tu crois qu’il dort vraiment ? » « Non… il… croit que je ne le sais pas mais… le soir, il reste derrière ma porte… Quand je fais des cauchemars… il met le parfum de Tom pour me caresser les cheveux jusqu’à c’que je me calme, puis il part avant que je me réveille… » « Sérieux ? » Elle a hoché la tête… « Je l’ai même entendu pleurer une fois… » « Tu te fous de moi ! » « Non… Non, j’crois qu’il veut vraiment changer… J’ai envie de l’aider… Peut-être alors qu’on arrivera tous à vivre nos vies… » « Attends… Tu veux tout faire péter ou l’aider ? » « Les deux… Si l’un marche pas… on fera tout péter… » « Bébé, tu cogites beaucoup trop… » « Et toi pas assez… sérieux… p****n, les caméras sont visibles pourtant ! » « Déso… j’étais trop concentré à vérifier que tu sois en bonne santé ! » Elle a ri. « Il ne me fera pas de mal… j’ai essayé de le pousser à bout… » « Et ? » « Il a plus d’endurance que moi ! » On a gloussé. Mon loup a remué, amusé. « Il aurait pu m’ignorer simplement mais au lieu de ça… il s’est plié en quatre. Même quand je l’ai frappé, il n’a pas réagi, ne m’a pas rendu mes coups, enchaîné, battu… Il m’a amenée ici… » « Faut qu’on trouve un moyen de communiquer… » « J’ai peut-être une idée… j’t’enverrai un cadeau… sois sérieux cette fois ! » « Tu penses à quoi ? » « Faut d’abord que je voie si ça marche… t’inquiète… » J’ai ri puis fait la gueule. « La récré est finie, ma puce… » Elle a tourné la tête. « Pense à ton Oscar, bébé. » « Tu sais où tu peux te le foutre… » Elle a gloussé. « J’te laisse l’honneur… » Elle a volé mon rire. « J’vais demander à Tom qu’il nous l’enfonce à tous les deux, alors… » « Humm, il en sera ravi ! » On a éclaté de rire bordel… Elle me manque déjà… « Élliott… j’veux qu’il souffre, comme j’ai souffert, j’veux voir la douleur dans son regard, lui briser le cœur et le donner à bouffer à ses putains de chiens… ouais, ouais vous l’aurez deviné… je b***e ! « Élliott, j’peux te prendre une bière ? » « Y a plus d’eau au robinet ? » Il a souri en riant gentiment, secouant la tête. « Je vois… Je ne veux pas vous déranger… » « C’est bon, mec… T’as perdu ton humour… J’pensais que tu saurais où sont les frigos depuis l’temps que tu traînes ici… » Mon loup observait le sien en silence, curieux, pas encore hostile. Juste prêt à bondir au moindre dérapage. « Ce n’était pas ma pièce favorite… » « Hum-hum… les tiroirs à culottes de ma frangine peut-être ? » Il a ri à pleins poumons. J’ai grogné un rire en retour, mes crocs bien cachés. Mon loup, lui, n’aimait toujours pas l’idée, mais s’amusait de la gêne de l’autre. « Non… je ne suis même jamais monté à l’étage… » « Et tu m’en vois ravi ! Allez, viens… de toute façon c’est l’heure de nourrir la bête ! » J’ai chatouillé ma sœurette, lui déclenchant son rire de cochon. J’adore quand elle glousse comme une porcine, c’est mon son préféré au monde. On s’est posés à une table dehors pour manger. Les autres nous ont rejoints. Léo n’était pas à l’aise du tout mais il ne bronchait pas. Son loup, en revanche, vibrait d’un agacement à peine contenu. Le mien le surveillait du coin de l’œil, prêt à défendre mon cercle. C’est là que j’ai vu Tom arriver par la piste…
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